{"id":2491,"date":"2012-01-14T01:10:19","date_gmt":"2012-01-13T23:10:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2491"},"modified":"2011-08-29T07:51:33","modified_gmt":"2011-08-29T05:51:33","slug":"lhonnete-au-pays-des-frelons-1","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/01\/lhonnete-au-pays-des-frelons-1\/","title":{"rendered":"L&rsquo;honn\u00eate au pays des frelons (1)"},"content":{"rendered":"<p id=\"[object]\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nid-de-frelons-asiatiques.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2493\" title=\"nid de frelons asiatiques\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nid-de-frelons-asiatiques-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"236\" height=\"157\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nid-de-frelons-asiatiques-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nid-de-frelons-asiatiques.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><\/a>Le 22 mars 1905, Alexandre Jacob est condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. L&rsquo;honn\u00eate cambrioleur est devenu une vedette m\u00e9diatique et judiciaire. Il doit \u00eatre jug\u00e9 une seconde fois \u00e0 Orl\u00e9ans pour deux cambriolages commis avec son complice Roy\u00e8res (vols Levacher et Beno\u00eet) et pour la tentative d&rsquo;assassinat sur l&rsquo;agent Couillot qui, le 28 f\u00e9vrier 1901,\u00a0avait tent\u00e9 de l&rsquo;intercepter dans sa fuite. Roy\u00e8res, arr\u00eat\u00e9, meurt \u00e0 la prison de Fontevrault le 06 f\u00e9vrier 1905. Le transfert de Jacob,\u00a0de la maison d&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;Amiens \u00e0 celle d&rsquo;Orl\u00e9ans, se fait vers le 6 ou le 7 avril 1905 comme semble l&rsquo;indiquer le rapport au ministre de la justice, \u00e9tabli le 04 de ce mois par le procureur g\u00e9n\u00e9ral R\u00e9gnault. Alexandre Jacob n&rsquo;a plus qu&rsquo;\u00e0 attendre dans sa ge\u00f4le sa comparution aux assises du Loiret (24 juillet), puis un nouveau transfert vers Saint Martin de R\u00e9. Cette p\u00e9riode marque le d\u00e9but d&rsquo;une correspondance avec sa m\u00e8re qui ne s&rsquo;arr\u00eatera qu&rsquo;\u00e0 sa sortie de la prison de Fresnes &#8230; en d\u00e9cembre 1927\u00a0! Les premi\u00e8res lettres, celles du \u00ab\u00a0pays des frelons\u00a0\u00bb, \u00a0s&rsquo;\u00e9talent ainsi du 08 avril au 11 ao\u00fbt 1905.<!--more--><\/p>\n<p>Vingt et une de ces missives ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e. Marie Jacob est rest\u00e9e, elle, \u00e0 la prison de Bic\u00eatre dans l&rsquo;expectative de la cassation du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens qui lui avait inflig\u00e9e une peine de cinq ann\u00e9es de prison. Elle est transf\u00e9r\u00e9e le 08 juillet sur Laon o\u00f9 un second proc\u00e8s l&rsquo;attend. Jacob peut alors prodiguer ses conseils et exprimer ses craintes. Il dit aussi sa force, celle d&rsquo;\u00eatre rest\u00e9 un esprit libre, fac\u00e9tieux et pointu, attentif et r\u00e9solu. Mais s&rsquo;il ne peut qu&rsquo;observer et disserter, il ne tente pas moins de se pr\u00e9parer \u00e0 une longue, tr\u00e8s longue survie. Ce sont ces courriers, fins et caustiques, que nous mettons en ligne jusqu&rsquo;au mois de d\u00e9cembre prochain et c&rsquo;est une multitude de renseignements et d&rsquo;analyses sur l&rsquo;exp\u00e9rience ill\u00e9galiste pass\u00e9e, sur le sort de bagnard \u00e0 venir, sur les trois proc\u00e8s qu&rsquo;ont subi et que vont subir les Travailleurs de la Nuit (Amiens, Orl\u00e9ans et Laon) ainsi qu&rsquo;une extraordinaire fen\u00eatre qui s&rsquo;ouvre sur les rapports humains unissant un honn\u00eate fils \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>A peine arriv\u00e9 aux pays des frelons, Alexandre \u00e9crit \u00e0 Marie et lui narre son voyage o\u00f9 il peut se rendre compte de nombreuses manifestations de sympathie de la part de la foule, curieuse, qui assiste \u00e0 son transfert. Ces constatations ont de quoi rassurer le cambrioleur. La publicit\u00e9 faite autour du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens porte ses fruits et Alexandre Jacob peut se targuer de par son attitude vindicative et singuli\u00e8re d&rsquo;y avoir largement contribu\u00e9. Le militant anarchiste qu&rsquo;il est exprime ainsi sa satisfaction de voir son \u0153uvre de propagande aboutir m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;est pas dupe d&rsquo;un vedettariat qu&rsquo;il ne sait que trop \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p>Jacob sait aussi que son second proc\u00e8s ne changera rien \u00e0 son futur statut de bagnard et tient \u00e0 rassurer sa m\u00e8re. Sans pour autant \u00eatre fataliste, la description de l&rsquo;endroit o\u00f9 il est enferm\u00e9, le 9 avril, n&rsquo;en d\u00e9note pas moins une certaine philosophie de l&rsquo;abstraction des contraintes, un r\u00e9alisme teint\u00e9 de cette ironie qu&rsquo;il sait si bien manier, bref d&rsquo;un esprit positif et constructif. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant alors \u00e0 ce qu&rsquo;il se d\u00e9crive comme un \u00eatre enferm\u00e9 \u00ab\u00a0<em>dans l&rsquo;une des fosses \u00e0 fauves du jardin des plantes<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-5-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2494\" title=\"Lions du Jardin des Plantes \u00e0 Paris\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-5-640x480-300x142.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"71\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-5-640x480-300x142.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-5-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><strong>Maison d&rsquo;arr\u00eat, Orl\u00e9ans, Loiret<\/strong><\/p>\n<p><strong>8 avril 1905<\/strong><\/p>\n<p>Maman,<\/p>\n<p id=\"[object]\">Quelques mesquines et insignifiantes mandarinades administratives qui ne manquent pas de se produire \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une prison ont \u00e9t\u00e9 cause que je n&rsquo;ai pas pu t&rsquo;\u00e9crire plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Quoique n&rsquo;ayant pas pris un train de plaisir, mon voyage n&rsquo;a pas manqu\u00e9 d&rsquo;agr\u00e9ment. Comme tu dois le penser, j&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;objet de la curiosit\u00e9 publique. D&rsquo;Amiens \u00e0 Liancourt, \u00e0 chaque halte, \u00e0 chaque station, la foule des voyageurs se massait autour du wagon, curieuse et, je dois ajouter, sympathique. Quelques ouvriers m&rsquo;ont m\u00eame offert leur modeste d\u00e9jeuner. Ces marques de sympathie ont leur \u00e9loquence. Le peuple est bon quoi qu&rsquo;on en dise ; l&rsquo;instruction le rend meilleur. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus la foule en d\u00e9lire, stimul\u00e9e par les vapeurs de l&rsquo;alcool qui, \u00e0 Abbeville, hurlait des cris stupides et f\u00e9roces, mais la foule \u00e9clair\u00e9e, consciente, mieux instruite \u00e0 notre \u00e9gard par les d\u00e9bats de la cour d&rsquo;assises. Signes r\u00e9confortants !<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 Paris le reste du trajet s&rsquo;est pass\u00e9 en bavardages avec mes compagnons de voyage ; car il faut te dire que j&rsquo;avais trois compagnons, trois gendarmes, et quels gendarmes aimables ! Aimables, gracieux, pr\u00e9venants, je dirais m\u00eame obs\u00e9quieux tant ils \u00e9taient polis ; enfin quoi, des gendarmes \u00e0 \u00ab estomaquer \u00bb Courteline. Ce n&rsquo;est pas peu dire ! Certes, il est possible, sinon certain, que leur attitude \u00e9tait un calcul ; mais enfin, le calcul n&rsquo;\u00e9tait pas des plus mauvais pour moi, puisque j&rsquo;en ai b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 comme eux.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, sous le hall ext\u00e9rieur de la gare du Nord, nous pr\u00eemes un fiacre. Un mouchard professionnel, facilement reconnaissable \u00e0 son air retors et \u00e0 sa physionomie patibulaire, vint me narguer, me disant : \u00abTe trouves-tu bien, mon vieux ? \u00bb \u00c0 peine finissait-il son exclamation qu&rsquo;un fiacre venant en sens oppos\u00e9 manqua l&rsquo;\u00e9craser. Comme tu le vois son esprit \u00e9tait lourd. Il s&rsquo;en est fallu de peu que je me trouve mieux que lui !<\/p>\n<p>Je ne sais s&rsquo;il faut attribuer mon impression \u00e0 mon long internement, mais Paris m&rsquo;a sembl\u00e9 manquer d&rsquo;animation, de fi\u00e8vre pour mieux dire. Les gens m&rsquo;ont paru abattus, molasses. Par contre, les travaux de toutes sortes l&rsquo;encombraient en plusieurs points. Ici c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9ternel repavage en bois ; l\u00e0-bas c&rsquo;est la d\u00e9saffectation d&rsquo;une ligne de tramways : constructions priv\u00e9es par-ci, communales par-l\u00e0 ; plus loin, enfin, c&rsquo;est la construction d&rsquo;un pont sur la Seine, face \u00e0 la gare d&rsquo;Orl\u00e9ans, pour le passage du \u00ab M\u00e9tro \u00bb. La question a donc \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue ! Les amants de l&rsquo;esth\u00e9tique ont d\u00fb en souffrir. Le m\u00e9tro passera sur la Seine et non en dessous. C&rsquo;est plus rassurant.<\/p>\n<p>Place de la R\u00e9publique, j&rsquo;ai revu le bar o\u00f9 nous allions avec Rosette *. De m\u00eame place de la Bastille, au coin de la rue de Charenton. Les souvenirs sont comme les cerises qui, lorsqu&rsquo;on en prend une, dix autres la suivent&#8230;<\/p>\n<p>Je ne sais pas encore la date de ma confrontation aux assises. Je n&rsquo;ai re\u00e7u communication d&rsquo;aucun papier. Ce ne sera sans doute pas pour ce mois-ci, mais plut\u00f4t pour la session prochaine. Afin d&rsquo;\u00eatre fix\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de certains points que l&rsquo;on me conteste, j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 Me Justal. Tiens-moi au courant de ton pourvoi. D\u00e8s aujourd&rsquo;hui, je m&rsquo;occupe de Rosette : j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 sa s\u0153ur pour lui indiquer les formalit\u00e9s \u00e0 faire soit pour la lib\u00e9ration conditionnelle, soit pour une gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>J&rsquo;attends de vos nouvelles.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement.<\/p>\n<p>Mille baisers \u00e0 Rosette,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-3-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2495\" title=\"Lions du Jardin des Plantes \u00e0 Paris\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-3-640x480-300x221.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-3-640x480-300x221.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lionne-au-jardin-des-plantes-3-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a><strong>Maison d&rsquo;arr\u00eat, Orl\u00e9ans, Loiret<\/strong><\/p>\n<p><strong>13 avril 1905<\/strong><\/p>\n<p>Ma ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>Justal m&rsquo;a \u00e9crit ; il me fait savoir au juste la date de l&rsquo;examen du pourvoi ; peut-\u00eatre dans un mois, croit-il.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la fa\u00e7on vicieuse dont le jury a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9, je crois fort que le pourvoi sera rejet\u00e9. Dans ce cas, il te resterait trois ann\u00e9es encore \u00e0 demeurer enferm\u00e9e. Trois ann\u00e9es ! C&rsquo;est long, atrocement long pour une femme ; lorsque j&rsquo;y pense mon coeur en saigne. Mais enfin, qu&rsquo;y faire ? Rien, pour l&rsquo;instant ; plus tard nous verrons&#8230;<\/p>\n<p>Je te sais forte et pleine de courage ; fais en sorte de pers\u00e9v\u00e9rer dans cette voie ; pas de faiblesses, pas de d\u00e9faillances : souviens-toi du but. Comme par le pass\u00e9, je te conseille de demeurer ferme et hautaine ; ne demande ni gr\u00e2ce ni lib\u00e9ration conditionnelle. N&rsquo;ayant rien fait, tu n&rsquo;as rien \u00e0 solliciter. De m\u00eame qu&rsquo;une fois lib\u00e9r\u00e9e, je ne te conseille pas de t&rsquo;attarder \u00e0 vouloir faire r\u00e9viser ton jugement. La r\u00e9vision te rendrait-elle les cinq ann\u00e9es de libert\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 t&rsquo;a escamot\u00e9es ? Te ferait-elle oublier toutes les angoisses, toutes les douleurs que tu as subies ?<\/p>\n<p>R\u00e9vision, r\u00e9habilitation sont des mots sonores, vides de sens, dont savent se servir avec art les voleurs d&rsquo;\u00e9nergie. Laisse ces moyens \u00e0 ceux qui s&rsquo;en contentent. Tu ne seras pas embarrass\u00e9e d&rsquo;en trouver de meilleurs. Parlons d&rsquo;autres choses.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai de bonnes nouvelles \u00e0 t&rsquo;apprendre. Je vais mieux, beaucoup mieux ; l&rsquo;app\u00e9tit m&rsquo;est revenu. Il est \u00e0 souhaiter que cela continue.<\/p>\n<p>Je ne fume et ne chique plus. Dans un sens, dans le meilleur, c&rsquo;est un bien, car le tabac, le tabac \u00e0 chiquer surtout, n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9tranger \u00e0 mon manque d&rsquo;app\u00e9tit. N&#8217;emp\u00eache que j&rsquo;aimerais bien en user encore. La passion domine la raison.<\/p>\n<p>Ici, les conditions d&rsquo;hygi\u00e8ne sont passables ; les locaux sont assez bien a\u00e9r\u00e9s. Je sors \u00e0 la promenade une heure par jour. C&rsquo;est peu et c&rsquo;est beaucoup : peu, parce que l&rsquo;homme n&rsquo;est pas fait pour \u00eatre enferm\u00e9 ; beaucoup, lorsque l&rsquo;on pense au nombre de d\u00e9tenus que renferme la maison.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9au o\u00f9 je me prom\u00e8ne ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 l&rsquo;une des fosses \u00e0 fauves du Jardin des Plantes. C&rsquo;est amusant. Et puis, je vois de bien belles choses : des pierres, de la terre, des l\u00e9gumes et enfin quelques arbres fruitiers qui me font piti\u00e9, tant ils sont \u00e9tiques. J&rsquo;\u00e9prouve le m\u00eame sentiment en faveur de quatre ou cinq pauvres petites plantes, dont j&rsquo;ignore et l&rsquo;esp\u00e8ce et la famille, qui v\u00e9g\u00e8tent mesquinement sans la protection d&rsquo;une cloche en verre. Je vois ce qui leur manque. Quelques ann\u00e9es de travaux forc\u00e9s feraient bien leur affaire ; elles jouiraient ainsi d&rsquo;une temp\u00e9rature plus cl\u00e9mente. Mais&#8230; ne va pas au bagne qui veut.<\/p>\n<p>En somme, r\u00e9gime pour r\u00e9gime, le cellulaire ne me d\u00e9pla\u00eet pas. Lorsque j&rsquo;entends souffler le vent avec violence, je pense aux marins qui, pour un maigre salaire, disputent leur pain \u00e0 la fureur des flots ; lorsque j&rsquo;entends passer un train, je songe aux catastrophes auxquelles sont expos\u00e9s les employ\u00e9s, ainsi que les voyageurs. Je pense et je songe \u00e0 toutes sortes de cataclysmes que risquent d&rsquo;encourir les heureux mortels vivant en libert\u00e9, et, moi captif, je me trouve heureux. Je mange, bois, dors, respire, pense, agis ; que veux-tu de plus ? Voil\u00e0 qui fait mieux comprendre la vocation de capucin.<\/p>\n<p>Tu dois penser que je raisonne un peu comme le renard. Que veux-tu ? Lorsqu&rsquo;on ne peut pas faire autrement, c&rsquo;est encore ce qu&rsquo;il y a de mieux \u00e0 faire. Mieux vaut rire que pleurer.<\/p>\n<p>Rose doit faire la moue parce que je n&rsquo;ai pas encore dit le plus petit mot pour elle. Cependant, je ne l&rsquo;ai pas oubli\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u00e8s le premier jour, j&rsquo;ai \u00e9crit \u00e0 Jeanne<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn1\">[1]<\/a> en lui donnant toutes les instructions voulues. Je pense qu&rsquo;elle les suivra.<\/p>\n<p>Tu ne m&rsquo;as pas parl\u00e9 de ta sant\u00e9 ni de celle de Rose. \u00cates-vous bien portantes ? J&rsquo;aime \u00e0 croire que oui. Rose m&rsquo;a paru tr\u00e8s affect\u00e9e, au dernier parloir. Ce n&rsquo;est pas le moment de l\u00e2cher la corde ; pourtant, de l&rsquo;\u00e9nergie plus que jamais, que diable ! Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un passage ; sous peu elle sera libre et jouira de jours meilleurs.<\/p>\n<p>As-tu \u00e9crit \u00e0 Mme Develay<a name=\"_ftnref2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn2\">[2]<\/a> ? Sinon, \u00e9cris-lui ; puis, tu me feras conna\u00eetre sa r\u00e9ponse, ainsi que son adresse. J&rsquo;en aurai besoin pour lui faire parvenir les v\u00eatements que j&rsquo;estimerai inutiles de conserver, lorsque mon deuxi\u00e8me proc\u00e8s sera termin\u00e9.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement. Mille baisers \u00e0 Rose,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref1\">[1]<\/a> S\u0153ur de Rose Roux, son nom revient tr\u00e8s souvent dans la correspondance de Jacob<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref2\">[2]<\/a> Les \u00e9poux Develay sont des amis des Jacob, qui les ont aid\u00e9s le temps de la d\u00e9tention de Marie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 22 mars 1905, Alexandre Jacob est condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. L&rsquo;honn\u00eate cambrioleur est devenu une vedette m\u00e9diatique et judiciaire. 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