{"id":2520,"date":"2012-01-21T01:10:24","date_gmt":"2012-01-20T23:10:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2520"},"modified":"2011-09-07T06:06:47","modified_gmt":"2011-09-07T04:06:47","slug":"nous-sommes-demain-vous-etes-hier","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/01\/nous-sommes-demain-vous-etes-hier\/","title":{"rendered":"Nous sommes demain, vous \u00eates hier !"},"content":{"rendered":"<p id=\"[object]\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/declarations-de-g-etievant.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2521\" title=\"d\u00e9clarations de Georges Eti\u00e9vant\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/declarations-de-g-etievant.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"151\" \/><\/a>D\u00e9clarations de Georges Eti\u00e9vant.<\/p>\n<p id=\"[object]\">Le 27 juillet 1892, la cour d&rsquo;assises de Seine et Oise doit juger Faugoux, Chevenet, Drouhet et Eti\u00e9vant, tous quatre anarchistes et tous quatre accus\u00e9s d&rsquo;avoir vol\u00e9 avec Ravachol cent-vingt cartouches de dynamite \u00e0 Soisy sur Etiolles, explosifs ayant servi aux attentats de ce dernier. Henri Varennes, chroniqueur judiciaire reconnait, dans ses notes d&rsquo;audience, l&rsquo;intelligence et les convictions affirm\u00e9es de Georges Eti\u00e9vant. L&rsquo;aplomb \u00a0\u00e0 la barre de l&rsquo;ouvrier typographe, \u00e2g\u00e9 de 27 ans, ses r\u00e9parties cinglantes pr\u00e9figurent l&rsquo;attitude de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob \u00e0 Amiens treize ans plus tard. Elles lui valent, selon Varennes, sa condamnation \u00e0 cinq ans d&#8217;emprisonnement\u00a0: \u00ab\u00a0A peine compromis dans l&rsquo;affaire, il n&rsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 se taire pour \u00eatre acquitt\u00e9. Il pr\u00e9f\u00e9ra par des insolences voulues, pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9es, affirmer hautement son horreur de la loi et de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise\u00a0\u00bb. De la m\u00eame mani\u00e8re, Jean Grave se souvient dans ses <em>Quarante ans de propagande anarchiste<\/em>, du comportement \u00e9nergique, courageux d&rsquo;Eti\u00e9vant et surtout de la \u00ab\u00a0magnifique affirmation de principes anarchistes\u00a0\u00bb qu&rsquo;il ne put prononcer enti\u00e8rement lors de son proc\u00e8s.<!--more--><\/p>\n<p id=\"[object]\">Cette d\u00e9claration, publi\u00e9e une premi\u00e8re fois dans le journal <em>La R\u00e9volte<\/em> (n\u00b05, 6 et 7, octobre et novembre 1892), connut une bonne dizaine de r\u00e9\u00e9ditions par la suite. Par quatre fois, les <em>Temps Nouveaux<\/em> du m\u00eame Grave ont\u00a0ressorti le propos d&rsquo;Eti\u00e9vant pour un tirage total d&rsquo;environ 10000 exemplaires. C&rsquo;est cette quatri\u00e8me \u00e9dition, celle de 1898, que nous mettons ici en ligne. Dans ce long texte, l&rsquo;anarchiste qui n&rsquo;a fait que transporter et mettre \u00e0 l&rsquo;abri la dynamite vol\u00e9e, accuse ses accusateurs bourgeois d&rsquo;annihiler le droit naturel \u00e0 l&rsquo;existence et proph\u00e9tise la fin du vieux monde lib\u00e9ral et capitaliste\u00a0: Nous sommes demain et vous \u00eates hier\u00a0! De fait, le vol, la r\u00e9volte deviennent l\u00e9gitime par le seul param\u00e8tre de la n\u00e9cessit\u00e9\u00a0: <em>le droit cesse l\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate le besoin<\/em>. Alexandre Jacob ne dit pas autre chose lorsqu&rsquo;il d\u00e9clame que <em>le droit de vivre ne se mendie pas <\/em>et qu&rsquo;<em>il se prend<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-temps-nouveaux1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2522\" title=\"Les Ttemps Nouveaux\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-temps-nouveaux1-300x122.jpg\" alt=\"\" width=\"151\" height=\"61\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-temps-nouveaux1-300x122.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-temps-nouveaux1.jpg 488w\" sizes=\"(max-width: 151px) 100vw, 151px\" \/><\/a><strong>Publication des Temps Nouveaux, 1898<\/strong><\/p>\n<p><strong>N\u00b08<\/strong><\/p>\n<p><strong>D\u00e9clarations de Georges Eti\u00e9vant<\/strong><\/p>\n<p><em>A la suite du vol de dynamite \u00e0 Soisy-sous Etiolles, les camarades Faugoux, Chalbret, Drouhet et Eti\u00e9vant furent poursuivis devant la cour d&rsquo;assises de Versailles. <\/em><\/p>\n<p><em>Le camarade Eti\u00e9vant devait lire au public les d\u00e9clarations suivantes, mais le tribunal s&#8217;empressa de lui \u00f4ter la parole. <\/em><\/p>\n<p><em>Les journaux bourgeois en donn\u00e8rent, d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s incompl\u00e8te, une partie qui fut reproduite par la R\u00e9volte et donna lieu \u00e0 la lettre suivante, du p\u00e8re de notre camarade :<\/em><\/p>\n<p align=\"right\">\u00abClichy, le 22 octobre 1892<\/p>\n<p>\u00bb Camarade,<\/p>\n<p>\u00bb Ainsi que je vous l&rsquo;avais promis, je vous adresse la premi\u00e8re partie des \u00abD\u00e9clarations\u00bb de mon fils Georges, d&rsquo;autant plus n\u00e9cessaires qu&rsquo;elle \u00e9lucide la seconde, qui, malgr\u00e9 les <em>bourdes <\/em>et <em>irr\u00e9gularit\u00e9s <\/em>signal\u00e9es, a encore son cachet et sa valeur particuli\u00e8re. Vos lecteurs, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9clair\u00e9s, comprendront sans doute sans trop de peine la pens\u00e9e, quelquefois mal rendue par la <em>Cocarde.<\/em><\/p>\n<p>\u00bb Cette premi\u00e8re partie est certifi\u00e9e <em>ne varietur, <\/em>conforme \u00e0 l&rsquo;original. Seulement je vous rappelle que le tout devait \u00eatre revu par Georges qui m&rsquo;a dit n&rsquo;avoir donn\u00e9 pour ainsi dire qu&rsquo;un canevas, un sommaire, dont il avait le d\u00e9veloppement en t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00bb Votre tout d\u00e9vou\u00e9.<\/p>\n<p align=\"right\">\u00bb ETI\u00c9VANT p\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p><em>Voici donc le texte complet du travail de notre compagnon.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1276\" title=\"Au Palais d\\'injustice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"87\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a><strong>I<\/strong><\/p>\n<p>Aucune id\u00e9e n&rsquo;est inn\u00e9e en nous : elles nous viennent toutes \u00e0 l&rsquo;aide des sens, du milieu dans lequel nous vivons. Cela est si vrai que s&rsquo;il nous manque un sens, nous ne pouvons nous faire aucune id\u00e9e des faits correspondants \u00e0 ce sens. Par exemple, jamais un aveugle de naissance ne pourra se faire une id\u00e9e de la diversit\u00e9 des couleurs, parce qu&rsquo;il manque de la facult\u00e9 n\u00e9cessaire pour percevoir le rayonnement des objets. En outre, suivant nos aptitudes, que nous apportons en naissant, nous poss\u00e9dons, soit dans un ordre d&rsquo;id\u00e9es, soit dans un autre, une plus ou moins grande facult\u00e9 d&rsquo;assimilation provenant de la plus ou moins grande facult\u00e9 de r\u00e9ceptivit\u00e9 que nous avons \u00e0 ce sujet. C&rsquo;est ainsi, par exemple, que les uns apprennent facilement les math\u00e9matiques, et que d&rsquo;autres ont une aptitude plus grande pour la linguistique. Cette facult\u00e9 d&rsquo;assimilation qui est en nous peut se d\u00e9velopper dans une proportion variant \u00e0 l&rsquo;infini de chacun \u00e0 chacun, par suite de la multiplicit\u00e9 de sensations analogues per\u00e7ues.<\/p>\n<p>Mais, de m\u00eame que si nous nous servons presque exclusivement de nos bras, ceux-ci acquerront une plus grande force aux d\u00e9pens d&rsquo;autres membres ou parties de notre corps et deviendront plus aptes \u00e0 remplir leur r\u00f4le \u00e0 mesure que les autres le seront moins ; de m\u00eame, plus notre facult\u00e9 d&rsquo;assimilation s&rsquo;exercera par suite de la multiplicit\u00e9 des sensations analogues d\u00e9velopp\u00e9es dans un ordre d&rsquo;id\u00e9es, plus, relativement \u00e0 l&rsquo;ensemble de nos facult\u00e9s, nous pr\u00e9senterons de force de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;assimilation d&rsquo;id\u00e9es venant d&rsquo;un ordre inverse. C&rsquo;est ainsi que, si nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 croire telle chose ou telle id\u00e9e v\u00e9ritable et bonne, toute id\u00e9e contraire nous choquera et que nous pr\u00e9senterons \u00e0 son assimilation une tr\u00e8s grande force de r\u00e9sistance, alors qu&rsquo;elle para\u00eetra \u00e0 un autre si naturelle et si juste qu&rsquo;il ne pourra se figurer que, de bonne foi, l&rsquo;on puisse penser autrement. De tous ces faits nous avons chaque jour des exemples, et je ne crois pas que l&rsquo;on en conteste s\u00e9rieusement l&rsquo;authenticit\u00e9. Ceci pos\u00e9 et admis, et comme tout acte est le r\u00e9sultat d&rsquo;une ou plusieurs id\u00e9es, il devient \u00e9vident que pour juger un homme, pour arriver \u00e0 conna\u00eetre la responsabilit\u00e9 d&rsquo;un individu dans l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un acte, il faut pouvoir conna\u00eetre chacune des sensations qui ont d\u00e9termin\u00e9 l&rsquo;accomplissement de cet acte, en appr\u00e9cier l&rsquo;intensit\u00e9, savoir qu&rsquo;elle facult\u00e9 de r\u00e9ceptivit\u00e9 ou quelle force de r\u00e9sistance chacune a pu rencontrer en lui, ainsi que le laps de temps pendant lequel il aura \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 l&rsquo;influence de chacune d&rsquo;abord, de plusieurs ensuite, et de toutes apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Or, qui vous donnera la facult\u00e9 de percevoir et de sentir ce que les autres per\u00e7oivent et ressentent, ou ont per\u00e7u et ressenti ? Comment pourrez-vous juger un individu si vous ne pouvez conna\u00eetre exactement les causes d\u00e9terminantes de ses actes ? Et comment pourrez-vous conna\u00eetre ces causes et toutes ces causes, ainsi que leur relativit\u00e9 entre elles, si vous ne pouvez p\u00e9n\u00e9trer dans les arcanes de sa mentalit\u00e9 et vous identifier \u00e0 lui de fa\u00e7on \u00e0 conna\u00eetre son <em>moi<\/em> parfaitement ? Mais il faudrait pour cela conna\u00eetre son temp\u00e9rament mieux que l&rsquo;on ne conna\u00eet souvent le sien propre ; bien plus : avoir un temp\u00e9rament semblable, se soumettre aux m\u00eames influences, vivre dans le m\u00eame milieu pendant le m\u00eame laps de temps, seul moyen de se rendre compte du nombre et de la force des influences de ce milieu, comparativement \u00e0 la facult\u00e9 d&rsquo;assimilation que ces influences ont pu rencontrer en cet individu.<\/p>\n<p>Il y a donc impossibilit\u00e9 de juger nos semblables, r\u00e9sultant de l&rsquo;impossibilit\u00e9 o\u00f9 nous sommes de conna\u00eetre exactement les influences auxquelles ils ob\u00e9issent et leur force des sensations d\u00e9terminantes de leurs actes, comparativement \u00e0 leurs facult\u00e9s d&rsquo;assimilation ou \u00e0 leur force de r\u00e9sistance. Mais si cette impossibilit\u00e9 n&rsquo;existait pas, nous n&rsquo;arriverions au plus qu&rsquo;\u00e0 nous rendre un compte exact du jeu des influences auxquelles ils auraient ob\u00e9i, de la relativit\u00e9 qu&rsquo;il y a entre elles, de la plus ou moins grande force de r\u00e9sistance qu&rsquo;ils auraient \u00e0 leur opposer, de leur plus ou moins de puissance de r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 subir ces influences ; mais nous ne pourrions pas pour cela conna\u00eetre leur responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un acte, par cette bonne et magnifique raison que la responsabilit\u00e9 n&rsquo;existe pas.<\/p>\n<p>Pour bien se rendre compte de la non-existence de la responsabilit\u00e9, il suffit de consid\u00e9rer le jeu des facult\u00e9s intellectuelles chez l&rsquo;homme. Pour que la responsabilit\u00e9 exist\u00e2t, il faudrait que la volont\u00e9 d\u00e9termin\u00e2t les sensations, de m\u00eame que celles-ci d\u00e9terminent l&rsquo;id\u00e9e, et celles-l\u00e0 l&rsquo;acte. Mais bien au contraire, ce sont les sensations qui d\u00e9terminent la volont\u00e9, qui lui donnent naissance en nous et qui la dirigent. Car la volont\u00e9 n&rsquo;est que le d\u00e9sir que nous avons de l&rsquo;accomplissement d&rsquo;une chose destin\u00e9e \u00e0 satisfaire un de nos besoins, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 nous procurer une sensation de plaisir, \u00e0 \u00e9loigner de nous une sensation de douleur, et, par cons\u00e9quent, il faut que ces sensations soient ou aient \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues pour que naissent en nous la <em>volont\u00e9<\/em>. Et la volont\u00e9, cr\u00e9\u00e9e par les sensations, ne peut \u00eatre chang\u00e9e que par de nouvelles sensations, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle ne peut prendre une autre direction, poursuivre un autre but, que si des sensations nouvelles font na\u00eetre en nous un nouvel ordre d&rsquo;id\u00e9es ou modifient en nous l&rsquo;ordre d&rsquo;id\u00e9es pr\u00e9existant. Cela a \u00e9t\u00e9 reconnu de tous temps et vous le reconnaissez vous-m\u00eames tacitement, car, en somme, faire plaider devant vous le pour et le contre, n&rsquo;est-ce pas prouver que des sensations nouvelles, vous arrivant par l&rsquo;organe de l&rsquo;ou\u00efe, peuvent faire na\u00eetre en vous la volont\u00e9 d&rsquo;agir d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, ou modifier votre volont\u00e9 pr\u00e9existante ? Mais, comme je l&rsquo;ai dit en commen\u00e7ant, si l&rsquo;on est habitu\u00e9, par suite d&rsquo;une longue succession de sensations analogues, \u00e0 consid\u00e9rer telle chose ou telle id\u00e9e comme bonne et juste, toute id\u00e9e contraire nous choquera, et nous pr\u00e9senterons \u00e0 son assimilation une tr\u00e8s grande force de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour cette raison que les personnes \u00e2g\u00e9es adoptent moins facilement les id\u00e9es nouvelles, attendu que dans le cours de leur existence elles ont per\u00e7u une multiplicit\u00e9 de sensations \u00e9manant du milieu dans lequel elles ont v\u00e9cu, et qui les ont amen\u00e9es \u00e0 consid\u00e9rer comme bonnes les id\u00e9es conformes \u00e0 la conception g\u00e9n\u00e9rale de ce milieu sur le <em>juste<\/em> et l&rsquo;<em>injuste<\/em>. C&rsquo;est aussi pour cette raison que la notion du juste et de l&rsquo;injuste a sans cesse vari\u00e9 dans la cours des si\u00e8cles, que, de nos jours encore, elle diff\u00e8re \u00e9trangement de climat \u00e0 climat, de peuple \u00e0 peuple, et m\u00eame d&rsquo;homme \u00e0 homme. Et, comme ces diverses conceptions ne peuvent \u00eatre que relativement justes et bonnes, nous devons en conclure qu&rsquo;une grande portion, sinon la totalit\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9, erre encore \u00e0 ce sujet. C&rsquo;est ce qui nous explique \u00e9galement pourquoi tel argument qui emportera la conviction de l&rsquo;un, laissera l&rsquo;autre indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Mais d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, celui que l&rsquo;argument aura frapp\u00e9 ne pourra pas faire que sa volont\u00e9 ne soit d\u00e9termin\u00e9e dans un sens, et celui que l&rsquo;argument aura laiss\u00e9 indiff\u00e9rent ne pourra pas faire que sa volont\u00e9 ne reste la m\u00eame, et par cons\u00e9quent l&rsquo;un ne pourra s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;agir d&rsquo;une fa\u00e7on et l&rsquo;autre d&rsquo;une fa\u00e7on contraire, \u00e0 moins que de nouvelles sensations ne viennent modifier leur volont\u00e9.<\/p>\n<p>Bien que cela ait l&rsquo;air d&rsquo;un paradoxe, nous ne faisons aucun acte bon ou mauvais, si minime soit-il, que nous ne soyons forc\u00e9s de faire, attendu que tout acte est le r\u00e9sultat de la relativit\u00e9 qu&rsquo;il y a entre une ou plusieurs sensations nous venant du milieu dans lequel nous vivons, et la plus ou moins grande facult\u00e9 d&rsquo;assimilation qu&rsquo;elle peut rencontrer en nous. Or, comme nous ne pouvons \u00eatre responsables de la plus ou moins grande facult\u00e9 d&rsquo;assimilation qui est en nous, relativement \u00e0 un ordre de sensations ou \u00e0 un autre, ni de l&rsquo;existence ou de la non-existence des influences provenant du milieu dans lequel nous vivons et des sensations qui nous en viennent, pas plus que de leur relativit\u00e9 et de notre plus ou moins grande facult\u00e9 de r\u00e9ceptivit\u00e9 ou de r\u00e9sistance, nous ne pouvons \u00eatre responsables non plus du r\u00e9sultat de cette relativit\u00e9, attendu qu&rsquo;elle est non seulement ind\u00e9pendante de notre volont\u00e9, mais encore qu&rsquo;elle en est <em>d\u00e9terminante<\/em>. Donc, tout jugement est impossible et toute r\u00e9compense, comme toute punition, est injuste, si minime soit-elle, et quelque grand que puisse \u00eatre le bienfait ou le m\u00e9fait.<\/p>\n<p>On ne peut donc pas juger les hommes, ni m\u00eame les actes, \u00e0 moins d&rsquo;avoir un crit\u00e9rium suffisant. Or, ce crit\u00e9rium n&rsquo;existe pas. En tout cas, ce n&rsquo;est pas dans les lois qu&rsquo;on pourrait le trouver, car la vraie justice est immuable et les lois sont changeantes. Il en est des lois comme de tout le reste. Car, si ces lois sont bonnes, \u00e0 quoi bon des d\u00e9put\u00e9s et des s\u00e9nateurs pour les changer ? Et, si elles sont mauvaises, \u00e0 quoi bon des magistrats pour les appliquer ?<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1276\" title=\"Au Palais d\\'injustice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"87\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a><strong>II<\/strong><\/p>\n<p>Par le fait m\u00eame de sa naissance, chaque \u00eatre a le droit de vivre et d&rsquo;\u00eatre heureux, Ce droit d&rsquo;aller, de venir librement dans l&rsquo;espace, le sol sous les pieds, le ciel sur la t\u00eate, le soleil dans les yeux, l&rsquo;air dans la poitrine\u00a0; ce droit primordial, ant\u00e9rieur \u00e0 tous les autres droits, imprescriptible et naturel, on le conteste \u00e0 des millions d&rsquo;\u00eatres humains. Ces millions de d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s auxquels les riches ont pris la terre, notre m\u00e8re nourrici\u00e8re \u00e0 tous, ne peuvent faire un pas \u00e0 droite ou \u00e0 gauche, manger ou dormir, jouir en un mot de leurs organes, satisfaire leurs besoins et vivre, qu&rsquo;avec la permission d&rsquo;autres hommes ; leur vie est toujours pr\u00e9caire, \u00e0 la merci des caprices de ceux qui sont devenus leurs ma\u00eetres. Ils ne peuvent aller et venir dans le grand domaine humain sans, \u00e0 chaque pas, rencontrer une barri\u00e8re, sans \u00eatre arr\u00eat\u00e9s par ces mots : n&rsquo;allez pas dans ce champ, il est \u00e0 un tel ; n&rsquo;allez pas dans ce bois, il appartient \u00e0 celui-ci, ne cueillez pas ces fruits, ne p\u00eachez pas ces poissons, ils sont la propri\u00e9t\u00e9 de celui-l\u00e0.<\/p>\n<p>Et s&rsquo;ils demandent : Mais, alors, nous autres, qu&rsquo;avons-nous donc ? Rien, leur r\u00e9pondra-t-on. Vous n&rsquo;avez rien\u00a0; et tout petits d\u00e9j\u00e0, au moyen de la religion et des lois, on, aura fa\u00e7onn\u00e9 leur cerveau pour qu&rsquo;ils acceptent sans murmure cette criante injustice.<\/p>\n<p>Les racines des plantes s&rsquo;assimilent le suc de la terre, mais le produit n&rsquo;en est pas pour vous, leur dit-on. La pluie vous mouille comme les autres, mais ce n&rsquo;est pas pour vous qu&rsquo;elle fait cro\u00eetre les r\u00e9coltes, et le soleil ne rayonne que pour dorer des bl\u00e9s et m\u00fbrir des fruits dont vous ne go\u00fbterez pas. La terre tourne autour du soleil et pr\u00e9sente alternativement chacune de ses faces \u00e0 l&rsquo;influence vivifiante de cet astre, mais ce grand mouvement ne se fait pas au profit de toutes les cr\u00e9atures, car la terre appartient aux uns et pas aux autres, des hommes l&rsquo;ont achet\u00e9e avec leur or et leur argent. Mais par quels subterfuges, puisque l&rsquo;or et l&rsquo;argent sont contenus dans la terre avec ces m\u00e9taux ?<\/p>\n<p>Comment se fait-il qu&rsquo;une partie du tout puisse valoir autant que le tout ? Comment se fait-il s&rsquo;ils ont achet\u00e9 la terre avec leur or, qu&rsquo;ils aient encore tout l&rsquo;or ? Myst\u00e8re !<\/p>\n<p>Et ces for\u00eats immenses ensevelies depuis des millions de si\u00e8cles par des r\u00e9volutions g\u00e9ologiques, ils ne peuvent les avoir achet\u00e9es, ni en avoir h\u00e9rit\u00e9 de leurs p\u00e8res puisque alors il n&rsquo;y avait encore personne sur la terre ! C&rsquo;est \u00e0 eux tout de m\u00eame, car, depuis les entrailles de la terre et le fond de t&rsquo;oc\u00e9an jusqu&rsquo;aux plus hauts sommets des grands monts, tout leur appartient\u00a0; c&rsquo;est pour que celui-ci puisse donner une dot \u00e0 sa fille que ces for\u00eats ont pouss\u00e9 jadis ; c&rsquo;est pour que celui-l\u00e0 puisse donner un h\u00f4tel \u00e0 sa ma\u00eetresse que les r\u00e9volutions g\u00e9ologiques ont eu lieu. Et c&rsquo;est pour qu&rsquo;ils puissent sabler le champagne que ces for\u00eats se sont lentement converties en houille.<\/p>\n<p>Mais si les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s demandent : Comment ferons-nous pour vivre si nous n&rsquo;avons droit \u00e0 rien ? Rassurez-vous, leur r\u00e9pondra-t-on : les poss\u00e9dants sont de braves gens, et pour peu que vous soyez sages, que vous ob\u00e9issiez \u00e0 toutes leurs volont\u00e9s, ils vous permettront de vivre, en \u00e9change de quoi vous devrez, labourer leurs champs, leur faire des habits, construire leurs maisons, tondre leurs brebis, \u00e9monder leurs arbres, faire des machines, des livres ; en un mot, leur procurer toutes les jouissances physiques et intellectuelles auxquelles ils ont seuls droit. Si les riches ont la bont\u00e9 de vous laisser manger leur pain, boire leur eau, vous devez les en remercier infiniment, car votre vie leur appartient en m\u00eame temps que le reste.<\/p>\n<p>Vous n&rsquo;avez le droit de vivre qu&rsquo;avec leur bon plaisir, et \u00e0 condition que vous travaillerez pour eux. Ils vous dirigeront ; ils vous regarderont travailler, ils jouiront des fruits de votre labeur, car ils y ont droit. Tout ce que vous pouvez mettre en \u0153uvre dans votre production leur appartient \u00e9galement. Alors qu&rsquo;eux, n\u00e9s en m\u00eame temps que vous, commanderont toute leur vie et toute votre vie vous ob\u00e9irez ; alors qu&rsquo;ils pourront se reposer \u00e0 l&rsquo;ombre des arbres, po\u00e9tiser au murmure de la source, revivifier leurs muscles dans les ondes de la mer, retrouver la sant\u00e9 dans les sources thermales, jouir du vaste horizon sur le sommet des montagnes, entrer en possession du domaine intellectuel de l&rsquo;humanit\u00e9 et converser ainsi avec les puissants semeurs d&rsquo;id\u00e9es, les infatigables chercheurs de l&rsquo;au del\u00e0\u00a0; vous, \u00e0 peine sortis de la premi\u00e8re enfance, vous devrez, for\u00e7ats de naissance, commencer \u00e0 tra\u00eener votre boulet de mis\u00e8re, vous devrez produire pour que d&rsquo;autres consomment, travailler pour que d&rsquo;autres vivent oisifs, mourir \u00e0 la peine pour que d&rsquo;autres soient dans la joie.<\/p>\n<p>Alors qu&rsquo;ils peuvent parcourir en tous sens le grand domaine, jouir de tous les horizons, vivre en communion constante avec la nature et puiser \u00e0 cette source intarissable de po\u00e9sie les plus d\u00e9licates et les plus douces sensations que l&rsquo;\u00eatre puisse ressentir\u00a0; vous n&rsquo;aurez pour tout horizon que les quatre murs de vos mansardes, de vos ateliers, du bagne et de la prison ; vous devrez, machine humaine dont la vie se r\u00e9duit \u00e0 un acte toujours le m\u00eame, ind\u00e9finiment r\u00e9p\u00e9t\u00e9, recommencer chaque jour la t\u00e2che de la veille, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un rouage se brise en vous, ou qu&rsquo;us\u00e9s et vieillis, l&rsquo;on vous jette au ruisseau comme ne procurant pas un b\u00e9n\u00e9fice suffisant.<\/p>\n<p>Malheur \u00e0 vous si la maladie vous terrasse, si, jeunes ou vieux, vous \u00eates trop faibles pour produire au gr\u00e9 des poss\u00e9dants. \u00d1 Malheur \u00e0 vous si vous ne trouver personne \u00e0 qui prostituer votre cerveau, vos bras, votre corps, vous roulerez d&rsquo;ab\u00eeme en ab\u00eeme ; \u00a0on vous fera un crime de vos haillons, un opprobre de vos tiraillements d&rsquo;estomac, la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re vous jettera l&rsquo;anath\u00e8me et l&rsquo;autorit\u00e9, intervenant la loi \u00e0 la main vous criera : Malheur aux sans g\u00eete, malheur \u00e0 qui n&rsquo;a pas un toit pour abriter sa t\u00eate, malheur \u00e0 qui n&rsquo;a pas un grabat pour reposer ses membres endoloris, \u00a0malheur \u00e0 qui se permet d&rsquo;avoir trop faim quand les autres ont trop mang\u00e9, malheur \u00e0 qui a froid quand les autres ont chaud, malheur aux vagabonds, malheur aux vaincus ! Et elle les frappera pour s&rsquo;\u00eatre permis de n&rsquo;avoir rien, alors que les autres ont tout. C&rsquo;est justice, dit la loi. Cela est un crime, r\u00e9pondrons-nous, cela ne doit pas \u00eatre, cela doit cesser d&rsquo;exister, car cela n&rsquo;est pas juste.<\/p>\n<p>Trop longtemps, les hommes ont pris et accept\u00e9 pour r\u00e8gle morale l&rsquo;expression de la volont\u00e9 des forts et des puissants ; trop longtemps, la m\u00e9chancet\u00e9 des uns a trouv\u00e9 des complices dans l&rsquo;ignorance et la l\u00e2chet\u00e9 des autres ; trop longtemps, les hommes sont rest\u00e9s sourds \u00e0 la voix de la raison, de la justice et de la nature : trop longtemps ils ont pris le mensonge pour la v\u00e9rit\u00e9. Et voici ce qu&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9 : Qu&rsquo;est-ce que la vie, sinon un perp\u00e9tuel mouvement d&rsquo;assimilation et de d\u00e9sassimilation qui incorpore aux \u00eatres les mol\u00e9cules de la mati\u00e8re sous ses diverses formes et les leur arrache bient\u00f4t pour combiner \u00e0 nouveau de mille autres mani\u00e8res ; un perp\u00e9tuel mouvement d&rsquo;action et de r\u00e9action entre l&rsquo;individu et le milieu naturel ambiant qui se compose de tout ce qui n&rsquo;est pas lui ; telle est la vie. Par son action continue, l&rsquo;ensemble des \u00eatres et des choses tend perp\u00e9tuellement \u00e0 l&rsquo;absorption de l&rsquo;individu, \u00e0 la d\u00e9sagr\u00e9gation de son \u00eatre, \u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>La nature ne fait du neuf qu&rsquo;avec du vieux, toujours elle d\u00e9truit pour cr\u00e9er, elle ne fait jamais sortir la vie que de la mort, et il faut qu&rsquo;elle tue ce qui est pour donner naissance \u00e0 ce qui sera. La vie n&rsquo;est donc possible pour l&rsquo;individu que par une perp\u00e9tuelle r\u00e9action de lui-m\u00eame sur l&rsquo;ensemble des \u00eatres et des choses qui l&rsquo;entourent. Il ne peut vivre qu&rsquo;\u00e0 condition de combattre la d\u00e9sassimilation que lui fait subir tout ce qui existe, par l&rsquo;assimilation de nouvelles mol\u00e9cules qu&rsquo;il doit emprunter \u00e0 tout ce qui existe.<\/p>\n<p>Ainsi les \u00eatres, \u00e0 quelque degr\u00e9 de l&rsquo;\u00e9chelle qu&rsquo;ils soient plac\u00e9s, depuis les zoophytes jusqu&rsquo;aux hommes, sont-ils pourvus de facult\u00e9s leur permettant de combattre la d\u00e9sassimilation de leur organisme en s&rsquo;incorporant de nouveaux \u00e9l\u00e9ments emprunt\u00e9s au milieu dans lequel ils vivent. Tous sont pourvus d&rsquo;organes plus ou moins parfaits destin\u00e9s \u00e0 les avertir de la pr\u00e9sence de causes pouvant amener une brusque d\u00e9sassimilation de leur \u00eatre. Tous sont pourvus d&rsquo;organes leur permettant de combattre l&rsquo;influence d\u00e9sorganisatrice des \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n<p>Pourquoi auraient-ils tous ces organes s&rsquo;ils ne devaient s&rsquo;en servir ? s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas le droit d&rsquo;en faire usage ?<\/p>\n<p>Pourquoi des poumons, sinon pour respirer ; pourquoi des yeux, sinon pour voir ; pourquoi un cerveau, sinon pour penser ; pourquoi un estomac, sinon pour dig\u00e9rer la nourriture ? Oui, cela est ainsi : par nos poumons, nous avons le droit de respirer ; par notre estomac, nous avons le droit de manger ; par notre cerveau nous avons le droit de penser ; par notre langue, nous avons le droit de parler ; par nos oreilles, nous avons le droit d&rsquo;entendre ; par nos yeux, nous avons le droit de voir ; par nos jambes, nous avons le droit d&rsquo;aller et de venir.<\/p>\n<p>Et nous avons le droit \u00e0 tout cela parce que par notre \u00eatre nous avons le droit de vivre. Jamais un \u00eatre n&rsquo;a d&rsquo;organes plus puissants qu&rsquo;il n&rsquo;en doit avoir ; jamais un \u00eatre n&rsquo;a une vue trop per\u00e7ante, une ou\u00efe trop fine, une parole trop facile, un cerveau trop vaste, un estomac trop bon ; des jambes, des pattes, des ailes ou des nageoires trop fortes.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1276\" title=\"Au Palais d\\'injustice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"152\" height=\"86\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 152px) 100vw, 152px\" \/><\/a>Aussi par nos jambes avons-nous droit \u00e0 tout l&rsquo;espace que nous pouvons parcourir ; par nos poumons, \u00e0 tout l&rsquo;air que nous pouvons respirer ; par notre estomac, \u00e0 toute la nourriture que nous pouvons dig\u00e9rer ; par notre cerveau, \u00e0 tout ce que nous pouvons penser et nous assimiler des pens\u00e9es des autres ; par notre facult\u00e9 d&rsquo;\u00e9locution, \u00e0 tout ce que nous pouvons dire ; par nos oreilles, \u00e0 tout ce que nous pouvons entendre, et nous avons droit \u00e0 tout cela parce que nous avons droit \u00e0 la vie et que cela constitue la vie. Ce sont l\u00e0 les vrais droits de l&rsquo;homme ! Nul besoin de les d\u00e9cr\u00e9ter : ils existent comme existe le soleil.<\/p>\n<p>Ils ne sont \u00e9crits dans aucune constitution, dans aucune loi, mais ils sont inscrits en caract\u00e8res ineffa\u00e7ables dans le grand livre de la nature et imprescriptibles.<\/p>\n<p>Depuis le ciron jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9phant, depuis le brin d&rsquo;herbe jusqu&rsquo;au ch\u00eane, depuis l&rsquo;atome jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9toile, tout le proclame. Ecoutez la grande voix de la nature ; elle vous dira que tout en elle est solidaire, que le mouvement g\u00e9n\u00e9ral \u00e9ternel, qui est la condition de la vie pour l&rsquo;univers, se compose du mouvement g\u00e9n\u00e9ral \u00e9ternel de chacun de ses atomes, qui est la condition de la vie pour chacune des cr\u00e9atures.<\/p>\n<p>Les mouvements des infiniment petits comme ceux des infiniment grands se r\u00e9percutent et r\u00e9agissent ind\u00e9finiment les uns sur les autres. Et, puisque tout r\u00e9agit sur nous, nous avons droits de vivre et la vie n&rsquo;est possible qu&rsquo;\u00e0 cette condition.<\/p>\n<p>Par le fait de notre naissance, nous devenons copropri\u00e9taires de l&rsquo;univers tout entier et nous avons le droit \u00e0 tout ce qui est, \u00e0 tout ce qui a \u00e9t\u00e9 et \u00e0 tout ce qui sera. Chacun de nous acquiert par sa naissance droit \u00e0 tout, sans autres limites que celles que la nature elle-m\u00eame lui a pos\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire la limite de ses facult\u00e9s d&rsquo;assimilation.<\/p>\n<p>Or, vous dites : C&rsquo;est \u00e0 moi ce champ, c&rsquo;est \u00e0 moi ce bois, c&rsquo;est \u00e0 moi cette source, c&rsquo;est \u00e0 moi cet \u00e9tang, cette prairie, cette moisson, cette maison ; \u00e0 vous qui dites cela, je r\u00e9ponds : Quand vous aurez fait en sorte que votre propri\u00e9t\u00e9, fraction de ce grand tout qui, par son action constante sur mon organisme, me pousse, de m\u00eame que vous, vers la tombe, cesse de m&rsquo;y pousser, je reconna\u00eetrai que vous seuls avez le droit d&rsquo;en jouir.<\/p>\n<p>Quand vous aurez fait en sorte que les influences d\u00e9sagr\u00e9gatrices de la nature n&rsquo;aient d&rsquo;action que sur vous, vous seuls aurez droit de puiser dans la nature de quoi r\u00e9parer ce que la nature vous enl\u00e8ve. Mais, tant que l&rsquo;humidit\u00e9 agira sur moi comme sur vous, la source et l&rsquo;\u00e9tang seront \u00e0 moi comme \u00e0 vous.<\/p>\n<p>Tant que vous n&rsquo;aurez pas emp\u00each\u00e9 la chaleur du soleil de me faire transpirer comme vous, elle m\u00fbrira fruits et moissons pour nous comme pour vous.<\/p>\n<p>Sachez qu&rsquo;un homme de vingt ans n&rsquo;a pas en lui une seule des mol\u00e9cules qui constituaient son \u00eatre dix ans auparavant ; aussi quand vous aurez fait en sorte que, soit par la pluie, soit par le vent, soit de toute autre fa\u00e7on, ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 moi ne s&rsquo;incorpore \u00e0 vos propri\u00e9t\u00e9s, vous aurez le droit de m&#8217;emp\u00eacher de m&rsquo;incorporer en retour ce qui me revient de vos propri\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais tant que vous n&rsquo;aurez pas fait en sorte que nous puissions, nous les<em> hors-parts<\/em>, les parias, vivre sans nous assimiler constamment des \u00e9l\u00e9ments que nous prenons dans le grand tout, nous aurons droit comme vous \u00e0 ce grand tout et \u00e0 chacune de ses parties, car nous sommes n\u00e9s comme vous, nous sommes semblables \u00e0 vous, nous avons des organes et des besoins comme vous, et nous avons droit \u00e0 la vie et au bonheur comme vous.<\/p>\n<p>Si nous \u00e9tions d&rsquo;esp\u00e8ce animale inf\u00e9rieure \u00e0 vous, je comprendrais cette exclusion : notre organisation et notre mode de vie seraient diff\u00e9rents ; mais puisque nous sommes organis\u00e9s comme vous, c&rsquo;est que nous sommes vos \u00e9gaux et que nous avons des droits \u00e9gaux aux v\u00f4tres sur l&rsquo;universalit\u00e9 des biens.<\/p>\n<p>Et si vous me dites que telle chose est \u00e0 vous parce que vous en avez h\u00e9rit\u00e9, je vous r\u00e9pondrai que ceux qui vous l&rsquo;ont laiss\u00e9e n&rsquo;avaient pas le droit de le faire. Ils avaient droit de jouir de l&rsquo;universalit\u00e9 des biens durant leur vie comme nous avons le droit d&rsquo;en jouir pendant la n\u00f4tre, mais ils n&rsquo;avaient pas celui d&rsquo;en disposer apr\u00e8s leur mort, car, de m\u00eame que par notre naissance nous acqu\u00e9rons droit \u00e0 tout, par notre mort nous perdons tous nos droits, car alors nous n&rsquo;avons plus besoins de rien.<\/p>\n<p>De quel droit ceux qui ont v\u00e9cu voudraient-ils nous emp\u00eacher de vivre ?<\/p>\n<p>De quel droit un agr\u00e9gat de mol\u00e9cules voudrait-il emp\u00eacher ses propres mol\u00e9cules de se r\u00e9agr\u00e9ger d&rsquo;une fa\u00e7on plut\u00f4t qu&rsquo;une autre ? De quel droit ce qui fut voudrait-il emp\u00eacher ce qui sera ? Quoi, parce qu&rsquo;un homme des temps a habit\u00e9 un coin de terre, il en pourrait disposer pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ? Y a-t-il rien de plus stupide que cette pr\u00e9tention d&rsquo;un \u00eatre \u00e9ph\u00e9m\u00e8re faisant des donations perp\u00e9tuelles \u00e0 des \u00eatres, \u00e0 des institutions passag\u00e8res ?<\/p>\n<p>Nous ne devons pas respecter ces pr\u00e9tentions de gens qui veulent vivre alors qu&rsquo;ils sont morts, qui veulent avoir droits \u00e0 tous les biens, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;en ont plus besoin, et qui veulent disposer apr\u00e8s leur mort de choses dont ils n&rsquo;avaient droit de disposer que selon leurs besoins pendant leur vie.<\/p>\n<p>Et si vous me dites qu&rsquo;ils avaient droit d&rsquo;en disposer, car cela \u00e9tait une partie du produit de leur travail qu&rsquo;ils avaient \u00e9conomis\u00e9e, je vous r\u00e9pondrai que s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas consomm\u00e9 tout le produit de leur travail, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont pu s&rsquo;en dispenser ; s&rsquo;ils n&rsquo;en avaient pas besoin, ils n&rsquo;y avaient pas droit, et par cons\u00e9quent ne pouvaient en disposer en votre faveur, et vous c\u00e9der des droits qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas.<\/p>\n<p>Le droit cesse o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate le besoin.<\/p>\n<p>De m\u00eame, si vous me dites que telle chose est \u00e0 vous parce que vous l&rsquo;avez achet\u00e9e, je r\u00e9pondrai que ceux qui l&rsquo;ont vendue n&rsquo;avaient pas droit de vous la vendre. Ils avaient le droit d&rsquo;en jouir suivant leurs besoins, comme nous avons le droit d&rsquo;en jouir selon les n\u00f4tres. Ils avaient le droit d&rsquo;ali\u00e9ner leur part de jouissance et de vie, mais non d&rsquo;ali\u00e9ner la n\u00f4tre : ils pouvaient renoncer au bonheur pour eux, mais pas pour nous, et nous n&rsquo;avons pas \u00e0 respecter des transactions qui sont pass\u00e9es en dehors de nous et contre notre droit.<\/p>\n<p>La nature nous dit : Prends, et non pas ach\u00e8te. Dans tout achat, il y a un dupeur et un dup\u00e9, l&rsquo;un qui tire profit de la transaction tandis que l&rsquo;autre est l\u00e9s\u00e9. Mais si chacun prend ce dont il a besoin, personne n&rsquo;est l\u00e9s\u00e9, attendu que chacun ayant ainsi ce dont il a besoin, il a aussi tout ce \u00e0 quoi il a droit.<\/p>\n<p>La transaction commerciale est certainement une des causes de corruption pour l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas inutile de remarquer \u00e0 ce sujet que tout ce qui, dans le fonctionnement social actuel, est contraire aux r\u00e8gles de la philosophie naturelle est, en m\u00eame temps, une source de maux et de crimes, et que si tous les individus avaient \u00e0 leur disposition l&rsquo;universalit\u00e9 des biens, s&rsquo;ils \u00e9taient assur\u00e9s d&rsquo;avoir, demain et apr\u00e8s, ce qu&rsquo;il faut pour vivre et \u00eatre heureux, ainsi qu&rsquo;ils y ont droit, les neuf dixi\u00e8mes des crimes seraient supprim\u00e9s, car ils ont pour mobile ce que vous appelez vol.<\/p>\n<p>Il faut bien nous p\u00e9n\u00e9trer de cette v\u00e9rit\u00e9 que du moment qu&rsquo;un homme vend quelque chose, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;en a pas besoin ; que d\u00e8s lors il n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;en disposer et d&#8217;emp\u00eacher ceux qui en ont besoin de s&rsquo;en emparer, attendu que par le fait m\u00eame qu&rsquo;ils en ont besoin, ils y ont droit !<\/p>\n<p>De m\u00eame que le vol, la prostitution dispara\u00eetrait par l&rsquo;application de nos th\u00e9ories philosophiques. Pourquoi une femme se prostituerait-elle, alors qu&rsquo;elle aurait \u00e0 sa disposition tout ce qui peut assurer son existence et son bonheur ? Et comment un homme pourrait-il acheter puisqu&rsquo;il ne pourrait lui donner que ce qu&rsquo;elle aurait droit d&rsquo;avoir ? Et ainsi de tous les crimes, de tous les vices, qui dispara\u00eetraient parce qu&rsquo;auraient disparu leurs causes.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;est sain et complet que par le libre exercice de sa pleine volont\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 vient le mensonge, la duplicit\u00e9, la ruse, sinon de la contrainte impos\u00e9e aux uns par les autres ? Ce sont les armes des faibles, et les faibles n&rsquo;y ont recours que parce que les forts les y contraignent.<\/p>\n<p>Le mensonge n&rsquo;est pas le vice du menteur, mais bien de celui qui le contraint \u00e0 mentir. Enlevez la contrainte, la coercition, le ch\u00e2timent, et nous verrons si le menteur ne dit pas la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Que les uns cessent de contester \u00e0 d&rsquo;autres le droit \u00e0 la vie, au bonheur, et la prostitution, l&rsquo;assassinat dispara\u00eetront, car les hommes naissent tous \u00e9galement libres et bons. Ce sont les lois sociales qui font les mauvais et les injustes, esclaves ou ma\u00eetres, spoli\u00e9s ou spoliateurs, bourreaux ou victimes? Chaque homme est un \u00eatre autonome, ind\u00e9pendant ; c&rsquo;est pourquoi l&rsquo;ind\u00e9pendance de chacun doit \u00eatre respect\u00e9e. Toute atteinte \u00e0 notre libert\u00e9 naturelle, toute contrainte impos\u00e9e est un crime qui appelle la r\u00e9volte.<\/p>\n<p>Je sais bien que mon raisonnement ne ressemble en rien \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie politique enseign\u00e9e par M. Leroy-Beaulieu, ni \u00e0 la morale de Malthus, ni au socialisme chr\u00e9tien de L\u00e9on XIII qui pr\u00eache le renoncement aux richesses au milieu de monceaux d&rsquo;or, et l&rsquo;humilit\u00e9 en se proclamant le premier de tous. Je sais bien que la philosophie naturelle choque de front toutes les id\u00e9es re\u00e7ues, soit religieuses, soit morales, soit politiques. Mais son triomphe est assur\u00e9, car elle est sup\u00e9rieure \u00e0 toute th\u00e9orie philosophique, \u00e0 toute autre conception morale, <em>parce qu&rsquo;elle ne revendique aucun droit pour les uns qu&rsquo;elle ne revendique \u00e9galement pour les autres, et qu&rsquo;\u00e9tant absolue \u00e9galit\u00e9, elle porte en elle-m\u00eame l&rsquo;absolue justice<\/em>. Elle ne se plie pas aux circonstances de temps et de milieu et ne proclame pas alternativement bon ou mauvais le m\u00eame acte.<\/p>\n<p>Elle n&rsquo;a rien de commun avec cette morale \u00e0 double face qui a cours parmi les hommes de ce temps et qui fait qu&rsquo;une chose est bonne ou mauvaise suivant les latitudes et les longitudes.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1276\" title=\"Au Palais d\\'injustice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"88\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>Elle ne proclame pas, par exemple, que le fait de s&#8217;emparer d&rsquo;une chose et ne laisser \u00e0 la place que le cadavre du pr\u00e9c\u00e9dent possesseur est tant\u00f4t affreux, tant\u00f4t sublime. Affreux si l&rsquo;affaire se passe aux environs de Paris, sublime si elle a lieu aux environs de Hu\u00e9 ou de Berlin. Et comme elle n&rsquo;admet ni punition ni r\u00e9compense, elle ne r\u00e9clame pas, dans le premier cas, la guillotine pour les uns, l&rsquo;apoth\u00e9ose pour les autres. Elle substitue \u00e0 toutes les innombrables et changeantes r\u00e8gles morales invent\u00e9es par les uns pour asservir les autres, et prouvant par leur nombre et leur mobilit\u00e9 m\u00eame leur fragilit\u00e9, la justice naturelle, immuable r\u00e8gle du bien et du mal, qui n&rsquo;est l&rsquo;oeuvre de personne, mais r\u00e9sulte de l&rsquo;organisme intime de chacun. Le bien, c&rsquo;est ce qui nous est bon, ce qui nous procure des sensations de plaisirs, et comme ce sont les sensations qui d\u00e9terminent la volont\u00e9, le bien, c&rsquo;est ce que nous voulons, le mal, ce qui nous est mauvais, ce qui nous procure des sensations de douleur, c&rsquo;est ce que nous ne voulons pas. \u00ab <em>Fais ce que tu veux<\/em> \u00bb, telle est l&rsquo;unique loi que notre justice reconnaisse, car elle proclame la libert\u00e9 de chacun dans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous.<\/p>\n<p>Ceux qui pensent que personne ne voudrait travailler, si on n&rsquo;y \u00e9tait contraint, oublient que l&rsquo;immobilit\u00e9 c&rsquo;est la mort, que nous avons des forces \u00e0 d\u00e9penser pour les renouveler sans cesse et que la sant\u00e9 et le bonheur ne se conservent qu&rsquo;au prix de l&rsquo;activit\u00e9, que personne ne voulant \u00eatre malheureux et malade, tous devront occuper tout leurs organes pour jouir de toutes leurs facult\u00e9s, car une facult\u00e9 dont on ne fait pas usage n&rsquo;existe pas et c&rsquo;est une part de bonheur de moins dans la vie de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Demain comme aujourd&rsquo;hui, comme hier, les hommes voudront \u00eatre heureux, toujours ils d\u00e9penseront leur activit\u00e9, toujours ils travailleront, mais le travail de tous \u00e9tant productif de richesse sociale, le bonheur de tous et de chacun en sera augment\u00e9, et chacun pourra jouir ainsi du luxe auquel il a droit, car le superflu n&rsquo;existe pas, et tout ce qui existe est n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme n&rsquo;est pas seulement un ventre, il est aussi un cerveau : il a besoin de livres, de tableaux, de statues, de musique, de po\u00e9sie, comme il a besoin de pain, d&rsquo;air et de soleil ; mais, de m\u00eame que dans sa consommation il ne doit \u00eatre limit\u00e9 que par ses facult\u00e9s de production et, consommant selon ses besoins, il ne doit produire que selon ses forces. Or, qui pourrait mieux que lui conna\u00eetre ses besoins ? Personne ; par cons\u00e9quent, l&rsquo;homme ne doit produire et consommer que selon sa volont\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 toujours eu la conscience latente qu&rsquo;elle ne serait heureuse et que toutes les belles qualit\u00e9s de la nature humaine ne pourraient s&rsquo;\u00e9panouir que dans le communisme.<\/p>\n<p>Aussi l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des anciens \u00e9tait-il fond\u00e9 sur la propri\u00e9t\u00e9 commune, et jamais il ne vint \u00e0 la pens\u00e9e des natures d&rsquo;\u00e9lite qui, parmi eux, po\u00e9tisaient le pass\u00e9, que le bonheur des hommes f\u00fbt compatible avec la propri\u00e9t\u00e9 individuelle. Ils savaient par intuition ou par exp\u00e9rience, que tous les maux et tous les vices de l&rsquo;humanit\u00e9 d\u00e9coulent de l&rsquo;antagonisme des int\u00e9r\u00eats, cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;appropriation individuelle, non limit\u00e9e aux besoins, et jamais ils ne r\u00eav\u00e8rent une soci\u00e9t\u00e9 sans guerres, sans meurtres, sans prostitution, sans crimes et sans vices, qui ne f\u00fbt \u00e9galement sans propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>C&rsquo;est parce que nous ne voulons plus ni guerres, ni meurtres, ni prostitution, ni vices, ni crimes que nous luttons pour la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 humaines. Malgr\u00e9 tous les baillons, la parole de la v\u00e9rit\u00e9 retentira sur la terre, et les hommes tressailliront \u00e0 ses accents ; ils se l\u00e8veront au cri de libert\u00e9 pour \u00eatre les artisans de leur bonheur. Aussi sommes-nous forts de notre faiblesse m\u00eame, car, quoi qu&rsquo;il puisse advenir de nous, nous vaincrons !<\/p>\n<p>Notre asservissement enseigne aux hommes qu&rsquo;ils ont droit \u00e0 la r\u00e9volte, notre emprisonnement, qu&rsquo;ils ont droit \u00e0 la libert\u00e9, et, par notre mort, ils apprennent qu&rsquo;ils ont droit \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Quand tout \u00e0 l&rsquo;heure nous retournerons en prison, et que vous retournerez dans vos familles, les esprits penseront que nous sommes les vaincus, erreur !, nous sommes les hommes de l&rsquo;avenir et vous \u00eates les hommes du pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Nous sommes demain et vous \u00eates hier<\/strong>. Et il n&rsquo;est en la puissance de personne d&#8217;emp\u00eacher que la minute qui s&rsquo;\u00e9coule ne nous rapproche de demain et ne s&rsquo;\u00e9loigne d&rsquo;hier. Hier a toujours voulu barrer la route \u00e0 demain, et toujours il a \u00e9t\u00e9 vaincu dans sa victoire m\u00eame, car le temps qu&rsquo;il a pass\u00e9 \u00e0 vaincre l&rsquo;a rapproch\u00e9 de sa d\u00e9faite.<\/p>\n<p>C&rsquo;est lui qui a fait boire la cig\u00fce \u00e0 Socrate, qui a fait abjurer Galil\u00e9e dans la torture, qui a br\u00fbl\u00e9 Jean Huss, Etienne Dolet, Guillaume de Prague, Giordano Bruno, qui a guillotin\u00e9 H\u00e9bert, Babeuf, qui a empoisonn\u00e9 Bianqui, qui a fusill\u00e9 Flourens et Ferr\u00e9. Comment s&rsquo;appelaient les juges de Socrate et ceux de Galil\u00e9e, ceux de Jean Huss, ceux de Guillaume de Prague, ceux de Giordano Bruno, ceux d&rsquo;Etienne Dolet, ceux d&rsquo;H\u00e9bert, ceux de Babeuf, ceux de Bianqui, de Flourens et de Ferr\u00e9 ? Personne ne le sait : ils sont le pass\u00e9, ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 morts alors qu&rsquo;ils vivaient. Ils n&rsquo;ont m\u00eame pas eu la gloire d&rsquo;Erostrate, tandis que Socrate est \u00e9ternel, que Galil\u00e9e est encore debout, que Jean Huss existe, que Guillaume de Prague, Giordano Bruno, Etienne Dolet, H\u00e9bert, Babeuf, Bianqui, Flourens, Ferr\u00e9 vivent.<\/p>\n<p>Aussi serons-nous heureux dans notre malheur, triomphants dans notre mis\u00e8re, vainqueurs dans notre d\u00e9faite. Nous serons heureux quoi qu&rsquo;il nous arrive, car nous sommes certains qu&rsquo;au souffle de l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9novatrice d&rsquo;autres \u00eatres arriveront \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, d&rsquo;autres hommes reprendront cette t\u00e2che interrompue et la m\u00e8neront \u00e0 bien ; enfin, qu&rsquo;un jour viendra o\u00f9 l&rsquo;astre qui dore les moissons luira sur l&rsquo;humanit\u00e9 sans arm\u00e9es, sans canons, sans fronti\u00e8res, sans barri\u00e8res, sans prisons, sans magistrature, sans police, sans lois, sans dieux, libre enfin intellectuellement et physiquement, et que les hommes, r\u00e9concili\u00e9s avec la nature et avec eux-m\u00eames, pourront, dans l&rsquo;universelle harmonie, \u00e9tancher leur soif de justice.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;importe que l&rsquo;aurore de ce grand jour soit empourpr\u00e9e des lueurs de l&rsquo;incendie, qu&rsquo;importe qu&rsquo;au matin de ce jour la ros\u00e9e soit sanglante !<\/p>\n<p>La temp\u00eate aussi est utile pour purifier l&rsquo;atmosph\u00e8re. Le soleil est plus brillant apr\u00e8s l&rsquo;orage.<\/p>\n<p>Et il luira, il rayonnera, le beau soleil de la libert\u00e9, et l&rsquo;humanit\u00e9 sera heureuse.<\/p>\n<p>Alors, chacun abritant son bonheur derri\u00e8re le bonheur de tous, personne ne fera plus le mal, car personne n&rsquo;aura int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire le mal.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme libre dans l&rsquo;humanit\u00e9 affranchie pourra marcher sans entraves de conqu\u00eate en conqu\u00eate, au profit de tous, vers l&rsquo;infini sans borne de l&rsquo;intellectualit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9nigme moderne : Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9, pos\u00e9e par le Sphinx de la R\u00e9volution, \u00e9tant r\u00e9solue, &#8211; ce sera l&rsquo;Anarchie.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/declarations-de-g-etievant.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2521\" title=\"d\u00e9clarations de Georges Eti\u00e9vant\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/declarations-de-g-etievant.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"151\" \/><\/a><strong>Notice bibliographique<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nous donnons ici la liste, tr\u00e8s incompl\u00e8te, des \u00e9ditions de la <em>D\u00e9claration d&rsquo;\u00c9ti\u00e9vant:<\/em> <\/strong><\/p>\n<p id=\"[object]\"><em>D\u00e9fense d&rsquo;\u00c9ti\u00e9vant<\/em>(placard), imprimerie A. Berio, 9, rue Rodier, paris 1892.<br \/>\n<em>D\u00e9clarations d&rsquo;\u00c9ti\u00e9vant,<\/em> publies dans trois num\u00e9ros de <em>La R\u00e9volte,<\/em>en octobre 1892, \u00d1 et en brochure, Paris, 1893, aux bureaux de <em>La R\u00e9volte.<\/em><br \/>\n<em>Un anarchiste devant les tribunaux,<\/em>\u00e9dition de la <em>biblioth\u00e8que des Temps Nouveaux,<\/em>Bruxelles, 1892.<br \/>\nTraduction italienne dans le <em>Sempre Avanti,<\/em> de Livourne et l&rsquo;<em>Ordine<\/em>de Torino, en octobre et en novembre 1892.<br \/>\nTraduction anglaise dans le <em>commonweal<\/em> de Londres \u00d1 1892 \u00d1 et en brochure, Londres, 1895.<br \/>\nTraduction espagnole, <em>Declaraciones de J. Etievant,<\/em>publi\u00e9e par le groupe <em>La Expropriacion<\/em>de Buenos-Ayres, janvier 1895.<br \/>\nTraduction portugaise, <em>Jorge \u00c9ti\u00e9vant : A minha Defeza<\/em> dans <em>Bibliotheca anarchista,<\/em> publi\u00e9e par le journal <em>A Revolta<\/em>de Lisbonne, 1892.<br \/>\nTraduction hollandaise dans <em>De anarchist,<\/em>La Haye, 1892.<br \/>\nOn conna\u00eet les derniers \u00e9v\u00e9nements qui ont amen\u00e9, \u00e0 nouveau, notre camarade \u00c9ti\u00e9vant sous le coup d&rsquo;une condamnation \u00e0 mort.<br \/>\nEn publiant cette quatri\u00e8me \u00e9dition fran\u00e7aise de sa noble <em>D\u00e9claration,<\/em>nous lui envoyons de tout coeur l&rsquo;expression de notre solidarit\u00e9 et de notre cordiale affection.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9clarations de Georges Eti\u00e9vant. Le 27 juillet 1892, la cour d&rsquo;assises de Seine et Oise doit juger Faugoux, Chevenet, Drouhet et Eti\u00e9vant, tous quatre anarchistes et tous quatre accus\u00e9s d&rsquo;avoir vol\u00e9 avec Ravachol cent-vingt cartouches de dynamite \u00e0 Soisy sur Etiolles, explosifs ayant servi aux attentats de ce dernier. Henri Varennes, chroniqueur judiciaire reconnait, dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[9],"tags":[862,1132,109,381,1697,1708,1687,788,3067,791,379,1191,317],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2520"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2520"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2520\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2520"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2520"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2520"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}