{"id":2358,"date":"2011-10-09T01:10:24","date_gmt":"2011-10-08T23:10:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2358"},"modified":"2011-06-13T17:13:19","modified_gmt":"2011-06-13T15:13:19","slug":"gentil-medecin","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/10\/gentil-medecin\/","title":{"rendered":"Gentil m\u00e9decin"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gentil-toubib.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2359\" title=\"Jacobil m\u00e9decin\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gentil-toubib-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"136\" height=\"174\" \/><\/a>Majors, colonels ou capitaines, les m\u00e9decins du bagne sont des militaires. Ils subissent une double pression\u00a0: celle inh\u00e9rente \u00e0 leur fonction et dans un milieu particuli\u00e8rement mortif\u00e8re, et celle de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire pour qui le fagot n&rsquo;est qu&rsquo;un simulateur. Le constat qu&rsquo;ils peuvent alors faire induit de facto une opposition qui peut virer au conflit ouvert avec tel ou tel surveillant, puis avec tel ou tel commandant. Le cas du docteur Rousseau n&rsquo;est pas unique et rares furent les toubibs du bagne, pourtant affranchis de l&rsquo;autorit\u00e9 institu\u00e9e, qui firent all\u00e9geance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de mort carc\u00e9rale et ont suivi \u00e0 la lettre consignes et r\u00e8glements. C&rsquo;est entre autres ce qui rend Jacob Law particuli\u00e8rement acrimonieux \u00e0 leur encontre&#8230; sauf\u00a0 envers l&rsquo;Oncle Louis qui n&rsquo;officia pourtant que deux ans aux \u00eeles du Salut. On comprend d\u00e8s lors la courte dur\u00e9e de la fonction exerc\u00e9e et les t\u00e9moignages qui suivent (Liard-Courtois, Law, Dieudonn\u00e9, Danan, Maroger, Belbenoit, Roussenq) ne pouvaient que mettre en exergue un v\u00e9ritable apostolat m\u00e9dical en Guyane. Gentil m\u00e9decin.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-du-bagne-liard-courtois1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-888\" title=\"Souvenirs du bagne, Liard-Courtois\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-du-bagne-liard-courtois1-184x300.jpg\" alt=\"Souvenirs du bagne\" width=\"93\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-du-bagne-liard-courtois1-184x300.jpg 184w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-du-bagne-liard-courtois1.jpg 462w\" sizes=\"(max-width: 93px) 100vw, 93px\" \/><\/a><strong>Liard-Courtois<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Charpentier et Fasquelle, 1903<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Les Pass\u00e9s Simples, r\u00e9\u00e9ditions, 2005<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.233-236\u00a0:<\/span> <a name=\"bookmark0\">LES M\u00c9DECINS, LES MALADES ET LES MORTS<\/a><\/p>\n<p align=\"left\">La Guyane ne devint lieu de transportation qu&rsquo;apr\u00e8s le coup d&rsquo;\u00c9tat de 1851. Le premier convoi arriva aux \u00eeles du Salut en mai 1852. En 1867, le nombre des transport\u00e9s envoy\u00e9s \u00e0 la Guyane s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 dix- huit mille ; soit une moyenne annuelle de douze cents.<\/p>\n<p align=\"left\">De 1867 \u00e0 1880, on n&rsquo;exp\u00e9dia en Guyane que des for\u00e7ats condamn\u00e9s \u00e0 une peine sup\u00e9rieure \u00e0 huit ann\u00e9es et plus sp\u00e9cialement des Arabes et des N\u00e8gres. Deux convois amenaient chaque ann\u00e9e sept cents transport\u00e9s, soit neuf mille cents en treize ans.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00c0 partir de 1880, les convois se renouvellent trois fois par an et comptent chacun de trois cent vingt \u00e0 trois cent cinquante transport\u00e9s ; on organise souvent un convoi suppl\u00e9mentaire \u00e0 destination de la Guyane. Mais tenons-nous en \u00e0 trois convois; cela nous donne de 1880 \u00e0 1898 un ensemble de dix-neuf mille transport\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"left\">Donc, en quarante-cinq ans, la colonie a re\u00e7u plus de quarante-six mille condamn\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"left\">Or, en juillet 1898, le nombre des transport\u00e9s &#8211; tant en cours de peine que lib\u00e9r\u00e9s ou concessionnaires devant r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel semestriel &#8211; \u00e9tait de sept mille ; ce qui porte la moyenne des morts ou disparus \u00e0 huit cent soixante-sept par ann\u00e9e ; au total et en chiffres ronds : trente-neuf mille de 1852 \u00e0 1898, soit 84,5 p. 100.<\/p>\n<p align=\"left\">Les \u00e9vad\u00e9s comptent parmi les disparus. Mais, si l&rsquo;on consid\u00e8re que 2 p. 100 seulement des tentatives d&rsquo;\u00e9vasion r\u00e9ussissent et que les gr\u00e2ces, les lib\u00e9rations d\u00e9finitives et les r\u00e9visions provoqu\u00e9es par des erreurs judiciaires n&rsquo;atteignent que cinq pour mille des transport\u00e9s, la proportion des morts ou disparus sera encore de 82 p. 100.<\/p>\n<p align=\"left\">Ainsi, sur cent individus qu&rsquo;on envoie au bagne, il n&rsquo;y en a que dix- huit qui ne meurent pas ou qui n&rsquo;y sont pas tu\u00e9s&#8230; qui ne disparaissent pas. Statistique effrayante, si l&rsquo;on tient compte surtout que l&rsquo;\u00e2ge moyen des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s est de vingt-deux ans.<\/p>\n<p align=\"left\">Dans les chiffres ci-dessus expos\u00e9s ne sont pas englob\u00e9s les r\u00e9cidivistes rel\u00e9gu\u00e9s depuis la loi de 1884. En 1892, le nombre de cette cat\u00e9gorie de transport\u00e9s s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 dix mille, chiffre qui va en s&rsquo;augmentant de trois cent cinquante \u00e0 quatre cents par ann\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"left\">Les rel\u00e9gu\u00e9s, dont je m&rsquo;occuperai longuement dans un chapitre sp\u00e9cial, occupent un des points les plus malsains du Maroni. Leur camp est, d&rsquo;ailleurs, justement surnomm\u00e9 le \u00abcamp de la Mort\u00bb.<\/p>\n<p align=\"left\">De 1889 \u00e0 1892, il en succomba seize cent cinquante-cinq; et quand je quittai le Maroni, en 1897, l&rsquo;effectif des survivants \u00e9tait de dix-huit cent-vingt. Cela donne une moyenne de mortalit\u00e9 sup\u00e9rieure de deux et demi pour cent, comparativement \u00e0 celle des transport\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"left\">La plupart des convois sont d\u00e9cim\u00e9s d\u00e8s leur arriv\u00e9e dans la colonie. La fi\u00e8vre, l&rsquo;insolation, la dysenterie, la gangr\u00e8ne &#8211; qui s&rsquo;attaque \u00e0 la moindre \u00e9corchure -, l&rsquo;insuffisance et la mauvaise qualit\u00e9 de l&rsquo;alimentation sont les principaux agents de mortalit\u00e9. La nostalgie et l&rsquo;hypocondrie font aussi de fr\u00e9quentes victimes.<\/p>\n<p align=\"left\">Chez l&rsquo;\u00eatre le plus vil, chez le plus d\u00e9prav\u00e9, il y a un fond de sentimentalisme qui \u00e9tonne et d\u00e9concerte le philosophe et l&rsquo;observateur. Et tout indique que, si la soci\u00e9t\u00e9 avait su cultiver cet atome de bont\u00e9 native que tout \u00eatre porte en soi, les individus qu&rsquo;elle condamne seraient devenus d&rsquo;honn\u00eates gens. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 au bagne des hommes ayant commis des crimes d&rsquo;une atrocit\u00e9 inexplicable, qui pleuraient de vraies larmes \u00e0 la pens\u00e9e qu&rsquo;un p\u00e8re, une m\u00e8re, une femme aim\u00e9e ou un ami pouvait \u00eatre malheureux \u00e0 cause d&rsquo;eux; ils souffraient horriblement et j&rsquo;en ai vu mourir de consomption.<\/p>\n<p align=\"left\">Ceux qui ont \u00e9t\u00e9 assez robustes, assez r\u00e9sistants, pour supporter le premier choc, succombent parfois du fait de mauvais traitements; d&rsquo;autres s&rsquo;\u00e9teignent \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, que des soins plus diligents auraient pu sauver. Il y a enfin ceux qui tombent sous la matraque des contrema\u00eetres ou le revolver des surveillants. Ces assassinats sont courants, et ceux qui les commettent sont \u00e0 peu pr\u00e8s certains de l&rsquo;impunit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"left\">Sur les cent-vingt condamn\u00e9s que nous \u00e9tions du m\u00eame convoi en arrivant au Maroni, il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 difficile d&rsquo;en r\u00e9unir une trentaine apr\u00e8s six mois de s\u00e9jour. Et nous n&rsquo;avions pas eu d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mies. Je laisse \u00e0 penser ce que c&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 si la terrible fi\u00e8vre jaune avait s\u00e9vi.<\/p>\n<p align=\"left\">Quand plus tard je rentrai aux \u00eeles, je constatai que les ravages n&rsquo;y \u00e9taient pas moindres et je n&rsquo;y rencontrai que tr\u00e8s peu de ceux qui \u00e9taient venus de France en m\u00eame temps que moi.<\/p>\n<p align=\"left\">Si l&rsquo;on apportait un peu d&rsquo;humanit\u00e9 dans le traitement et d&rsquo;assiduit\u00e9 dans les soins m\u00e9dicaux, la mortalit\u00e9 serait enray\u00e9e dans de notables proportions. Mais le gibier de bagne n&rsquo;est pas digne d&rsquo;int\u00e9r\u00eat; on le d\u00e9porte pour qu&rsquo;il meure ; et que ce r\u00e9sultat soit atteint un peu plus t\u00f4t ou un peu plus tard, cela n&rsquo;a qu&rsquo;une importance minime. Les jurys, d&rsquo;ailleurs, sont l\u00e0 pour pourvoir \u00e0 son remplacement.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00c0 l&rsquo;indiff\u00e9rence coupable de certains docteurs se joint la barbarie des infirmiers. Ceux-ci sont recrut\u00e9s parmi les for\u00e7ats; ils \u00e9chappent \u00e0 la dure discipline du camp, couchent dans des lits et re\u00e7oivent une nourriture plus abondante et plus substantielle que le commun; ils savent l&rsquo;augmenter au besoin en rognant la ration des malades. Ils commandent en ma\u00eetres, oubliant les mis\u00e8res qu&rsquo;ils ont ant\u00e9rieurement encourues et qui les attendent encore au jour o\u00f9 on les rel\u00e8vera de leurs fonctions. Ils se cramponnent \u00e0 leur emploi comme Cyn\u00e9gire au vaisseau perse, et lorsqu&rsquo;un malade \u00e0 qui ils supposent quelque argent, s&rsquo;obstine \u00e0 ne pas mourir, ils abr\u00e8gent son agonie par tous les moyens \u00e0 leur disposition.<\/p>\n<p align=\"left\">L&rsquo;infirmier est sous la coupe directe de la religieuse de service, aussi s&rsquo;efforce-t-il de para\u00eetre confit en d\u00e9votion, il a du bon Dieu plein la bouche et r\u00e9pond d&rsquo;une voix forte aux pri\u00e8res de la s\u0153ur.<\/p>\n<p align=\"left\">De leur c\u00f4t\u00e9, les religieuses &#8211; dont quelques-unes sont bonnes et impartiales &#8211; gardent ordinairement leurs attentions et leurs douceurs pour les hypocrites qui jouent la ferveur et pour les malins qui leur confectionnent des bibelots de pi\u00e9t\u00e9. Quant aux malades qui conservent l&rsquo;ind\u00e9pendance de la pens\u00e9e, ils sont g\u00e9n\u00e9ralement n\u00e9glig\u00e9s. Les saintes filles songent davantage \u00e0 la sant\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me qu&rsquo;\u00e0 celle du corps. Lorsqu&rsquo;un malade n&rsquo;a plus que quelques jours \u00e0 vivre ou lorsque le thermom\u00e8tre qui prend la temp\u00e9rature d&rsquo;un fi\u00e9vreux d\u00e9passe 41, elles appellent en h\u00e2te l&rsquo;aum\u00f4nier dont la vue a pour cons\u00e9quence d&rsquo;effrayer le moribond et de l&rsquo;exp\u00e9dier plus promptement ad patres.<\/p>\n<p align=\"left\">Autrefois, les m\u00e9decins des p\u00e9nitenciers coloniaux \u00e9taient des majors de la marine. Ils \u00e9taient ma\u00eetres dans leur service et jouissaient d&rsquo;une enti\u00e8re libert\u00e9 d&rsquo;action. Quand il arrivait alors que le docteur n&rsquo;\u00e9tait pas au mieux avec l&rsquo;Administration, les condamn\u00e9s en profitaient un peu et les malades \u00e9taient, sinon mieux soign\u00e9s, du moins plus facilement reconnus et hospitalis\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"left\">Cette ind\u00e9pendance du corps m\u00e9dical eut pour effet d&rsquo;indisposer fortement MM. les administrateurs, qui demand\u00e8rent et obtinrent la formation d&rsquo;un service sp\u00e9cial de m\u00e9decins coloniaux.<\/p>\n<p align=\"left\">Ceux-ci sont attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire dont ils rel\u00e8vent directement et qui les paie. De cette fa\u00e7on, les prescriptions du m\u00e9decin sont soumises au visa du commandant du p\u00e9nitencier qui, \u00absous des pr\u00e9textes d&rsquo;\u00e9conomie\u00bb, supprime, au hasard, telle ou telle ordonnance, enlevant ainsi au malade la potion qui l&rsquo;aurait peut-\u00eatre sauv\u00e9. Beaucoup de docteurs, il faut le reconna\u00eetre \u00e0 leur louange, ont refus\u00e9 de s&rsquo;associer \u00e0 ces mesures homicides et ont donn\u00e9 leur d\u00e9mission.<\/p>\n<p align=\"left\">J&rsquo;ai vu de mes yeux un commandant de p\u00e9nitencier, passant dans les salles de l&rsquo;h\u00f4pital, en faire sortir \u00abpar mesure disciplinaire\u00bb, et sans prendre avis du docteur, un malade entr\u00e9 de la veille.<\/p>\n<p align=\"left\">Le m\u00e9decin s&rsquo;insurge parfois contre les fantaisies du commandant, ce dont profitent les transport\u00e9s malades qui sont plus facilement hospitalis\u00e9s. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais au Maroni, un antagonisme de ce genre existait entre le commandant Deniel et le docteur Mariot qui avait le tort de reconna\u00eetre malades tous ceux qui l&rsquo;\u00e9taient r\u00e9ellement. Et le nombre en \u00e9tait grand !<\/p>\n<p align=\"left\">L&rsquo;h\u00f4pital \u00e9tait comble et le camp, aux heures de travail, \u00e9tait rempli d&rsquo;hommes dont le docteur avait prescrit le repos. Ces exemptions eurent le don d&rsquo;exasp\u00e9rer Deniel qui s&rsquo;en plaignit \u00e0 la direction.<\/p>\n<p align=\"left\">Le docteur, qui taquinait la Muse, se vengea de l&rsquo;animosit\u00e9 du commandant en \u00e9crivant sur lui une chansonnette satirique qu&rsquo;il illustra d&rsquo;un portrait-charge du personnage. Deniel y \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 charg\u00e9 d&rsquo;une hotte pleine de l\u00e9gumes, de poissons, de chapelets, de saucissons et sonnant \u00e0 la porte de la communaut\u00e9 des s\u0153urs de l&rsquo;h\u00f4pital. La chansonnette \u00e9tait intitul\u00e9e : La dot \u00e0 Nonore.<\/p>\n<p align=\"left\">Nonore \u00e9tait le petit nom de la fille du commandant, qui r\u00eavait pour son enfant un avenir \u00e0 l&rsquo;abri du besoin ; aussi ne n\u00e9gligeait-il, en vue de l&rsquo;\u00e9tablir, aucun des mille petits b\u00e9n\u00e9fices que lui rapportait son grade.<\/p>\n<p>La chanson fit bient\u00f4t le tour du p\u00e9nitencier et tous les for\u00e7ats chantaient La dot \u00e0 Nonore, au grand dam de Deniel. L&rsquo;inimiti\u00e9 de ces deux hommes prit une telle acuit\u00e9 que le m\u00e9decin r\u00e9solut d&rsquo;appeler son adversaire sur le terrain. Mais, comme tous les \u00eatres bassement m\u00e9chants, Deniel \u00e9tait l\u00e2che, M. Mariot dut le souffleter publiquement, devant une corv\u00e9e de cinquante hommes. Le \u00abcommandant\u00bb refusa de se battre et le docteur f\u00fbt chang\u00e9 de poste. Je crois me souvenir qu&rsquo;il d\u00e9missionna peu de temps apr\u00e8s.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/18-ans-de-bagne-jacob-law-egregores.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1271\" title=\"18 ans de bagne, Jacob Law, Egr\u00e9gores\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/18-ans-de-bagne-jacob-law-egregores.jpg\" alt=\"\" width=\"114\" height=\"142\" \/><\/a><strong>Jacob Law<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dix-huit ans de bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>Editions de l&rsquo;Insurg\u00e9, 1926<\/strong><\/p>\n<p><strong>Egr\u00e9gores, r\u00e9\u00e9dition, 2005<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.87-89\u00a0:<\/span> En 1922, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un homme qui est digne d&rsquo;\u00eatre class\u00e9 dans le rang des hommes d&rsquo;action et de sentiments \u00e9lev\u00e9s\u00a0; il ne s&rsquo;agit ni d&rsquo;un transport\u00e9 ni d&rsquo;un anarchiste, il s&rsquo;agit du docteur Rousseau, l&rsquo;homme qui a lutt\u00e9 ouvertement contre l&rsquo;Administration, pour le bien des transport\u00e9s. Gr\u00e2ce \u00e0 lui on n&rsquo;a jamais essay\u00e9 de mettre un malade au pain sec\u00a0; tandis que les autres docteurs qui se succ\u00e9d\u00e9s de 1908 \u00e0 1922 \u00e9taient les complices de l&rsquo;Administration et par cons\u00e9quent des assassins.<\/p>\n<p>C&rsquo;est par leur faute que les cachots \u00e9taient pleins, et que les r\u00e9clusionnaires mouraient dans leur cellule, de fi\u00e8vre, de scorbut et de dysenterie, faute de soins.<\/p>\n<p>En 1922, le docteur Rousseau a dit au gouverneur qu&rsquo;il hospitaliserait, un \u00e0 un, tous les r\u00e9clusionnaires parce que l&rsquo;Administration leur faisait subir un r\u00e9gime barbare. Il a fait comme il avait dit. Il a donn\u00e9 la libert\u00e9 \u00e0 beaucoup de condamn\u00e9 en les envoyant \u00e0 la grande terre ou au Nouveau camp comme malades, quoiqu&rsquo;ils fussent intern\u00e9s.<\/p>\n<p>Il agissait ainsi contre la volont\u00e9 de l&rsquo;Administration dans le but de leur rendre la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 lui, en effet, les hommes qui n&rsquo;avaient plus d&rsquo;espoir, \u00e9tant depuis dix, quinze ou vingt ans sur les \u00eeles du Salut, ont pu partir en \u00e9vasion. Beaucoup n&rsquo;oublieront jamais le docteur Rousseau, car s&rsquo;ils sont maintenant en libert\u00e9, en Am\u00e9rique ou ailleurs, c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;ils le doivent.<\/p>\n<p>Rousseau n&rsquo;a jamais touch\u00e9 la main \u00e0 un surveillant militaire. Quand il faisait sa visite, il mettait dehors, comme un chien, tout surveillant qui tentait de parler contre un transport\u00e9.<\/p>\n<p>Pour se moquer de l&rsquo;administration, il me disait\u00a0: \u00ab\u00a0Si \u00e7a ne va pas, venez me voir, Law\u00a0\u00bb et, malgr\u00e9 la volont\u00e9 du gouverneur, il me donna plusieurs mois de repos.<\/p>\n<p>Malheureusement, le 10 mai 1922, le Docteur Rousseau quitta les \u00eeles pour retourner&rsquo; en France. A partir de ce jour, l&rsquo;Administration a commenc\u00e9 \u00e0 se venger en mettant au pain sec tous ceux qui se faisaient porter malades. A dater de ce jour, la vie de mis\u00e8re a recommenc\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/viedesforcats-libertalia.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-109\" title=\"viedesforcats-libertalia\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/viedesforcats-libertalia.jpg\" alt=\"La vie des for\u00e7ats, Libertalia 2007\" width=\"102\" height=\"146\" \/><\/a><strong>Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>La vie des for\u00e7ats<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gallimard, 1930<\/strong><\/p>\n<p><strong>Libertalia, r\u00e9\u00e9dition, 2007<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.\u00a092\u00a0:<\/span> En Guyane les m\u00e9decins-majors sont souvent humains et temp\u00e8rent la rigueur du r\u00e8glement. Ils ne sont pas toujours dupes des simulateurs et souvent ne les signalent pas \u00e0 l&rsquo;AP. Ils ont conscience de remplir un apostolat et rach\u00e8tent par leur d\u00e9vouement un peu des injustices s&rsquo;\u00e9talant sous leurs yeux.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.163-164\u00a0:<\/span> Les m\u00e9decins-majors sont g\u00e9n\u00e9ralement aim\u00e9s des condamn\u00e9s pour le bien qu&rsquo;ils font.<\/p>\n<p>Le docteur Rousseau a laiss\u00e9 en Guyane le souvenir d&rsquo;un ap\u00f4tre, doubl\u00e9 d&rsquo;un savant. Combien d&rsquo;hommes n&rsquo;a-t-il pas gu\u00e9ri, encourag\u00e9s, amend\u00e9s, sauv\u00e9s.<\/p>\n<p>Un jour, un Arabe fut surpris \u00e0 voler chez le docteur Rousseau. Pr\u00e9venu, il fit mander l&rsquo;Arabe\u00a0;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi m&rsquo;as-tu vol\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Moi faim beaucoup, major.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Eh bien, ne vole plus. Viens ici tous les matins, mon cuisinier te donnera \u00e0 manger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;Arabe ne vola plus. Je cite ce trait entre mille.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00f4pital militaire de Cayenne est dirig\u00e9 par un m\u00e9decin principal, chef du service de sant\u00e9 de la Guyane. Il y a l\u00e0 de nombreux emplois qui sont souvent occup\u00e9s par des for\u00e7ats ou des lib\u00e9r\u00e9s. Souvent, les m\u00e9decins sollicitent leur gr\u00e2ce du minist\u00e8re qui en tient g\u00e9n\u00e9ralement compte.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cayenne.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-873\" title=\"cayenne\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cayenne-186x300.jpg\" alt=\"Cayenne\" width=\"92\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cayenne-186x300.jpg 186w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cayenne.jpg 454w\" sizes=\"(max-width: 92px) 100vw, 92px\" \/><\/a><strong>Alexis Danan<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cayenne<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fayard 1934<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.168-170\u00a0:<\/span> LA FIN DU FOR\u00c7AT<\/p>\n<p align=\"left\">Le m\u00e9decin-colonel Espinasse baissa la voix.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ici, dit-il, nous sommes chez les tuberculeux.<\/p>\n<p align=\"left\">Une grande salle blanche, pleine de lumi\u00e8re et de paix. Sur les oreillers, humides de transpiration, des t\u00eates longues, osseuses, reposaient, le nez pinc\u00e9, les paupi\u00e8res bleues. Presque toutes avaient l&rsquo;air d&rsquo;appeler le geste final, qui rel\u00e8ve le drap sur la face immobile.<\/p>\n<p align=\"left\">Le m\u00e9decin, d&rsquo;un regard rapide, fit le tour des lits. Il interrogea l&rsquo;infirmier qui nous accompagnait :<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le rouquin du bout, l\u00e0-bas, il est fini ?<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On l&rsquo;a enlev\u00e9 vers deux heures.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il en manque un autre, depuis ce matin ?<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lacier. Il a pass\u00e9 presque en m\u00eame temps que le rouquin.<\/p>\n<p align=\"left\">Le docteur se tut, se frisa sa petite moustache blanche. Puis\u00a0:<\/p>\n<p align=\"left\">Surveillez \u00a0Cazals, dit-il. Il a une mauvaise respiration.<\/p>\n<p align=\"left\">Nous sort\u00eemes sur la pointe des pieds.<\/p>\n<p align=\"left\">Le m\u00e9decin-colonel Espinasse conna\u00eet tous les malades de sa maison, beaucoup par leur nom, les autres par leur visage ou leur cas, et il y a du m\u00e9rite, car on entre et sort tout le jour, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Laurent. La nuit m\u00eame, la nuit surtout est active. Les m\u00e9decins-capitaines Gourmelon et Boux n&rsquo;ont que le temps de fumer une cigarette entre deux r\u00e9parations de ventre, \u00e0 la salle de chirurgie. Les drames de la case nocturne ont ici leur premier \u00e9cho, de sorte que les jeunes chirurgiens qui aiment leur m\u00e9tier ne veulent plus quitter Saint-Laurent. Il n&rsquo;y a pas, en France, d&rsquo;internat qui vaille celui-ci. La moyenne est de trois ventres ouverts par nuit. Le m\u00e9decin-capitaine qui pr\u00e9c\u00e9da Gourmelon a compt\u00e9 qu&rsquo;il avait r\u00e9alis\u00e9, \u00e0 lui tout seul, six cent vingt op\u00e9rations, en deux ans. L&rsquo;admirable est que cette orgie de sang les laisse sensibles et humains. Je n&rsquo;ai pas rencontr\u00e9 un for\u00e7at, un lib\u00e9r\u00e9, qui ne rend\u00eet hommage \u00e0 ces hommes, pour cette merveilleuse aptitude qu&rsquo;ils ont d&rsquo;\u00e9valuer la lassitude morale, du m\u00eame \u0153il qu&rsquo;ils d\u00e9c\u00e8lent le fl\u00e9chissement physiologique. Ils admettent qu&rsquo;un lib\u00e9r\u00e9, de temps \u00e0 autre, \u00e9prouve le d\u00e9sir de coucher dans un lit, de manger chaud \u00e0 des heures r\u00e9guli\u00e8res, et m\u00eame qu&rsquo;un for\u00e7at en cours de peine exprime, avec de grosses ruses, l&rsquo;ambition de reposer un peu son estomac du r\u00e9gime quotidien des lentilles, des haricots rouges et du riz.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Pourvu qu&rsquo;il y ait de la place, n&rsquo;est-ce pas ? disent-ils.<\/p>\n<p align=\"left\">La nourriture des condamn\u00e9s, non seulement \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, mais dans les camps, est le souci majeur du m\u00e9decin-colonel Espinasse. Il pense, se tenant, non sur le terrain de l&rsquo;humanit\u00e9, mais sur celui de la logique, pour ainsi dire utilitaire, que la ration allou\u00e9e aux for\u00e7ats est peut-\u00eatre suffisante pour les entretenir, mais non pas pour les mettre en \u00e9tat de fournir dans la colonie le rude effort qu&rsquo;ils y doivent, et m\u00eame un effort moyen. Il \u00e9crivait, dans son rapport annuel le plus r\u00e9cent, \u00e9tayant son affirmation de chiffres et non de consid\u00e9rations sentimentales : \u00ab La ration normale du transport\u00e9 est strictement calcul\u00e9e. Elle est au-dessous d&rsquo;une ration de travailleur. \u00bb<\/p>\n<p align=\"left\">Peut-\u00eatre cette explication d&rsquo;un technicien d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 dispense-t-elle d&rsquo;en chercher d&rsquo;autres, touchant la r\u00e9elle faillite du bagne en tant que moyen de mise en valeur de la plus riche, sans doute, de nos colonies.<\/p>\n<p><strong>Mireille Maroger<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>Editions Deno\u00ebl, 1937<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.141-142\u00a0:<\/span> La plupart des m\u00e9decins se sont r\u00e9volt\u00e9s contre un tel syst\u00e8me [la r\u00e9clusion cellulaire]. Ils d\u00e9nonc\u00e8rent inlassablement cette peine comme g\u00e9n\u00e9ratrice fatale du scorbut. Aussi, depuis 1925 un d\u00e9cret pr\u00e9voit-il que tous les trois mois, le for\u00e7at quittera l&rsquo;isolement de sa cellule pour faire en plein air des travaux en commun avec d&rsquo;autres condamn\u00e9s. La peine peut m\u00eame \u00eatre interrompue si la sant\u00e9 du r\u00e9clusionnaire est trop pr\u00e9caire.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9forme est l&rsquo;aveu implicite qu&rsquo;un tel ch\u00e2timent, non coup\u00e9 de sorties, conduit irr\u00e9missiblement \u00e0 la mort. Sans les m\u00e9decins, dont l&rsquo;humaine compr\u00e9hension a palli\u00e9 \u00e0 la duret\u00e9 de ce r\u00e9gime, en coupant les p\u00e9riodes de r\u00e9clusion par des hospitalisations fr\u00e9quentes le l\u00e9gislateur n&rsquo;aurait pas compris l&rsquo;usage de cette r\u00e9forme.<\/p>\n<p>Les m\u00e9decins ont d&rsquo;ailleurs trouv\u00e9 d&rsquo;autres moyens d&rsquo;att\u00e9nuer ce r\u00e9gime qui indigne leur conscience. Ils ordonnent des citrons, des heures de pr\u00e9au suppl\u00e9mentaires, exigent pour certains condamn\u00e9s que le bat-flanc soit rabattu pendant le jour et continuent enfin\u00a0 \u00e0 prescrire des s\u00e9jours \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.217-218\u00a0:<\/span> Le Docteur Rousseau tout d&rsquo;abord. Cet homme dont la profession est de sauver des vies humaines, \u00e9crivait dans l&rsquo;introduction du livre qu&rsquo;il a publi\u00e9 sur le bagne quel point sa conscience de m\u00e9decin s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9volt\u00e9e devant l&rsquo;\u0153uvre de mort accomplie l\u00e0-bas. Il n&rsquo;a cess\u00e9 de me prodiguer le t\u00e9moignage de sa plus enti\u00e8re sympathie.<\/p>\n<p>On a d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 dans les extraits de livres que j&rsquo;ai repris au chapitre concernant les surveillants militaires l&rsquo;opinion exacte du Docteur Rousseau sur le bagne.<\/p>\n<p>Il a v\u00e9cu l\u00e0-bas deux ans, pendant lesquels il a soigneusement not\u00e9 ce qu&rsquo;il voyait, et consciencieusement combattu les abus les plus flagrants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;est rien, me disait-il, dans votre reportage que je n&rsquo;aurais sign\u00e9, et vous \u00eates, je vous l&rsquo;assure, au-dessous de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au-dessous de la v\u00e9rit\u00e9&#8230; c&rsquo;est le refrain de tous mes correspondants.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-107\" title=\"compagnons-belle\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle-188x300.jpg\" alt=\"Les Comapgnons de la Belle\" width=\"94\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle-188x300.jpg 188w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 94px) 100vw, 94px\" \/><\/a><strong>Ren\u00e9 Belbenoit<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les compagnons de la Belle<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les Editions de France 1938<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"text-decoration: underline;\">p.141-143\u00a0:<\/span> Le docteur \u00e9tait tr\u00e8s bon pour les for\u00e7ats. Il \u00e9tait m\u00eame trop bon et nos malheurs l&rsquo;\u00e9mouvaient \u00e0 un point tel qu&rsquo;il hospitalisait tous les malades possibles et imaginables et nous bourrait non seulement de m\u00e9dicaments mais encore nous prescrivait de plantureux r\u00e9gimes. Je pense qu&rsquo;il avait le cerveau un peu d\u00e9traqu\u00e9. Toujours est-il qu&rsquo;en quelques mois il vida la pharmacie et la d\u00e9pense. A la suite de cet exploit il ne fit pas long feu et l&rsquo;Administration pourvut \u00e0 son remplacement.<\/p>\n<p align=\"left\">Le docteur Rousseau lui succ\u00e9da et se mit sans tarder \u00e0 appliquer ses m\u00e9thodes personnelles. Le fait que l&rsquo;h\u00f4pital des Iles n&rsquo;avait pas d&rsquo;eau courante, que toutes ses vitres \u00e9taient cass\u00e9es et qu&rsquo;on ne pouvait y admettre s\u00e9ance tenante des hommes qui se mouraient de dysenterie, de typho\u00efde, de malaria ou de tuberculose, loin de l&rsquo;amener \u00e0 prendre l&rsquo;attitude r\u00e9sign\u00e9e d&rsquo;un philosophe l&rsquo;incita au contraire \u00e0 redoubler d&rsquo;activit\u00e9. Quand il n&rsquo;y avait pas de poulet et partant pas de bouillon pour les malades, il d\u00e9crochait tranquillement son fusil et s&rsquo;en allait faire un tour dans la basse-cour des gardiens. Et pan ! pan ! pan ! II ramenait une vingtaine de poulets. Il d\u00e9clarait alors aux gardiens fous de rage qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient droit qu&rsquo;\u00e0 quelques volailles quand des moribonds avaient besoin d&rsquo;un peu de r\u00e9confort. Il s&rsquo;arrangeait pour que, tous les trois mois, les hommes condamn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;horrible supplice de la d\u00e9tention en cellule vinssent se refaire pendant un mois \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Il n&rsquo;h\u00e9sitait jamais \u00e0 exprimer aux gardiens et m\u00eame au commandant sa fa\u00e7on de penser et quand il s&rsquo;\u00e9tait mis quelque chose en t\u00eate, il fallait en passer par o\u00f9 il voulait.<\/p>\n<p align=\"left\">D\u00e8s son arriv\u00e9e aux Iles il commen\u00e7a par vider l&rsquo;h\u00f4pital. Il y trouva cent vingt malades et d\u00e9clara que, dor\u00e9navant, il n&rsquo;en admettrait que cinquante. Quand il examina mon cas, il ne chercha pas \u00e0 dissimuler son \u00e9tonnement devant la quantit\u00e9 de nourriture que m&rsquo;avait prescrite son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Il me mit pratiquement \u00e0 la di\u00e8te. Ce fut ce qui me sauva. Le miracle se produisit. Bient\u00f4t je fus en \u00e9tat de manger du pain et je commen\u00e7ai \u00e0 reprendre du poids. Chaque semaine j&rsquo;engraissais de trois \u00e0 trois kilos et demi et en montant sur la balance, j&rsquo;\u00e9prouvais un v\u00e9ritable sentiment de joie \u00e0 la pens\u00e9e que je ne laisserais pas mes os en Guyane.<\/p>\n<p align=\"left\">Vers le milieu du mois de mars, le m\u00e9decin parla de m&rsquo;inscrire sur la liste des sortants, mais je lui demandai de me garder jusqu&rsquo;au premier avril, date qui devait marquer la fin de mon sixi\u00e8me mois de s\u00e9jour \u00e0 la Royale et du m\u00eame coup l&rsquo;expiration de ma peine. En restant \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital jusque-l\u00e0 j&rsquo;\u00e9viterais de faire connaissance avec les cachots. Le m\u00e9decin comprit le sens de ma requ\u00eate et eut la bont\u00e9 d&rsquo;y acc\u00e9der.<\/p>\n<p align=\"left\">A ma sortie de l&rsquo;h\u00f4pital, je me rendis au bureau du gardien chef des Iles. Il me fit signer mon \u00e9largissement sur le registre des prisons, m&rsquo;affecta au second peloton de prisonniers et m&rsquo;envoya aux baraquements de la Royale ?&#8230; \u00e0 la Case Rouge o\u00f9 tant de for\u00e7ats c\u00e9l\u00e8bres trouv\u00e8rent la mort.<\/p>\n<p align=\"left\">En dehors du gouverneur Siadous, le docteur Rousseau est probablement le seul homme dont les for\u00e7ats parlent encore. Mais on le rappela en France. Le jour o\u00f9 il quitta les Iles, au moment o\u00f9 il s&#8217;embarquait dans la baleini\u00e8re, les for\u00e7ats lui offrirent un gros bouquet de fleurs cueillies par eux.<\/p>\n<p align=\"left\">\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/roussenq.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1044\" title=\"L\\'Enfer du bagne, Paul Roussenq, Libertalia, mars 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/roussenq.gif\" alt=\"\" width=\"79\" height=\"113\" \/><\/a><strong>Paul Roussenq<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Pucheu \u00e9diteur, 1957<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Libertalia, r\u00e9\u00e9dition, 2009<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">p.77-79\u00a0:<\/span> Les m\u00e9decins militaires<\/p>\n<p align=\"left\">La Guyane, terre insalubre par excellence, est le foyer de nombreuses maladies, dont la plupart sont end\u00e9miques. Citons les diverses fi\u00e8vres : la dysenterie, l&rsquo;an\u00e9mie s\u00e8che et enfl\u00e9e, l&rsquo;ankylostomasie, les maladies de peau et sous-cutan\u00e9es, la jaunisse, etc. Il y a aussi les maladies provenant des piq\u00fbres d&rsquo;insectes et de serpents.<\/p>\n<p align=\"left\">Les h\u00f4pitaux ne sont pas assez vastes pour contenir tous les malades qui devraient y trouver place. En pr\u00e9sence de cet \u00e9tat de choses, la t\u00e2che des m\u00e9decins militaires affect\u00e9s au bagne est particuli\u00e8rement ardue. Et cela d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils doivent s&rsquo;occuper aussi de la population indig\u00e8ne, car il n&rsquo;y a pas de m\u00e9decins civils en Guyane.<\/p>\n<p align=\"left\">Je dirai tout de suite qu&rsquo;ils remplissent la mission qui leur est d\u00e9volue avec un d\u00e9vouement admirable qui m\u00e9rite les plus grands \u00e9loges. L&rsquo;abn\u00e9gation et le sacrifice sont \u00e0 la hauteur de leur valeur professionnelle. Presque tous montrent envers les condamn\u00e9s la plus grande sollicitude, ne m\u00e9nageant ni leur temps ni leur bourse. En effet, il n&rsquo;\u00e9tait pas rare de les voir apporter de chez eux aux malades du Champagne, des fruits et autres douceurs. Ils se doublaient, en g\u00e9n\u00e9ral, de chirurgiens de talent. Ces praticiens trouvaient l\u00e0 un magnifique champ d&rsquo;\u00e9tudes et d&rsquo;exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p align=\"left\">Ils devaient, \u00e0 chaque instant, soutenir contre la Tentiaire une lutte opini\u00e2tre dont ils sortaient presque toujours vainqueurs.<\/p>\n<p align=\"left\">La Tentiaire pr\u00e9tendait leur mettre des b\u00e2tons dans les roues, par mesure d&rsquo;\u00e9conomie, soit pour le renouvellement des vivres d&rsquo;h\u00f4pitaux, soit pour celui des m\u00e9dicaments. Elle leur contestait aussi certaines pr\u00e9rogatives qui \u00e9taient d\u00fbment de leur ressort, notamment en ce qui concernait l&rsquo;hospitalisation des hommes punis, ou bien l&rsquo;am\u00e9lioration du r\u00e9gime de leur punition. La force d&rsquo;inertie employ\u00e9e par une administration routini\u00e8re et caduque n&rsquo;\u00e9tait pas la moindre \u00e0 laquelle devaient se heurter les m\u00e9decins. Ces derniers passaient visiter les malades hospitalis\u00e9s deux fois par jour, se levant la nuit pour se rendre compte de l&rsquo;\u00e9tat de malades graves. Ils proc\u00e9daient aux analyses, aux autopsies, aux op\u00e9rations.<\/p>\n<p align=\"left\">Ils avaient charge \u00e9galement de contr\u00f4ler la qualit\u00e9 des b\u00eates \u00e0 cornes abattues, de faire la visite des camps et chantiers, de s&rsquo;occuper des salles de maternit\u00e9, de veiller \u00e0 l&rsquo;hygi\u00e8ne g\u00e9n\u00e9rale : on peut juger de leur travail \u00e9crasant. Leur m\u00e9rite \u00e9tait d&rsquo;autant plus grand qu&rsquo;ils n&rsquo;en attendaient aucune r\u00e9compense, se sacrifiant obscur\u00e9ment dans le cours de leur apostolat.<\/p>\n<p align=\"left\">Pourquoi me faut-il jeter une note sombre sur ce tableau harmonieux?<\/p>\n<p align=\"left\">Il faut bien dire, pourtant, que certains m\u00e9decins indignes de ce nom manquaient totalement \u00e0 leur plus \u00e9l\u00e9mentaire devoir. On les d\u00e9nommait m\u00e9decins administratifs parce qu&rsquo;ils \u00e9taient toujours du c\u00f4t\u00e9 de la Tentiaire contre les condamn\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"left\">Avec eux pleuvaient les mentions \u00ab non malade \u00bb, qui entra\u00eenaient des punitions disciplinaires ; ils infligeaient la di\u00e8te hydrique jusqu&rsquo;\u00e0 huit jours, avec isolement.<\/p>\n<p align=\"left\">Enfin, ils laissaient mourir sans soins quiconque \u00e9tait l&rsquo;objet de leur indiff\u00e9rence ou de leur parti pris.<\/p>\n<p align=\"left\">Certains passaient la visite avec un revolver sur la table. L&rsquo;un d&rsquo;eux avait imagin\u00e9 ordonner des pointes de feu ex\u00e9cut\u00e9es avec un fer \u00e0 souder, rougies \u00e0 blanc sur un brasero install\u00e9 aupr\u00e8s de la salle de visite.<\/p>\n<p align=\"left\">Mais ces m\u00e9dicastres, ces bourreaux \u00e9taient rejet\u00e9s par leurs coll\u00e8gues qui les d\u00e9savouaient hautement. G\u00e9n\u00e9ralement, ils ne restaient pas longtemps en Guyane.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, ils ne formaient qu&rsquo;une faible minorit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"left\">\n<p align=\"left\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Majors, colonels ou capitaines, les m\u00e9decins du bagne sont des militaires. Ils subissent une double pression\u00a0: celle inh\u00e9rente \u00e0 leur fonction et dans un milieu particuli\u00e8rement mortif\u00e8re, et celle de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire pour qui le fagot n&rsquo;est qu&rsquo;un simulateur. 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