{"id":2516,"date":"2012-06-09T01:10:41","date_gmt":"2012-06-08T23:10:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2516"},"modified":"2012-06-09T06:20:09","modified_gmt":"2012-06-09T04:20:09","slug":"lhonnete-au-pays-des-frelons-6","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/06\/lhonnete-au-pays-des-frelons-6\/","title":{"rendered":"L&rsquo;honn\u00eate au pays des frelons (6)"},"content":{"rendered":"<p id=\"[object]\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2517\" title=\"frelon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-5-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"104\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-5-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-5.jpg 720w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>En ce d\u00e9but du mois de juillet 1905, Alexandre Jacob poursuit dans sa ge\u00f4le, l&rsquo;\u00e9criture des ses <em>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/em> et indique ne pas souffrir de son emprisonnement. Il se gausse m\u00eame de la m\u00e9decine carc\u00e9rale, dans ces deux lettres du pays des frelons, \u00e0 l&rsquo;approche de son proc\u00e8s et s&rsquo;enquiert en revanche de la sant\u00e9 de sa m\u00e8re. Mais il laisse surtout\u00a0\u00e9clater sa col\u00e8re en faisant le compte-rendu des conditions de la d\u00e9tention de sa g\u00e9nitrice. Les dix condamn\u00e9s d&rsquo;Amiens qui avaient fait appel sont transf\u00e9r\u00e9s le 8 juillet \u00e0 Laon.<!--more--><\/p>\n<p>Le voyage se fait en wagon cellulaire et, comme \u00e0 Amiens, les mesures de s\u00e9curit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es. Les accus\u00e9s, d\u00e9tenus \u00e0 la maison d&rsquo;arr\u00eat de Laon, sont r\u00e9partis en deux groupes de trois personnes et un de quatre et plac\u00e9s dans trois quartiers diff\u00e9rents de l&rsquo;\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire. Une porte est perc\u00e9e pour relier directement le chemin de ronde de la prison \u00e0 la gendarmerie qui lui est attenante. Un poste militaire de 16 hommes vient soutenir des sentinelles relev\u00e9es toutes les deux heures. Un factionnaire se tient nuit et jour devant la porter d&rsquo;entr\u00e9e et des rondes sont effectu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;improviste. Amiens \u00e9tait une ville en \u00e9tat de si\u00e8ge, la prison de Laon devient de la sorte une forteresse imprenable.<\/p>\n<p>L&rsquo;honn\u00eate cambrioleur n&rsquo;attend rien de sa propre comparution. Il sait une lib\u00e9ration de sa m\u00e8re envisageable au regard d&rsquo;un acte d&rsquo;accusation qui serait nettement moins vindicatif que celui \u00e9crit par le procureur g\u00e9n\u00e9ral R\u00e9gnault. Mais, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;il croit, ce dernier occupe \u00e0 nouveau le poste du minist\u00e8re public. Fils aimant et soucieux, Jacob multiplie les conseils en vue du proc\u00e8s en appel, quitte \u00e0 froisser la susceptibilit\u00e9 de M<sup>e<\/sup> Justal en jouant les avocats de la d\u00e9fense \u00e0 sa place. \u00a0Le fin connaisseur du droit criminel qu&rsquo;il est propose de faire citer \u00e0 compara\u00eetre le juge d&rsquo;instruction Hatt\u00e9 et le gardien chef de la prison d&rsquo;Abbeville Ruffian afin de souligner l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9plorable de la d\u00e9tention de Marie Jacob depuis son arrestation \u00e0 Paris en 1903. Toutefois, \u00a0l&rsquo;importance du proc\u00e8s de Laon s&rsquo;av\u00e8re proportionnellement\u00a0 moindre que celle du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2518\" title=\"Laon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-2-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"103\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-2-300x199.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-2.jpg 357w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a><strong>3 juillet 1905<\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>Il n&rsquo;\u00e9tait pas utile que tu adresses une nouvelle demande pour ton linge puisque le jugement est cass\u00e9. Tout le bazar va aller l\u00e0-bas au parquet o\u00f9 vous serez rejug\u00e9es. Ce ne sera qu&rsquo;apr\u00e8s un arr\u00eat d\u00e9finitif que tu pourras adresser une nouvelle demande avec quelques chances de succ\u00e8s. En fait, si on te le rend, \u00e7a va bien, mais si on ne te le rend pas, \u00e7a ira encore bien. Laisse donc faire, que diable ! En as-tu imp\u00e9rativement besoin ? Non, puisqu&rsquo;\u00e0 la prison on est oblig\u00e9 de te fournir linge et v\u00eatements. Laisse faire, te dis-je. Lorsque tu sortiras, tu raconteras cela et le reste aux personnes chez qui je te dirai d&rsquo;aller dans une prochaine lettre.<\/p>\n<p>Eh! tu sais ? Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;acquittement qui tienne. Voil\u00e0 qui serait plaisant, ma foi ! On arrache une pauvre femme de son lit o\u00f9 elle est clou\u00e9e par la maladie, on l&rsquo;arr\u00eate, on lui saisit ses quatre guenilles et ses quelques \u00e9conomies, fruit de vingt ans de labeur ; puis on la jette en prison. L\u00e0 pendant cinq mois, on la tient recluse entre quatre murs, la laissant \u00e0 la merci d&rsquo;une vieille guenon enjuponn\u00e9e, aux dents suspectes, puante d&rsquo;hyst\u00e9rie, qui met \u00e0 contribution toutes les coquineries de ses ruses de d\u00e9vote hypocrite et cruelle pour la faire souffrir, non sans \u00eatre assist\u00e9e de son m\u00e2le. De temps \u00e0 autre on l&rsquo;interroge.<\/p>\n<p>Elle ne veut pas r\u00e9pondre. C&rsquo;est son droit, du reste. Mais cela ne pla\u00eet pas au juge : \u00abAh! ces lois maladroites qui ont supprim\u00e9 la torture ! Quel dommage ! Ce serait le cas cependant, de les appliquer. \u00bb Et le bon juge ne pouvant lui faire arracher les ongles, lui couper un poignet ou une oreille, se contente de la laisser \u00e0 l&rsquo;isolement. \u00abVotre fils est un bandit, lui dit-on de temps en temps. &#8211; C&rsquo;est possible ; mais je l&rsquo;aime. &#8211; Alors vous aimez les coquins ? &#8211; Non ; puisque je vous hais. \u00bb Ho ! l&rsquo;insolente ! la cynique ! qui ose aimer son fils et ha\u00efr ses bourreaux ! Allez, vite, vite, au cachot. Elle y demeure deux ans et m\u00eame plus. Un beau jour, on se ressouvient d&rsquo;elle ; on daigne la juger. Juger qui ? juger quoi ? puisqu&rsquo;elle n&rsquo;a rien fait. N&rsquo;importe ; on la juge. Elle est acquitt\u00e9e : \u00ab Quelle veine ! Quelle chance ! \u00bb, entend-elle chuchoter&#8230; Comme c&rsquo;est charmant ! Tu ne trouves pas ? Qui sait ? ne voudront-ils pas que tu les remercies, que tu leur fasses la r\u00e9v\u00e9rence ? Eh bien ! nom de Dieu ! il ne manquerait plus que cela. Ce serait l\u00e0 un fait unique dans l&rsquo;histoire de la r\u00e9signation ; un fait capable \u00e0 lui seul de confondre le darwinisme. On ne pourrait plus dire que l&rsquo;homme descend du singe, mais du chien&#8230;<\/p>\n<p>Tu es dr\u00f4le, que veux-tu que je te dise de ma sant\u00e9, sinon qu&rsquo;elle est excellente ? Je mange, bois, dig\u00e8re et \u00e9vacue, tout comme un \u00eatre organis\u00e9 chez qui les rouages de l&rsquo;\u00e9conomie animale fonctionnent r\u00e9guli\u00e8rement. Tu ne voudrais pas, je suppose, que je me t\u00e2tonne le pouls toutes les heures pour t&rsquo;adresser mon bulletin de sant\u00e9 chaque semaine ? Non ; ce proc\u00e9d\u00e9 n&rsquo;est bon que pour les \u00ab gros bonnets \u00bb et moi je porte un b\u00e9ret. Ainsi, tu vois&#8230;<\/p>\n<p>Puisque nous sommes \u00e0 parler de la sant\u00e9, suppose que je sois malade. De te le dire cela me gu\u00e9rirait-il ? Non, certes. Cela ne servirait qu&rsquo;\u00e0 te rendre malade toi-m\u00eame. D&rsquo;autre part, peut-on \u00e9viter les maladies ? Je r\u00e9ponds nettement, absolument : non. Car si on le pouvait, beaucoup de personnes ne seraient jamais malades. Puisqu&rsquo;il en est ainsi, \u00e0 quoi bon se chagriner ? Si nous sommes malades, il ne nous reste qu&rsquo;\u00e0 nous faire soigner. Et, en prison il y a une chose de bonne pour cela, c&rsquo;est que l&rsquo;on est bien soign\u00e9. Certes, je ne parle pas de ces petits \u00ab bobos \u00bb tels que : angine, croup, chol\u00e9ra, peste, typhus, etc. ; ce sont l\u00e0 des bagatelles. Tu comprends bien qu&rsquo;un docteur ne peut pas s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 de telles futilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais, d&rsquo;autre part, casse-toi une jambe, fracture-toi un bras, d\u00e9molis-toi l&rsquo;\u00e9pine dorsale ou bien laisse-toi aplatir le cr\u00e2ne par un marteau-pilon, imm\u00e9diatement tu verras arriver le docteur le c\u0153ur l\u00e9ger, le sourire aux l\u00e8vres et des couteaux et des scies \u00e0 la main, pour te charcuter comme un b\u0153uf que l&rsquo;on vient d&rsquo;abattre. Ah ! ce docteur Goudron. Cela est pour te dire que je fais en sorte de me passer de ses lumi\u00e8res autant que je le puis. J&rsquo;oubliais de te dire que, depuis que je suis \u00e0 Orl\u00e9ans, je n&rsquo;ai encore jamais eu de migraine. Je crois mes douleurs n\u00e9vralgiques parties : tant mieux, bon voyage. Hier, j&rsquo;ai commis une imprudence en lavant ma cellule \u00e0 pieds nus ; aujourd&rsquo;hui je suis un peu courbatur\u00e9 ; demain tout aura disparu.<\/p>\n<p>Depuis que j&rsquo;ai re\u00e7u le papier je n&rsquo;ai pas cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire ; ce jour, j&rsquo;en suis \u00e0 mon cent douzi\u00e8me recto : j&rsquo;en ai \u00e0 peu pr\u00e8s le double \u00e0 faire pour finir.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u 5 francs il y a trois ou quatre jours ; mais j&rsquo;ignore qui me les a envoy\u00e9s. Je doute que ce soit les camarades d&rsquo;Amiens.<\/p>\n<p>Je ne puis te renseigner sur la date de l&rsquo;ouverture des assises du Loiret pour la bonne raison que je n&rsquo;en sais rien. Et \u00e0 te dire vrai je m&rsquo;en soucie fort peu.<\/p>\n<p>Tu peux \u00e9crire \u00e0 Me Justal pour lui demander s&rsquo;il sait officiellement et la date et l&rsquo;endroit o\u00f9 vous devez \u00eatre rejug\u00e9es.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement. Mille baisers \u00e0 Rose,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-de-laon-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2519\" title=\"Palais de justice de Laon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-de-laon-2-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"95\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-de-laon-2-183x300.jpg 183w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-de-laon-2.jpg 238w\" sizes=\"(max-width: 95px) 100vw, 95px\" \/><\/a><strong>15 juillet 1905<\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>Tu dois avoir re\u00e7u ma derni\u00e8re lettre sans qu&rsquo;elle soit affranchie. C&rsquo;est une erreur qui en est cause. Petite affaire&#8230; Le principal est que tu l&rsquo;aies.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;en doutais que ces [<em>illisible<\/em>] vous faisaient voyager comme des harengs en bo\u00eete. Si tu avais escroqu\u00e9 des millions et si ton p\u00e8re eut \u00e9t\u00e9 ministre de la Justice, on t&rsquo;aurait transf\u00e9r\u00e9e en sleeping-car ; mais comme tu n&rsquo;as jamais \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une dupe et que ton p\u00e8re \u00e9tait de ton genre, on t&rsquo;a \u00ab embo\u00eet\u00e9e \u00bb dans un wagon cellulaire. \u00d4 \u00e9galit\u00e9 des \u00e9galit\u00e9s ! voil\u00e0 bien de tes coups !<\/p>\n<p>Je te crois sans peine que tu aies \u00e9t\u00e9 malade de voyager ainsi. Mais relativement aux condamn\u00e9s cela n&rsquo;est rien ; vous \u00e9tiez en wagon-lit comparativement \u00e0 leur situation. Imagine-toi ce que doivent souffrir ceux qui voyagent l\u00e0-dedans pendant un long trajet, la jambe encha\u00een\u00e9e avec l&rsquo;entrave que tu dois avoir couch\u00e9e \u00e0 tes pieds. L&rsquo;\u00e9t\u00e9 c&rsquo;est une fournaise : on manque d&rsquo;air, on \u00e9touffe ; l&rsquo;hiver c&rsquo;est une chambre frigorifique : on y grelotte de froid. \u00c0 propos, les gardiens de la voiture ont-ils \u00e9t\u00e9 convenables ? Tu m&rsquo;\u00e9tonnerais fort en me r\u00e9pondant affirmativement, car en g\u00e9n\u00e9ral ce sont de fameuses brutes. Mais comme vous \u00e9tiez pour repasser en jugement, ils n&rsquo;auront peut-\u00eatre pas os\u00e9 se montrer sous leur v\u00e9ritable jour de crainte que vous vous plaignissiez en public, devant les assises. Les Arabes ne craignent que les coups de trique ; eux n&rsquo;ont peur que des rapports du ministre. Le ministre ! lorsqu&rsquo;ils prononcent ce mot on dirait qu&rsquo;ils ont la bouche remplie de farine de ch\u00e2taigne. Au fait, la comparaison est juste puisque les trois quarts sont natifs de la Corse, cette p\u00e9pini\u00e8re de fonctionnarisme, pays o\u00f9 les ch\u00e2taigniers ne font pas d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Cela ne me surprend pas que vous ne passiez qu&rsquo;en octobre, voire qu&rsquo;en novembre. Ce n&rsquo;est pas dans quinze jours que l&rsquo;on peut \u00e9chafauder, r\u00e9diger un acte d&rsquo;accusation comme celui que l&rsquo;on vous remettra de nouveau. Vois pour Amiens. Le juge d&rsquo;instruction rendit son ordonnance en juin et ce ne fut qu&rsquo;en novembre, c&rsquo;est-\u00e0-dire cinq mois plus tard, que le procureur g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9posa son rapport devant la chambre des mises en accusation. Et quel rapport ! Sainte Propri\u00e9t\u00e9 ! Rompant avec la vieille \u00e9cole, l&rsquo;avocat des riches R\u00e9gnault, homme d&rsquo;un grand m\u00e9rite, je dois le reconna\u00eetre, nous a offert un acte d&rsquo;accusation r\u00e9dig\u00e9 en un style, je ne dirai pas lisible, mais agr\u00e9able, charmant, attrayant ; l&rsquo;archa\u00efsme en moins, c&rsquo;est presque du Bruneti\u00e8re<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn1\">[1]<\/a>. D&rsquo;ordinaire, cette sorte de litt\u00e9rature judiciaire est tellement insipide qu&rsquo;elle est \u00e9nervante \u00e0 lire ; c&rsquo;est froid comme une dalle de morgue ; \u00e7a manque de liaison ; c&rsquo;est tranchant, saccad\u00e9 comme des montagnes russes de la foire aux Pains d&rsquo;\u00e9pice ; et puis c&rsquo;est plat, \u00e7a manque de relief, tout \u00e0 fait plat : plat comme une poitrine d&rsquo;anglaise. M. R\u00e9gnault, au contraire, nous a offert, dis-je, un v\u00e9ritable chef-d&rsquo;\u0153uvre de litt\u00e9rature. Chef-d&rsquo;\u0153uvre de perfidie dont le canevas a \u00e9t\u00e9 fourni par les calomnies et les m\u00e9disances de la gent polici\u00e8re ; mais chef-d&rsquo;\u0153uvre. Pour dire le mot : chef-d&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art nouveau.<\/p>\n<p>Je doute que son subordonn\u00e9 coll\u00e8gue de Laon vous offre un pareil r\u00e9gal. Pauvre subordonn\u00e9 coll\u00e8gue ! Quel abordage en pleine poitrine, pour lui, que votre renvoi devant la cour d&rsquo;assises de Laon ! Vous ne vous doutez pas, vous autres, \u00f4 bandits, ma\u00eetresse et m\u00e8re de bandits, les tracas, les veilles, les soucis, les peines, les ennuis de toutes sortes que vous causez \u00e0 l&rsquo;avocat des riches de Laon. Quel boulot pour lui que l&rsquo;\u00e9tude de votre affaire ! Et dire qu&rsquo;il n&rsquo;en recevra pas un centime de plus pour cela. C&rsquo;est \u00e0 d\u00e9go\u00fbter de d\u00e9fendre les riches en envoyant au bagne les pauvres bougres et les gens de c\u0153ur. Comme il a d\u00fb maudire <em>in petto <\/em>ce pauvre pr\u00e9sident qui commit la gaffe de mal tirer le jury. Combien de Pater et d&rsquo;Ave, de neuvaines et de litanies a-t-il d\u00fb dire, pendant le cours de votre pourvoi, afin que vous fussiez renvoy\u00e9s \u00e0 Beauvais et non dans son parquet. Qui sait ? Peut-\u00eatre est-il all\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 faire dire des messes et br\u00fbler des cierges ? Mais il a d\u00fb faire gras les nuits de vendredi et saint Antoine de Padoue ne l&rsquo;a pas exauc\u00e9 ! P\u00e9ca\u00efre ! <em>La Patrie du 14 juillet<\/em>, organe des mieux inform\u00e9s comme chacun sait, insinuait qu&rsquo;il en \u00e9tait si col\u00e8re, si m\u00e9content qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait rien de surprenant \u00e0 ce qu&rsquo;il abandonn\u00e2t l&rsquo;accusation et demand\u00e2t, les mains jointes, votre acquittement. Tas de veinards, va !<\/p>\n<p>Tu me dis que tu n&rsquo;as pas pu jouir de la vue ; mais de quelle vue voulais-tu profiter ?<\/p>\n<p>Pour voir des pr\u00e9s, des champs o\u00f9 sont plant\u00e9s quelques pauvres arbres poitrinaires, si mis\u00e9rables \u00e0 voir qu&rsquo;on serait tent\u00e9 de leur donner un sou en passant, comme \u00e0 un mendiant, le tout envelopp\u00e9 de brumes \u00e0 rendre malade un Samoy\u00e8de ; pour voir cela, dis-je, tu n&rsquo;avais pas besoin d&rsquo;aller si loin, et je ne comprends pas ce que tu peux regretter. Va ! tu aurais eu beau carguer toutes tes paupi\u00e8res dans le court trajet de la gare \u00e0 la prison par le funiculaire, tu n&rsquo;aurais rien vu de bien int\u00e9ressant. \u00c0 propos, as-tu vu cette esp\u00e8ce d&rsquo;ascenseur : ils ont voulu imiter celui de Notre-Dame-de-la-Garde de Marseille. Les pauvres ! C&rsquo;est comme s&rsquo;ils avaient voulu faire une petite Canebi\u00e8re tout l\u00e0, sur leur <em>moulou <\/em>de terre !<\/p>\n<p>Je ne puis te r\u00e9p\u00e9ter que ce que je t&rsquo;ai dit d\u00e9j\u00e0 : \u00e9cris une lettre \u00e0 M. le procureur de la R\u00e9publique de Laon, pour lui dire de vouloir bien faire citer comme t\u00e9moins, lors des d\u00e9bats de ton affaire, les nomm\u00e9s Georges Hatt\u00e9, juge d&rsquo;instruction, et Paul Ruffian, gardien-chef \u00e0 Abbeville. Tu dois bien comprendre que si tu disais au jury on m&rsquo;a fait ceci, on m&rsquo;a fait cela, sans faire citer ces t\u00e9moins, l&rsquo;avocat de la R\u00e9publique ne manquerait de te dire que ce sont l\u00e0 des affirmations gratuites puisque ces personnes ne sont pas l\u00e0 pour confirmer ou d\u00e9mentir tes dires ; tandis qu&rsquo;en le pr\u00e9venant, il ne pourra pas user de cet argument. Libre \u00e0 lui d&rsquo;accepter ou de refuser ta demande. D&rsquo;autre part, si tu ne faisais citer que le gardien-chef, il n&rsquo;est pas douteux qu&rsquo;\u00e0 tes questions il r\u00e9pondrait qu&rsquo;en agissant ainsi, il n&rsquo;a fait qu&rsquo;ex\u00e9cuter les ordres que le juge lui donnait. Je te le r\u00e9p\u00e8te, c&rsquo;est tous les deux qu&rsquo;il te faut faire citer.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai encore rien re\u00e7u me concernant. Je ne sais toujours pas la date des assises. J&rsquo;ai id\u00e9e que l&rsquo;on ne tardera pas \u00e0 venir m&rsquo;ennuyer. Je suis pr\u00eat. Mes amiti\u00e9s \u00e0 Mme Ferr\u00e9, \u00e0 son mari ainsi qu&rsquo;\u00e0 tous mes compagnons de cha\u00eene.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement.<\/p>\n<p>Mille baisers \u00e0 Rose,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p id=\"[object]\">\n<hr size=\"1\" \/>\n<p id=\"[object]\"><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref1\">[1]<\/a> Critique fran\u00e7ais (1849-1906), directeur de <em id=\"[object]\">La Revue des deux mondes.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce d\u00e9but du mois de juillet 1905, Alexandre Jacob poursuit dans sa ge\u00f4le, l&rsquo;\u00e9criture des ses Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 et indique ne pas souffrir de son emprisonnement. Il se gausse m\u00eame de la m\u00e9decine carc\u00e9rale, dans ces deux lettres du pays des frelons, \u00e0 l&rsquo;approche de son proc\u00e8s et s&rsquo;enquiert en revanche de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[3042],"tags":[738,106,303,5412,468,1628,86,467,2600,154,85,3065,28,3066,3064,1463,5400,3063,3043,3062],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2516"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2516"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2516\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2516"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2516"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2516"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}