{"id":252,"date":"2008-05-04T08:42:53","date_gmt":"2008-05-04T06:42:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=252"},"modified":"2020-04-26T08:48:27","modified_gmt":"2020-04-26T06:48:27","slug":"le-proces-d%e2%80%99orleans-24-juillet-1905","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/05\/le-proces-d%e2%80%99orleans-24-juillet-1905\/","title":{"rendered":"Le proc\u00e8s d\u2019Orl\u00e9ans, 24 juillet 1905"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-25-07-05.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-253\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-25-07-05-300x68.jpg\" alt=\"le R\u00e9publicain Orl\u00e9anais 25 juillet 1905\" width=\"300\" height=\"68\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-25-07-05-300x68.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-25-07-05.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La relation du proc\u00e8s d\u2019Orl\u00e9ans par la presse locale pr\u00e9sente un double avantage. Elle nous permet en premier lieu de retrouver Alexandre Jacob et Roy\u00e8re, l\u2019infirmier qui avait aid\u00e9 l\u2019anarchiste \u00e0 s\u2019\u00e9vader de l\u2019asile Montperrin d\u2019Aix en Provence en 1900. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une des rares sources venant confirmer la narration que fait Alain Sergent de l\u2019arrestation avort\u00e9e par l\u2019agent Couillot de l\u2019ill\u00e9galiste. Le R\u00e9publicain Orl\u00e9anais se complait alors \u00e0 faire ce qui avait fait pour le proc\u00e8s d\u2019Amiens, mais sur un jour seulement, un r\u00e9cit dramatico-comique du d\u00e9bat judiciaire offert dans la salle d\u2019audience du palais d\u2019injustice.<!--more-->\u00a0Le long article, qui suit et qui doit tenir le lecteur en \u00e9moi, ne mentionne pas en revanche une tentative d\u2019\u00e9vasion que l\u2019on retrouve chez Alain Sergent. Alexandre Jacob aurait profit\u00e9 d&rsquo;une suspension d&rsquo;audience pour aller aux toilettes ; de l\u00e0, il aper\u00e7oit une issue dissimul\u00e9e derri\u00e8re un panneau de bois et par laquelle il tente de s&rsquo;engouffrer. Une fois le corps de l&rsquo;accus\u00e9 engag\u00e9, Alexandre Jacob bascule et retombe dans la salle d&rsquo;audience, presqu&rsquo;\u00e0 sa place. \u00ab\u00a0<em>Les gendarmes se pr\u00e9cipitent, l&rsquo;encha\u00eenent cette fois plus solidement<\/em>\u00a0\u00bb nous dit le biographe. Le doute reste permis quant \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 de cet \u00e9v\u00e9nement mais nous pouvons ais\u00e9ment comprendre que une fois celui-ci produit \u2013 s&rsquo;il a r\u00e9ellement eu lieu \u2013 le silence ait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 pour \u00e9viter un scandale de plus dans une affaire o\u00f9 Jacob sait se donner en spectacle.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/peinard.bmp\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-96\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/peinard.bmp\" alt=\"caricature dans Le P\u00e8re Peinard\" width=\"319\" height=\"204\" \/><\/a>LE REPUBLICAIN ORLEANAIS<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Mardi 25 juillet 1905<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>JACOB DEVANT LA COUR D&rsquo;ASSISES<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>La condamnation<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Pr\u00e9sidence de M. le conseiller Escoffier<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Audience du lundi 24 juillet 1905<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Cour d&rsquo;Assises du Loiret<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>L&rsquo;AFFAIRE JACOB<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>Vols qualifi\u00e9s et violences<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Ce matin, se sont ouvertes \u00e0 Orl\u00e9ans les assisses du Loiret pour le troisi\u00e8me trimestre de l&rsquo;ann\u00e9e 1905. On sait que c&rsquo;est le fameux Jacob que le jury doit juger aujourd&rsquo;hui pour les vols qualifi\u00e9s des rues de Chanzy et de Loigny, et pour la tentative d&rsquo;assassinat commise sur l&rsquo;agent de la s\u00fbret\u00e9 Couillot. Le c\u00e9l\u00e8bre bandit viendra-t-il devant ses juges? Hier soir, il y \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9. Ce matin, il avait chang\u00e9 d&rsquo;id\u00e9e. Et, \u00e0 son d\u00e9fenseur qui lui demandait s&rsquo;il compara\u00eetrait, il r\u00e9pondit tout d&rsquo;abord; \u00ab Je veux bien y aller mais en fiacre, pas en voiture cellulaire. \u00bb. Puis, apr\u00e8s quelques minutes de r\u00e9flexion: \u00abEh! Bien, puisqu&rsquo;ils veuillent que j&rsquo;y aille, j&rsquo;irai m\u00eame en voiture cellulaire, mais je vais leur en donner pour leur rhume. \u00bb. Et, en effet, \u00e0 1lh1\/4, la voiture cellulaire s&rsquo;arr\u00eatait devant la petite porte du Palais qui conduit \u00e0 la Cour d&rsquo;assises et Jacob en descendait, porteur d&rsquo;un volumineux dossier. Le c\u00e9l\u00e8bre bandit, les yeux cach\u00e9s derri\u00e8re des lunettes en or, la face compl\u00e8tement ras\u00e9e, v\u00eatu d&rsquo;un long (vister) gris et coiff\u00e9 d&rsquo;un chapeau melon bossel\u00e9, traverse d&rsquo;un pas lent le couloir du Palais, la pi\u00e8ce r\u00e9serv\u00e9e aux d\u00e9tenus et p\u00e9n\u00e8tre dans la salle d&rsquo;audience pour se rendre dans la chambre des d\u00e9lib\u00e9rations des jur\u00e9s, o\u00f9, tout \u00e0 l&rsquo;heure, sera tir\u00e9 au sort le jury charg\u00e9 de se prononcer sur son sort. Une seule personne se trouve dans la salle d&rsquo;audience quand Jacob la traverse. C&rsquo;est un gardien de prion habill\u00e9 en civil. Jacob le reconna\u00eet et lui envoie un coup d&rsquo;\u0153il,.. tr\u00e8s amical et dispara\u00eet \u00e0 nos yeux, \u00e9troitement surveill\u00e9 par les gendarmes. A Ilhl\/2, la Cour, compos\u00e9e de M. le conseiller Escoffier, pr\u00e9sident, MM. Le conseiller \u00e0 la Cour Rochoux et Gravost, juge suppl\u00e9ant pr\u00e8s le tribunal civil d&rsquo;Orl\u00e9ans, fait son entr\u00e9e et il est proc\u00e9d\u00e9, suivant l&rsquo;usage, \u00e0 l&rsquo;appel des jur\u00e9s. M.Alexandre Brice, cultivateur \u00e0 Bucy-Saint-Liphard, est r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9; son nom est radi\u00e9 de la liste du jury. M.Ren\u00e9-Andr\u00e9 Poindron, n\u00e9gociant \u00e0 Gien, qui.a \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un accident et est dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de si\u00e9ger, est excus\u00e9 pour la pr\u00e9sente session. Il en est de m\u00eame pour M.Adrien Couratier, cultivateur \u00e0 Rozi\u00e8res, atteint de surdit\u00e9 partielle. Apr\u00e8s l&rsquo;appel g\u00e9n\u00e9ral, les jur\u00e9s se retirent dans leur salle de d\u00e9lib\u00e9ration pour le tirage au sort de ceux d&rsquo;entre eux qui si\u00e9geront dans l&rsquo;affaire Jacob. Il est midi 10 quand le tirage au sort est termin\u00e9. Cette premi\u00e8re formalit\u00e9 n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de gaiet\u00e9.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Quelle est votre profession? lui a demande le pr\u00e9sident<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Entrepreneur de d\u00e9molition, a r\u00e9pondu Jacob<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. O\u00f9 demeurez-vous ?<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Un peu partout sur la terre.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">A ce moment, un jur\u00e9 ayant dit qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 jeun et qu&rsquo;il d\u00e9sirait se sustenter avant l&rsquo;audience, Jacob s&rsquo;adressant \u00e0 M. le pr\u00e9sident: \u00ab Je suis dans le m\u00eame cas que ce monsieur, ne pourrais-je pas moi aussi prendre quelques nourriture avant d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;audience? \u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">A midi 1\/4, Jacob est introduit. Avec sa face ras\u00e9e et ses lunettes, il ressemble \u00e0 un d\u00e9froqu\u00e9. D\u00e8s qu&rsquo;il est au banc criminel, il d\u00e9pose son (vister) et ses papiers pr\u00e8s de lui, enl\u00e8ve ses lunettes et regarde avec un sourire ind\u00e9finissable le public nombreux et m\u00eame \u00e9l\u00e9gant<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">A midi et demi, la Cour entre. Jacob se d\u00e9couvre mais ne veut pas se lever. Il consent cependant a d\u00e9cliner ses nom, pr\u00e9nom, \u00e2ge et profession. Il dit se nommer Jacob (Alexandre Marius), 26 ans, n\u00e9 a Marseille, entrepreneur de d\u00e9molition, demeurant&#8230; un peu partout sur terre. Jacob demande la parole pour expliquer la raison pour laquelle il ne croit pas devoir se lever.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 -Je ne me l\u00e8ve, je ne me d\u00e9couvre que par politesse quand on me salue, mais je ne veux pas me lever devant vous, magistrats, parce que vous vous croyez sup\u00e9rieurs a moi, parce que je ne descends pas du ciel mais du singe et que Ie singe ne l\u00e8che pas la main qui va Ie frapper.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il est donn\u00e9 lecture de l&rsquo;arr\u00eat de renvoi. L&rsquo;acte d&rsquo;accusation ne figure pas aux pi\u00e8ces mais nous donnons ci-apr\u00e8s celui qui a \u00e9t\u00e9 lu dans l&rsquo;affaire Roy\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-251\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg\" alt=\"Le palais de justice d\\'Orl\u00e9ans vers 1900\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Acte d&rsquo;accusation<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le 28 f\u00e9vrier 1901, la police d&rsquo;Orl\u00e9ans fut inform\u00e9e que des individus s&rsquo;\u00e9taient introduits dans la maison de M.Levacher, alors absent, situ\u00e9e rue Chanzy, 4. Les malfaiteurs avaient escalade la grille en fer servant de cl\u00f4ture \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et avaient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans Ie jardin, apr\u00e8s avoir tent\u00e9, \u00e0. l&rsquo;aide d&rsquo;un vilebrequin et d&rsquo;une forte m\u00e8che, de faire un trou dans la porte d&rsquo;entr\u00e9e de la maison, ils avaient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l&rsquo;immeuble en fracturant la porte de la cuisine. La g\u00e2che \u00e9tait arrach\u00e9e du chambranle par suite de pes\u00e9es faites a l&rsquo;aide d&rsquo;un ciseau a froid. Dans la cuisine, tout \u00e9tait boulevers\u00e9, les buffets ouverts et des bouteilles vides gisaient sur Ie plancher. Dans la salle a manger, dans Ie salon et dans Ie bureau, les meubles \u00e9taient d\u00e9plac\u00e9s et les tiroirs avaient \u00e9t\u00e9 visit\u00e9s. Au premier 6tage, le coffre-fort avait \u00e9t\u00e9 couche sur un matelas et \u00e9ventr\u00e9 a l&rsquo;aide d&rsquo;outils servant habituellement aux cambrioleurs et totalement vide. Une armoire \u00e0 glace et une commode avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9galement fractur\u00e9es et leur contenu jet\u00e9 \u00e0 terre. Plusieurs objets de valeur avaient \u00e9t\u00e9 soustraits, entre autre deux louches en argent, deux couverts en argent, trois douzaines de couverts et des objets en m\u00e9tal. Enfin on constatait la disparition de mouchoirs en fil blanc marques aux initiales L.G., de savons et de plusieurs autres objets de moindre valeur. Les soup\u00e7ons se port\u00e8rent imm\u00e9diatement sur deux individus d&rsquo;allure suspecte, loges depuis Ie 28 f\u00e9vrier dans un garni situe rue de la Lionne o\u00f9 ils s&rsquo;\u00e9taient faits inscrire sous les noms d&rsquo;Edouard Ferau &#8211; c&rsquo;\u00e9tait Jacob &#8211; et de Marius Bouillier &#8211; c&rsquo;\u00e9tait Royere. Deux agents s&rsquo;y pr\u00e9sent\u00e8rent et les somm\u00e8rent de les accompagner au commissariat de police; les deux individus firent mine de les suivre et descendirent avec eux dans la rue ; mais, apr\u00e8s avoir fait quelques pas, its prirent la fuite. Sur Ie point d&rsquo;\u00eatre rattrape par l&rsquo;agent Couillot, Ie nomme Ferau (Jacob) se retourna et tira sur lui un coup de revolver qui l&rsquo;atteignit a l&rsquo;\u00e9paule, heureusement sans lui faire une grave blessure ; puis it se pr\u00e9cipita aussit\u00f4t dans une maison particuli\u00e8re, dont la porte \u00e9tait entr&rsquo;ouverte et parvint a s&rsquo;\u00e9chapper par les jardins. Malgr\u00e9 toutes les recherches, il n&rsquo;a pu \u00eatre retrouv\u00e9. L&rsquo;autre individu (Royere) fut rejoint par les agents quelques instants apr\u00e8s ; dans sa fuite, il se d\u00e9barrassa d&rsquo;un couteau-poignard dont il \u00e9tait arm\u00e9. Lorsqu&rsquo;on Ie fouilla, on trouva dans sa poche, un mouchoir marque L.G.. Une perquisition faite dans la chambre qu&rsquo;ils occupaient amena la d\u00e9couverte d&rsquo;une partie des objets vol\u00e9s chez M-Levacher, entre autres deux boites de savons, onze foulards, cinq cartouches de revolver, un revolver, des mouchoirs marques L.G., un rasoir et quelques effets d&rsquo;habillement; mais tous les objets de valeur avaient disparu. On trouva aussi des objets pr\u00e9cieux, notamment une montre en or aux initiales C.C. entrelac\u00e9es, une autre montre en or, une broche, un bracelet. Ces objets pr\u00e9cieux provenaient d&rsquo;un vol commis \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque et dans des conditions analogues au domicile de Mme Veuve Benoit, 42 rue de Loigny, \u00e0 Orl\u00e9ans. Les malfaiteurs s&rsquo;\u00e9taient introduits par Ie soupirail de la cave et \u00e9taient sortis par le m\u00eame endroit. La plupart des meubles avaient \u00e9t\u00e9 fractur\u00e9s et fouill\u00e9s, mais le coffre fort, renvers\u00e9 sur un matelas, avait r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 leurs tentatives. Mme Benoit a reconnu comme lui appartenant les objets en or lors de la perquisition faite chez les pr\u00e9tendus Ferau et Bouillier.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">On appelle les t\u00e9moins. L&rsquo;un, malade, est excus\u00e9. Un t\u00e9l\u00e9gramme re\u00e7u par M.Drioux, avocat g\u00e9n\u00e9ral, apprend que Royere, le complice de Jacob, qui \u00e9tait cit\u00e9 comme t\u00e9moin, est mort \u00e0 Fontevrault Ie 6 f\u00e9vrier 1905.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. Qu&rsquo;avez-vous a dire a propos du t\u00e9moin d\u00e9faillant ?<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Oh ! Dans ces sortes d&rsquo;affaires, je n&rsquo;ai aucune comp\u00e9tence; adressez-vous \u00e0 mon d\u00e9fenseur.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. le pr\u00e9sident r\u00e9sume les faits reproches \u00e0 Jacob: les deux cambriolages de la rue de Chanzy et de la rue de Loigny. Il parle du r\u00f4le jou\u00e9 par Royere, ce qui am\u00e8ne Jacob \u00e0 dire :<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\u00ab Royere est mort, cela ne vous int\u00e9resse pas, une victime de plus ou de moins. Mais Royere \u00e9tait innocent. \u00bb<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. le pr\u00e9sident &#8211; S&rsquo;il \u00e9tait innocent, pourquoi l&rsquo;avez-vous laisse condamner?<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Vous me prenez pour un na\u00eff. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 vous \u00e0 ne pas le condamner. Mais les hommes, et les juges en particulier, ne veulent pas admettre qu&rsquo;ils commettent des erreurs. Mais, je le r\u00e9p\u00e8te, Royere a \u00e9t\u00e9 victime de l&rsquo;honneur de ses sentiments; ce n&rsquo;\u00e9tait pas un tra\u00eeneur de sabre, ce n&rsquo;\u00e9tait pas une casserole, ce n&rsquo;\u00e9tait pas un mouchard, et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il ne m&rsquo;a pas d\u00e9latt\u00e9.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob reconna\u00eet \u00eatre l&rsquo;auteur des cambriolages des rues de Chanzy et de Loigny mais il ne se souvient pas quel est celui qui a \u00e9t\u00e9 commis le premier<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Vous savez, il y a quatre ans de cela, c&rsquo;est de l&rsquo;histoire ancienne ; si on me demandait la premi\u00e8re marque du biberon que j&rsquo;ai t\u00e9t\u00e9, je serais bien en peine de le dire.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Ie pr\u00e9sident rappelle dans quelles circonstances les cambriolages ont \u00e9t\u00e9 commis et demande \u00e0 Jacob s&rsquo;il n&rsquo;a pas eu d&rsquo;indicateurs.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">-Vous parlez comme un magistrat ; mais si vous \u00e9tiez cambrioleur, vous sauriez que nous n&rsquo;avons besoin de personne. Quand j&rsquo;arrive dans une ville, si je vois des chemin\u00e9es, je me dis : il y a l\u00e0 du populo, donc rien a faire ; mais quand je vois des habitations bourgeoises qui sont ferm\u00e9es, je n&rsquo;ai pas besoin d&rsquo;\u00eatre indiqu\u00e9.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. A Orl\u00e9ans, vous avez \u00e9t\u00e9 servis par les circonstances.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. C&rsquo;est exact.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. Apres Ie vol chez M.Levacher, vous avez laiss\u00e9 trois verres de Champagne.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Pardon, Quatre.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. Vous ne vous refusez rien !<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Oh ! Le bourgeois ne se refusait rien non plus, il avait m\u00eame des bougies diaphanes !<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. le pr\u00e9sident fait montrer a l&rsquo;accuse les pi\u00e8ces \u00e0 conviction: un poignard et un outil de cambrioleur que Jacob appelle une perforeuse. Cette perforeuse, il reconna\u00eet qu&rsquo;elle lui appartient; mais il affirme que le poignard n&rsquo;est pas a lui, et il s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre la pr\u00e9sentation du poignard qui est faite pour \u00ab \u2026 frapper l&rsquo;imagination des jures \u00bb.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. le pr\u00e9sident &#8211; Je ne sais si vous vous rendez compte de la gravit\u00e9 de votre situation.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob &#8211; Brave homme que vous \u00eates, vous saurez qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de gravit\u00e9 pour moi.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. Il est de mon devoir de vous dire que vous feriez mieux de changer d&rsquo;attitude et de ne pas \u00e9mailler sans cesse vos explications de plaisanteries d\u00e9plac\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Je suis naturel et j&rsquo;y resterai.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob d\u00e9clare qu&rsquo;il est sorti par la porte de la cave de la maison de M.Levacher.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. Un t\u00e9moin a dit qu&rsquo;en rentrant a votre garni vous \u00e9tiez ivre.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Je ne bois pas d&rsquo;alcool, je ne suis pas si b\u00eate de m&rsquo;abrutir.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Avant que M. le pr\u00e9sident aborde Ie vol commis chez Mme Veuve Benoit, rue de Loigny, Jacob tient a nouveau a affirmer l&rsquo;innocence de Royere. Au sujet du cambriolage de la rue de Loigny, Jacob &#8211; qui se montre de plus en plus fac\u00e9tieux \u00adn&rsquo;apporte rien de nouveau. Il reconna\u00eet avoir oubli\u00e9 une m\u00e8che sur Ie lieu du vol et s&rsquo;\u00eatre servi, pour entrer chez Mme Benoit, d&rsquo;une pince vol\u00e9e dans un chantier de la rue de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Rien qu&rsquo;\u00e0 voir la pince, ajoute-t-il, la porte s&rsquo;est ouverte toute seule.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob et Royere sont maintenant de retour de leur exp\u00e9dition. Ils sont dans leur garni de la rue<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">de la Lionne. M. le pr\u00e9sident fait alors conna\u00eetre les circonstances dans lesquelles Jacob a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et a commis le fait Ie plus grave qui lui est reproche aujourd&rsquo;hui : l&rsquo;attentat contre l&rsquo;agent de la s\u00fbret\u00e9 Couillot. L&rsquo;accus\u00e9 explique ainsi son acte :<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Les agents voulaient m&rsquo;arr\u00eater et je n&rsquo;ai pas voulu qu&rsquo;ils attentent \u00e0 ma libert\u00e9.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Ie pr\u00e9sident &#8211; C&rsquo;est un euph\u00e9misme.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob &#8211; Non, c&rsquo;est une these<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D. Vous la d\u00e9velopperez tout a l&rsquo;heure. Vous savez que je ne vous ai pas emp\u00each\u00e9 de parler<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Oui, vous \u00eates tr\u00e8s convenable, j&rsquo;en conviens ; \u00e7a ne m&rsquo;\u00e9tonne pas d&rsquo;ailleurs, de votre part,<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">puisque nous sommes du pays.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Le pr\u00e9sident fait observer a Jacob qu&rsquo;il a tir\u00e9 a bout portant et que si l&rsquo;agent Couillot avait \u00e9t\u00e9 atteint par la balle deux ou trois centim\u00e8tres plus bas, il aurait eu le poumon perfor\u00e9.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob &#8211; Je m&rsquo;expliquerai \u00e0 ce sujet devant Ie jury, mais je dois dire que nous ne tuons pas pour Ie plaisir de tuer ; d&rsquo;ailleurs s&rsquo;il m&rsquo;avait fallu tuer tous les agents auxquels j&rsquo;ai eu affaire, pensez donc, monsieur le pr\u00e9sident!<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob raconte ensuite comment il s&rsquo;est sauv\u00e9 apr\u00e8s avoir tire sur l&rsquo;agent Couillot. II a enjamb\u00e9, fen\u00eatres, toitures, galerie vitr\u00e9e, a saut\u00e9 chez une dame Basiez ou il s&rsquo;est d\u00e9barrass\u00e9 de son paletot \u00e0 col d&rsquo;as traban, a pris un chapeau et s&rsquo;est trouv\u00e9 rue du Colombier.Tandis que des curieux ont cri\u00e9 \u00ab II est sur Ie toit ! \u00bb, il s&rsquo;est dirig\u00e9 vers la ligne de chemin de fer ; \u00e0 la Chapelle-Saint-Mosmin il a mont\u00e9, sans qu&rsquo;on le voie, dans un train de marchandises, est arriv\u00e9 \u00e0 Blois, a pris le train par Vend\u00f4me, et arrive le soir \u00e0 Paris.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; II me restait une vingtaine de sous, ajoute Jacob; j&rsquo;ai pass\u00e9 quinze jours avec cette somme ; alors je me suis mis figurant dans les th\u00e9\u00e2tres. Voila comment s\u00e9nateur hier, on peut \u00eatre ici aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;\u00e9tais s\u00e9nateur \u00e0 douze sous par soir\u00e9e dans Quo Vadis. Ceux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui vous content plus cher.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Ie president &#8211; En quittant la demeure de Mme Basiez, vous avez bien pris votre revolver dans la poche de votre pardessus. Vous \u00e9tiez donc r\u00e9solu \u00e0 vendre ch\u00e8rement votre vie.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">R. Parfaitement.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-251\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg\" alt=\"Le palais de justice d\\'Orl\u00e9ans vers 1900\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Les t\u00e9moins<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Sur cette r\u00e9ponse, on passe a l&rsquo;audition des t\u00e9moins.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">On entend d&rsquo;abord M.Levacher pere, proprietaire de l&rsquo;immeuble cambriole, rue de Chanzy, qui a constat\u00e9 chez lui un pillage \u00e9pouvantable. Au cours de la d\u00e9position du t\u00e9moin, Jacob rappelle certains d\u00e9tails oublies par M.Levacher. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il d\u00e9clare avoir pris un pot de ripolin et avoir \u00e9crit sur une glace ces mots: \u00ab Paul Deroulede, president de la Ligue des Poires \u00bb. Mme Basiez, chez qui Jacob est tomb\u00e9 du toit, dit que l&rsquo;accus\u00e9 s&rsquo;est present\u00e9 pour un contrebandier et lui a demand\u00e9 de le cacher quelques temps. Mme Basiez a pris Jacob pour un fou, elle lui a laiss\u00e9 prendre une casquette et mettre son pardessus \u00e0 une pat\u00e8re ; puis le malfaiteur est parti apr\u00e8s avoir pris un revolver dans sa poche.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Ie president \u00e0 Mme Basiez &#8211; Reconnaissez-vous l&rsquo;accuse ?<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob &#8211; Comment voulez-vous qu&rsquo;elle me reconnaisse ? M. Ie procureur g\u00e9n\u00e9ral m&rsquo;a fait peler les cheveux.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Ie docteur Chaignot, m\u00e9decin l\u00e9giste, a examin\u00e9 l&rsquo;agent Couillot qui avait une blessure superficielle \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule. II d\u00e9clare que le coup aurait pu \u00eatre mortel s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 porte quelques centim\u00e8tres plus bas. M.Levacher est rappel\u00e9 \u00e0 la barre pour s&rsquo;expliquer au sujet des effractions qu&rsquo;il a relev\u00e9es \u00e0 son coffre fort et il s&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;un seul homme <em>ait <\/em>pu commettre ces effractions.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; C&rsquo;est que nous autres, cambrioleurs, nous avons des outils sp\u00e9ciaux, car il est n\u00e9cessaire que<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">nous op\u00e9rions vite.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Le t\u00e9moin &#8211; J e persiste cependant a croire qu&rsquo;il a fallu au moins deux hommes pour fracturer on coffre-fort.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob &#8211; Mais non, un simple soul\u00e8vement et \u00e7a y est. Rappelez-vous le levier d&rsquo;Archim\u00e8de !<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Flamery, d\u00e9bitant sur le boulevard Alexandre Martin, reconna\u00eet Jacob qui a pris plusieurs repas dans son \u00e9tablissement. M.Delchemendy, ancien n\u00e9gociant, rue de la Lionne, a trouv\u00e9 dans sa cave un foulard et une serviette contenant plusieurs pi\u00e8ces de monnaie. M. Chardon, brigadier de police, reconna\u00eet \u00e9galement Jacob, qu&rsquo;il a vu dans son garni, rue de la Lionne, 11, quand il est venu l&rsquo;inviter \u00e0 se rendre au commissariat central. L&rsquo;agent de la s\u00fbret\u00e9 Couillot raconte l&rsquo;attentat dont il a \u00e9t\u00e9 victime. A la sortie du garni de M.Renault, Jacob a crie : \u00ab Hop! Sauvons\u00ad-nous \u00bb. L&rsquo;agent a poursuivi l&rsquo;accus\u00e9 qui, au moment o\u00f9 il allait \u00eatre atteint, tira un coup de revolver. Atteint \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule gauche, l&rsquo;agent Couillot n&rsquo;en continua pas moins sa poursuite rue des Grands-Champs et du Colombier. Jacob \u00e9tant entr\u00e9 dans un couloir de cette rue, l&rsquo;agent Couillot, persuad\u00e9 que le malfaiteur allait \u00eatre pris par les habitants de l&rsquo;immeuble o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9, partit \u00e0 la poursuite de Royere qu&rsquo;il arr\u00eata rue d&rsquo;Illiers quelques instants apr\u00e8s que cet individu venait de jeter \u00e0 terre un poignard.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. le pr\u00e9sident f\u00e9licite l&rsquo;agent Couillot du courage dont il a fait preuve.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob &#8211; Oh ! Qui, il a bien mente des capitalistes et de la propri\u00e9t\u00e9 ; ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme,<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">c&rsquo;est de l&rsquo;asinisme.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">On entend enfin M.Chotard, commissaire de police a Vienne (Is\u00e8re), qui \u00e9tait commissaire de police a Orl\u00e9ans au moment des cambriolages et a fait les constatations judiciaires, et apr\u00e8s que M. le pr\u00e9sident a fait conna\u00eetre les ant\u00e9c\u00e9dents de Jacob &#8211; que celui-ci appelle des d\u00e9tails superflus &#8211; l&rsquo;audience est suspendue a 3 heures moins 10.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">(voir la suite en premi\u00e8re page)<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>Cour d&rsquo; Assises du Loiret<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Audience du lundi 24 juillet 1905<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">PRESIDENCE DE M.LE CONSEILLER ESCOFFJER (voir le commencement en<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">deuxi\u00e8me page)<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-la-condamnation-25-07-05.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-254\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-la-condamnation-25-07-05-300x41.jpg\" alt=\"Le R\u00e9publicain Orl\u00e9anais la condamnation 25 juillet 1905\" width=\"300\" height=\"41\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-la-condamnation-25-07-05-300x41.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-republicain-orleanais-la-condamnation-25-07-05.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>L&rsquo;AFFAIRE JACOB<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>Vols qualifies et violences<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\">La salle est archicomble quand, \u00e0 6h1\/4, l&rsquo;audience est reprise.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>La d\u00e9fense de Jacob<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">La parole est donn\u00e9e \u00e0 Jacob qui d\u00e9veloppe la th\u00e9orie sur \u00ab l&rsquo;asinisme \u00bb, un mot qui, dit-il, n&rsquo;est pas fran\u00e7ais mais est bien conforme \u00e0 l&rsquo;esprit fran\u00e7ais, et \u00e0 l&rsquo;aide de comparaisons grandiloquentes, essaie de d\u00e9montrer que lui, qu&rsquo;on traite de voleur, de bandit, de malfaiteur, vaut mieux que ses accusateurs, qu&rsquo;il y a moins d&rsquo;infamie dans ses actes &#8211; si tant est qu&rsquo;il y ait infamie &#8211; que dans ceux de certaines honn\u00eates gens, de financiers particuli\u00e8rement. Jacob, quittant les g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s pour faire des personnalit\u00e9s, M.Le pr\u00e9sident l&rsquo;arr\u00eate, il voit de la diffamation o\u00f9 il s&rsquo;aventure et l&rsquo;accus\u00e9 ach\u00e8ve la premi\u00e8re partie de sa d\u00e9fense en reprochant \u00e0 la loi, \u00e0 laquelle on donne souvent le nom pompeux de justice, de d\u00e9fendre certaines formes de vols et d&rsquo;en tol\u00e9rer d&rsquo;autres. Jacob s&rsquo;explique ensuite sur le crime d&rsquo;homicide qu&rsquo;on lui reproche. Comme il fait allusion aux \u00ab tueries \u00bb de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e0\u00e7aise a la guerre de Chine, M. le pr\u00e9sident le menace une seconde fois de lui retirer la parole en disant : \u00ab Je ne vous laisserai dire rien d&rsquo;offensant pour les institutions auxquelles la France doit son renom et son rang dans Ie monde. \u00bb. Alors Jacob se contente de dire que lorsqu&rsquo;il braque son revolver sur un agent, il se d\u00e9fend, il n&rsquo;assassine pas. Cet agent, il le compare \u00e0 un \u00ab tigre\u00bb qu&rsquo;il a tenu en respect. il a tir\u00e9 dessus parce qu&rsquo;il voulait lui enlever sa libert\u00e9. Et il conclut :<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; En \u00e9coutant mes explications, vous vous dites, messieurs les jur\u00e9s, \u00ab cet homme est une canaille. \u00bb. Non seulement nous ne pensons pas de la m\u00eame fa\u00e7on, vous \u00eates en haut de l&rsquo;\u00e9chelle sociale, moi je suis en bas. Vous \u00eates des propri\u00e9taires, moi je suis un expropri\u00e9 ; la guerre sociale ne cessera que lorsque nous seront tous des propri\u00e9taires. Moi, je n&rsquo;ai pas eu la patience d&rsquo;attendre et j&rsquo;ai fait ma r\u00e9volution. Faites de moi ce que vous voudrez, mais je ne vous reconnais pas l droit de me juger.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>Le r\u00e9quisitoire<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Apres cet expos\u00e9 anarchique, M.Drioux, avocat g\u00e9n\u00e9ral, se l\u00e8ve pour prononcer son r\u00e9quisitoire que Jacob va \u00e9couter sans interrompre ; tant\u00f4t il prend des notes, tant\u00f4t il se tient appuy\u00e9 indolemment sur le bras droit, ricanant et haussant les \u00e9paules.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Nous nous attendions bien, dit l&rsquo;honorable et \u00e9loquent organe du minist\u00e8re public, que Jacob nous donnerait \u00e0 cette audience une petite repr\u00e9sentation. Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;a l&rsquo;insolence, il s&rsquo;est content\u00e9 d&rsquo;\u00eatre impertinent, mais le jury a pu se rendre compte de la haine, du fiel, du d\u00e9sir de se venger qu&rsquo;il y a au fond du coeur de ce malfaiteur. Il s&rsquo;est vant\u00e9 d&rsquo;avoir fait sa petite r\u00e9volution, de s&rsquo;\u00eatre tenu en marge de la loi, de la soci\u00e9t\u00e9, de ne conna\u00eetre ni juges, ni jur\u00e9s. Cabotin, il a pos\u00e9 pour la galerie, en anarchiste dangereux. C&rsquo;est un individu contre lequel la soci\u00e9t\u00e9 a le devoir de se d\u00e9fendre \u00e9nergiquement.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Maintenant que la toile est tomb\u00e9e sur cette repr\u00e9sentation \u00e0 la fois tragique et comique, examinons les faits qui sont reproch\u00e9s \u00e0 Jacob. Alors M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9sume les exploits de la bande de malfaiteurs dont l&rsquo;accuse \u00e9tait le chef. Il rappelle que Jacob a avou\u00e9 devant la Cour d&rsquo;assises de la Somme qu&rsquo;il avait commis 106 vols qualifi\u00e9s, un incendie et deux tentatives d&rsquo;assassinat et fait conna\u00eetre que si l&rsquo;affaire actuelle n&rsquo;est pas venue devant cette cour c&rsquo;est parce que Jacob avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 avec Royere devant le jury du Loiret, lequel ne pouvait plus alors \u00eatre dessaisi. Jacob \u00e9tait alors le chef reconnu d&rsquo;une bande de malfaiteurs parfaitement organis\u00e9e qui a mis la France en coupe r\u00e9gl\u00e9e. Le jury conna\u00eet ses id\u00e9es qu&rsquo;il a dithyrambiquement expos\u00e9es sur la propri\u00e9t\u00e9 mais il ne connait pas celIes qu&rsquo;il professe \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la famille. Et M.Drioux donne lecture d&rsquo;une lettre qu&rsquo;il a \u00e9crite \u00e0 l\u2019une des ses parentes et dans laquelle il lui disait : \u00ab La famille est un ramassis d&rsquo;\u00e9go\u00efsme, une mixture d&rsquo;hypocrisie, un faisceau de haine \u00bb ; et il ajoutait : \u00ab Suis donc ton inclination et que le reste t&rsquo;importe peu \u00bb.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Dans une autre lettre Jacob traduit ce que M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral appelle sa \u00ab philosophie \u00bb de l&rsquo;anarchie ; jamais il n&rsquo;exprime de regrets, de repentir ; il s&rsquo;est mis de lui-m\u00eame hors la loi. Quel parti doit prendre la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce malfaiteur ? Elle n&rsquo;en a qu&rsquo;un seul, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous : user du seul argument devant lequel Jacob devra s&rsquo;inc1iner, de la force que la loi conf\u00e8re aux citoyens d\u00e9sign\u00e9s pour Ie juger. Deux crimes lui sont reproch\u00e9s : des vols qualifi\u00e9s et des violences exerc\u00e9es sur un agent de police dans l&rsquo;exercice de ses fonctions avec l&rsquo;intention de lui donner la mort. Sur les vols de la rue de Loigny et de la rue de Chanzy, M.Drioux passe rapidement. Jacob les a reconnus. Le jury retiendra seulement ce fait que l&rsquo;accus\u00e9 a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 au cours de ses op\u00e9rations et qu&rsquo;il avait l&rsquo;intention de recommencer ses cambriolages chez Mme Benoit et dans d&rsquo;autres maisons, ainsi qu&rsquo;il l&rsquo;a avou\u00e9 au cours des d\u00e9bats avec une forfanterie qui ne peut qu&rsquo;aggraver sa situation.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Et M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral en arrive au fait, beaucoup plus grave, de violences. Ce crime est pr\u00e9vu par les articles 230 et 233 du code p\u00e9nal. Jacob a tir\u00e9 sur l&rsquo;agent Couillot, et \u00e0 l&rsquo;instruction il a exprim\u00e9 le regret de ne pas l&rsquo;avoir tu\u00e9, ajoutant qu&rsquo;il avait vis\u00e9 au coeur. M.Drioux s&rsquo;attache ensuite \u00e0 \u00e9tablir qu&rsquo;au moment o\u00f9 l&rsquo;agent Couillot a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, il \u00e9tait bien dans l&rsquo;exercice des fonctions d&rsquo;un citoyen charg\u00e9 de minist\u00e8re public, et qu&rsquo;il avait bien l&rsquo;intention de donner la mort, crime pr\u00e9vu et puni par l&rsquo;artic1e 233. Cet article \u00e9dict\u00e9 pour l&rsquo;auteur de ce crime la peine de mort, et M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral demande au jury de l&rsquo;appliquer \u00e0 Jacob. Ses th\u00e9ories sont un plagiat de celles d&rsquo;anarchistes bien connus, mais son attitude est une v\u00e9ritable tradition. Elle a \u00e9t\u00e9 celle, entre autres, de l&rsquo;anarchiste Duval, que le jury de la Seine a condamn\u00e9 \u00e0 mort pour tentative d&rsquo;assassinat sur l&rsquo;inspecteur de police Rossignol. Jacob cache son \u00e9tiquette de cambrioleur derri\u00e8re celle d&rsquo;anarchiste, et pour exciter davantage l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public il se pr\u00e9sente comme un r\u00e9volte qui terrorise les bourgeois. Et M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral termine :<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Messieurs les jur\u00e9s, vous vous montrerez sans piti\u00e9. S&rsquo;il en \u00e9tait autrement, vous feriez preuve d&rsquo;une faiblesse que l&rsquo;accus\u00e9 accueillerait avec raillerie. Je vous convie \u00e0 faire respecter le droit sur lequel repose la soci\u00e9t\u00e9, la famille, la propri\u00e9t\u00e9, la loi et a donner un exemple \u00e9c1atant de votre protection pour ceux qui, comme l&rsquo;agent Couillot, veillent jour et nuit, avec abn\u00e9gation et d\u00e9vouement, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob demande la parole et r\u00e9pond en quelques mots \u00e0 M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;il appelle \u00abl&rsquo;avocat des riches\u00bbet qu&rsquo;il outrage sans que d&rsquo;ailleurs l&rsquo;honorable magistrat y pr\u00eate la moindre attention, ne se sentant pas atteint par les invectives de ce sinistre gredin qui, finalement, dit au jury : \u00ab Vous pouvez disposer de moi \u00e0 votre gr\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-251\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg\" alt=\"Le palais de justice d\\'Orl\u00e9ans vers 1900\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>La plaidoirie<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">C&rsquo;est \u00e0 Me Sejourn\u00e9 qu&rsquo;incombe la tache, lourde et ingrate, de d\u00e9fendre Jacob. Il l&rsquo;accomplit avec son talent habituel. Le jury du Loiret, d\u00e9c1are-t-il, n&rsquo;a pas \u00e0 juger un cas d&rsquo;anarchie. Jacob lui a expliqu\u00e9 le mobile de ses actes, il lui a d\u00e9voil\u00e9 la cause d\u00e9terminante de ses crimes; puis il donne lecture d&rsquo;une lettre \u00e9crite a M. Ie juge d&rsquo;instruction par son client, qui avait tout d&rsquo;abord refus\u00e9 de se rendre a l&rsquo;audience parce qu&rsquo;\u00e0 la prison on le traitait comme un condamn\u00e9 alors qu&rsquo;il ne pr\u00e9tendait \u00eatre qu&rsquo;un pr\u00e9venu. II fait valoir ensuite que l&rsquo;attentat contre l&rsquo;agent Couillot n&rsquo;avait pas re\u00e7u primitivement la qualification grave qu&rsquo;on lui a donn\u00e9 depuis, et il en arrive a la discussion des crimes dont Jacob a \u00e0 r\u00e9pondre aujourd&rsquo;hui. Les vols sont avou\u00e9s, il n&rsquo;en parl\u00e9 que pour rappeler que Jacob en a revendiqu\u00e9s toute la responsabilit\u00e9 et a proteste contre la condamnation de Royere qu&rsquo;il affirme \u00eatre innocent. Tous les efforts de la d\u00e9fense portent sur la question de violence exerc\u00e9e sur un agent dans l&rsquo;exercice et \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;exercice de ses fonctions, avec intention de lui donner la mort. Me S\u00e9journ\u00e9 \u00e9tablit successivement que la sc\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 aussi rapide qu&rsquo;un \u00e9clair, que l&rsquo;agent Couillot n&rsquo;a eu qu&rsquo;une simple excoriation, que cet agent, n&rsquo;\u00e9tant pas charg\u00e9 de notifier un mandat, n&rsquo;agissait pas comme agent de l&rsquo;autorit\u00e9, que Jacob n&rsquo;a pas fait de menaces, qu&rsquo;il a voulu simplement faire l\u00e2cher prise \u00e0 son adversaire, qu&rsquo;il a tir\u00e9 au hasard, en se sauvant et par cons\u00e9quent sans intention de donner la mort. Et il conclut en demandant au jury d&rsquo;\u00e9carter les questions qui leur sont pos\u00e9es concernant les violences.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">En ce qui concerne les circonstances att\u00e9nuantes, le d\u00e9fenseur est persuad\u00e9 que le jury ne les refusera pas a l&rsquo;accus\u00e9, alors que Ie jury de la Somme les lui a accord\u00e9es, bien qu&rsquo;il soit reconnu coupable de 101 vols qualifi\u00e9s, d&rsquo;un incendie et de deux tentatives de meurtre.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. le pr\u00e9sident demande \u00e0 Jacob s&rsquo;il n&rsquo;a rien \u00e0 ajouter pour sa d\u00e9fense. Jacob ne daigne pas r\u00e9pondre au magistrat, qui a cependant fait preuve \u00e0 son \u00e9gard d&rsquo;une tol\u00e9rance et d&rsquo;un souci du droit de la d\u00e9fense plut\u00f4t exag\u00e9r\u00e9. M. le pr\u00e9sident donne alors lecture \u00e0 MM. Les jures des questions qui leur sont pos\u00e9es et pr\u00e9vient l&rsquo;accuse qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;une de ces questions il a fait ajouter les mots \u00ab agent de l&rsquo;autorit\u00e9 \u00bb, qui y avaient \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jacob fait avec les mains un signe insolent, qui signifie clairement&#8230; qu&rsquo;il se lave les mains et Ie jury se retire dans la salle de ses d\u00e9lib\u00e9rations, pendant que l&rsquo;accus\u00e9 est conduit dans la pi\u00e8ce qui lui est r\u00e9serv\u00e9e et ou il s&rsquo;entretient avec son d\u00e9fenseur.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>Le verdict<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">A 6 heures, les jur\u00e9s reviennent dans la salle d&rsquo;audience. La cour fait ensuite son entr\u00e9e, et sur l&rsquo;invitation de M. le pr\u00e9sident, il est donn\u00e9 connaissance de la d\u00e9lib\u00e9ration du jury. Sur les 18 questions qui lui \u00e9taient pos\u00e9es, Ie jury a r\u00e9pondu affirmativement aux 17 premi\u00e8res et n\u00e9gativement \u00e0 la derni\u00e8re (Ie coup de feu a-t-il \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 avec intention de donner la mort ?). Le verdict est muet sur la question des circonstances att\u00e9nuantes.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">On fait alors p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;accus\u00e9. Celui-ci, sans marquer la moindre \u00e9motion, gravit lentement les marches de l&rsquo;escalier conduisant au banc criminel. Il se d\u00e9couvre et s&rsquo;assoit. M.Escoffier invite le greffier \u00e0 donner lecture \u00e0 l&rsquo;accuse de la r\u00e9ponse du jury, et recommande \u00e0 Jacob de se tenir debout. Jacob se l\u00e8ve, puis se rassied et interroge son avocat. M. le pr\u00e9sident renouvelant son observation. Me S\u00e9journ\u00e9 r\u00e9pond : \u00ab Justement, Jacob me disait qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas compris ce que vous lui aviez dit \u00bb ; mais n\u00e9anmoins son client persiste a vouloir rester assis. Apres lecture du verdict. Me S\u00e9journ\u00e9 demande \u00e0 la cour de vouloir confondre la peine qu&rsquo;elle va infliger avec celle prononc\u00e9e par la Cour d&rsquo;assises de la Somme. Puis Jacob, sur la demande de M. le pr\u00e9sident, se l\u00e8ve et d\u00e9clare qu&rsquo;il a une observation \u00e0\u00a0 pr\u00e9senter:<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Je n&rsquo;ai, dit-il, en effet, qu&rsquo;une seule observation \u00e0 faire. Tous les actes que j&rsquo;ai commis, je ne les regrette pas, si j&rsquo;avais cru mal faire je ne les aurais pas faits. Quant \u00e0 votre d\u00e9cision, elle m&rsquo;importe peu, je ne vous reconnais pas le droit de me juger. Je vous hais et vous m\u00e9prise et je le ferai jusqu&rsquo;a mon dernier soupir.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">M. Ie pr\u00e9sident l&rsquo;interrompt en disant :<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Veuillez vous asseoir, la parole ne vous a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e que pour que vous vous prononciez sur l&rsquo;application de la peine.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; J&rsquo;exprime mes sentiments, r\u00e9pond Jacob.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Puis la Cour, apr\u00e8s une courte d\u00e9lib\u00e9ration, condamne Jacob a VINGT ANS DE TRAVAUX FORCES, dit que cette peine sera confondue avec celle prononc\u00e9e par l&rsquo;arr\u00eat de la Cour d&rsquo;assises de la Somme, devenue d\u00e9finitive; condamne en outre Jacob aux frais envers l&rsquo;\u00e9tat et \u00e0 l&rsquo;impression et l&rsquo;affichage du pr\u00e9sent arr\u00eat. Tandis que M. Ie pr\u00e9sident lit les derni\u00e8res dispositions de la d\u00e9cision de la Cour relative \u00e0 l&rsquo;affichage de l&rsquo;arr\u00eat, Jacob hausse les \u00e9paules et sourit pour marquer son indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; J&rsquo;esp\u00e8re, dit ensuite M. le pr\u00e9sident, que vous al1ez vous retirer sans provoquer aucun incident et en faisant usage de mod\u00e9ration.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211; Que voulez-vous que je fasse ? r\u00e9pond le condamne.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Sur ces mots, M. le pr\u00e9sident annonce que l&rsquo;audience est lev\u00e9e, ce \u00e0 quoi Jacob r\u00e9pond en disant : la pi\u00e8ce est jou\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Et il descend du banc criminel pour aller prendre place, sous la conduite des gendarmes, qui ont cru prudent de lui mettre les menottes, dans la voiture cellulaire qui l&rsquo;attend \u00e0 la porte du palais de justice, ainsi du reste qu&rsquo;une \u00e9norme foule de curieux. Au moment o\u00f9. Jacob prend place dans le\u00ab panier \u00e0 salade \u00bb, quelques personnes lui crient \u00abAdieu mon vieux ! \u00bb et c&rsquo;est tout.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Aucun autre incident \u00e0 relater.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La relation du proc\u00e8s d\u2019Orl\u00e9ans par la presse locale pr\u00e9sente un double avantage. Elle nous permet en premier lieu de retrouver Alexandre Jacob et Roy\u00e8re, l\u2019infirmier qui avait aid\u00e9 l\u2019anarchiste \u00e0 s\u2019\u00e9vader de l\u2019asile Montperrin d\u2019Aix en Provence en 1900. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une des rares sources venant confirmer la narration que fait Alain Sergent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[5573,9],"tags":[65,43,25,63,67,44,66,64,45],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/252"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=252"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/252\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4830,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/252\/revisions\/4830"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=252"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=252"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=252"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}