{"id":2353,"date":"2011-10-08T01:10:36","date_gmt":"2011-10-07T23:10:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2353"},"modified":"2012-07-11T18:17:51","modified_gmt":"2012-07-11T16:17:51","slug":"mechant-medecin","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/10\/mechant-medecin\/","title":{"rendered":"M\u00e9chant m\u00e9decin"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/m-le-medecin.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2354\" title=\"M le m\u00e9decin\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/m-le-medecin-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"174\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/m-le-medecin-199x300.jpg 199w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/m-le-medecin.jpg 398w\" sizes=\"(max-width: 115px) 100vw, 115px\" \/><\/a>Nous pourrions croire en ne nous tenant qu&rsquo;au seul exemple du bon Docteur Rousseau que les toubibs du bagne furent tous de braves types, venus de la m\u00e9tropole soigner, non pas la veuve et l&rsquo;orphelin, mais,avec cet extraordinaire esprit d&rsquo;abn\u00e9gation, de d\u00e9vouement et de sacrifice que subodore le serment d&rsquo;Hippocrate, le meurtrier ou le voleur du p\u00e8re, du mari et de l&rsquo;honn\u00eate homme. Il n&rsquo;en est rien et c&rsquo;est ce que souligne Jacob Law dans ses <em>Dix-huit ans de bagne<\/em> : <em>Les autres docteurs qui se sont succ\u00e9d\u00e9s de 1908 \u00e0 1922 \u00e9taient les complice de l&rsquo;Administration et par cons\u00e9quent des assassins. C&rsquo;est par leur faute que les cachots \u00e9taient pleins, et que les r\u00e9clusionnaires mouraient dans leur cellule de fi\u00e8vre, du scorbut et de dysenterie<\/em> (<em>Egr\u00e9gore<\/em>, r\u00e9\u00e9dition 2005, p.87). Les toubibs du bagne ne furent pas tous de braves types et il n&rsquo;\u00e9tait pas bon de tomber malade lorsque l&rsquo;on subissait la guillotine s\u00e8che. Les toubibs du bagne ne furent pas tous de braves types. Il en est ainsi aussi bien en Guyane qu&rsquo;en Nouvelle Cal\u00e9donie nous dit <strong>Laurent Gallet<\/strong> dans cet article. Antoine Cyvoct et Charles Gallo en ont fais les frais.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laurent-gallet-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2276\" title=\"Laurent Gallet\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laurent-gallet-640x480-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"71\" height=\"107\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laurent-gallet-640x480-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laurent-gallet-640x480.jpg 321w\" sizes=\"(max-width: 71px) 100vw, 71px\" \/><\/a><strong>M\u00e9chant m\u00e9decin<\/strong><\/p>\n<p>Si le bagnard Alexandre Jacob a pu trouver un alli\u00e9 en la personne du docteur Louis Rousseau, tous les m\u00e9decins affect\u00e9s au bagne ne s&rsquo;oppos\u00e8rent pas \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, comme peuvent en t\u00e9moigner les anarchistes Charles Gallo et Antoine Cyvoct en Nouvelle-Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p>Gallo est n\u00e9 \u00e0 Palais dans le Morbihan le 7 f\u00e9vrier 1859. Il est condamn\u00e9 le 11 octobre 1879 \u00e0 5 ans de r\u00e9clusion pour fabrication de fausse monnaie et vol. A sa sortie de prison, il veut faire un gros coup et le 5 mars 1886, il jette une bouteille d&rsquo;acide depuis l&rsquo;int\u00e9rieur de la Bourse de Paris et tire trois balles sans atteindre personne. Le 15 juillet suivant, la cour d&rsquo;assise de la Seine le condamne \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s pour tentative de meurtre et tentative d&rsquo;assassinat. Gallo d\u00e9barque alors en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Moins de six mois plus tard, le 10 septembre 1887, il se r\u00e9volte contre un surveillant et lui donne un coup de pioche dans le ventre. Lui-m\u00eame re\u00e7oit deux balles dans la t\u00eate et a un bras cass\u00e9. Le 30 d\u00e9cembre suivant, le premier conseil de guerre permanent \u00e0 Noum\u00e9a le condamne \u00e0 la peine de mort pour voies de fait. Sa peine est n\u00e9anmoins commu\u00e9e le 21 mai 1888 en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9<a name=\"sdfootnote1anc\"><\/a><a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Le 10 avril 1894, Charles Gallo \u00e9crit une lettre \u00e0 Cyvoct dans laquelle il lui dit \u00ab s&rsquo;attendre \u00e0 un mauvais tour incroyable de la part de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Il semble de plus en plus probable qu&rsquo;elle aurait pris la r\u00e9solution &#8211; apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre entretenue avec les m\u00e9decins &#8211; de m&rsquo;envoyer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de la transportation, au Marais, pour y \u00eatre soumis \u00e0 un examen m\u00e9dico-l\u00e9gal \u00e0 la suite duquel on d\u00e9clarerait que mes facult\u00e9s intellectuelles sont troubl\u00e9es, et on m&rsquo;internerait \u00e0 l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote2anc\"><\/a><a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Selon Gallo, l&rsquo;administration et les m\u00e9decins useraient de ce moyen pour museler un d\u00e9tenu particuli\u00e8rement v\u00e9h\u00e9ment. Peu de temps auparavant, il avait invectiv\u00e9 et injuri\u00e9 les membres de la commission disciplinaire ainsi que le m\u00e9decin charg\u00e9 de la visite des locaux cellulaires. \u00ab L&rsquo;administration, explique-t-il, aurait ainsi un moyen assur\u00e9 d&rsquo;\u00e9touffer dor\u00e9navant mes plaintes et de d\u00e9consid\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;avance, de frapper de nullit\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;abord les r\u00e9clamations qu&rsquo;elle pr\u00e9voit que je ne manquerai pas d&rsquo;adresser d&rsquo;ici peu, si \u00e9videmment justes et raisonnables qu&rsquo;elles puissent \u00eatre\u00a0\u00bb. Il demande en cons\u00e9quence \u00e0 Cyvoct de se pr\u00e9parer \u00e0 \u00ab\u00a0porter [s]a cause au tribunal de qui de droit et de faire respecter la v\u00e9rit\u00e9 et la justice\u00a0\u00bb. De fait, quelques semaines apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de faire parvenir cette lettre \u00e0 son ami Cyvoct, Charles Gallo est enferm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;asile sans aucune intervention administrative mais par le m\u00e9decin-major de l&rsquo;Ile Nou.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, le 4 novembre 1901, Gallo est encore puni de 15 jours de cellule pour imputation calomnieuse envers les m\u00e9decins<a name=\"sdfootnote3anc\"><\/a><a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Le 18 d\u00e9cembre 1890, Antoine Cyvoct, constatant un saignement des gencives, se pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;infirmerie. Il se dit atteint par le scorbut quoique n&rsquo;en voyant les t\u00e2ches typiques sur son corps. Le Dr Berriat qui l&rsquo;examine lui prescrit alors un traitement pour une gingivite. Deux jours plus tard, il \u00e9crit au commandant du p\u00e9nitencier, Bonafai, afin d&rsquo;obtenir de lui des soins et se plaindre de la conduite du Dr Berriat. Puis le 24, il se repr\u00e9sente \u00e0 la visite : ses jambes ne le soutiennent plus. L&rsquo;accueil cette fois-ci est franchement hostile et le docteur Berriat refuse dans un premier temps de le porter malade. Dans un second temps, il examine tout de m\u00eame le malade mais confirme son diagnostic : Cyvoct ne souffre pas du scorbut. Ce dernier adresse alors une lettre au directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, M. De La Loy\u00e8re, qui sera plus tard reconnu sous le nom d&rsquo;\u00e9crivain de Paul Mimande. Le for\u00e7at r\u00e9crimine contre le d\u00e9faut de soin dont il s&rsquo;estime la victime et explique pourquoi le scorbut est end\u00e9mique au sein du bagne : \u00ab Le caf\u00e9, cette boisson hygi\u00e9nique indispensable dans les colonies, est faite pour les for\u00e7ats avec du ma\u00efs ou des haricots grill\u00e9s, du pain br\u00fbl\u00e9, de la suie m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 un peu de marc et sucr\u00e9 avec autant de sel que de cassonade. Le bouillon de dix heures, c&rsquo;est de l&rsquo;eau chaude, pas toujours propre. La viande, un morceau de boeuf &#8211; autant de peau que de nerfs &#8211; sans aucune saveur. Les haricots du soir depuis des mois sont piqu\u00e9s [sans doute rong\u00e9s par les vers] [&#8230;] Monsieur le Directeur, je puis vous affirmer que tout ce que j&rsquo;ai trouv\u00e9 de l\u00e9gume aujourd&rsquo;hui dans ma gamelle pourrait facilement tenir dans un d\u00e9 \u00e0 coudre. Hier, c&rsquo;\u00e9tait de m\u00eame, et tous les jours il en est ainsi [&#8230;] Il y a, il est vrai, une cantine dans le camp ; mais c&rsquo;est une d\u00e9rision. Cette cantine vend au poids de l&rsquo;or du fromage que l&rsquo;on jetterait \u00e0 Noum\u00e9a. &#8211; Ne croyez pas que j&rsquo;exag\u00e8re. Elle tient du gruy\u00e8re et refuse d&rsquo;en vendre aux condamn\u00e9s. Un b\u00e2ton de chocolat ou un verre de vin y co\u00fbte le salaire d&rsquo;une semaine de travail ; une bo\u00eete de sardines le salaire de trois semaines, et le salaire de cinq semaines une bo\u00eete de lait ou de confiture. Elle ne vend ni rago\u00fbt, ni salade, ni l\u00e9gume. Elle a vendu des oranges deux ou trois fois depuis six ans que je suis au P\u00e9nitencier. Le salaire d&rsquo;un condamn\u00e9, ici, c&rsquo;est une goutte d&rsquo;eau dans la mer. Varier son r\u00e9gime au moyen de son salaire, c&rsquo;est une chose impossible. R\u00e9duit \u00e0 la ration il est condamn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;an\u00e9mie et \u00e0 toutes les maladies qu&rsquo;elle engendre\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote4anc\"><\/a><a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. A la fin du mois, Cyvoct est examin\u00e9 par un second m\u00e9decin, le Dr Pollet, qui certifie que le malade n&rsquo;est pas atteint du scorbut, ni d&rsquo;an\u00e9mie mais de gingivite fongueuse, maladie caus\u00e9e uniquement par le d\u00e9faut d&rsquo;entretien de ses dents. Pour le gouverneur de la Nouvelle-Cal\u00e9donie, Laffon, le double diagnostic des m\u00e9decins \u00ab\u00a0coupait court aux revendications formul\u00e9es par Cyvoct au sujet de la nourriture et \u00e0 ses demandes incessantes de vin, de viande crue ou r\u00f4tie, de l\u00e9gumes, d&rsquo;oranges, etc.\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote5anc\"><\/a><a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Et le commandant par int\u00e9rim Bonafai, de son c\u00f4t\u00e9 atteste que les propos de Cyvoct sont \u00ab\u00a0absolument inexacts\u00a0\u00bb, que \u00ab\u00a0la viande seule \u00e9tait maigre parfois\u00a0\u00bb, que le plaignant \u00ab\u00a0mangeait \u00e0 la grande cuisine qui recevait par jour au moins 30 kilos de l\u00e9gumes pour un effectif de 450 \u00e0 500 personnes\u00a0\u00bb, qu&rsquo;enfin il \u00ab\u00a0touchait des gratifications en nature\u00a0\u00bb. Mais pour cette lettre, le for\u00e7at Cyvoct \u00e9cope le 14 janvier 1891 de 30 nuits de prison pour r\u00e9clamation non-fond\u00e9e \u00e0 propos des vivres et insolence envers les docteurs.<\/p>\n<p>Le 23 avril, Cyvoct, voyant toujours ses gencives sanguinolentes, adresse une seconde lettre au Directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire et contenant encore les m\u00eames all\u00e9gations contre les deux m\u00e9decins. 4 jours plus tard, les Dr Pollet et Berriat d\u00e9livrent chacun un certificat m\u00e9dical attestant que le d\u00e9tenu n&rsquo;est toujours atteint que de gingivite, ce qui vaut \u00e0 Cyvoct la m\u00eame peine de 30 nuits de prison. Il faut dire que la lettre qu&rsquo;il avait adress\u00e9 \u00e0 Bonafai, le for\u00e7at avait r\u00e9ussi \u00e0 en faire parvenir une copie aux d\u00e9put\u00e9s socialistes pour qu&rsquo;ils en fassent bon usage. Une enqu\u00eate avait \u00e9t\u00e9 demand\u00e9e par le d\u00e9put\u00e9 Couturier, auquel s&rsquo;\u00e9taient associ\u00e9s huit de ses coll\u00e8gues. L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire faisait donc bloc.<\/p>\n<p>A son retour du bagne, Antoine r\u00e9pond \u00e0 une interview du journal <em>Le Peuple<\/em>. Il raconte qu&rsquo;au Camp Brun, \u00ab\u00a0ceux que la dysenterie tordait dans des douleurs \u00e9pouvantables \u00e9taient trait\u00e9s d&rsquo;une fa\u00e7on aussi cruelle que sauvage. Sur l&rsquo;ordre du m\u00e9decin on pla\u00e7ait le malade sur une brouette, on le conduisait au sommet d&rsquo;un remblai et on le renversait comme une charge ordinaire. Et ce supplice continuait, quatre heures le matin et quatre heures le soir, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le patient succomb\u00e2t\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote6anc\"><\/a><a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Le Camp Brun, cr\u00e9\u00e9 en 1887, est le camp des punis disciplinaires. Y sont envoy\u00e9s les r\u00e9fractaires au travail, les \u00ab\u00a0incorrigibles\u00a0\u00bb et les r\u00e9cidivistes de l&rsquo;\u00e9vasion. Les d\u00e9tenus portent la cha\u00eene d&rsquo;accouplement et sont entrav\u00e9s aux deux jambes pour les emp\u00eacher de courir et travaillent 8, puis 10 heures par jour aux travaux les plus p\u00e9nibles. Les conditions d&rsquo;existence sont si \u00e9pouvantables que les d\u00e9tenus, nous dit Cyvoct, \u00ab\u00a0ne pouvant supporter plus longtemps les atrocit\u00e9s des surveillants \u00e0 leur \u00e9gard, priaient leurs camarades de leur crever les yeux ou de leur casser un membre afin d&rsquo;\u00eatre admis \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de l&rsquo;\u00eele Nou\u00a0\u00bb. De fait, un arr\u00eat\u00e9 du 8 d\u00e9cembre 1893 &#8211; la veille de l&rsquo;attentat de Vaillant contre le palais Bourbon &#8211; cr\u00e9\u00e9 un section de mutil\u00e9s \u00ab\u00a0attendu qu&rsquo;un certain nombre de condamn\u00e9s intern\u00e9s au Camp Brun se mutilent pour \u00e9chapper au travail p\u00e9nible qui leur est impos\u00e9\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote7anc\"><\/a><a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Le docteur Cond\u00e9, m\u00e9decin de poste \u00e0 Bouloupari, entendu dans le cadre d&rsquo;une enqu\u00eate sur les mauvais traitements inflig\u00e9s au Camp Brun, explique que les disciplinaires en sont r\u00e9duits \u00e0 s&rsquo;inoculer des maladies. \u00ab\u00a0Les disciplinaires, raconte-t-il, n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 ing\u00e9rer des substances de nature \u00e0 provoquer une dysenterie souvent fatale\u00a0\u00bb et que pour se soustraire au travail, ceux-ci se piquent la corn\u00e9e avec une aiguille infect\u00e9e ou s&rsquo;introduisent sous la peau du tartre dentaire pour provoquer un phlegmon<a name=\"sdfootnote8anc\"><\/a><a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Laurent Gallet<\/p>\n<p>12 f\u00e9vrier 2011<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Jean Maitron, <em>Le mouvement anarchiste en France, des origines \u00e0 1914<\/em>, r\u00e9\u00e9dition Gallimard, 1992, p.211-212.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> CAOM, H143\/Cyvoct, lettre de Charles Gallo adress\u00e9e \u00e0 Antoine Cyvoct, dat\u00e9e du 10-04-1894. Cette lettre a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e, avec d&rsquo;autres, le 26 juin 1894 dans les rues de Noum\u00e9a par un lib\u00e9r\u00e9 qui les a remis au Procureur g\u00e9n\u00e9ral. Nous ignorons donc si Cyvoct a eu connaissance de cette lettre de Gallo.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> CAOM H1366\/GALO, matricule 17442.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> CAOM, H143\/Cyvoct, lettre de Cyvoct dat\u00e9e du 24-12-1890.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> CAOM, H143\/Cyvoct, lettre de Laffon, Gouverneur de la Nouvelle Cal\u00e9donie et D\u00e9pendances \u00e0 Monsieur le sous-secr\u00e9taire d&rsquo;\u00e9tat aux colonies, dat\u00e9e du 22-06-1891.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>Le Peuple<\/em>, dat\u00e9e du 07-03-1898.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Cf Jean-Louis Barban\u00e7on, <em>L&rsquo;archipel des for\u00e7ats. Histoire du bagne de Nouvelle-Cal\u00e9donie (1863-1931)<\/em>. p. 162.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Cf Jean-Louis Barban\u00e7on, <em>L&rsquo;archipel des for\u00e7ats. Histoire du bagne de Nouvelle-Cal\u00e9donie (1863-1931)<\/em>. p. 164.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous pourrions croire en ne nous tenant qu&rsquo;au seul exemple du bon Docteur Rousseau que les toubibs du bagne furent tous de braves types, venus de la m\u00e9tropole soigner, non pas la veuve et l&rsquo;orphelin, mais,avec cet extraordinaire esprit d&rsquo;abn\u00e9gation, de d\u00e9vouement et de sacrifice que subodore le serment d&rsquo;Hippocrate, le meurtrier ou le voleur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[2496,6],"tags":[5410,50,32,2850,608,2910,2913,2911,960,890,2907,411,184,2497,2711,607,2906,472,2909,28,2908,2912,257,2905],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2353"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2353"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2353\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2353"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2353"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2353"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}