{"id":2483,"date":"2012-03-03T01:10:11","date_gmt":"2012-03-02T23:10:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2483"},"modified":"2012-03-03T06:09:11","modified_gmt":"2012-03-03T04:09:11","slug":"perquisition-a-germinal","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/03\/perquisition-a-germinal\/","title":{"rendered":"Perquisition \u00e0 Germinal !"},"content":{"rendered":"<p id=\"[object]\"><a id=\"[object]\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/j41germinal1905-du-17-au-25-fevrier-page-001-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" id=\"[object]\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2479\" title=\"Germinal, n\u00b08, du 7 au 25 fevrier 1905\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/j41germinal1905-du-17-au-25-fevrier-page-001-640x480-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"104\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/j41germinal1905-du-17-au-25-fevrier-page-001-640x480-201x300.jpg 201w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/j41germinal1905-du-17-au-25-fevrier-page-001-640x480.jpg 323w\" sizes=\"(max-width: 104px) 100vw, 104px\" \/><\/a>En 1970, comme en 1998, le journaliste Bernard Thomas d\u00e9bute son roman \u00e0 caract\u00e8re biographique sur l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob par le climat de tension r\u00e9gnant \u00e0 Amiens avant et pendant le proc\u00e8s des Travailleurs de la Nuit. Pour ce faire l&rsquo;auteur puise ses sources dans les articles de <em>Germinal<\/em> qu&rsquo;il accommode \u00e0 sa sauce. Et, pour retenir l&rsquo;attention du b\u00e9otien lecteur qui risque fort de gober une v\u00e9rit\u00e9 arrang\u00e9e, il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 pratiquer l&rsquo;exag\u00e9ration. Se met alors en place toute une dramaturgie dont est r\u00e9v\u00e9latrice la narration des \u00e9v\u00e8nements cons\u00e9cutifs \u00e0 la conf\u00e9rence que donne S\u00e9bastien Faure dans la capitale picarde le 11 (et non pas le 12) f\u00e9vrier 1905. Le nombre de manifestants grandit ainsi de mani\u00e8re exponentielle. La charge de l&rsquo;arm\u00e9e, venue en renfort pour assurer le calme et la s\u00e9curit\u00e9 dans la ville, permet d&rsquo;\u00e9viter le quasi &#8211; lynchage du gardien de prison Straboni qui avait agress\u00e9 la foule manifestant devant la prison de Bic\u00eatre apr\u00e8s la causerie de l&rsquo;orateur anarchiste. La situation ne rev\u00eat bien s\u00fbr pas le caract\u00e8re insurrectionnel d\u00e9crit par cette relation apocryphe des \u00e9v\u00e8nements. Elle est n\u00e9anmoins r\u00e9v\u00e9latrice de l&rsquo;agitation et de la propagande men\u00e9e par les anarchistes de <em>Germinal<\/em> qui doivent, de la sorte, subir le panel presque complet des tracasseries polici\u00e8res. Le commissaire J\u00e9not d&rsquo;Amiens convoque \u00e0 son bureau les deux animateurs de la feuille militante, Pacaud et Ouin, qui refusent de s&rsquo;y rendre en invitant le policier \u00e0 se d\u00e9placer lui-m\u00eame s&rsquo;il veut les entendre. Le mardi 13 f\u00e9vrier, le commissaire J\u00e9not investit, avec ses agents, les locaux du journal libertaire \u00e0 la suite de l&rsquo;affaire Straboni &#8230; pour ne rien y trouver de compromettant finalement. C&rsquo;est de cela que se gausse l&rsquo;article paru dans le num\u00e9ro 08 en date du 17 au 25 de ce mois.<!--more--><\/p>\n<p id=\"[object]\">\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/germinal-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-287\" title=\"Manchette du journal libertaire ami\u00e9nois Germinal\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/germinal-3-300x77.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"45\" \/><\/a>Germinal<\/strong><\/p>\n<p><strong>N\u00b008<\/strong><\/p>\n<p><strong>Du 17 au 25 f\u00e9vrier 1905<\/strong><\/p>\n<p><strong>La 1e Perquisition \u00e0 \u00ab\u00a0Germinal\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>A la suite, des incidents Pacaud-J\u00e9not \u00e0 l&rsquo;Alcazar de la manifestation pour Jacob \u00e0 Bic\u00eatre et de la correction inflig\u00e9e au garde chiourme Straboni et aux deux policiers amateurs Lephay et l&rsquo;italien Giaccobi, J\u00e9not avait convoqu\u00e9 \u00e0 son bureau les camarades Pacaud et Ouin, ceux-ci n&rsquo;ont pas cru devoir r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;aimable convocation du beau J\u00e9not.<\/p>\n<p>En revanche, les Libertaires envoy\u00e8rent au commissaire la convocation suivante :<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur J\u00e9not,<\/p>\n<p>\u00ab Vous \u00eates convoqu\u00e9 pour lundi \u00e0 10 heures du matin au bureau de <em>Germinal,<\/em> 26, rue St-Roch, pour une communication.<\/p>\n<p><em><strong>\u00ab <\/strong>Les Libertaires d&rsquo;Amiens<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>J\u00e9not ne crut pas devoir faire autrement que de r\u00e9pondre \u00e0 une aussi courtoise convocation. Aussi, nous ne f\u00fbmes nullement surpris lorsque mardi matin \u00e0, 10 heures, il s&rsquo;amena avec son huit reflets et sa sous-ventri\u00e8re tricolore ; seulement abusant de l&rsquo;hospitalit\u00e9 de<em><strong> <\/strong>Germinal<\/em>,<strong> <\/strong>il se fit escorter de toute une bande d&rsquo;individus louches et d&rsquo;un de ses coll\u00e8gues, le charmant Rivoire, sangl\u00e9 \u00e9galement, du chiffon patriotique. En tout une douzaine d&rsquo;individus, toutes les rues adjacentes \u00e9taient orn\u00e9es de sergents de ville. Il ne manquait vraiment que la musique militaire, mais ce n&rsquo;est certainement l\u00e0 qu&rsquo;un oubli regrettable qui, nous l&rsquo;esp\u00e9rons, ne se renouvellera plus \u00e0 la prochaine visite.<\/p>\n<p>Naturellement, avec autant de monde, les camarades pr\u00e9sents ne purent offrir \u00e0 M. J\u00e9not, le banquet pr\u00e9par\u00e9 pour lui, qu&rsquo;il ne s&rsquo;en prenne qu&rsquo;\u00e0 lui-m\u00eame, s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait venu qu&rsquo;avec sa dame ou m\u00eame encore son secr\u00e9taire, on aurait pu faire le possible, mais avec des agents de la s\u00fbret\u00e9, de la police des m\u0153urs, des ivrognes comme Houdard et autres, les compagnons ne pouvaient d\u00e9cemment se compromettre.<\/p>\n<p>Pour le d\u00e9tail de la perquisition voici le r\u00e9cit d&rsquo;un t\u00e9moin.<\/p>\n<p id=\"[object]\">&#8211; \u00ab Vers 10 heures du matin, les commissaires de police J\u00e9not et Rivoire suivis d&rsquo;une douzaine d&rsquo;agents \u00e0 mine patibulaire et non moins antipathique, faisaient leur entr\u00e9e \u00e0 germinal.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9clin\u00e9 ses noms, profession et qualit\u00e9, M. J\u00e9not exhibe un papier administratif lui donnant le<em> Droit<\/em> de<em> Violer<\/em> le domicile des locataires de la maison o\u00f9 <em>Germinal<\/em> a son bureau. Ces formalit\u00e9s remplies, J\u00e9not et Rivoire accompagn\u00e9s de cinq ou six mouchards grimpent au premier \u00e9tage et commencent leur sale besogne d&rsquo;inspection et de perquisition chez la m\u00e8re d&rsquo;un de nos camarades qui, simplement locataire, n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la propagande anarchiste. Apr\u00e8s avoir vid\u00e9 les commode et placard et fouin\u00e9 dans le lit \u00a0&#8230; et dans le pot de nuit, le \u00ab travail \u00bb se continue chez une autre compagne, \u00e9trang\u00e8re comme la pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 notre propagande. On passe \u00e0 la chambre suivante, mais l\u00e0, nos commissaires s&rsquo;\u00e9crasent le nez sur porte boucl\u00e9e : le camarade Ouin \u00e9tant parti se promener. Force est \u00e0 M. J\u00e9not, d\u00e9\u00e7u, d&rsquo;envoyer chercher un serrurier. En l&rsquo;attendant, l&rsquo;enqu\u00eate se continue dans une chambre \u00e0 d\u00e9barras, puis au second et au grenier. L\u00e0 une grande d\u00e9couverte: J\u00e9not trouve trois quatre rondelles.<\/p>\n<p id=\"[object]\">&#8211; A quoi cela peut bien servir demande notre aimable visiteur.<\/p>\n<p id=\"[object]\">&#8211; A faire des bombes, probablement, r\u00e9plique un camarade.<\/p>\n<p id=\"[object]\">Puis une autre chambre ; puis celle de notre ami Lemaire absent lui aussi comme par hasard. On retourne le lit, on sonde les matelas, on flaire les habits, mais paf&#8230; derri\u00e8re, un roussin tombe, la t\u00e8te dans un vase de nuit encore plein &#8211; \u00e7a sent la nitro, dit-il en se tenant le nez.<\/p>\n<p id=\"[object]\">Enfin le serrurier arrive et la chambre de Ouin est ouverte ; m\u00eame man\u00e8ge, m\u00eame fourbi.<\/p>\n<p id=\"[object]\">&#8211; Une porte. ! s&rsquo;\u00e9crie un sergot clairvoyant. Et chacun de branler la cloison en planche qui n&rsquo;a pas plus de porte que notre agent n&rsquo;a de flair. Nous redescendons. Toutes les portes sont gard\u00e9es par un agent et c&rsquo;est le tour de la cave, de la salle de conf\u00e9rence, on fouille les chiottes&#8230; Rien ! Ah, si de la&#8230; cr\u00e8me ; elle doit \u00eatre suspecte car un \u00e9chantillon est emport\u00e9. Dans la salle de groupe, la biblioth\u00e8que est ouverte par le serrurier et est fouill\u00e9e, ainsi qu&rsquo;un coffret, ouvert aussi par le serrurier. Et notre camarade J\u00e9not admire les gravures qui ornent la salle, parcourt les manifestes, compl\u00e8te son \u00e9ducation r\u00e9volutionnaire. Le domicile de Camille Tarlier est aussi visit\u00e9.<\/p>\n<p>La chasse aux\u00a0documents a \u00e9t\u00e9 infructueuse et nos fonctionnaires, s&rsquo;en vont bredouille. Un salut r\u00e9v\u00e9rencieux et un \u00ab\u00a0au Rivoire \u00bb \u00e0 tous \u00bb.<\/p>\n<p id=\"[object]\">\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vies-damj.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-57\" title=\"Les Vies d\\'Alexandre Jacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vies-damj-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"103\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vies-damj-198x300.jpg 198w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vies-damj.jpg 236w\" sizes=\"(max-width: 103px) 100vw, 103px\" \/><\/a>Bernard Thomas<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les vies d&rsquo;Alexandre Jacob<\/strong><\/p>\n<p id=\"[object]\"><strong>Mazarine, 1998, p.24-25<\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0 moins d&rsquo;un mois, le 12 f\u00e9vrier, S\u00e9bastien Faure est venu donner une conf\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Alcazar. Il a sali, selon son habitude, l&rsquo;arm\u00e9e, le corps exp\u00e9ditionnaire qui se couvre de gloire en Extr\u00eame-Orient, puis le clerg\u00e9, la police et la magistrature. Des indicateurs qui se trouvaient dans la salle en ont pris bonne note. Mais cette causerie n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un coup mont\u00e9 pour r\u00e9unir le plus large public possible. L&rsquo;orateur \u00e9tait de m\u00e8che. Par petits paquets, plusieurs milliers de personnes se sont regroup\u00e9es rue Delambre. L&rsquo;Alcazar s&rsquo;est vid\u00e9. Une manifestation s&rsquo;est \u00e9branl\u00e9e vers la rue de Bic\u00eatre en chantant<em> l&rsquo;Internationale.<\/em> L\u00e0, elle s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 un fort d\u00e9tachement de militaires plac\u00e9 par bonheur, \u00e0 tout hasard\\ en faction devant la prison. Le cort\u00e8ge est demeur\u00e9 longtemps immobile \u00e0 narguer les soldats en vocif\u00e9rant : \u00ab Vive Jacob ! Vive la r\u00e9volution ! Vive l&rsquo;anarchie ! \u00bb<\/p>\n<p>Puis, soudain, \u00e7&rsquo;a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;incident. Straboni, un gardien qu&rsquo;on a fait venir sp\u00e9cialement de Rouen pour Jacob, de peur qu&rsquo;il n&rsquo;ait r\u00e9ussi \u00e0 convertir les matons habituels \u00e0 ses id\u00e9es, comme il a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 le faire jadis, Straboni donc, attir\u00e9 par le vacarme, est sorti du caboulot Lephay. Il avait sans doute bu un verre ou deux de trop. Bref, il a tir\u00e9 son revolver en hurlant qu&rsquo;il allait \u00ab en tuer \u00bb. Les manifestants se sont jet\u00e9s sur lui ; ils l&rsquo;ont d\u00e9sarm\u00e9 et rou\u00e9 de coups. Les soldats ont charg\u00e9. On \u00ab d\u00e9plore \u00bb une dizaine de bless\u00e9s.<em> Germinal<\/em> en a fait ses choux gras.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de cette \u00e9chauffour\u00e9e, le commissaire J\u00e9not a convoqu\u00e9 \u00e0 son bureau les meneurs av\u00e9r\u00e9s, Lemaire, g\u00e9rant du p\u00e9riodique, et ses s\u00e9ides Pacaud et Ouin.<\/p>\n<p>Les anarchistes lui ont r\u00e9pondu par ce billet : \u00ab Monsieur J\u00e9not, vous \u00eates convoqu\u00e9 pour lundi \u00e0 dix heures du matin au bureau de notre journal, 26, rue Saint-Roch. \u00bb<\/p>\n<p>J\u00e9not, \u00e9tonn\u00e9, a pris le parti de s&rsquo;y rendre, accompagn\u00e9 de douze hommes, \u00e0 midi il est vrai, au lieu de dix heures, pour marquer qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas aux ordres. Bien entendu la perquisition n&rsquo;a rien donn\u00e9. En revanche,<em> Germinal<\/em> a eu l&rsquo;audace de raconter l&rsquo;anecdote tout au long dans le num\u00e9ro du 17f\u00e9vrier : non contents d&rsquo;\u00eatre des criminels, ces gens-l\u00e0 ignorent le respect Il n&rsquo;y a rien de bon \u00e0 attendre d&rsquo;eux.<\/p>\n<p id=\"[object]\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1970, comme en 1998, le journaliste Bernard Thomas d\u00e9bute son roman \u00e0 caract\u00e8re biographique sur l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob par le climat de tension r\u00e9gnant \u00e0 Amiens avant et pendant le proc\u00e8s des Travailleurs de la Nuit. Pour ce faire l&rsquo;auteur puise ses sources dans les articles de Germinal qu&rsquo;il accommode \u00e0 sa sauce. 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