{"id":2360,"date":"2011-10-01T01:10:22","date_gmt":"2011-09-30T23:10:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2360"},"modified":"2011-10-01T05:59:05","modified_gmt":"2011-10-01T03:59:05","slug":"leon-de-lyon","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/10\/leon-de-lyon\/","title":{"rendered":"L\u00e9on de Lyon"},"content":{"rendered":"<p id=\"[object]\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/apaches-lyon-republicain-illustre-22-au-31-mai1903.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2361\" title=\"Apache dans Lyon R\u00e9publicain illustr\u00e9, du 22 au 31 mai 1903\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/apaches-lyon-republicain-illustre-22-au-31-mai1903-224x300.jpg\" alt=\"\" width=\"119\" height=\"156\" \/><\/a>Les ant\u00e9c\u00e9dents de L\u00e9on P\u00e9lissard font de ce personnage, n\u00e9 \u00e0 Lyon le 15 juin 1867 et r\u00e9pondant au pseudonyme d&rsquo;Edme, un exemple typique des habitu\u00e9s des palais de justice et dont la fr\u00e9quentation r\u00e9guli\u00e8re am\u00e8ne fatalement des peines de plus en plus lourdes, avec \u00e0 terme le bagne ou la rel\u00e9gation en Guyane. L&rsquo;homme manie pourtant aussi bien la plume que le poing et la pince monseigneur. Il est anarchiste \u00e0 n&rsquo;en point douter. Ses chansons, \u00e9crites en prison apr\u00e8s son arrestation le 23 avril 1903, donnent m\u00eame des conseils de cambriolages (<em>Conseils \u00e0 un p\u00e8gre<\/em>) et en appellent \u00e0 l&rsquo;h\u00e9catombe des vils bourgeois par l&rsquo;\u00e9gorgement (<em>La Diane du prol\u00e9taire<\/em>). Il n&rsquo;est pas s\u00fbr, en revanche, qu&rsquo;il ait toujours \u00e9t\u00e9 un partisan de cet \u00ab\u00a0id\u00e9al sublime de ceux qui g\u00e9missent et la po\u00e9sie des esprits f\u00e9conds\u00a0\u00bb (<em>Germinal<\/em>, n\u00b012, 26 mars &#8211; 09 avril 1905). C&rsquo;est ce que r\u00e9v\u00e8le la lecture d&rsquo;extraits du Moniteur Judiciaire de Lyon (que nous a aimablement transmis Laurent Gallet) et des sources polici\u00e8res permettant de retracer son parcours. Cela tendrait \u00e0 prouver que P\u00e9lissard est devenu anarchiste \u00e0 Paris et fort probablement au contact d&rsquo;un autre multir\u00e9cidiviste et n\u00e9anmoins, lui aussi, honn\u00eate cambrioleur. L\u00e9on de Lyon fut d&rsquo;abord, aux yeux de la respectable soci\u00e9t\u00e9, une canaille &#8211; mari\u00e9e en 1895 &#8211; de la pire esp\u00e8ce.<!--more--><\/p>\n<p>Il subit une premi\u00e8re peine de un mois d&#8217;emprisonnement et 16 francs d&rsquo;amende pour outrage et r\u00e9bellion \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 18 ans le 1<sup>er<\/sup> mars 1886 \u00e0 Lyon et une seconde, le 22 novembre de la m\u00eame ann\u00e9e, pour coups et blessures. Au bout de 6 mois de prison, il semble mener une vie plut\u00f4t calme mais est jug\u00e9 \u00e0 nouveau par deux fois en 1888 : \u00e0 Valence, le 21 juin, il doit s&rsquo;acquitter d&rsquo;une amende de 50 francs pour p\u00eache ill\u00e9gale. A Lyon, le 10 septembre, il est encore condamn\u00e9 pour coups et blessures \u00e0 6 mois de prison, peine \u00e0 laquelle viennent s&rsquo;ajouter 5 ans d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour. L&rsquo;engrenage est enclench\u00e9 et, malgr\u00e9 un service militaire remarquable au Tonkin (\u00e0 moins que ce ne soit dans les bat&rsquo; d&rsquo;Af&rsquo;), le cycle des condamnations reprend \u00e0 son retour. Le 20 mai 1895, la cour d&rsquo;assises de Lyon l&rsquo;astreint \u00e0 5 ans de prison, peine encore assortie d&rsquo;une interdiction de 5 ans de s\u00e9jour.\u00a0 Il est jug\u00e9 pour vol qualifi\u00e9 et manque le bagne et ses joyeuset\u00e9s de peu. Il sort libre trois ans et demi plus tard, le 23 novembre 1898. Sa bonne conduite autorise une libert\u00e9 conditionnelle qu&rsquo;il remet en cause au bout de six mois en commettant une infraction \u00e0 l&rsquo;interdiction de s\u00e9jour. Mais il n&rsquo;\u00e9cope que d&rsquo;une peine de 4 mois de prison le 1<sup>er<\/sup> mai 1899. Le 5 f\u00e9vrier 1901, le tribunal de Lyon le condamne encore pour cette m\u00eame infraction.<\/p>\n<p id=\"[object]\"><a id=\"[object]\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/leon-pelissard-1905.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" id=\"[object]\" class=\"alignleft size-medium wp-image-345\" title=\"leon-pelissard-1905\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/leon-pelissard-1905.jpg\" alt=\"L\u00e9on P\u00e9lissard dans Le Monde Illustr\u00e9 25 mars 1905\" width=\"161\" height=\"115\" \/><\/a>Apr\u00e8s cette peine de 6 mois, nous retrouvons L\u00e9on P\u00e9lissard chez les Travailleurs de la Nuit. Il ne purge tr\u00e8s certainement pas sa peine int\u00e9gralement car, dans la nuit du 9 au 10 juin de cette ann\u00e9e, il accompagne Alexandre Jacob au Mans pour le cambriolage de la r\u00e9sidence du juge de paix Hulot. Lorsqu&rsquo;il comparait devant la cour d&rsquo;assises d&rsquo;Amiens, en 1905, L\u00e9on P\u00e9lissard poss\u00e8de un passif de huit condamnations. La neuvi\u00e8me est prononc\u00e9e le 22 mars de cette ann\u00e9e\u00a0: huit ans de travaux forc\u00e9s, la Guyane \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 et la mort en Am\u00e9rique du Sud.<\/p>\n<p><strong>Moniteur Judiciaire de Lyon<\/strong><\/p>\n<p><strong>09 octobre 1886<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chronique<\/strong><\/p>\n<p>Le Tribunal correctionnel de Lyon avait \u00e0 juger, hier, trois gredins de la pire esp\u00e8ce\u00a0: les nomm\u00e9s Ringald, P\u00e9lissard et Puyaubert. Le 13 d\u00e9cembre dernier, ils avaient attaqu\u00e9 en plein jour, dans une all\u00e9e du parc de la T\u00eate d&rsquo;Or, un promeneur, M. Loste, et sous pr\u00e9texte de lui demander l&rsquo;heure, l&rsquo;avaient rou\u00e9 de coup dans le but de le d\u00e9pouiller. M. Faure, garde du parc, accouru au secours de la victime, avait \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame mordu et fortement maltrait\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;audience d&rsquo;hier avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;une premi\u00e8re audition, il y a quinze jours environ.<\/p>\n<p>Il plut, ce jour-l\u00e0, \u00e0 Puyaubert de tomber \u00e0 coups de poing sur un des t\u00e9moins, et le parquet, on s&rsquo;en souvient, demanda de renvoyer l&rsquo;affaire pour un suppl\u00e9ment d&rsquo;enqu\u00eate. Elle a aboutit \u00e0 donner sur le pass\u00e9 de deux de ces gredins, des renseignements \u00e9difiants.<\/p>\n<p>Puyaubert et Ringald sont des batailleurs, des souteneurs habitu\u00e9s \u00e0 une vie de paresse et d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9s plusieurs fois par le tribunal correctionnel.<\/p>\n<p>P\u00e9lissard, lui, sans \u00eatre aussi dangereux que les deux autres, a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 plusieurs fois, pour inconduite, des ateliers o\u00f9 il travaillait.<\/p>\n<p>Les d\u00e9positions de nombreux t\u00e9moins \u00e9tablissent leur culpabilit\u00e9 dans l&rsquo;agression contre M. Loste.<\/p>\n<p>Le Minist\u00e8re public relevait contre eux le vol d&rsquo;un presson, soustrait dans les chantiers de M. R&#8230;et cach\u00e9 par les voleurs dans une bouche d&rsquo;\u00e9gout, pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise Saint Pothin.<\/p>\n<p>L&rsquo;attitude de Ringald, \u00e0 l&rsquo;audience, est cynique\u00a0: Puyaubert a plus de calme et se contente de grincer \u00a0des dents.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9fense de M<sup>es<\/sup> Minard et Pradi\u00e9-Fod\u00e9r\u00e9, le tribunal condamne ces trois gredins\u00a0: Puyaubert, \u00e0 deux ans d&#8217;emprisonnement\u00a0; Ringald , \u00e0 treize mois\u00a0; P\u00e9lissard \u00e0 six mois de la m\u00eame peine.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lyon-parc-de-la-tete-dor-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2362\" title=\"Lyon, parc de la T\u00eate d\\'or\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lyon-parc-de-la-tete-dor-2-300x192.jpg\" alt=\"\" width=\"152\" height=\"104\" \/><\/a>Moniteur Judiciaire de Lyon<\/strong><\/p>\n<p><strong>03 novembre 1886<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chronique<\/strong><\/p>\n<p>Dans son audience d&rsquo;hier, la 4<sup>e<\/sup> chambre de la Cour d&rsquo;appel a jug\u00e9 l&rsquo;appel interjet\u00e9 par les nomm\u00e9s Ringald, P\u00e9lissard et Puyaubert, ces individus comparurent devant le tribunal correctionnel, \u00e0 l&rsquo;audience des flagrants d\u00e9lits\u00a0; mais l&rsquo;un d&rsquo;eux, Puyaubert, ass\u00e9na un violent coup de poing sur la t\u00eate d&rsquo;un t\u00e9moin, qui \u00e9tait en train de faire sa d\u00e9position.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire fut alors mise \u00e0 l&rsquo;instruction, et le 08 octobre, cet int\u00e9ressant trio \u00e9tait traduit de nouveau devant la justice, sous la triple inculpation de coup et blessures volontaires, d&rsquo;outrage \u00e0 un garde du par cet enfin de vol d&rsquo;un presson.<\/p>\n<p>Le tribunal condamna ces individus\u00a0: Puyaubert, \u00e0 deux ans d&#8217;emprisonnement\u00a0; Ringald, \u00e0 treize mois\u00a0; P\u00e9lissard, \u00e0 six mois.<\/p>\n<p>La Cour a confirm\u00e9 purement et simplement la d\u00e9cision des premiers juges.<\/p>\n<p id=\"[object]\"><strong id=\"[object]\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/apaches-conference.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2363\" title=\"Conf\u00e9rence apache\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/apaches-conference-204x300.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"155\" \/><\/a>Moniteur judiciaire de Lyon<\/strong><\/p>\n<p><strong>21 mai 1895<\/strong><\/p>\n<p>(&#8230;) Les quatre accus\u00e9s ont une tr\u00e8s mauvaise r\u00e9putation et sont consid\u00e9r\u00e9s comme des malfaiteurs dangereux. Ils on tous d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>M. le Pr\u00e9sident proc\u00e8de, apr\u00e8s lecture de l&rsquo;acte d&rsquo;accusation, \u00e0 l&rsquo;interrogatoire des accus\u00e9s.<\/p>\n<p>Le premier accus\u00e9 est M\u00e9o (Nicolas)<\/p>\n<p>D. Vous avez \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s\u00a0? &#8211; R. Oui, deux fois\u00a0: une fois \u00e0 six jours et une deuxi\u00e8me fois \u00e0 trois mois.<\/p>\n<p>D. Les rapports de police vous repr\u00e9sentent comme \u00e9tant d&rsquo;un caract\u00e8re faible\u00a0; vous avez \u00e9t\u00e9 perdus par les mauvaises compagnies. Vous fr\u00e9quentez les filles publiques\u00a0; votre maitresse est inscrite sur le registre de la police des m\u0153urs. Vous ne travaillez pas r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0; pourquoi n&rsquo;\u00eates-vous pas rest\u00e9 \u00e0 la Compagnie du gaz\u00a0? &#8211; R. Je n&rsquo;\u00e9tais pas assez pay\u00e9.<\/p>\n<p>D. Vous avez particip\u00e9 au vol Cancalon. &#8211; R. J&rsquo;ai fourni un alibi. J&rsquo;\u00e9tais au cirque Rancy et j&rsquo;ai pass\u00e9 le reste de la nuit avec Collomb.<\/p>\n<p>D. Pourtant, on a trouv\u00e9 chez vous une boite d&rsquo;allumettes &#8211; tisons dans laquelle se trouvaient des plumes\u00a0; cette boite, M. Cancalon la reconnait. &#8211; R. Ce n&rsquo;est pas possible puisqu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 moi.<\/p>\n<p>D. D&rsquo;o\u00f9 la teniez-vous\u00a0? &#8211; R. J&rsquo;ai achet\u00e9 la boite d&rsquo;allumettes, et Collomb m&rsquo;a donn\u00e9 les plumes.<\/p>\n<p>D. Vous avez \u00e9t\u00e9 vu, par deux agents, lorsque vous examiniez, vers les trois heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, la maison de M. Fintrini. &#8211; R. Je passais par hasard mais je ne me suis pas arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>D. Une femme a vu sortir de la maison, o\u00f9 se trouve l&rsquo;appartement de M. Fintrini, un individu qui est all\u00e9 vous rejoindre. &#8211; R. Personne n&rsquo;est venu me rejoindre. J&rsquo;\u00e9tais avec Collomb.<\/p>\n<p>D. Le soir, vous \u00eates all\u00e9s avec vos co-accus\u00e9s au restaurant o\u00f9 mange M. Fintrini. Vous avez suivi celui-ci pour conna\u00eetre plus exactement son domicile. Votre crime \u00e9tait donc bien pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9\u00a0? &#8211; R. Je ne l&rsquo;ai pas suivi. Le vol n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>D. Quel a \u00e9t\u00e9 le r\u00f4le de chacun de vous dans ce crime\u00a0? &#8211; R. Collomb faisait le guet, moi, je suis mont\u00e9 avec P\u00e9lissard et Empereur. Empereur a sonn\u00e9 et P\u00e9lissard a fractur\u00e9 la porte avec un morceau de fer fourni par Collomb. Lorsque M. Fintrini est arriv\u00e9, Collomb a cri\u00e9 \u00ab\u00a0descendez-vous l\u00e0 haut\u00a0\u00bb. Je me suis empress\u00e9 de descendre et je n&rsquo;\u00e9tais pas dans l&rsquo;appartement de M. Fintrini lorsqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9.<\/p>\n<p>D. M. Fintrini affirme que ceux qui l&rsquo;ont frapp\u00e9 \u00e9taient au nombre de trois. &#8211; R. Il a pu se tromper.<\/p>\n<p>D. C&rsquo;est vous qui teniez la bougie\u00a0? &#8211; R. Oui Monsieur le Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>M. le Pr\u00e9sident passe \u00e0 l&rsquo;interrogatoire du deuxi\u00e8me accus\u00e9 Collomb (Jean).<\/p>\n<p>D. Vous avez d\u00e9j\u00e0 subi des condamnations\u00a0? &#8211; R. Oui, j&rsquo;ai fait une fois trois jours et une autres fois cinq jours pour tapage.<\/p>\n<p>D. Vous \u00eates un ouvrier habile, vous gagniez beaucoup d&rsquo;argent, et malgr\u00e9 cela votre ma\u00eetresse se livre \u00e0 la prostitution\u00a0? &#8211; Non, je gagnais assez pour l&rsquo;entretenir.<\/p>\n<p>D. Au moment de votre arrestation, on a trouv\u00e9 chez vous un pardessus et une pipe vol\u00e9s au cirque Rancy. &#8211; R. Je les ais pris par inadvertance au cirque Rancy, un soir que j&rsquo;\u00e9tais ivre.<\/p>\n<p>D. On a trouv\u00e9 chez vous un pinceau de 12 francs que M. Cancalon reconnait. O\u00f9 l&rsquo;avez-vous pris\u00a0? &#8211; R. Je l&rsquo;ai achet\u00e9 \u00e0 un ouvrier sans travail sur la place des C\u00e9lestins. Je l&rsquo;ai pay\u00e9 7 francs. Cet ouvrier s&rsquo;appelle Schmidt.<\/p>\n<p>D. On a encore trouv\u00e9 en votre possession des timbres de un et de deux centimes. On en a pris justement une certaine quantit\u00e9 \u00e0 M. Cancalon. &#8211; R. Ils viennent de mon fr\u00e8re.<\/p>\n<p>D. A l&rsquo;instruction, vous avez pr\u00e9tendu que vous les aviez trouv\u00e9s dans la rue. &#8211; R. Je ne crois pas avoir dit cela.<\/p>\n<p>D. Vous avez avou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instruction que vous \u00eates mont\u00e9 dans la journ\u00e9e pour examiner l&rsquo;appartement de M. Fintrini. &#8211; R. C&rsquo;est M\u00e9o qui a dit cela le premier et m&rsquo;a pri\u00e9 de dire comme lui.<\/p>\n<p>D. Vous faisiez le guet\u00a0? &#8211; R. Oui.<\/p>\n<p>D. Avez-vous pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 le vol\u00a0? &#8211; R. Non, je ne l&rsquo;ai su que le soir. P\u00e9lissard et Empereur en sortant du Commerce nous ont fait un signe. Nous les avons suivis et ils nous ont propos\u00e9s le vol.<\/p>\n<p>D. Qui a fourni l&rsquo;instrument de l&rsquo;effraction\u00a0? &#8211; R. J&rsquo;avais vu un individu enfouir un morceau de fer et j&rsquo;ai indiqu\u00e9 l&rsquo;endroit o\u00f9 on le trouverait.<\/p>\n<p>D. Vous accusez toujours P\u00e9lissard et Empereur d&rsquo;avoir particip\u00e9 au vol\u00a0? &#8211; R. Oui, Monsieur le Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me accus\u00e9 est P\u00e9lissard (L\u00e9on).<\/p>\n<p>D. Vous avez subi trois condamnations avant votre tirage au sort et par cons\u00e9quent vous avez \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 aux bataillons d&rsquo;Afrique. Je dois reconna\u00eetre que vous vous y \u00eates bien conduit. Mais, depuis votre d\u00e9part du r\u00e9giment, vous vivez de la prostitution des filles. &#8211; R. Non, j&rsquo;ai toujours travaill\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>D. Vous connaissez M\u00e9o et Collomb\u00a0? &#8211; R. Non, ils ne sont jamais venus au caf\u00e9 avec moi.<\/p>\n<p>D. Vous \u00e9tiez avec eux le jour du vol\u00a0? &#8211; R. Non, ils \u00e9taient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi et jouaient aux cartes entre eux.<\/p>\n<p>D. M\u00e9o et Collomb vous accusent formellement d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 leur complice. &#8211; R. Ils mentent pour se d\u00e9charger eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>D. Vous vous \u00eates sauv\u00e9s quand les agents se sont pr\u00e9sent\u00e9s chez vous\u00a0? &#8211; R. J&rsquo;\u00e9tais en train de f\u00eater mon mariage avec mes amis\u00a0; comme je faisais quelques fois de la contrebande, j&rsquo;ai cru que c&rsquo;\u00e9tait pour cela qu&rsquo;on venait m&rsquo;arr\u00eater. Ne voulant pas passer ma premi\u00e8re nuit de noce au poste, j&rsquo;ai essay\u00e9 de m&rsquo;esquiver.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au tour du 4<sup>e<\/sup> accus\u00e9 Empereur Bissonet, dit <em>Lolo<\/em>.<\/p>\n<p>D. Vous avez \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 deux fois. La police donne sur vous de mauvais renseignements. Votre femme est encore inscrite sur le registre de la police des m\u0153urs et depuis votre mariage, elle a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e deux fois. Vous vivez de la prostitution de votre femme. &#8211; R. Non, je travaille et ma femme travaille aussi de son c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>D. Vous \u00eates all\u00e9s au caf\u00e9 (Gariod) avec les autres\u00a0? &#8211; R. Oui.<\/p>\n<p>D. Vous avez invoqu\u00e9 un\u00a0 alibi. Vous avez \u00e9crit \u00e0 votre femme pour lui indiquer son r\u00f4le. &#8211; R. Oui Monsieur le Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>D. Vous \u00e9tiez avec vos co-accus\u00e9s au bar de (Rassie)\u00a0? &#8211; R. Non, je n&rsquo;\u00e9tais qu&rsquo;avec P\u00e9lissard.<\/p>\n<p>L&rsquo;interrogatoire fini, M. le Pr\u00e9sident passe \u00e0 l&rsquo;audition des t\u00e9moins.<\/p>\n<p>Coutagne, m\u00e9decin commis au rapport, a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 d&rsquo;examiner les blessures de Fintrini. Il a constat\u00e9 que l&rsquo;\u00e9tat de Fintrini n&rsquo;avait rien d&rsquo;alarmant, qu&rsquo;il avait deux blessures l\u00e9g\u00e8res dont une faite avec un instrument tranchant.<\/p>\n<p>Bouveron (Antoine), \u00e2g\u00e9 de 43 ans,\u00a0brigadier des gardiens de la paix, avait remarqu\u00e9 M\u00e9o se promenant avec Collomb se promenant dans la journ\u00e9e autour de la maison de M. Fintrini et s&rsquo;\u00e9tait dit que si un mauvais coup se faisait aux environs, il saurait o\u00f9 retrouver les coupables.<\/p>\n<p>Ayant appris le vol le soir m\u00eame, il a couru arr\u00eater M\u00e9o et Collomb qui ont tout de suite avou\u00e9. Quelques jours apr\u00e8s, le m\u00eame t\u00e9moin a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de l&rsquo;arrestation de P\u00e9lissard qu&rsquo;il a d\u00e9rang\u00e9 au milieu de son repas de noce.<\/p>\n<p>M. le Pr\u00e9sident f\u00e9licit\u00e9 l&rsquo;agent sur sa perspicacit\u00e9 et son intelligence.<\/p>\n<p>Blach\u00e8re, gardien de la paix, fait la m\u00eame d\u00e9position que le pr\u00e9c\u00e9dent t\u00e9moin.<\/p>\n<p>Simon, \u00e2g\u00e9 de 36 ans, gardien de la paix, plac\u00e9 dans l&rsquo;all\u00e9e, derri\u00e8re la maison de P\u00e9lissard, a cueilli celui-ci au moment o\u00f9 il se sauvait.<\/p>\n<p>Fintrini, \u00e2g\u00e9 de 74 ans, rentier, a failli \u00eatre la victime des accus\u00e9s. Lorsqu&rsquo;il est rentr\u00e9 chez lui, vers neuf heures, il a trouv\u00e9 sa porte ouverte. A peine \u00e9tait-il dans le vestibule qu&rsquo;il a re\u00e7u deux coups et en m\u00eame temps un des voleurs lui couvrait la t\u00eate avec un manteau. On lui a pris un revolver et une tasse en argent.<\/p>\n<p>Ferre (Jules), 10 ans, a vu une personne descendre \u00e0 califourchon de la rampe d&rsquo;escalier. Cette personne portait un v\u00eatement semblable \u00e0 celui de M\u00e9o.<\/p>\n<p>Dupont, femme Jaugay, \u00e2g\u00e9e de 53 ans, couturi\u00e8re, a vu sortir de l&rsquo;all\u00e9e de M. Fintrini, dans la journ\u00e9e du crime, un jeune homme en pantalon blanc qui est all\u00e9 rejoindre un individu l&rsquo;attendant sur l&rsquo;avenue de saxe. Elle d\u00e9clare ne pas reconna\u00eetre ce jeune homme parmi les accus\u00e9s.<\/p>\n<p>Bidel, femme Katz, \u00e2g\u00e9e de 46 ans, couturi\u00e8re, descendait, vers neuf heures, les escaliers de la maison Fintrini, lorsqu&rsquo;elle a vu un individu qui fuyait. En m\u00eame temps, un autre s&rsquo;est mis \u00e0 crier dans la cage d&rsquo;escalier\u00a0: \u00ab\u00a0descendez-vous, la haut\u00a0!\u00a0\u00bb Pendant son souper, elle avait entendu du bruit dans l&rsquo;appartement au-dessous du sien. Cet appartement est pr\u00e9cis\u00e9ment celui de M. Fintrini.<\/p>\n<p>Femme Gariod, d\u00e9bitante, d\u00e9clare que P\u00e9lissard et Lolo sont all\u00e9s chez elle dans la journ\u00e9e du crime, mais elle ne se souvient pas d&rsquo;avoir vu M\u00e9o ni Collomb. Lolo et P\u00e9lissard sont sortis ensemble, disant qu&rsquo;ils allaient \u00e0 Vaise.<\/p>\n<p>Matray (Marie), 19 ans, domestique, dit que M\u00e9o et Collomb sont venus au bar de Rassie vers la tomb\u00e9e de la nuit\u00a0; c&rsquo;est le t\u00e9moin qui les a servis.<\/p>\n<p>Flanchet, cordonnier, a occup\u00e9 trois ou quatre fois P\u00e9lissard et a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s content de lui.<\/p>\n<p>Boissier, cordonnier, raconte que, le jour du vol, il a d\u00een\u00e9 avec Lolo. P\u00e9lissard est venu vers les 3 heures apporter des drag\u00e9es.<\/p>\n<p>Ils sont sortis ensuite tous les trois et sont all\u00e9s faire une partie de billard au caf\u00e9 du Commerce. Lolo et P\u00e9lissard sont partis vers 8 heures et le t\u00e9moin les a rejoints quelques temps apr\u00e8s au caf\u00e9 du Nouveau Lyon.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce t\u00e9moin qui recevait des billets pour les femmes d&rsquo;Empereur et de P\u00e9lissard.<\/p>\n<p>Bruyat, cousin de Lolo, a pris un verre avec lui au bar du Nouveau Lyon, vers neuf heures moins \u00bc.<\/p>\n<p>Argence portait \u00e0 Buissier les billets envoy\u00e9s par les d\u00e9tenus \u00e0 leur femme.<\/p>\n<p>Cancalon raconte le vol dont il a \u00e9t\u00e9 victime tel qu&rsquo;il est expos\u00e9 dans l&rsquo;acte d&rsquo;accusation.<\/p>\n<p>Perrier, associ\u00e9 de Cancalon, fait la m\u00eame d\u00e9position.<\/p>\n<p>M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral fait l&rsquo;historique du vol. Il montre les accus\u00e9s ne vivant que de la prostitution et du vol.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;attache surtout \u00e0 d\u00e9montrer la culpabilit\u00e9 de P\u00e9lissard et d&rsquo;Empereur ont toujours ni\u00e9. On les a vus le jour du crime avec leurs coaccus\u00e9s. Ceux-ci les accusent d&rsquo;ailleurs formellement d&rsquo;\u00eatre les instigateurs et les auteurs principaux du vol. Il ne retient pas la circonstance aggravante de violence ayant laiss\u00e9 des traces qui entra\u00eeneraient pour les accus\u00e9s les travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 mais il demande aux jur\u00e9s de refuser les circonstances att\u00e9nuantes, ce qui permettra \u00e0 la cour de les condamner aux travaux forc\u00e9s \u00e0 temps.<\/p>\n<p><strong>Moniteur Judiciaire de Lyon<\/strong><\/p>\n<p><strong>02 mai 1899<\/strong><\/p>\n<p><strong>Tribunal correctionnel de Lyon<\/strong> &#8211; Dans son audience du lundi 1<sup>er<\/sup> mai 1899, le Tribunal a prononc\u00e9 les condamnations suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>P\u00e9lissard (L\u00e9on), \u00e2g\u00e9 de 32 ans, cinq fois condamn\u00e9s, quatre mois de prison pour infraction \u00e0 un arr\u00eat\u00e9 d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour\u00a0;<\/p>\n<p>(&#8230;).<\/p>\n<p><strong>Dossier de presse \u00ab\u00a0la bande sinistre et ses exploits\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Proc\u00e8s d&rsquo;Amiens<\/strong><\/p>\n<p><strong>Audience du 11 mars 1905<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Interrogatoire de P\u00e9lissard<\/em><\/strong><em><\/em><\/p>\n<p>On arrive \u00e0 un vol, le premier dans lequel est compromis P\u00e9lissard.<\/p>\n<p>M. le pr\u00e9sident l&rsquo;interroge rapidement.<\/p>\n<p>P\u00e9lissard est n\u00e9 \u00e0 Lyon le 15 juin 1867. Il \u00e9t\u00e9 six fois condamn\u00e9, notamment le 20 mai<\/p>\n<p>1895 par la cour d&rsquo;assises du Rh\u00f4ne, pour vol qualifi\u00e9, \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion et cinq ans d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour.<\/p>\n<p>P\u00e9lissard reconna\u00eet les faits<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Source\u00a0:<\/span><\/p>\n<ul>\n<li>&#8211; Archives d\u00e9partementales de la. Charente Maritime : 2Y306 : dossier nominatif de L\u00e9on P\u00e9lissard 1905<\/li>\n<li>&#8211; Moniteur Judiciaire de Lyon, 1886-1899<\/li>\n<li>&#8211; Archives de la Pr\u00e9fecture de Police de Paris: EA\/89 : dossier de presse \u00ab\u00a0La bande sinistre et ses exploits\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les ant\u00e9c\u00e9dents de L\u00e9on P\u00e9lissard font de ce personnage, n\u00e9 \u00e0 Lyon le 15 juin 1867 et r\u00e9pondant au pseudonyme d&rsquo;Edme, un exemple typique des habitu\u00e9s des palais de justice et dont la fr\u00e9quentation r\u00e9guli\u00e8re am\u00e8ne fatalement des peines de plus en plus lourdes, avec \u00e0 terme le bagne ou la rel\u00e9gation en Guyane. 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