{"id":2505,"date":"2012-05-19T01:10:16","date_gmt":"2012-05-18T23:10:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2505"},"modified":"2011-09-01T16:17:48","modified_gmt":"2011-09-01T14:17:48","slug":"lhonnete-au-pays-des-frelons-5","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/05\/lhonnete-au-pays-des-frelons-5\/","title":{"rendered":"L&rsquo;honn\u00eate au pays des frelons (5)"},"content":{"rendered":"<p id=\"[object]\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2506\" title=\"frelon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-4-300x294.jpg\" alt=\"\" width=\"109\" height=\"113\" \/><\/a>Aussi anodines qu&rsquo;elles puissent para\u00eetre, ces deux lettres du pays des frelons, fort probablement \u00e9crites au d\u00e9but du mois de juillet, n&rsquo;en contiennent pas moins de pr\u00e9cieux renseignements sur le d\u00e9tenu Jacob dont le pragmatisme pousse en premier lieu \u00e0 sermonner sa m\u00e8re. Marie Jacob s&rsquo;affole, semble-t-il, d&rsquo;un retard normal du courrier. Mais l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, qui liquide sa garde-robe par courrier interpos\u00e9 et par l&rsquo;entremise des \u00e9poux Develay, ne peut qu&rsquo;attendre un proc\u00e8s auquel il d\u00e9cide de ne pas assister et subir la chaleur de la saison estivale qui commence. La poursuite de l&rsquo;\u00e9criture de ses souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 va ainsi dans ce sens. Ne pas subir l&rsquo;enfermement &#8230; mais en profiter.<!--more--><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong>Juillet 1905<\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>Tu sembles ignorer qu&rsquo;avant d&rsquo;\u00eatre mises \u00e0 la poste, les lettres font un voyage \u00e0 travers les bureaux de MM. Qui-de-droit afin d&rsquo;y obtenir les diff\u00e9rents visas leur permettant de continuer leur route. Tu as manqu\u00e9 de patience. Un jour de plus et tu n&rsquo;aurais pas eu \u00e0 m&rsquo;\u00e9crire inutilement. Je dis inutilement, car je ne m&rsquo;explique pas que tu sois \u00e0 la merci d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement de si peu d&rsquo;importance. Parce que tu attends une lettre, est-ce une raison pour te chagriner ? La vie est une suite de combinaisons. Que ces combinaisons nous procurent des sensations de douleur et de plaisir selon qu&rsquo;elles sont pour ou contre nos int\u00e9r\u00eats, cela se comprend. Mais il y a mani\u00e8re de subir ces sensations, que diable ! C&rsquo;est se rendre malheureux soi-m\u00eame que de suivre l&rsquo;impulsion caus\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements. Il faut r\u00e9agir contre cela ; sinon c&rsquo;est se faire l&rsquo;esclave de tout \u00e9v\u00e9nement. C&rsquo;est vivre dans des transes continuelles ; c&rsquo;est v\u00e9g\u00e9ter entre une lueur d&rsquo;espoir et un brouillard de craintes. Il faut \u00eatre au-dessus de tels sentiments qui sont le monopole exclusif de ceux qui se meuvent dans le royaume de la M\u00e9diocratie. Tu es d\u00e9j\u00e0 bien assez malheureuse d&rsquo;\u00eatre priv\u00e9e de libert\u00e9, sans souffrir davantage par le manque de raisonnement. Certes, je ne veux pas dire pour cela que tu dois te r\u00e9signer. Non. C&rsquo;est trop chr\u00e9tien. \u00c7a tient plut\u00f4t du chien que de l&rsquo;homme. Mais d&rsquo;attendre ta lib\u00e9ration avec courage, sans te laisser abattre par le retard d&rsquo;une lettre ou tout autre incident. Il faut s&rsquo;attendre \u00e0 tout et, autant que notre temp\u00e9rament nous le permet, ne nous \u00e9tonner de rien.<\/p>\n<p>Tu m&rsquo;as fait des cachotteries. J&rsquo;ai re\u00e7u une lettre de Mme Develay ainsi qu&rsquo;un mandat de 15 francs. Ces braves gens se sont mis g\u00e9n\u00e9reusement \u00e0 ma disposition pour m&rsquo;envoyer de nouveau quelque argent. Tu penses bien que je n&rsquo;en [<em>illisible<\/em>] pas. Ce ne sont que des ouvriers et ils doivent avoir fort \u00e0 faire pour subvenir \u00e0 leurs besoins. Si la vente de meubles produisait encore quelque argent, il serait bien juste qu&rsquo;ils le gardent pour eux, ne serait-ce que pour les d\u00e9dommager des ennuis que nous leur avons caus\u00e9s, ainsi que pour la garde de tes meubles.<\/p>\n<p>Je leur ai \u00e9crit un mot, les remerciant et les pr\u00e9venant que d&rsquo;ici peu je leur enverrai mes deux pardessus ainsi que le linge dont je n&rsquo;ai plus besoin.<\/p>\n<p>Comme nouvelle de la derni\u00e8re heure, je t&rsquo;annoncerai que j&rsquo;ai re\u00e7u la visite de M. le pr\u00e9sident des assises. Mon affaire passera au mois de juillet. J&rsquo;ai dit mon affaire parce qu&rsquo;il est plus que probable que je n&rsquo;assisterai pas aux d\u00e9bats. La date de la d\u00e9cision concernant notre pourvoi s&rsquo;approche. Sera-ce pour la prochaine lettre ?<\/p>\n<p>Tu ne m&rsquo;as pas encore dit si Deschamps<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn1\">[1]<\/a> &#8211; l&rsquo;accus\u00e9 de notre affaire qui est pass\u00e9 \u00e0 la session d&rsquo;avril, le 10, je crois &#8211; avait \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 ou condamn\u00e9.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement.<\/p>\n<p>Mille baisers \u00e0 Rose,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong><em>[Sans date]<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>N&rsquo;ayant pas grand-chose \u00e0 te dire, je t&rsquo;envoie un passage de mes <em>Souvenirs<\/em>. C&rsquo;est la suite d&rsquo;un parall\u00e8le entre la r\u00e9ception qui fut faite \u00e0 Courbet en 1875 (\u00e0 son cadavre) et la mienne. De m\u00eame pour nos actes.<\/p>\n<p>Tu crois partir d&rsquo;Amiens dans un si bref d\u00e9lai ? Ma foi, \u00e0 tout hasard, je t&rsquo;\u00e9cris encore \u00e0 Amiens, et puis, si tu \u00e9tais partie, la lettre irait te rejoindre ; ne crains rien.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u les 10 francs. Te dire de ne me plus m&rsquo;en envoyer, ce serait inutile ; mais je puis t&rsquo;assurer que j&rsquo;en avais suffisamment pour ce mois-ci.<\/p>\n<p>Si tu savais comme il fait chaud ici, \u00e0 Orl\u00e9ans. On se croirait \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une chaleur lourde, sans un brin d&rsquo;air, qui nous donne envie de dormir. Aussi j&rsquo;ai la t\u00eate comme le temps, lourde et&#8230; creuse. Depuis treize jours je ne fais que la piocher.<\/p>\n<p>Mais aujourd&rsquo;hui, je me repose ; j&rsquo;en ai besoin. Je continuerai d&rsquo;\u00e9crire demain et pense finir dans cinq ou six jours, la correction comprise. Tu verras \u00e7a, c&rsquo;est passable.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement. Mille baisers \u00e0 Rose,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Je serai plus long \u00e0 ma prochaine. J&rsquo;ai re\u00e7u les deux roses.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref1\">[1]<\/a> Antoine Deschamps, n\u00e9 \u00e0 Saint-Marcel en Savoie le 21 d\u00e9cembre 1855, marchand de meubles et d&rsquo;antiquit\u00e9s.<\/p>\n<p id=\"[object]\">Son r\u00f4le dans l&rsquo;\u00e9quipe des Travailleurs de la nuit n&rsquo;a jamais pu \u00eatre prouv\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aussi anodines qu&rsquo;elles puissent para\u00eetre, ces deux lettres du pays des frelons, fort probablement \u00e9crites au d\u00e9but du mois de juillet, n&rsquo;en contiennent pas moins de pr\u00e9cieux renseignements sur le d\u00e9tenu Jacob dont le pragmatisme pousse en premier lieu \u00e0 sermonner sa m\u00e8re. Marie Jacob s&rsquo;affole, semble-t-il, d&rsquo;un retard normal du courrier. 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