{"id":223,"date":"2008-04-29T15:03:01","date_gmt":"2008-04-29T13:03:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=223"},"modified":"2020-04-26T08:49:17","modified_gmt":"2020-04-26T06:49:17","slug":"l%e2%80%99humanite-1905","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/04\/l%e2%80%99humanite-1905\/","title":{"rendered":"L\u2019HUMANITE 1905"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><span class=\"mw-headline\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/huma-une-du-18-avril-1904.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-224\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/huma-une-du-18-avril-1904-215x300.jpg\" alt=\"L\\'Humanit\u00e9 Une du 18 avril 1904\" width=\"215\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/huma-une-du-18-avril-1904-215x300.jpg 215w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/huma-une-du-18-avril-1904.jpg 324w\" sizes=\"(max-width: 215px) 100vw, 215px\" \/><\/a>Lorsque para\u00eet le premier num\u00e9ro de L\u2019Humanit\u00e9, le 18 avril 1904, gr\u00e2ce notamment aux subsides de la bourgeoisie dreyfusarde, Jean Jaur\u00e8s entend bien faire de ce \u00ab\u00a0<em>journal quotidien socialiste<\/em>\u00a0\u00bb un instrument d\u2019unification des gauches fran\u00e7aises une feuille d\u2019information d\u00e9fendant ouvertement la la\u00efcit\u00e9 et la classe ouvri\u00e8re. Malgr\u00e9 des d\u00e9buts prometteurs, l\u2019ann\u00e9e 1905 s\u2019annonce sombre pour le journal. Son tirage ne cesse de chuter. Si nous pouvons y retrouver la plume d\u2019Octave Mirbeau, les sympathies libertaires s\u2019y font pourtant rares.<!--more-->\u00a0<span class=\"mw-headline\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jean-jaures.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-225\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jean-jaures.jpg\" alt=\"Jean Jaur\u00e8s\" width=\"237\" height=\"300\" \/><\/a><\/span>Force est alors de constater que L\u2019Humanit\u00e9, rendant compte des d\u00e9bats du proc\u00e8s d\u2019Amiens, ne mentionne jamais l\u2019anarchisme d\u2019Alexandre Jacob et de ses compagnons \u2026 sauf peut-\u00eatre, et encore juste \u00e0 la fin,\u00a0 pour signaler et d\u00e9noncer le scandale de la condamnation du bijoutier et \u00e9crivain Jacques Sautarel. Il convient alors de souligner un traitement finalement peu original de l\u2019affaire des \u00ab<em>\u00a0bandits d\u2019Abbeville<\/em>\u00a0\u00bb. A l\u2019image des grandes feuilles nationales, L\u2019Humanit\u00e9 r\u00e9sume l\u2019histoire de Jacob et de Travailleurs de la Nuit \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00e9difiant d\u2019un fait divers plus extraordinaire que les autres. Mais il est vrai que dans un climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 savamment entretenu, l\u2019ill\u00e9galisme, en tant que th\u00e9orie politique, ne pouvait \u00eatre qu\u2019occult\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span class=\"mw-headline\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>8 mars 1905\u00a0\u00a0 <\/strong><em>Devant le jury de la Somme<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><em><strong>Vingt six accus\u00e9s aux assises \u2013 Une bande redoutable \u2013 Assassins et voleurs \u2013 Les crimes qu\u2019ils ont commis \u2013 Un proc\u00e8s formidable. <\/strong><\/em><em>Les jur\u00e9s de la Somme qui vont si\u00e9ger ce matin \u00e0 la Cour d\u2019assises \u00e0 Amiens, auront devant eux une bande de vingt trois accus\u00e9s que la justice a longuement poursuivis avant de les tenir en son pouvoir. Improprement on a donn\u00e9 aux pr\u00e9venus le nom de \u00ab\u00a0bandits d\u2019Abbeville\u00a0\u00bb car les crimes qui leur sont reproch\u00e9s ont eu pour th\u00e9\u00e2tre les villes de toutes les r\u00e9gions. Mais leur dernier exploit accompli en des circonstances dramatiques se termina par l\u2019arrestation de l\u2019un des malfaiteurs les plus redoutables qui fut pris aux environs d\u2019Abbeville. Et c\u2019est ce qui valut \u00e0 tous leurs complices cette d\u00e9signation inexacte. <\/em><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><em><strong>Au banc des pr\u00e9venus. <\/strong><\/em><em>En Cour d\u2019assises comparaissent aujourd\u2019hui\u00a0: Alexandre Marius Jacob, dit Escande, dit Georges\u00a0; L\u00e9on P\u00e9lissard, dit Edme\u00a0; F\u00e9lix Bour, dit Herselin\u00a0; Lazarine Roux, dite Rose, dite B\u00e9ziat\u00a0; Marie Berthou, veuve Jacob, m\u00e8re de Jacob-Escande\u00a0; L\u00e9on Ferr\u00e9, dit Fran\u00e7ois, dit Mercier\u00a0; Ec\u00e9lie Bononi, femme Ferr\u00e9, dite Ang\u00e8le\u00a0; Alcide Ader, Honor\u00e9 Bonnefoy et Jules Clarenson, Fran\u00e7ois Brunus, Georges Apport, Joseph Ferrand, dit Dunin\u00a0; No\u00ebl Blondel, Fran\u00e7ois Vaillant, Emile Augain, Louis Chalus, Bonaventure Sautarel, Eug\u00e8ne Charles, Marius Baudy, Emile Limonier\u00a0; Louise Tissandier, dite Alice Vincent\u00a0; Auguste Westerman.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Trois autres accus\u00e9s sont en fuite\u00a0: Georges Vambelle, dit Lombardi, Henry et Antoine Deschamps.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Comment ils op\u00e9raient. <\/em><\/strong><em>Pour accomplir les 150 vols dont ils sont accus\u00e9s, tous les pr\u00e9venus avaient de faux noms, de faux \u00e9tats civils, des cartes d\u2019\u00e9lecteurs qu\u2019ils fabriquaient pour d\u00e9pister la police. Ils avaient des proc\u00e9d\u00e9s tr\u00e8s ing\u00e9nieux, un syst\u00e8me de correspondance cryptographique dont le chiffre \u00e9tait le mot \u00ab\u00a0La Portugaise\u00a0\u00bb. Leur m\u00e9thode se pratiquait ainsi\u00a0: deux \u00e9claireurs s\u2019en allaient par le chemin de fer, de ville en ville, chercher les maisons dont les ma\u00eetres \u00e9taient absents et qui fussent faciles \u00e0 d\u00e9valiser \u2013 m\u00eame en voyage. Quand ils avaient trouv\u00e9 le cambriolage \u00e0 faire, ils envoyaient une d\u00e9p\u00eache dont le texte \u00e9tait indiff\u00e9rent. Mais, sign\u00e9 \u00ab\u00a0Georges\u00a0\u00bb, le t\u00e9l\u00e9gramme signifiait\u00a0: \u00ab\u00a0Venez\u00a0\u00bb\u00a0; sign\u00e9 d\u2019un tout autre nom, il voulait dire\u00a0: \u00ab\u00a0Rien \u00e0 faire\u00a0\u00bb. Avertis, les affili\u00e9s partaient de mani\u00e8re \u00e0 arriver dans la ville la nuit tomb\u00e9e. Voyageurs corrects, ils descendaient \u00e0 la gare tranquillement, avec \u00e0 la main leurs valises, qui ne contenaient encore que leur outillage de voleurs, complet, perfectionn\u00e9, nickel\u00e9\u00a0: scies, vilebrequins, ciseaux, rossignols et pinces-monseigneur. Directement, ils allaient \u00e0 la maison indiqu\u00e9e. Les \u00e9claireurs avaient pris les pr\u00e9cautions classiques pour v\u00e9rifier que personne n\u2019\u00e9tait revenu depuis leur inspection\u00a0: ils avaient mis aux portes \u00ab\u00a0comme t\u00e9moins\u00a0\u00bb de ces petits scell\u00e9s de fil que brise le moindre effort et dont l\u2019int\u00e9grit\u00e9 atteste \u00e0 coup s\u00fbr que la porte n\u2019a point \u00e9t\u00e9 ouverte. Dans la maison d\u00e9serte, ils for\u00e7aient portes, tiroirs et coffrets, emportaient l\u2019or, l\u2019argent, les valeurs, les bibelots, puis regagnaient Paris ou une autre ville o\u00f9 ils allaient op\u00e9rer. Le butin se n\u00e9gociait et se partageait \u00e0 Paris. Maisons particuli\u00e8res, villas, h\u00f4tels, \u00e9glises re\u00e7urent leurs visites. C\u2019est ainsi qu\u2019ils commirent des vols \u00e0 Reims, au Mans, \u00e0 rennes, \u00e0 B\u00e9ziers, \u00e0 Narbonne. On retrouve leurs traces partout\u00a0: \u00e0 Bordeaux, \u00e0 Marseille, \u00e0 Toulouse, \u00e0 Lyon.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>L\u2019arrestation<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>C\u2019est \u00e0 Abbeville que devait ses terminer leur carri\u00e8re. Leur chef, Marius Jacob, accompagn\u00e9 de P\u00e9lissard et de Bour, \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 d\u00e9valiser la maison d\u2019une dame Tilloloy dans la nuit du 23 avril 1903. Ils furent surpris par un commer\u00e7ant, M.Leleu \u2013 un cafetier qu\u2019un mal de dents emp\u00eachait de dormir. M.Leleu donna l\u2019\u00e9veil \u00e0 la police. Deux agents, Auguier et Pruvost, se mirent \u00e0 la poursuite des trois cambrioleurs qui, ayant aper\u00e7u le cafetier \u00e0 la recherche de la police, avaient pris la fuite. Apr\u00e8s une chasse \u00e0 l\u2019homme des plus mouvement\u00e9es, Jacob, P\u00e9lissard et Bour furent rejoints et arr\u00eat\u00e9s \u00e0 la gare de Pont R\u00e9my o\u00f9 ils se disposaient \u00e0 prendre le train pour Calais. Les agents les invit\u00e8rent \u00e0 entrer dans le bureau du chef de gare. Mais \u00e0 peine quelques paroles avaient-elles \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9es que deux des malfaiteurs sortaient des revolvers de leur poche. Auguier et Pruvost se jet\u00e8rent avec r\u00e9solution sur eux, des employ\u00e9s de la gare accouraient pour les aider, mais les bandits, aussit\u00f4t, firent feu et la panique s\u2019empara des employ\u00e9s, les deux agents rest\u00e8rent seuls aux prises avec leurs agresseurs. L\u2019agent Pruvost, atteint de deux balles, l\u2019une en plein c\u0153ur, l\u2019autre \u00e0 la cuisse, expirait au bout de quelques secondes. Le brigadier Auguier essuyait, lui aussi, un coup de feu en pleine poitrine mais le projectile glissait sur une c\u00f4te et la blessure ne fut pas mortelle. Les trois bandits \u00e0 la faveur du tumulte purent s\u2019enfuir et gagn\u00e8rent les champs. Suivant de pr\u00e8s leurs agents, arrivaient d\u2019Abbeville, le procureur de la R\u00e9publique Steinlen, le juge d\u2019instruction Hatt\u00e9 et un brigadier de gendarmerie. Ils \u00e9taient en automobile et mis par les employ\u00e9s de la gare sur la trace des malfaiteurs, ils se lanc\u00e8rent \u00e0 leur poursuite. Jacob qui s\u2019\u00e9tait perdu dans un marais fut rejoint le premier\u00a0; puis quelques heures apr\u00e8s P\u00e9lissard et Bour \u00e9taient surpris par les gendarmes \u00e0 Picquigny. P\u00e9lissard fut arr\u00eat\u00e9 mais Bour parvint \u00e0 gagner Paris o\u00f9 les agents l\u2019attendaient \u00e0 la gare. L\u2019enqu\u00eate pour retrouver et saisir les complices des trois malfaiteurs fut tr\u00e8s longue. Elle se termina par l\u2019arrestation de vingt autres individus faisant partie de la bande, ceux qui comparaissent aujourd\u2019hui en Cour d\u2019assises.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Le minist\u00e8re public qui aura \u00e0 requ\u00e9rir contre eux sera le procureur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Amiens M.R\u00e9gnault. Les d\u00e9bats s\u2019annoncent comme devant \u00eatre tr\u00e8s long car il faudra entendre plus de deux cents t\u00e9moins venus de toutes les r\u00e9gions de France. Des mesures d\u2019ordre tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 prises tant aux abords de la prison qu\u2019autour du palais de justice. On craint, en effet, ou des \u00e9vasions ou des incidents tumultueux au dehors de la salle d\u2019audiences.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>9 mars 1905\u00a0:<em> LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>A la Cour d\u2019assises \u2013 On manque de jur\u00e9s \u2013 Longs d\u00e9bats pr\u00e9vus \u2013 L\u2019acte d\u2019accusation.<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Abbeville, 8 mars. Les d\u00e9bats consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019affaire dite des cambrioleurs d\u2019Abbeville ont commenc\u00e9 ce matin. Ils dureront plus de quinze jours. De s\u00e9v\u00e8res mesures de pr\u00e9cautions avaient \u00e9t\u00e9 prises pour le transfert des accus\u00e9s de la prison au Palais de Justice. La maison d\u2019arr\u00eat \u00e9tant distante de la Cour d\u2019assises d\u2019environ deux kilom\u00e8tres, les cambrioleurs, encha\u00een\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans trois voitures cellulaires dont deux envoy\u00e9s de Paris par le service p\u00e9nitentiaire. Des gendarmes \u00e0 cheval, renforc\u00e9s par des chasseurs du 30<sup>e<\/sup> r\u00e9giment les escortaient. Une foule de curieux stationnait sur le parcours. La salle d\u2019assises n\u2019a jamais eu en une seule affaire une telle affluence d\u2019accus\u00e9s. Les cambrioleurs occupent six bancs.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>L\u2019audience <\/em><\/strong><em>L\u2019audience est ouverte \u00e0 midi un quart. Une quinzaine d\u2019avocat, dont Mes Justal, Lagasse, Andr\u00e9 hesse, Silvy, Fabiani, Lewoulman et Philippe du bureau de Paris, sont assis au banc de la d\u00e9fense. Le public est extr\u00eamement nombreux et le Palais de Justice est occup\u00e9 militairement. M. le conseiller Wehekind pr\u00e9side. Le si\u00e8ge du minist\u00e8re public est occup\u00e9 par M. le procureur g\u00e9n\u00e9ral R\u00e9gnault, assist\u00e9 de son substitut M. Pennelier. C\u2019est Me Rossignol, huissier, qui remplit les fonctions d\u2019audiencier dans cette affaire o\u00f9 les fausses cl\u00e9s ont jou\u00e9 un si grand r\u00f4le. Cent cinquante six t\u00e9moins ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s par l\u2019accusation. La composition du jury est des plus laborieuses\u00a0: c\u2019est \u00e0 qui des jur\u00e9s invoquera une cause d\u2019exemption, chacun cherchant \u00e0 se soustraire \u00e0 l\u2019obligation de si\u00e9ger dans une affaire qui occupera une quinzaine d\u2019audiences. Finalement la cour ayant excus\u00e9 un trop grand nombre de jur\u00e9s, le pr\u00e9sident se voit dans l\u2019obligation, afin d\u2019atteindre le nombre de trente jur\u00e9s obligatoires pour proc\u00e9der au tirage au sort d\u00e9finitif, d\u2019extraire de la liste suppl\u00e9mentaire une douzaine de nouveaux noms. Ordre est donn\u00e9 \u00e0 la gendarmerie d\u2019aller chercher ces jur\u00e9s \u00e0 domicile et de les amener au Palais. L\u2019audience, suspendue \u00e0 midi 50, est reprise \u00e0 deux heures.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Le chapeau de Jacob <\/em><\/strong><em>Les accus\u00e9s sont alors introduits. On sait que parmi eux il y a quatre femmes. Elles sont assez \u00e9l\u00e9gamment v\u00eatues. L\u2019interrogatoire d\u2019identit\u00e9 de Jacob, le principal pr\u00e9venu, a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 d\u2019un incident. Comme le pr\u00e9sident lui demandait de se lever, Jacob refusa.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>D\u00e9couvrez-vous alors, reprit M. le conseiller Wehekind.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Vous \u00eates bien couverts vous , r\u00e9pondit l\u2019accus\u00e9, qui garda son chapeau sur la t\u00eate.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Avez-vous des jur\u00e9s \u00e0 r\u00e9cuser, poursuivit le pr\u00e9sident\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Je les r\u00e9cuse tous, r\u00e9pondit Jacob, puisqu\u2019ils sont nos ennemis.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>L\u2019interrogatoire de forme termin\u00e9, le greffier a commenc\u00e9 la lecture de l\u2019acte d\u2019accusation, lecture qui, commenc\u00e9e \u00e0 dix heures trois quart, n\u2019\u00e9tait pas encore termin\u00e9e \u00e0 six heures au moment o\u00f9 l\u2019audience fut lev\u00e9e. Elle sera reprise demain \u00e0 midi.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>10 mars 1905\u00a0:<em> LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Un accus\u00e9 qui aime rire \u2013 Belle s\u00e9rie d\u2019exploits. <\/em><\/strong><em>Amiens, 9 mars. Au d\u00e9but de l\u2019audience ouverte \u00e0 midi un quart, le greffier reprend lecture de l\u2019acte d\u2019accusation, lecture interrompue hier au soir, puis il est proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019appel des t\u00e9moins. Le pr\u00e9sident commence ensuite l\u2019interrogatoire de Jacob et lui rappelle ses condamnations ant\u00e9rieures. Il l\u2019informe qu\u2019il va s\u2019occuper d\u2019un vol commis en 1899 \u00e0 Poilhes (H\u00e9rault).<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Pardon, interrompt l\u2019accus\u00e9 d\u2019un ton goguenard, au milieu des rires de la salle, je voudrais savoir auparavant si tous les jur\u00e9s savent lire et \u00e9crire.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoBodyTextIndent\"><em>La victime du vol, M.Couderc, fait sa d\u00e9position dont Jacob ne conteste pas les termes. Il demande simplement \u00e0 dire deux mots au jury. Et d\u2019un ton emphatique, camp\u00e9 entre deux gendarmes, devant le banc des jur\u00e9s, Jacob d\u00e9clare que les actes qu\u2019on lui reproche sont la cons\u00e9quence de nos institutions sociales. Nous avons vu d\u00e9filer \u00e0 la barre des t\u00e9moins, pendant l\u2019interrogatoire de Jacob, la plupart des victimes de ses nombreux cambriolages. Le dangereux malfaiteur op\u00e9ra tour \u00e0 tour \u00e0 B\u00e9ziers, \u00e0 Narbonne, commit entre temps une fructueuse escroquerie \u00e0 Marseille, se remit \u00e0 cambrioler \u00e0 Cette, puis \u00e0 Rouen, \u00e0 Reims, \u00e0 Laval, \u00e0 Rennes, au Mans, \u00e0 Amiens, \u00e0 Beauvais, \u00e0 Cambrai, \u00e0 Li\u00e8ge. Dans cette derni\u00e8re ville, ce fut M.Delyeur, vice-pr\u00e9sident du tribunal de premi\u00e8re instance que Jacob cambriola en compagnie de son ami Ferrand. Il explique que par ce vol un nomm\u00e9 Sauvenay fut injustement condamn\u00e9 \u00e0 trois ans de prison. Nous trouvons ensuite Jacob et Ferrand \u00e0 Bourges, Nevers, Saint Martin du Mont, \u00e0 Paris, o\u00f9 ils d\u00e9valisent M.Bourdin, un bijoutier de la rue Quincampoix auquel ils emportent pour 130000 francs en or, en bijoux et en titres. Les malfaiteurs s\u2019\u00e9taient introduits chez le commer\u00e7ants en per\u00e7ant un trou dans le plafond au-dessus du lit. Quelques jours avant, Bonnefoy avait lou\u00e9 l\u2019\u00e9tage au-dessus\u00a0; il avait vers\u00e9 277 francs, montant du premier terme et s\u2019\u00e9tait rendu chez un tapissier pour louer des meubles. En ce qui concerne ce vol, Bonnefoy proteste de son innocence. Il s\u2019est born\u00e9, dit-il, \u00e0 louer l\u2019appartement mais il ignorait ce que devait en faire Jacob. Jacob reconna\u00eet tout avec des mots aimables ou agressifs \u00e0 l\u2019adresse des t\u00e9moins qui viennent \u00e0 la barre raconter leurs m\u00e9saventures. L\u2019audience est lev\u00e9e \u00e0 cinq heure et demie et renvoy\u00e9e \u00e0 demain matin.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>11 mars 1905\u00a0: <em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Amiens, 10 mars. Le pr\u00e9sident annonce au d\u00e9but de l\u2019audience qu\u2019il va s\u2019occuper de certains vols commis par Ferrand et par un autre des pr\u00e9venus, Brunus, poursuivi comme receleur de la bande. Il sera aussi question, ajoute le pr\u00e9sident, des ma\u00eetresses de Jacob.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>\u00ab\u00a0Dirait-on que j\u2019ai un s\u00e9rail\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9crie l\u2019accus\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Puis, toujours le chapeau sur la t\u00eate, il r\u00e9pond aux observations qui lui sont faites qu\u2019il a bien le droit de se d\u00e9fendre. Un officier en garnison \u00e0 Dijon, le capitaine Balaud, d\u00e9pose d\u2019un vol de bijoux dont il fut victime \u00e0 Dijon en 1901. Le produit du cambriolage fut saisi chez Brunus qui proteste de son innocence. Impuissant \u00e0 imposer le silence \u00e0 l\u2019extraordinaire accus\u00e9 qu\u2019est Jacob, le pr\u00e9sident cherche \u00e0 se rattraper avec les avocats. Comme le d\u00e9fenseur de Brunus, Me de Wailly, interrompant l\u2019interrogatoire, demandait respectueusement \u00e0 poser une question, le magistrat lui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Non. Je ne me permets rien. Taisez-vous. Nous sommes en province ici et pas \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb Nous apprenons ensuite que Ferrand a commis deux vols de plus \u00e0 Amiens et \u00e0 Chartres. Lorsque le pr\u00e9sident en a fini avec le meilleur \u00e9l\u00e8ve de Jacob, les gendarmes am\u00e8nent Baudy au pied de la Cour, et, pour varier, on reparle encore vols et cambriolages. Un conseiller de la Cour de Rouen, M.Deuve, a eu une de ses maisons qu\u2019il n\u2019habitait pas d\u00e9valis\u00e9e par la bande. Les d\u00e9bats se poursuivent ainsi, longs et monotones.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>12 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><em><strong>Les exploits de la bande \u2013 L\u2019esprit de Jacob \u2013 Eglises cambriol\u00e9es. <\/strong><\/em><em>On s\u2019occupe aujourd\u2019hui de Ferr\u00e9, un des membres importants de la bande et des meilleurs collaborateurs de Jacob. Interrog\u00e9, l\u2019accus\u00e9 nie les nombreux vols qui lui sont reproch\u00e9s. Jacob, lui, continue \u00e0 tout avouer. C\u2019est le type de l\u2019accus\u00e9 narquois qui cause le d\u00e9sespoir du pr\u00e9sident. L\u2019auditoire rit \u00e0 chacune de ses r\u00e9ponses comme aux meilleures r\u00e9pliques d\u2019un vaudeville \u00e0 la mode. Un habitant d\u2019Amiens, dont la maison fut cambriol\u00e9e, constate devant le jury que des pi\u00e8ces d\u2019argenterie qui avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9es sur la table de la salle \u00e0 manger n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 emport\u00e9es par les cambrioleurs.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>C\u2019\u00e9tait du ruolz, s\u2019\u00e9crie Jacob, du simple ruolz\u00a0; c\u2019est pour \u00e7a que je n\u2019en ai pas voulu\u00a0!<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>La salle se tord litt\u00e9ralement. Le pr\u00e9sident aborde ensuite les vols commis dans les \u00e9glises de Compi\u00e8gne et de Brumetz (Aisne). A ce propos, le cur\u00e9 de cette derni\u00e8re localit\u00e9, dont l\u2019\u00e9glise fut d\u00e9valis\u00e9e, raconte qu\u2019il a eu l\u2019accus\u00e9 Bour comme enfant de c\u0153ur.Quand le pr\u00eatre a termin\u00e9 sa d\u00e9position, Jacob lui donne sa b\u00e9n\u00e9diction. Bour, comme Ferr\u00e9, nie tout. Le contre-amiral Aubry de la No\u00eb fait ensuite le r\u00e9cit du vol dont il fut victime \u00e0 Cherbourg. Puis c\u2019est une course \u00e0 travers la France dont toutes les parties furent fructueusement visit\u00e9es par la bande. Les d\u00e9bats seront repris lundi \u00e0 midi.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>14 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>La tapisserie de la cath\u00e9drale de Tours \u2013 Le vol de Vernon \u2013 A Angers ou en prison.<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Amiens, 13 mars. Parmi les vols sur lesquels les accus\u00e9s s\u2019expliquent aujourd\u2019hui, le plus important est celui des fameuses tapisseries, La Nativit\u00e9, Les Trois Mages, qui ornaient la cath\u00e9drale de Tours. Il fut commis par Jacob, P\u00e9lisssard et Bour qui p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans la basilique en se sevrant d\u2019une \u00e9chelle prise dans un chantier voisin. Ils coup\u00e8rent le grillage d\u2019un vitrail qu\u2019il bris\u00e8rent \u00e0 la base. Les tapisseries vol\u00e9es par la bande datent du XVIIe si\u00e8cle et sont d\u2019une tr\u00e8s grande valeur. Elles avaient \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es au domicile de Jacob, et sa m\u00e8re et sa ma\u00eetresse pour les rendre m\u00e9connaissables les avaient d\u00e9coup\u00e9es. Un morceau des tapisserie servit pendant quelques temps de tenture dans la chambre \u00e0 coucher de Jacob mais il avait disparu lorsque M.Hamard perquisitionna chez lui. Nous voici ensuite transport\u00e9s \u00e0 Vernon o\u00f9 deux membres de la bande op\u00e9r\u00e8rent un fructueux cambriolage. Ils mirent la main notamment sur cent soixante obligations repr\u00e9sentant une valeur de 250000 francs. A l\u2019occasion d\u2019un vol commis \u00e0 Angers, l\u2019ancien commissaire de police d\u2019Angers a arr\u00eat\u00e9 deux des cambrioleurs de la bande, Ferr\u00e9 et Augain qui \u00e9taient arm\u00e9s. Ferr\u00e9 \u00e9tait nu pieds, ses chaussettes \u00e9taient dans une sacoche contenant des outils de cambriolage. Me Justal fait remarquer au jury qu\u2019Augain a \u00e9t\u00e9 reconnu par six personnes comme s\u2019\u00e9tant trouv\u00e9 avant le 8 ao\u00fbt \u00e0 Angers alors qu\u2019il n\u2019est sorti que ce jour-l\u00e0 de la prison de la Sant\u00e9. C\u2019est un fait qui doit montrer combien les t\u00e9moins peuvent facilement se tromper quand ils d\u00e9clarent reconna\u00eetre des accus\u00e9s. Apr\u00e8s l\u2019audition des deux t\u00e9moins, l\u2019audience est lev\u00e9e<\/em>.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>15 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Orageux d\u00e9bats \u2013 Le pr\u00e9sident et la d\u00e9fense \u2013 Les avocats quittent la salle \u2013 Protestation au garde des sceaux \u2013 Hostilit\u00e9 du barreau d\u2019Amiens. <\/em><\/strong><em>Amiens, 14 mars. Un tr\u00e8s vif incident et qui d\u00e9fraiera longtemps les conversations au Palais s\u2019est produit d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019audience ce matin entre les avocats des accus\u00e9s et le pr\u00e9sident. Comme celui-ci ordonnait \u00e0 Lazarine Roux, l\u2019une des femmes compromises dans l\u2019affaire, de se lever, elle r\u00e9pondit\u00a0:<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Je suis fatigu\u00e9e<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Je vous dit de vous lever, r\u00e9it\u00e9ra le pr\u00e9sident.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Me Lagasse demanda alors plus d\u2019\u00e9gards pour ses clients.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Incident <\/em><\/strong><em>Il y avait \u00e9videmment de l\u2019orage dans l\u2019air, mais on pensait que, malgr\u00e9 tout, il n\u2019\u00e9claterait pas lorsque l\u2019un des avocats, Me Fabiani, demanda \u00e0 poser une question \u00e0 celui des t\u00e9moins qui d\u00e9posait. Le pr\u00e9sident \u2013 Je vous donnerai la parole, ma\u00eetre, car vous \u00eates toujours poli \u2026 vous. A ce vous, Me Lagasse se l\u00e8ve. Il d\u00e9clare qu\u2019au cours de sa carri\u00e8re, il n\u2019a jamais vu des d\u00e9bats d\u2019assises ainsi men\u00e9s et il se plaint avec v\u00e9h\u00e9mence du manque d\u2019\u00e9gards du pr\u00e9sident pour la d\u00e9fense. Le pr\u00e9sident r\u00e9plique qu\u2019il accorde aux gens les \u00e9gards qu\u2019ils m\u00e9ritent. La phrase, malheureuse, ach\u00e8ve de tout brouiller.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Je quitte la salle, s\u2019\u00e9crie Me Lagasse.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Et il s\u2019en va suivi de tous ses confr\u00e8res pendant que le pr\u00e9sident lui souhaite ironiquement \u00ab\u00a0un bon voyage\u00a0!\u00a0\u00bb. Les accus\u00e9s, eux, sont debout \u00e0 leurs bancs au milieu d\u2019un infernal tohu-bohu. Le procureur g\u00e9n\u00e9ral prend des r\u00e9quisitions, demande et obtient l\u2019expulsion de dix des pr\u00e9venus.Le public, tr\u00e8s hostile aux avocats parisiens, accueille leur manifestation par des hu\u00e9es. Le pr\u00e9sident d\u00e9clare la s\u00e9ance suspendue. Que va-t-il se passer\u00a0? Les avocats consentiront-ils \u00e0 revenir \u00e0 la barre\u00a0? Le b\u00e2tonnier de l\u2019Ordre d\u2019Amiens fait pr\u00e9venir ses confr\u00e8res locaux de passer leur robe et leur demande de se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019audience pour servir de d\u00e9fenseurs d\u2019office \u00e0 Jacob et \u00e0 ses co-pr\u00e9venus. Enfin, Me Lagasse et ses confr\u00e8res r\u00e9apparaissent dans la salle. Ils viennent d\u2019envoyer au garde des sceaux une protestation collective dans laquelle ils racontent les faits et rel\u00e8vent la fa\u00e7on d\u2019agir du pr\u00e9sident \u00e0 leur \u00e9gard.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Entre confr\u00e8res <\/em><\/strong><em>Il y a d\u00e9j\u00e0 quelques jours qu\u2019ils se plaignent d\u2019avoir rencontr\u00e9, aupr\u00e8s de leurs confr\u00e8res d\u2019Amiens et des magistrats de la cour, une v\u00e9ritable hostilit\u00e9. Un journal local rapporte qu\u2019on les accuse d\u2019avoir pr\u00e9lev\u00e9 leurs honoraires sur la cagnotte du vol\u00a0; on pr\u00e9tend que, dans toutes les visites qu\u2019ils auraient faites \u00e0 leur arriv\u00e9e \u00e0 Amiens, ils auraient trouv\u00e9 porte close. De l\u00e0, leur irritation. Il y a, au fond de ce d\u00e9bat, une question de boutique et une question de gros sous. Ce n\u2019est pas pour le relever aux yeux des esprits impartiaux.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Les d\u00e9bats <\/em><\/strong><em>L\u2019incident d\u2019hier, qui s\u2019est prolong\u00e9 assez longtemps, a singuli\u00e8rement \u00e9court\u00e9 les d\u00e9bats. Nous avons entendu M.Hamardet les inspecteurs de la S\u00fbret\u00e9 parisienne qui ont fourni des d\u00e9tails sur la bande. Puis, on s\u2019est occup\u00e9 d\u2019un vol commis \u00e0 Abbeville par Bour, Jacob et P\u00e9lissard, et dont les p\u00e9rip\u00e9ties furent les plus dramatiques. Poursuivis par deux agents, les trois cambrioleurs firent usage de leurs armes. Un coup de revolver tua l\u2019un des poursuivants, pendant que l\u2019autre tombait gri\u00e8vement bless\u00e9 d\u2019un coup de poignard. L\u2019accusation pr\u00e9tend que la balle qui tua provenait du revolver de Bour.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>16 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Les derniers t\u00e9moins \u2013 Deux r\u00e9quisitoires. <\/em><\/strong><em>Amiens, 15 mars. On entend, ce matin, les derniers t\u00e9moins. Parmi eux, M.Gastine-Renette explique comment il arriva \u00e0 conclure que la balle qui tua l\u2019agent Pruvost, dans les circonstances que nous avons rapport\u00e9es hier, provenait du revolver de Bour. La parole est ensuite donn\u00e9e au procureur g\u00e9n\u00e9ral pour son r\u00e9quisitoire sobre et bref, sp\u00e9cialement dress\u00e9 contre Jacob, Bour et P\u00e9lissard. Le minist\u00e8re public r\u00e9clame contre le dangereux trio et contre toute la bande une condamnation sans merci. Dans un second r\u00e9quisitoire, M.Pennelier, substitut du procureur g\u00e9n\u00e9ral, s\u2019occupe d\u2019abord du seul vol commis \u00e0 Paris, celui de la rue Quincampoix, commis au pr\u00e9judice d\u2019un bijoutier, M.Bourdin, vol dont nous avons parl\u00e9 en suivant, au cours des audiences, les exploits de Jacob et des ses complices. Il aborde ensuite la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019entente entre tous les accus\u00e9s. M.Pennelier terminera son r\u00e9quisitoire \u00e0 l\u2019audience de demain matin.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>17 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Fin du second r\u00e9quisitoire \u2013 Les premi\u00e8res plaidoiries. <\/em><\/strong><em>M.Pennelier a achev\u00e9 son r\u00e9quisitoire hier\u00a0; Me Justal a pr\u00e9sent\u00e9, avec chaleur, la d\u00e9fense de Jacob. Il demande aux jur\u00e9s les circonstances att\u00e9nuantes en faveur de son client qui, dit-il, n\u2019a pas tu\u00e9 et qui ne peut \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 mort. Me Cattoire, du barreau d\u2019Amiens, qui s\u2019est charg\u00e9 des int\u00e9r\u00eats de Bour, s\u2019est efforc\u00e9 de montrer que la preuve mat\u00e9rielle n\u2019\u00e9tait pas faite que l\u2019accus\u00e9 se soit servi de son arme \u00e0 Pont R\u00e9my. Apr\u00e8s lui, Me Pecquet a pris la parole. Son client P\u00e9lissard a ssist\u00e9 au drame de Pont R\u00e9my mais n\u2019y a pas pris part. Son r\u00f4le fut des plus effac\u00e9 dans l\u2019association. Il n\u2019a commis que quelques vols et m\u00e9rite l\u2019indulgence du jury. Sur la demande du d\u00e9fenseur de Bonnefoy, l\u2019audience est renvoy\u00e9e \u00e0 aujourd\u2019hui.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>18 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Amiens, 17 mars. Les plaidoiries continuent. Mes Roux, Lagasse, Charles Philippe et Fabiani ont successivement pr\u00e9sent\u00e9 la d\u00e9fense de Bonnefoy, Sautarel, Lazarine Roux et Ferr\u00e9. Me Lagasse a plaid\u00e9 l\u2019acquittement de Sautarel. Ses coll\u00e8gues ont sollicit\u00e9 du jury les circonstances att\u00e9nuantes en faveurs de leurs clients.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>19 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Amiens, 18 mars. Cinq plaidoiries au cours de l\u2019audience d\u2019hier. Me Silvy a demand\u00e9 l\u2019acquittement de la femme Ferr\u00e9 et Me Lafont celui d\u2019Ader. Me Bergouhnioux a, en ce qui concerne Clarenson, plaid\u00e9 l\u2019irresponsabilit\u00e9. C\u2019est encore l\u2019acquittement de L\u00e9ontine Tissandier que r\u00e9clame Me Bompard. Apr\u00e8s lui, Me Girard discute les charges qui p\u00e8sent sur Baudy et plaide pour Blondel les circonstances att\u00e9nuantes.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>21 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Amiens, 20 mars. Les plaidoiries touchent \u00e0 leur fin. Les avocats discutent les charges qui p\u00e8sent sur leurs clients. Ils demandent tous l\u2019acquittement sauf Me Caumartin qui r\u00e9clame pour Ferrand, le lieutenant de Jacob, les circonstances att\u00e9nuantes. L\u2019audience se termine par la plaidoirie de Me Justal pour la m\u00e8re de Jacob, dans laquelle l\u2019accusation voit une des receleuse de la bande. Demain, le verdict apr\u00e8s la derni\u00e8re plaidoirie.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>22 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Fin des plaidoiries \u2013 676 questions pos\u00e9es au jury. <\/em><\/strong><em>Amiens, 21 mars. Me Andr\u00e9 Hesse a termin\u00e9 aujourd\u2019hui la s\u00e9rie des plaidoiries en pr\u00e9sentant la d\u00e9fense de Limonier. Le pr\u00e9sident a ensuite demand\u00e9 aux accus\u00e9s s\u2019ils avaient quelques chose \u00e0 ajouter pour leur d\u00e9fense. Bonnefoy proteste alors de son innocence. Son v\u0153u le plus cher est d\u2019\u00eatre rendu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 pour continuer \u00e0 travailler et \u00e9lever ses enfants. Ferrand d\u00e9clare que Gabrielle Damiens, tromp\u00e9e par lui, a port\u00e9 de fausses accusations contre Baudy, Limonier et Sautarel. Le pr\u00e9sident lit au jury les 676 questions auxquelles il a \u00e0 r\u00e9pondre. L\u2019audience est renvoy\u00e9e demain \u00e0 dix heures pour le verdict.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>23 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Le verdict <\/em><\/strong><em>Amiens, 22 mars. Le jury est entr\u00e9 dans la salle des d\u00e9lib\u00e9ration \u00e0 dix heures trois quarts ce matin et il y a pass\u00e9 la journ\u00e9e enti\u00e8re. Il avait \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 676 questions. Enfin, \u00e0 huit heures quarante cinq, il a rapport\u00e9 son verdict. Jacob, Bour, Ferr\u00e9, Roux (Lazarine), la veuve Jacob, la femme Ferr\u00e9, Brunus, Blondel, Vailland, Baudy et Charles b\u00e9n\u00e9ficient des circonstances att\u00e9nuantes. L\u2019accusation de participation \u00e0 une association de malfaiteurs est retenue \u00e0 l\u2019encontre de Jacob, P\u00e9lissard, Bour, Ferr\u00e9, Brunus, Vailland, Ferrand et Baudy. Le verdict est n\u00e9gatif touchant la question d\u2019incendie concernant Ferr\u00e9, affirmatif pour le meurtre et les tentatives de meurtres \u00e0 Bour et \u00e0 Jacob, mais avec circonstances att\u00e9nuantes. Le verdict est n\u00e9gatif pour Ader, Apport, Augain, Chalus, Westermann, Limonier et Tissandier L\u00e9ontine. La Cour prononce l\u2019acquittement de ces dernier et se retire pour d\u00e9lib\u00e9rer. La Cour rend son arr\u00eat \u00e0 onze heures\u00a0: elle condamne Jacob et Bour aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9\u00a0; P\u00e9lissard et Bonnefoy \u00e0 8 ans, Ferrand \u00e0 20 ans, Sautarel \u00e0 5 ans, et Clarenson \u00e0 5 ans de travaux forc\u00e9s\u00a0; Lazarine Roux \u00e0 5 ans de r\u00e9clusion, Ferr\u00e9 \u00e0 10 ans, Brunus \u00e0 5 ans, Blondel \u00e0 5 ans, Vaillant \u00e0 10 ans, Charles \u00e0 5 ans, Baudy \u00e0 10 ans de la m\u00eame peine\u00a0; la veuve Jacob et la femme Ferr\u00e9 \u00e0 5 ans de prison. La session est close.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>24 mars 1905\u00a0:<\/strong> <strong><em>LES \u00ab\u00a0BANDITS D\u2019ABBEVILLE\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>Le cas de Jacques Sautarel (De notre correspondant particulier) <\/em><\/strong><em>Amiens, 23 mars. Les journaux d\u2019Abbeville appr\u00e9cient tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8rement le verdict rendu hier dans l\u2019affaire des cambrioleurs d\u2019Abbevillecontre Jacques Sautarel reconnu coupable sans circonstances att\u00e9nuantes et condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de travaux forc\u00e9s. Aucune charge s\u00e9rieuse n\u2019a pu \u00eatre relev\u00e9e contre lui, le juge d\u2019instruction avait conclu \u00e0 un non-lieu et seule la chambre des mises en accusation l\u2019avait renvoy\u00e9 devant les assises. On estime en g\u00e9n\u00e9ral ici qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour ses opinions anarchistes et la presse mod\u00e9r\u00e9e elle-m\u00eame se fait l\u2019\u00e9cho de ces bruits. Le comit\u00e9 de la Ligue des Droits de l\u2019Homme, r\u00e9uni d\u2019urgence, a d\u00e9cid\u00e9 de suivre l\u2019affaire. On craint une erreur judiciaire.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque para\u00eet le premier num\u00e9ro de L\u2019Humanit\u00e9, le 18 avril 1904, gr\u00e2ce notamment aux subsides de la bourgeoisie dreyfusarde, Jean Jaur\u00e8s entend bien faire de ce \u00ab\u00a0journal quotidien socialiste\u00a0\u00bb un instrument d\u2019unification des gauches fran\u00e7aises une feuille d\u2019information d\u00e9fendant ouvertement la la\u00efcit\u00e9 et la classe ouvri\u00e8re. 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