{"id":2224,"date":"2011-08-06T01:10:21","date_gmt":"2011-08-05T23:10:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2224"},"modified":"2011-01-27T10:49:25","modified_gmt":"2011-01-27T08:49:25","slug":"anars-bagnards-10","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/08\/anars-bagnards-10\/","title":{"rendered":"Anars bagnards 10"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/costume-de-bagnard.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1297\" title=\"costume de bagnard\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/costume-de-bagnard-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/costume-de-bagnard-201x300.jpg 201w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/costume-de-bagnard.jpg 302w\" sizes=\"(max-width: 100px) 100vw, 100px\" \/><\/a><em>O\u00f9 il est d\u00e9velopp\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que, de la d\u00e9brouille \u00e0 la punition en passant par la plainte, la morale anarchiste influe fortement la vie du fagot libertaire. Solidarit\u00e9 dans la survie o\u00f9 l&rsquo;on retrouve aussi l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob. 10<sup>e<\/sup> \u00e9pisode.<\/em><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Deuxi\u00e8me partie <\/span><\/strong>: <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Cod\u00e9tenus : le cas des droits communs<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, la partition entre \u00ab\u00a0droits communs\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas si simple pour la p\u00e9riode et l&rsquo;\u00e9chantillon qui nous pr\u00e9occupent. En effet, les anarchistes sont consid\u00e9r\u00e9s par la justice lors de leur condamnation comme des pr\u00e9venus de droit commun. Mais, nous l&rsquo;avons expos\u00e9, ils n&rsquo;\u00e9taient pas trait\u00e9s comme tels lors de leurs s\u00e9jour au bagne. Les mesures particuli\u00e8res de surveillance et de traitement, auxquelles ils sont soumis montrent une discrimination certaine. Celle-ci, bas\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9ologie anarchiste, augmente la coh\u00e9sion de notre groupe et renforce leur comportement de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<!--more--><\/p>\n<p>Au cours de ce d\u00e9veloppement, nous verrons en quoi le comportement transport\u00e9s anarchistes se diff\u00e9rencie de celui des autres for\u00e7ats. Et surtout, quelle place tient l&rsquo;id\u00e9ologie dans la perception de leurs cod\u00e9tenus. Dans la deuxi\u00e8me partie de ce th\u00e8me nous \u00e9voquerons la place de la propagande et les tentatives de \u00ab\u00a0conversion\u00a0\u00bb aux id\u00e9aux anarchistes.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Chapitre 1 : Perspectives communes et oppositions dans l&rsquo;univers social de la survie<\/span><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;analyse d\u00e9velopp\u00e9e par les transport\u00e9s anarchistes vis-\u00e0-vis des autres transport\u00e9s ne repose pas dans la partition \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0droits communs\u00a0\u00bb, m\u00eame si l&rsquo;id\u00e9ologie tient une place centrale dans l&rsquo;analyse qu&rsquo;ils ont de leur condition. La r\u00e9action qu&rsquo;ils d\u00e9veloppent s&rsquo;articule autour de la perception de la \u00ab\u00a0moralit\u00e9\u00a0\u00bb et des m\u0153urs du bagne. En appliquant les concepts d\u00e9velopp\u00e9s par E. Goffman<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, nous consid\u00e9rerons que l&rsquo;opposition des anarchistes se d\u00e9finit par rapport \u00e0 un certain nombre d&rsquo;<strong>adaptations secondaires<\/strong> d\u00e9velopp\u00e9es par la plus grande partie des for\u00e7ats.<\/p>\n<p>Toutefois, le quotidien impose une vie commune et un travail commun. Nous nous attacherons \u00e0 cet aspect dans un premier temps.<\/p>\n<p><strong>A\/ <span style=\"text-decoration: underline;\">Les perspectives communes<\/span><\/strong><\/p>\n<p>1\/ <span style=\"text-decoration: underline;\">Survivre<\/span><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les travaux forc\u00e9s sont une peine, la faim en est une autre. Il faut choisir entre ces deux peines qui sont incompatibles, car il est impossible \u00e0 un homme f\u00fbt-il le plus grand criminel, de travailler sans manger. L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire a opt\u00e9 pour ce cumul.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi parlerons-nous sciemment de \u00ab\u00a0survie\u00a0\u00bb. Les conditions de d\u00e9tention dans les bagnes de Guyane sont d\u00e9finies par l&rsquo;alliance de la malnutrition, de la maladie, d&rsquo;une hygi\u00e8ne d\u00e9plorable et du travail forc\u00e9, \u00e0 laquelle s&rsquo;ajoutent souvent les punitions d&#8217;emprisonnement et leurs restrictions alimentaires. Pour tous les transport\u00e9s il s&rsquo;agit donc de trouver des moyens pour pallier \u00e0 ce d\u00e9nuement. A leur arriv\u00e9e, les transport\u00e9s anarchistes, comme les autres, se trouveront confront\u00e9s \u00e0 ce probl\u00e8me d&rsquo;adaptation. Liard-Courtois \u00e9voque cette question :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les vieux apprennent aux nouveaux \u00e0 rendre mangeable la ration, \u00e0 se procurer un peu d&rsquo;eau potable, [&#8230;] la valeur de chaque chose et comment s&rsquo;y prendre pour les acqu\u00e9rir, et \u00e0 se monter un service de table. [&#8230;]. L&rsquo;apprentissage \u00e9l\u00e9mentaire demande de huit \u00e0 dix jours. En y mettant du sien, on parvient \u00e0 \u00eatre promptement au courant, \u00e0 la hauteur ; on gagne de l&rsquo;astuce et de l&rsquo;endurance ; on se d\u00e9brouille ; on s&rsquo;aguerrit ; on finesse ; on arrive \u00e0 conna\u00eetre \u00e0 fond la lutte contre la mort, lutte o\u00f9 l&rsquo;on est pas, h\u00e9las !, toujours le plus fort, mais on a pris, comme les vieux, le \u00ab\u00a0pas colonial\u00a0\u00bb et cela vous donne quand m\u00eame un peu confiance et beaucoup de courage.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p>Le quotidien, \u00e0 travers la d\u00e9brouille ou la camelote, d\u00e9veloppe-t-il des r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 et entraide pour lutter contre le d\u00e9nuement ou la maladie ?<\/p>\n<p>Les recherches que nous avons effectu\u00e9es sur cette question tendent \u00e0 d\u00e9montrer qu&rsquo;une certaine forme de solidarit\u00e9 s&rsquo;organise suivant cependant certains crit\u00e8res tr\u00e8s pr\u00e9cis. \u00ab\u00a0L&rsquo;esprit de clan\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0patriotisme local\u00a0\u00bb forme des sous-groupes internes \u00e0 la population des transport\u00e9s. A son arriv\u00e9e, le \u00ab\u00a0nouveau\u00a0\u00bb est pris en tutelle par un ou plusieurs de ses compatriotes. Ce qui est notamment le cas pour les corses, les marseillais ou les arabes. Ainsi, une forme de solidarit\u00e9 se d\u00e9veloppe dans le clan<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Le cas des transport\u00e9s anarchistes est similaire, mais moins rigide. Avec la r\u00e9pression exerc\u00e9e contre les anarchistes en France, de 1890 \u00e0 1905 arrivent la majorit\u00e9 des for\u00e7ats anarchistes. Intern\u00e9s sur les \u00eeles, pour la plupart sur celles de La Royale et de Saint Joseph, certains vont \u00eatre compagnons de case. A la suite de la r\u00e9volte d&rsquo;octobre 1894, pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 ils sont regroup\u00e9s dans la m\u00eame case<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Cependant, ils sont en contact permanent avec d&rsquo;autres for\u00e7ats avec lesquels dans certains cas se d\u00e9veloppent une entraide et une solidarit\u00e9 r\u00e9elles.<\/p>\n<p>De nombreux exemples sont cit\u00e9s par Cl\u00e9ment Duval et Liard Courtois dans leurs m\u00e9moires. Cet aspect n&rsquo;appara\u00eet pas de fa\u00e7on \u00e9vidente dans les correspondances.<\/p>\n<p>Le regroupement des for\u00e7ats anarchistes renforce la coh\u00e9sion autour de l&rsquo;entit\u00e9 id\u00e9ologique qui les a conduits jusqu&rsquo;au bagne. Affinitairement, ils forment un groupe \u00e0 part. La plupart ne se connaissaient pas avant de se rencontrer au bagne, mais leurs noms, et les actes qui les ont amen\u00e9s en Guyane, sont connus des autres. Le fait de se savoir regroup\u00e9s sur les m\u00eames lieux est synonyme de r\u00e9confort. Comme en t\u00e9moigne Liard-Courtois, d\u00e9crivant sa rencontre avec d&rsquo;autres transport\u00e9s anarchistes :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0De nombreux anarchistes m&rsquo;avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 au bagne. Du jour o\u00f9 il nous f\u00fbt permis de parcourir l&rsquo;\u00eele Saint Joseph pour vaquer aux travaux [&#8230;] j&rsquo;eus la triste chance de rencontrer des compagnons que j&rsquo;avais connus libres. [&#8230;] Il y avait encore dans la colonie bon nombre de camarades que je ne devais conna\u00eetre que post\u00e9rieurement.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a><\/p>\n<p>Le premier type de solidarit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 par les transport\u00e9s est ax\u00e9 sur le partage de la nourriture, du tabac et autres denr\u00e9es (lait concentr\u00e9, plantes curatives) qui ont pu \u00eatre acquises par la \u00ab\u00a0d\u00e9brouille\u00a0\u00bb, une petite camelote destin\u00e9e \u00e0 gagner une somme d&rsquo;argent.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Cette d\u00e9brouille fait l&rsquo;objet d&rsquo;une grande tol\u00e9rance de la part de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire car toute activit\u00e9 commerciale ou manufacturi\u00e8re donne \u00e0 ses agents l&rsquo;occasion de r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices faciles et d&rsquo;am\u00e9liorer leur vie mat\u00e9rielle. Les surveillants vendent les mati\u00e8res premi\u00e8res n\u00e9cessaires aux travaux des artisans et aux trafics des mercantis du bagne.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a><\/p>\n<p>Il existe trois types de \u00ab\u00a0d\u00e9brouille\u00a0\u00bb : travailler comme gar\u00e7on de famille ou effectuer en fonction de ses aptitudes professionnelles des petits travaux pour des surveillants ou membres de l&rsquo;administration ; confectionner des objets artisanaux ( tapis d&rsquo;Alo\u00efs, sculpture de noix de coco, peintures de cartes postales, etc&#8230;) ; d\u00e9tourner la nourriture (ce qui est le fait de ceux qui travaillent comme cuisiniers ou boulangers), du lait concentr\u00e9, des fruits, des v\u00eatements, etc&#8230;<\/p>\n<p>Partager le fruit du moindre gain semble \u00eatre la forme de solidarit\u00e9 la plus courante en ce qui concerne les transport\u00e9s anarchistes. Mais, ceux-ci refusent de se livrer \u00e0 une d\u00e9brouille qui consisterait \u00e0 d\u00e9munir d&rsquo;autres for\u00e7ats. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un des principes de comportement les plus fr\u00e9quents. Comme le montre cet extrait des m\u00e9moires de Liard-Courtois, qui raconte comment se d\u00e9roule le partage :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/faim-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1356\" title=\"banquet\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/faim-4-300x295.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/faim-4-300x295.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/faim-4.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a><em>\u00ab\u00a0Chacun de nous, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 toucher les vivres de notre peloton se dirigeait vers un point du camp peu fr\u00e9quent\u00e9 qui nous servait de point de rendez-vous et o\u00f9 nous pouvions causer \u00e0 notre aise. Et combien le bon Paridaine (Parida\u00ebn) \u00e9tait heureux lorsqu&rsquo;il pouvait augmenter notre ordinaire par un peu de verdure ou un fruit chip\u00e9s dans son jardin !<\/em><\/p>\n<p><em>J&rsquo;avais de mon cot\u00e9, conserv\u00e9 des relations avec le couvent des femmes rel\u00e9gu\u00e9es et, comme, depuis la nomination du nouveau conducteur des travaux, je jouissais d&rsquo;une libert\u00e9 relative, je m&rsquo;esquivais de temps \u00e0 autre du chantier pour me rendre \u00e0 la cuisine des religieuses. Je m&rsquo;y approvisionnais de sel et de poivre et la table commune s&rsquo;enrichissait ces jours-l\u00e0 d&rsquo;un morceau de viande, d&rsquo;un peu de fromage ou d&rsquo;une friandise r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 mon intention. Hincelin lui fournissait le tabac. Depuis qu&rsquo;il \u00e9tait bureaucrate, une de ses attributions \u00e9tait d&rsquo;\u00e9tablir le bon journalier des gratifications de tabac accord\u00e9es aux for\u00e7ats employ\u00e9s \u00e0 des travaux d&rsquo;art et, en le majorant, il trouvait moyen de s&rsquo;en attribuer une grosse part sans pour cela nuire \u00e0 ses camarades. Loiseau prenait sa part d&rsquo;activit\u00e9 en lavant la vaisselle et en pr\u00e9parant la soupe. Nous vivions ainsi en parfait accord.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a><\/p>\n<p>Cl\u00e9ment Duval \u00e9voque \u00e9galement comment le repas s&rsquo;organise, durant une certaine p\u00e9riode, dans la case r\u00e9serv\u00e9e aux anarchistes :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0On chargea Chenal, qui \u00e9tait encore aux travaux de faire un grand plat en fer blanc par un ferblantier. On r\u00e9ussit \u00e0 la rentrer dans la case, et on inscrivit en grosses lettres \u00ab\u00a0Plat anarchiste\u00a0\u00bb, dans lequel nous mangions tout, lard et endaubage (\u00e0 part la soupe). Nous nous r\u00e9unissions tous dans le fond de la case, cot\u00e9 est, et c&rsquo;est l\u00e0 que par la fen\u00eatre du bout, donnant sur le camp, le surveillant de service et autres nous voyaient manger tous ensemble, et chanter le soir. Ils regardaient, \u00e9coutaient, n&rsquo;osant rien dire.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me aspect de la solidarit\u00e9 et de l&rsquo;entraide porte sur des r\u00e9clamations et des plaintes destin\u00e9es aux membres de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, ou au ministre des colonies, dont l&rsquo;objet est de d\u00e9noncer les pratiques irr\u00e9guli\u00e8res et jug\u00e9es excessives \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;ensemble des transport\u00e9s. Le caract\u00e8re id\u00e9ologique transpara\u00eet r\u00e9guli\u00e8rement dans ces lettres, entra\u00eenant dans plusieurs cas une lourde punition de cellule. En effet, il faut souligner que le caract\u00e8re revendicatif de ces missives ne s&rsquo;allie pas au ton et \u00e0 la correction en vigueur pour le courrier administratif. Cette forme de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb au traitement qui est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 tous les transport\u00e9s s&rsquo;inscrit dans une d\u00e9marche solidaire avec ce que subit la population des for\u00e7ats.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0[&#8230;] R\u00e9clamer c&rsquo;est contre-attaquer l&rsquo;autorit\u00e9 qui a nuit, c&rsquo;est-\u00e0-dire venir en aide \u00e0 la communaut\u00e9 opprim\u00e9e (habillement, nourriture, non observation des prescriptions m\u00e9dicales&#8230;). <\/em><\/p>\n<p><em>[&#8230;] Pour l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire ce sont les condamn\u00e9s les plus nocifs.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a><\/p>\n<p>Les exemples que nous citons v\u00e9rifient ce postulat, tout en d\u00e9crivant la nature de ce quotidien commun auquel sont astreints les transport\u00e9s.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Tout le monde a pu le voir ce matin, la viande de l&rsquo;h\u00f4pital jet\u00e9e \u00e0 la mer en raison du danger qu&rsquo;elle offrait comme aliment malsain. Cependant celle destin\u00e9e \u00e0 la transportation a tout de m\u00eame \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9e si bien que la plupart de nous autres ne l&rsquo;avons pas mang\u00e9e. Il est vrai que plusieurs transport\u00e9s, gratifi\u00e9s par la nature d&rsquo;un estomac de charognard, se sont r\u00e9gal\u00e9s de ce qui r\u00e9pugne les autres. Mais tout le monde ne peut pas avoir un appareil digestif des grands rapaces, et moi le beau premier, malgr\u00e9 la faim qui tenaille mes entrailles, je n&rsquo;ai pu me r\u00e9soudre \u00e0 mettre la dent sur la carne naus\u00e9abonde.<\/em><\/p>\n<p><em> Je suis donc au pain sec, et cela sans l&rsquo;avoir m\u00e9rit\u00e9, bien au contraire, car pr\u00e9cis\u00e9ment ce matin, malgr\u00e9 la pluie et la boue, j&rsquo;avais d\u00e9brouss\u00e9 tout un c\u00f4t\u00e9 de votre route pensant que la beaut\u00e9 du coup d&rsquo;oeil vous inciterait aux id\u00e9es humanitaires. Et bien, voyez combien l&rsquo;homme est sujet \u00e0 l&rsquo;erreur. Je rappliquais dare-dare \u00e0 la case, avec une fringale \u00e0 tout caser, stimul\u00e9e par le d\u00e9broussage, et voil\u00e0 que pour tout potage on me sert de la viande que les requins ne veulent pas, puisqu&rsquo;ils n&rsquo;ont m\u00eame pas daign\u00e9 se d\u00e9ranger lorsqu&rsquo;on leur a jet\u00e9 celle de l&rsquo;h\u00f4pital, on ne peut cependant pas les taxer de d\u00e9licatesse. Je suis au pain sec , dis-je et quel pain ! Voila-t-il pas qu&rsquo;il se met \u00e0 sentir mauvais aussi lui ; serait-il \u00e9crit que toutes les mauvaises odeurs se r\u00e9uniront aux \u00eeles du Salut ? C&rsquo;est un congr\u00e8s alors ? [&#8230;] Tout cela est bien triste, et ne fait gu\u00e8re honneur \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9, \u00e0 la morale surtout qu&rsquo;on nous jette constamment par la t\u00eate, elle est fra\u00eeche la morale bourgeoise ! [&#8230;] Et pour comble je viens de recevoir un colis o\u00f9 les 3\/4 du contenu m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 cambriol\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;inertie administrative. [&#8230;] Toutes ces mis\u00e8res, monsieur le Commandant, ont fait remonter \u00e0 mes l\u00e8vres toute l&rsquo;amertume du caf\u00e9 sans sucre que vous m&rsquo;avez fait boire pendant pr\u00e8s de trois mois. <\/em><\/p>\n<p><em> \u00ab\u00a0La r\u00e9signation est le stigmate dominant des \u00eatres civilis\u00e9s\u00a0\u00bb a dit Sarah Bernard, cette belle pens\u00e9e fera plus \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 que son art. Ne vous r\u00e9volterez-vous pas un peu Monsieur le Commandant, contre cette administration qui vous oblige, malgr\u00e9 vous, \u00e0 opprimer les malheureux ? La r\u00e9volte plane sur le monde, il faut savoir se mettre au pas de son si\u00e8cle. <\/em><\/p>\n<p><em> Si toutefois vous me rencontrez accroupi dans un coin, le ventre pli\u00e9 en deux, vous saurez quelle est ma maladie.<\/em><\/p>\n<p><em>Le transport\u00e9 affam\u00e9, 34447.<\/em><\/p>\n<p><em>P\u00e9lissard<\/em><\/p>\n<p>Cette plainte vaudra \u00e0 son auteur 15 jours de cellule.<\/p>\n<p>Alexandre Marius Jacob, dont l&rsquo;attitude est tout \u00e0 fait particuli\u00e8re par rapport \u00e0 l&rsquo;administration, n&rsquo;aura de cesse durant sa d\u00e9tention de d\u00e9noncer les abus, les contradictions, les manques au r\u00e8glement, la non-application des nouveaux d\u00e9crets et les injustices commises envers d&rsquo;autres transport\u00e9s. Nous verrons ult\u00e9rieurement en quoi ce transport\u00e9 modifie, par son attitude, les \u00ab\u00a0adaptations secondaires\u00a0\u00bb des autres for\u00e7ats.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dessin-jacob1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-375\" title=\"Dessin de Jacob pour le livre \\\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dessin-jacob1-300x218.jpg\" alt=\"\" width=\"157\" height=\"114\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dessin-jacob1-300x218.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dessin-jacob1.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 157px) 100vw, 157px\" \/><\/a><em>\u00ab\u00a0Il fait ses premiers pas dans la jungle du droit p\u00e9nal et administratif. Il m\u00e9prise toujours autant ce que certains appellent la justice. Mais il n&rsquo;est plus en situation de force : il doit ruser. S&rsquo;il veut survivre aux traquenards que cette \u00ab\u00a0justice\u00a0\u00bb, comptant sur son ignorance, lui tend, il faut qu&rsquo;il apprenne les ficelles pour pouvoir les tirer. Les habiles utilisent le code pour faire fortune. Lui, le pur, il s&rsquo;en servira contraint et forc\u00e9, pour revendiquer son droit de ne pas \u00eatre d&rsquo;accord et de respirer. Nagu\u00e8re il se battait de l&rsquo;ext\u00e9rieur en en attaquant les forteresses des nantis. Ceux-ci l&rsquo;ont jet\u00e9 aux oubliettes. En sortir est un d\u00e9sir l\u00e9gitime. Mais aussi un devoir : pour t\u00e9moigner et combattre \u00e0 nouveau. Pour vivre, de fa\u00e7on exemplaire, contre.<\/em><\/p>\n<p><em>[&#8230;] \u00ab\u00a0J&rsquo;ai fait du droit criminel pour bien conna\u00eetre les r\u00e8gles et les lois pour mieux les violer.\u00a0\u00bb dira-t-il un jour.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a><\/p>\n<p>Il met ses connaissances juridiques au service des autres for\u00e7ats, conseillant, arbitrant m\u00eame les conflits. Il \u00e9crit pour ceux qui le demandent des lettres de requ\u00eates \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, qu&rsquo;il consid\u00e8re comme un adversaire. Il devient vite terriblement g\u00eanant, comme l&rsquo;\u00e9crit le commandant Michel, directeur des \u00eeles du Salut :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Moi qui, aux \u00eeles du Salut, connaissais simultan\u00e9ment plus de mille bagnards par leurs noms et leurs num\u00e9ro de matricule, par leurs m\u00e9rites et par leurs tares, [&#8230;] j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9chec par l&rsquo;un d&rsquo;eux. Pendant des ann\u00e9es, il m&rsquo;a tenu t\u00eate. Je le consid\u00e9rais d\u00e9finitivement comme un dangereux ennemi de moi-m\u00eame et de la soci\u00e9t\u00e9. Il fallait l&rsquo;abattre ou \u00eatre abattu par lui. Il s&rsquo;agit de Jacob, le chef des <strong>Travailleurs de la nuit<\/strong>, celui qui inspira au romancier Maurice Leblanc le type de son h\u00e9ros : Ars\u00e8ne Lupin. Jacob, une figure digne d&rsquo;entrer dans la l\u00e9gende.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a><\/p>\n<p>Tout est pourtant tent\u00e9 pour le mettre \u00ab\u00a0hors d&rsquo;\u00e9tat de nuire\u00a0\u00bb. Ces quelques chiffres en sont la preuve : pr\u00e8s de 9 ans d&rsquo;encellulement ou de cachot ; 7 proc\u00e8s devant le T.M.S. de Saint-Laurent-du-Maroni : 6 acquittements ; 19 tentatives d&rsquo;\u00e9vasion.<\/p>\n<p>Dans cette lettre adress\u00e9e au Ministre des colonies<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>, dat\u00e9e du 2 mars 1907, apparaissent nettement plusieurs \u00e9l\u00e9ments importants. Le style et le ton soulignent l&rsquo;attitude de Jacob vis-\u00e0-vis de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, les diff\u00e9rents th\u00e8mes abord\u00e9s d\u00e9noncent les conditions de vie des transport\u00e9s : l&rsquo;\u00e9tat des locaux, l&rsquo;hygi\u00e8ne, et le traitement des malades. Cette lettre, qui lui vaudra 10 jours de cellule, prend la forme d&rsquo;un v\u00e9ritable r\u00e9quisitoire.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0A quelques rares exceptions pr\u00e8s, l&rsquo;on peut soutenir que tout \u00eatre est tar\u00e9 d&rsquo;une manie, d&rsquo;un tri, d&rsquo;une habitude l\u00e9gu\u00e9s soit par l&rsquo;atavisme soit par l&rsquo;\u00e9ducation. Heureusement ou malheureusement pour moi, comme l&rsquo;on voudra, [&#8230;] j&rsquo;appartiens au genre \u00ab\u00a0n\u00e9vropathe\u00a0\u00bb comme disent les anthropologistes. Aussi loin que ma m\u00e9moire me le permet, j&rsquo;ai souvenir que tout jeune encore, alors que je venais de quitter le biberon, je me sentis pris d&rsquo;une irr\u00e9sistible envie de courir sus \u00e0 tout fragment de papier v\u00e9hicul\u00e9 par le vent. Les ann\u00e9es, loin de corriger cette habitude n&rsquo;ont fait que la d\u00e9velopper, la rendre plus intense. Manifest\u00e9e aussi pr\u00e9cocement chez moi, il ne peut \u00eatre question d&rsquo;\u00e9ducation j&rsquo;opinerais plut\u00f4t pour une tare cong\u00e9nitale \u00e0 cause de la tr\u00e8s honorable profession de mon arri\u00e8re grand-p\u00e8re paternel, lequel \u00e9tait chasseur de papillons. A quelque chose pr\u00e8s , papillon, morceau de papier c&rsquo;est tout comme. Aussi d\u00e8s que mes yeux aper\u00e7oivent un bout de lettre, un fragment de journal, voire un billet de banque, je ne puis r\u00e9sister d&rsquo;y faire la chasse, de la capturer et enfin de satisfaire ma curiosit\u00e9 en \u00e9veil, en prenant connaissance de son contenu. Autrement dire j&rsquo;ai le temp\u00e9rament gendarme pour tout ce qui vole. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;autre jour, voyant voleter un bordereau par brusques soubresauts, je fus assez heureux de l&rsquo;appr\u00e9hender d&rsquo;abord et de l&rsquo;incarc\u00e9rer dans ma poche ensuite, en attendant le d\u00e9licieux moment de le lire. Immense fut ma satisfaction. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un avis d&rsquo;exp\u00e9dition \u00e9manant de Mr le Directeur du service sanitaire adress\u00e9 \u00e0 la pharmacie des \u00eeles du Salut.<\/em><\/p>\n<p><em>Avant l&rsquo;arrestation de ce pr\u00e9cieux document, je croyais, moi bonasse autant que na\u00eff, que l&rsquo;usage de tout produit d\u00e9sinfectant, de tout agent antiseptique \u00e9taient frapp\u00e9s d&rsquo;ostracisme dans les locaux du personnel p\u00e9nal de la transportation. Aussi grande fut ma surprise en lisant sur ce bordereau d&rsquo;envoi de cent litres d&rsquo;acide ph\u00e9nique pur, de chlorure de chaux, de gr\u00e9sine, de goudron de houille, etc&#8230;. Je ne cache pas que si j&rsquo;avais su cela plus t\u00f4t, il y a belle lurette que j&rsquo;aurais adress\u00e9 une r\u00e9clamation au sujet de l&rsquo;excessive malpropret\u00e9 des cases. Ind\u00e9pendamment que ces cases n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 blanchies depuis le 15 avril 1905; en outre que les murs sont constell\u00e9s d&rsquo;amas de poussi\u00e8re servant de refuge \u00e0 toute sorte de virus morhifiques et d\u00e9cor\u00e9s d&rsquo;antiques crachats dess\u00e9ch\u00e9s de phtisiques, de bronchite, [&#8230;] et autres expectorations d\u00e9go\u00fbtantes, c&rsquo;est dans les cabinets d&rsquo;aisance attenant \u00e0 ces cases o\u00f9 r\u00e8gne en permanence une atmosph\u00e8re presque d\u00e9l\u00e9t\u00e8re due aux \u00e9manations putrides d&rsquo;excr\u00e9ments r\u00e9sultant de 40, 50, quelque fois 70 hommes, dont beaucoup sont atteints d&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00e9chauffement des intestins.[&#8230;] Dans la journ\u00e9e, les hommes \u00e9tant au travail ce lieu pr\u00e9sente un semblant de propret\u00e9, \u00e0 cause des quelques litres d&rsquo;eau que le gardien de case use parcimonieusement pour les nettoyer. Mais la nuit, des bottes d&rsquo;\u00e9goutier et par dessus le march\u00e9 un costume de scaphandre ne seraient point de trop pour y p\u00e9n\u00e9trer sans danger. [&#8230;] <\/em><\/p>\n<p><em> Pour des raisons fallacieuses, que je n&rsquo;ai pas \u00e0 discuter, dans le jour, les hommes qui ne sont point valides se rendent dans une autre case que celle o\u00f9 ils logent ordinairement. Cette case appel\u00e9e case des malades, d\u00e9passe en malpropret\u00e9, en salet\u00e9 tout ce que l&rsquo;on peut imaginer [&#8230;] La toiture semble avoir \u00e9t\u00e9 le point de mire de tous les canons du monde, tant elle est trou\u00e9e, d\u00e9molie, pourrie de v\u00e9tust\u00e9. De sorte que lorsqu&rsquo;il pleut &#8211; et il pleut \u00e0 torrents presque tous les jours pendant la saison d&rsquo;hivernage ; les malheureux qui sont couch\u00e9s sur un lit de camp qui pue de salet\u00e9, jamais lav\u00e9, voire balay\u00e9, souffrant de fi\u00e8vres, d&rsquo;actives coliques, le scorbut, g\u00e9n\u00e9ralement tous min\u00e9s de chlorose, se trouvent bient\u00f4t tremp\u00e9s jusqu&rsquo;aux os. [&#8230;] C&rsquo;est pourquoi \u00e0 mon avis, au lieu de nommer ce b\u00e2timent la case aux malades, il serait plus exact de l&rsquo;appeler la case aux maladies. [&#8230;] Il ne reste au transport\u00e9 que la ressource de se plaindre ou de se taire&#8230; ce qui \u00e0 franchement parler est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose, que dis-je ? Il vaut quelquefois mieux se taire que de r\u00e9clamer, car dire tout haut ce que la plupart pense tout bas a ordinairement pour cons\u00e9quence une punition disciplinaire. Bien que tous les faits que je viens de relater soient l&rsquo;expression de la plus pr\u00e9cise des v\u00e9rit\u00e9s, ce sera l\u00e0, \u00e0 mon avis, la seule solution donn\u00e9e \u00e0 ma lettre. N&rsquo;en attendant point d&rsquo;autre, j&rsquo;aurai l&rsquo;avantage de ne subir aucune d\u00e9sillusion.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Quelles autres formes peuvent prendre la solidarit\u00e9 et l&rsquo;entraide dans le milieu du bagne ? Tous les transport\u00e9s anarchistes r\u00e9agissent en terme de \u00ab\u00a0justice\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d&rsquo;injustice\u00a0\u00bb, en fonction d&rsquo;un ensemble de valeurs qui les poussent \u00e0 venir en aide \u00e0 un autre ou \u00e0 le soutenir. La lecture des m\u00e9moires de Liard-Courtois et du manuscrit de Cl\u00e9ment Duval est riche en enseignements concernant ce qui est consid\u00e9r\u00e9 par les transport\u00e9s anarchistes comme un comportement en ad\u00e9quation avec ces principes.<\/p>\n<p>Les transport\u00e9s cit\u00e9s par ces deux anciens for\u00e7ats ne sont pas tous anarchistes m\u00eame si certaines sympathies pour ces id\u00e9es sont pr\u00e9sentes. La place que prend la description et la pr\u00e9sentation des compagnons de bagne dans leurs \u00e9crits est assez importante. Ce qui nous laisse penser que le comportement d\u00e9velopp\u00e9 face \u00e0 la situation de <span style=\"text-decoration: underline;\">r\u00e9clusionnaires forc\u00e9s<\/span> et les liens entretenus pendant la d\u00e9tention sont plus que primordiaux. Pour louer les qualit\u00e9s des hommes qu&rsquo;ils consid\u00e8rent avoir un comportement \u00ab\u00a0correct\u00a0\u00bb, les termes employ\u00e9s sont les suivants :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Meunier \u00e9tait un exemple d&rsquo;abn\u00e9gation et de mentalit\u00e9 scrupuleuse qui font le plus grand honneur \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qui nous est ch\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a><em> .<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Parida\u00ebn, [&#8230;] \u00e9tait d&rsquo;une excellente nature, toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d&rsquo;un service \u00e0 rendre, d&rsquo;une joie \u00e0 procurer et qui savait se faire aimer de tous.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Camusat, que son instruction pla\u00e7ait au-dessus du commun des transport\u00e9s, se tenait \u00e0 la disposition des autres for\u00e7ats pour la r\u00e9daction des r\u00e9clamations que ceux-ci avaient \u00e0 faire parvenir au Commandant et au directeur. A cause de cela, le personnel de surveillance l&rsquo;avait surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0b\u00eate \u00e0 plume\u00a0\u00bb. Mais cette plume n&rsquo;\u00e9tait pas seulement celle d&rsquo;un \u00e9crivain public, elle \u00e9tait aussi celle d&rsquo;un po\u00e8te.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Couot \u00e9tait un homme d&rsquo;une grande \u00e9nergie dans ses tentatives d&rsquo;\u00e9vasion, qui \u00e9chou\u00e8rent malgr\u00e9 tout son courage et son audace. Tr\u00e8s digne dans l&rsquo;adversit\u00e9, ne s&rsquo;en laissant pas imposer par ses bourreaux, il ne se laissait pas insulter.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je m&rsquo;entretins longuement avec L\u00e9authier et fus heureux de constater chez ce jeune camarade malingre, ch\u00e9tif, cette logique serr\u00e9e, cet esprit de justice, une grande force de volont\u00e9 et une \u00e9nergie peu commune, il \u00e9tait aim\u00e9 de tous les camarades de son convoi, et il \u00e9tait si doux que de suite les condamn\u00e9s de la case en pierre lui donn\u00e8rent leur sympathie, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 qui l&rsquo;aiderait pour la plus petite chose.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a><\/p>\n<p>Certains types d&rsquo;actions solidaires sont isol\u00e9s.<a name=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a> Par exemple Liard-Courtois, tente pour un transport\u00e9 qu&rsquo;il croit innocent de poser les premi\u00e8res bases de la r\u00e9vision de son proc\u00e8s \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni. Cet homme, originaire du Poitou a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour double assassinat (celui de sa femme et de sa domestique). Illettr\u00e9, il demande \u00e0 Courtois de r\u00e9diger sa correspondance. Ils font mieux connaissance et Courtois est de plus en plus convaincu de son innocence. L&rsquo;homme est hospitalis\u00e9, Courtois lui rend visite chaque mois pour l&rsquo;aider \u00e0 \u00e9crire \u00e0 son p\u00e8re. Il acquiert la certitude de son innocence et \u00e9crit au Procureur de la r\u00e9publique \u00e0 Saint-Laurent qui entame la proc\u00e9dure de r\u00e9vision.<a name=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a><\/p>\n<p>Mais, comme l&rsquo;\u00e9crira plus tard le m\u00e9decin Louis Rousseau, certains types de comportements sont tr\u00e8s mal per\u00e7us par l&rsquo;ensemble des for\u00e7ats.<\/p>\n<p>Ainsi, l&rsquo;attitude \u00ab\u00a0d&rsquo;opposition\u00a0\u00bb adopt\u00e9e des transport\u00e9s anarchistes est tr\u00e8s mal per\u00e7ue par les autres transport\u00e9s qui les surnomment : \u00ab\u00a0Le clan des intellectuels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Tout r\u00e9clamant, qui dans une forme sobre et correcte g\u00eane l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire par la justesse de ses plaintes est trait\u00e9 \u00ab\u00a0d&rsquo;intellectuel\u00a0\u00bb. Celui qui discute bien, qui raisonne juste, se plaint quand il y a motif de se plaindre, bref, qui ne se laisse pas faire, c&rsquo;est un homme chez qui l&rsquo;\u00e9nergie morale domine les app\u00e9tits et qui s&rsquo;accommode mal des m\u0153urs et usages du milieu. Craint, redout\u00e9, voire\u00a0 respect\u00e9, il est pour l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire un adversaire qui compte. [&#8230;]<\/em><\/p>\n<p><em>Dans les questions collectives, les for\u00e7ats sont l\u00e2ches car ils ont la conviction d&rsquo;ailleurs fond\u00e9e, qu&rsquo;il n&rsquo;y pas de justice \u00e0 attendre de la part de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Le for\u00e7at bien qu&rsquo;ayant raison doit toujours avoir tort. Le protestataire est consid\u00e9r\u00e9 comme un na\u00eff ou comme un \u00ab\u00a0cr\u00e2neur\u00a0\u00bb, ou encore comme un homme qui par une originalit\u00e9 maladive attire sur la communaut\u00e9 la col\u00e8re ou la haine du pouvoir. Le for\u00e7at qui par n\u00e9cessit\u00e9 est profond\u00e9ment individualiste, fait preuve par ailleurs de toutes les solidarit\u00e9s. Les punis de cachot,\u00a0 de cellule, les r\u00e9clusionnaires, les hospitalis\u00e9s, obtiennent du tabac et des vivres par les amis ou le clan d&rsquo;appartenance. Il existe des collectes au profit de d\u00e9tenus indigents.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref22\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a><\/p>\n<p>Une autre perspective commune \u00e0 tous les for\u00e7ats est \u00e0 pr\u00e9senter, il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9vasion.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-824\" title=\"evasion\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-300x226.jpg\" alt=\"Evasion\" width=\"157\" height=\"118\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-300x226.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion.jpg 636w\" sizes=\"(max-width: 157px) 100vw, 157px\" \/><\/a><span style=\"text-decoration: underline;\">2\/ S&rsquo;\u00e9vader<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9vasion est pour les longues peines le seul espoir d&rsquo;envisager l&rsquo;avenir :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Tous la tentent sauf les timor\u00e9s, les paresseux, ou les courtes peines.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref23\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a><\/p>\n<p>Dans les dossiers des transport\u00e9s apparaissent notifi\u00e9es toutes les tentatives d&rsquo;\u00e9vasions<a name=\"_ftnref24\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a> assorties des condamnations encourues pour ce d\u00e9lit. Les transport\u00e9s anarchistes s&rsquo;inscrivent dans cette perspective de libert\u00e9 possible. Les \u00e9vasions manqu\u00e9es par Cl\u00e9ment Duval, qui en effectuera 17 avant de r\u00e9ussir, et les projets d&rsquo;autres transport\u00e9s de quitter le bagne scandent tout le r\u00e9cit de ses m\u00e9moires.<\/p>\n<p>Mais un ensemble de questions essentielles se posent alors : Comment partir ? Et avec qui ? A qui doit-on donner sa confiance ? Comment se procurer le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9vasion ? Autant de questions qui obligent les transport\u00e9s \u00e0 \u00e9chafauder des plans parfois pendant plusieurs mois, en attendant le jour propice.<\/p>\n<p>Cette porte ouverte sur l&rsquo;ext\u00e9rieur est parfois un mobile pour feindre un amendement. Le changement de classe ou de cat\u00e9gorie peut seul laisser envisager un transfert sur la \u00ab\u00a0Grande Terre\u00a0\u00bb, o\u00f9, en plus des mises en concession individuelle, ou de l&rsquo;assignation, les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9vasion sont nettement plus envisageables.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Pendant un si\u00e8cle d&rsquo;histoire du bagne les tentatives d&rsquo;\u00e9vasion furent annuellement le fait d&rsquo;environ 6 \u00e0 800 condamn\u00e9s (rel\u00e9gu\u00e9s, transport\u00e9s ou astreints \u00e0 r\u00e9sidence). Facile pour les lib\u00e9r\u00e9s ou les rel\u00e9gu\u00e9s individuels, la \u00ab\u00a0belle\u00a0\u00bb \u00e9tait plus difficile \u00e0 mettre sur pied pour les transport\u00e9s en cours de peine, pour les rel\u00e9gu\u00e9s collectifs et surtout pour les condamn\u00e9s enferm\u00e9s aux \u00eeles du Salut. Ce chiffre important ne doit cependant pas faire illusion puisque l&rsquo;on consid\u00e9rait un condamn\u00e9 comme \u00e9vad\u00e9 lorsqu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9sent dans sa case douze heures apr\u00e8s l&rsquo;appel du soir et la fermeture des camps. Beaucoup, partis sur un coup de t\u00eate vers la for\u00eat, en revenaient le lendemain ou deux jours plus tard, ayant err\u00e9 quelques heures dans la nature hostile.\u00a0\u00bb <\/em><a name=\"_ftnref25\" href=\"#_ftn25\">[25]<\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Intern\u00e9s\u00a0\u00bb sur les \u00eeles pour une dur\u00e9e illimit\u00e9e, les anarchistes doivent trouver des feintes afin d&rsquo;obtenir leur d\u00e9sinternement. L&rsquo;\u00e9nergie qu&rsquo;ils trouvent \u00e0 lutter contre la maladie ou les mauvais traitements repose sur cet espoir.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;est presque pas de for\u00e7at qui ne r\u00eave d&rsquo;\u00e9vasion, aurait-il \u00e9chou\u00e9 cinq, six, dix fois, celui qui veut s&rsquo;enfuir ne se rebute et renouvellera sa tentative jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il meure ou r\u00e9ussisse. Cet espoir le soutient, lui donne de l&rsquo;endurance et le porte \u00e0 une apparente soumission. Quand \u00e0 l&rsquo;appel on communique au camp la liste des for\u00e7ats qui doivent faire partie d&rsquo;un convoi, [&#8230;] l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 est g\u00e9n\u00e9rale, tous les coeurs battent d&rsquo;\u00e9motion, toutes oreilles sont attentives, chacun s&rsquo;attend \u00e0 \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 pour le d\u00e9part du lendemain. Et il faut voir l&rsquo;all\u00e9gresse de ceux qui sont appel\u00e9s \u00e0 jouir de cette mesure ; tandis que les autres, qu&rsquo;abat la d\u00e9ception, demeurent mornes et revers.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref26\" href=\"#_ftn26\">[26]<\/a><\/p>\n<p>Les transport\u00e9s anarchistes n&rsquo;attendent pas v\u00e9ritablement ce changement sachant qu&rsquo;ils purgeront toute leur peine sur les \u00eeles. Certains tenteront n\u00e9anmoins de s&rsquo;\u00e9vader en compagnie d&rsquo;autres for\u00e7ats (non anarchistes), afin d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la fatalit\u00e9 de la condamnation \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, ou de la longue peine, ou en d&rsquo;autres mots \u00e0 une mort lente et certaine. Ils seront ainsi parfois des compagnons d&rsquo;infortune pour quelques heures ou quelques jours avant d&rsquo;\u00eatre repris.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi apr\u00e8s plusieurs \u00e9vasions non r\u00e9ussies, certains tenteront d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la concession individuelle. Ceux qui y parviennent au prix d&rsquo;un amendement qui doit \u00eatre reconnu comme tel par l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, organisent leur fuite vers le Venezuela.<\/p>\n<p>La concession individuelle ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans d&rsquo;autres but par les transport\u00e9s qui l&rsquo;ont obtenue, comme Duval par exemple. Pour y acc\u00e9der il fallait \u00eatre 1\u00e8re classe et avoir un p\u00e9cule suffisant. Le titulaire devait verser une rente annuelle et perp\u00e9tuelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat. L&rsquo;administration avan\u00e7ait au concessionnaire une case, des outils et une ration de vivres pour six mois seulement. La famille pouvait rejoindre le concessionnaire.<a name=\"_ftnref27\" href=\"#_ftn27\">[27]<\/a><\/p>\n<p>Les tentatives d&rsquo;\u00e9vasions sont suivies de condamnations qui oscillent entre un allongement de la peine de travaux forc\u00e9s de deux, trois ou cinq ans et une peine de r\u00e9clusion en cellule de 30 \u00e0 60 jours. Il serait trop long de d\u00e9crire toutes les tentatives d&rsquo;\u00e9vasion de notre \u00e9chantillon, tout comme les stratag\u00e8mes mis au point pour parvenir \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper du bagne et les anecdotes qui s&rsquo;y rattachent.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-216\" title=\"Jacob, Bernard Thomas, Tchou 1970\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou-197x300.jpg\" alt=\"Jacob, tchou 1970\" width=\"97\" height=\"148\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou-197x300.jpg 197w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou.jpg 402w\" sizes=\"(max-width: 97px) 100vw, 97px\" \/><\/a>Citons l&rsquo;une des 19 \u00e9vasions que Marius Jacob tentera, cette fois-ci seul :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0D\u00e9\u00e7u une quinzi\u00e8me fois, Alexandre ne croit plus aux possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9vasion collectives. [&#8230;] Avec une audace de d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, il joue \u00e0 pr\u00e9sent sa derni\u00e8re carte. <\/em><\/p>\n<p><em>Une nuit d&rsquo;octobre 1917, apr\u00e8s avoir sci\u00e9 les barreaux de sa cellule, il se jette \u00e0 l&rsquo;eau. Faute de \u00ab\u00a0Mae West\u00a0\u00bb, il s&rsquo;est fix\u00e9 des flotteurs aux chevilles, \u00e0 la ceinture et aux \u00e9paules. Il s&rsquo;est \u00e9galement muni d&rsquo;une pagaie. Pas de revolver, pas d&rsquo;eau potable, peu d&rsquo;argent dans son plan. Son but : faire en godillant le tour de l&rsquo;\u00eele , prendre pied dans une zone sauvage, construire un radeau et, de l\u00e0, partir. Les requins ? Tout vaut mieux que la vie quotidienne au bagne. Il n&rsquo;en rencontre du reste aucun, mais d\u00e9couvre en revanche un courant plus fort qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait soup\u00e7onn\u00e9. La mer est glac\u00e9e. La houle lui frappe le visage. Des remous l&#8217;emportent. Il s&rsquo;\u00e9vanouit.<\/em><\/p>\n<p><em>Lorsqu&rsquo;il se r\u00e9veille, c&rsquo;est pour s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 dross\u00e9 sur la c\u00f4te, \u00e0 quelques m\u00e8tres du point de d\u00e9part. L&rsquo;aube point. Il n&rsquo;a aucune chance de regagner son g\u00eete sans \u00eatre pris. Alors, il se d\u00e9barrasse de ses appareils, sort son plan, et avale une dose massive de chlorhydrate de morphine : ce fameux poison que Marie<\/em><a name=\"_ftnref28\" href=\"#_ftn28\">[28]<\/a><em> s&rsquo;est procur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Saint-Louis, et dont il a lu dans un livre scientifique qu&rsquo;il provoquait une mort apparente. Avant de tomber en catalepsie, il va s&rsquo;effondrer un peu plus loin sur les rochers.<\/em><\/p>\n<p><em>On le d\u00e9couvre. On l&#8217;emporte \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, puis \u00e0 la morgue, cela il l&rsquo;a pr\u00e9vu en cas d&rsquo;\u00e9chec de la tentative effectu\u00e9e avec les flotteurs. Il pense profiter de la nuit suivante pour scier un barreau, r\u00e9cup\u00e9rer voile, machette, et cordes cach\u00e9es sous un rocher et construire un radeau.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref29\" href=\"#_ftn29\">[29]<\/a><\/p>\n<p>Autre exemple, Bour F\u00e9lix, matricule 34198, a tent\u00e9, si l&rsquo;on se fie \u00e0 son dossier, trois fois de s&rsquo;\u00e9vader : 1906 : 2 ans de double cha\u00eene \u00e0 Charvein ; 1907 : 15 jours de cachot et 2 ans de r\u00e9clusion cellulaire ; 1913 : 2 ans de r\u00e9clusion cellulaire.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 en 1905 en Guyane, il se donne la mort en 1914 dans sa cellule, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu plus de cinq ans dans des conditions de d\u00e9tention extr\u00eames. <a name=\"_ftnref30\" href=\"#_ftn30\">[30]<\/a><\/p>\n<p>Il est impossible de s&rsquo;\u00e9vader sans une certaine somme d&rsquo;argent qui permettra d&rsquo;acheter des vivres ou payer un passeur pour la Guyane Hollandaise et\/ou britannique et le Venezuela. C&rsquo;est pourquoi beaucoup tentent de se faire envoyer de l&rsquo;argent par leur famille ou par leurs compagnons afin de mener \u00e0 bien leurs projets. Les lettres cod\u00e9es et\/ou pass\u00e9es en fraude en sont souvent l&rsquo;objet.<a name=\"_ftnref31\" href=\"#_ftn31\">[31]<\/a><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il faut profiter qu&rsquo;il y a ici actuellement un brave et d\u00e9vou\u00e9 compagnon pour recevoir mes correspondances ; et lui envoyer \u00e0 son nom une somme de quatre cent francs ; avec \u00e7a, si je vais dans autre p\u00e9nitencier, je puis trouver une tapouille (petite barque \u00e0 rames) qui me d\u00e9posera en lieu s\u00fbr. M\u00eame ici aux \u00eeles, par un autre moyen je pourrais retrouver la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref32\" href=\"#_ftn32\">[32]<\/a><\/p>\n<p>Le plus fr\u00e9quemment les for\u00e7ats qui tentent de s&rsquo;\u00e9vader sont surpris ou d\u00e9nonc\u00e9s par d&rsquo;autres aux surveillants. Cette d\u00e9nonciation permet \u00e0 son auteur de s&rsquo;attirer la sympathie ou la confiance des gardiens qui peuvent ainsi compter sur un espionnage plus rapproch\u00e9. Les d\u00e9nonciateurs sont consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0tra\u00eetres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Leur semi-libert\u00e9 pourrait leur permettre mieux que quiconque de tenter une \u00e9vasion et la mener \u00e0 bien. [&#8230;] Mais comme tous les tra\u00eetres, ils sont effroyablement l\u00e2ches. Afin d&rsquo;am\u00e9liorer leur propre sort, ils n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 sacrifier l&rsquo;existence de leurs camarades, mais ils tremblent \u00e0 la seule pens\u00e9e que la leur peut \u00eatre compromise. Aussi, la perspective des dangers que comporte une fuite et la crainte de la mort les retient : leur bassesse les attache au rivage.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref33\" href=\"#_ftn33\">[33]<\/a><\/p>\n<p>De plus les tentatives de fuite sont pour les surveillants et autres chasseurs de t\u00eate (tels que les indiens Galibi ou Roucouy\u00e8ne ou bien les noirs Bosh) l&rsquo;occasion de gagner de l&rsquo;argent en partant \u00e0 la recherche des condamn\u00e9s \u00e9vad\u00e9s. Les primes s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 10 F par t\u00eate pour une capture \u00e0 terre, 25 F en rivi\u00e8re, et 50 F en mer. Il existe m\u00eame des accords entre la Guyane hollandaise et la Guyane fran\u00e7aise pour le rapatriement syst\u00e9matique des \u00e9vad\u00e9s.<a name=\"_ftnref34\" href=\"#_ftn34\">[34]<\/a><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0D\u00e8s qu&rsquo;ils tiennent un fugitif, leur premier soin est de le d\u00e9pouiller de tout ce qu&rsquo;il poss\u00e8de, v\u00eatements, vivres et outils, car le for\u00e7at qui s&rsquo;\u00e9vade se munit toujours d&rsquo;une hache ou d&rsquo;un sabre d&rsquo;abattis d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 l&rsquo;administration, pr\u00e9caution indispensable pour se frayer un chemin dans la brousse. Puis, ils embarquent le prisonnier sur une pirogue, lui font traverser le Maroni et le remettent aux mains de l&rsquo;administration, qui accorde pour chaque capture de ce genre une prime de 10 F.\u00a0\u00bb<\/em><a name=\"_ftnref35\" href=\"#_ftn35\">[35]<\/a><\/p>\n<p>Nous venons de pr\u00e9senter les perspectives communes des transport\u00e9s anarchistes et des autres for\u00e7ats. Nous allons d\u00e9gager maintenant les adaptations secondaires qui sont rejet\u00e9es par les anarchistes et pr\u00e9senter les recours qu&rsquo;ils trouvent pour pallier \u00e0 cette promiscuit\u00e9 non ma\u00eetris\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e comme une forme de \u00ab\u00a0contamination physique et morale\u00a0\u00bb par E. Goffman<a name=\"_ftnref36\" href=\"#_ftn36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>Nous verrons dans le deuxi\u00e8me chapitre comment s&rsquo;articule cette coh\u00e9sion autour de l&rsquo;id\u00e9ologie qui les a conduits au bagne.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>Voir Prol\u00e9gom\u00e8nes, chapitre 3.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>Op.cit\u00e9, Louis Rousseau, page 45.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>Op.cit\u00e9, Liard-Courtois, pages 157\/158.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a>Op.cit\u00e9, Louis Rousseau, page 214.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>Les transport\u00e9s anarchistes ne sont pas toujours regroup\u00e9s. Le contact qui s&rsquo;\u00e9tablit avec les autres for\u00e7ats est tributaire d&rsquo;une confiance qui repose sur un certain nombre de principes \u00ab\u00a0moraux\u00a0\u00bb qui seront expos\u00e9s dans la deuxi\u00e8me partie de ce chapitre.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>Op.cit\u00e9, Liard-Courtois, page 174.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>Op.cit\u00e9, Louis Rousseau, pages 76 et suiv.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Op.cit\u00e9, Liard-Courtois, pages 330\/331.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>Op.cit\u00e9, Cl\u00e9ment Duval\/Marianne Enckell, page 207.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a>Op.cit\u00e9, Louis Rousseau, page 264.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a>Bernard Thomas, <em>Jacob<\/em>, Paris, 1970, page 283.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a>In ibid page 287.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a>Nous n&rsquo;en pr\u00e9sentons que des extraits car elle comprend 11 pages. Nous ne pouvons malheureusement pas la faire appara\u00eetre en annexe car nous n&rsquo;avons pu la photocopier. Elle est consign\u00e9e au dossier H 1481, des Archives nationales des colonies.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a>Ainsi s&rsquo;exprime P\u00e9lissard dans une lettre destin\u00e9e \u00e0 Jean Grave, annon\u00e7ant la mort de Th\u00e9odule Meunier. Pass\u00e9e en fraude, elle a \u00e9t\u00e9 saisie par l&rsquo;administration : A.N. des colonies dossier (H 4091). Une autre, identique dans le fond et dans la forme, parviendra \u00e0 son destinataire, elle est conserv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;I.F.H.S. Fonds Jean Grave [14 AS 184 (a)].<\/p>\n<p><a name=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a>Op.cit\u00e9, Liard-Courtois, page 330.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn17\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a>Ibid page 373.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn18\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a>Op.cit\u00e9, Cl\u00e9ment Duval\/Marianne Enckell, page 126.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn19\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a>Ibid page 206.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn20\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a>Si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re aux sources auxquelles nous avons pu avoir acc\u00e8s.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn21\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a>Op.cit\u00e9, Liard-Courtois, pages 258\/260.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn22\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a>Op.cit\u00e9 , Louis Rousseau, pages 265\/267.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn23\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a>Ibid page 180. Un cas de courte peine \u00e0 citer est par exemple celui de Liard-Courtois condamn\u00e9 \u00e0 5 ans de travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn24\" href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a>1\/6 des \u00e9vasions r\u00e9ussissent sur la \u00ab\u00a0Grande Terre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Op.cit\u00e9, Michel Pierre, <em>La Terre de la Grande punition<\/em>, page 196.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn25\" href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a>Idem<\/p>\n<p><a name=\"_ftn26\" href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a>Op.cit\u00e9, Liard-Courtois page 220.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn27\" href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a>Op.cit\u00e9, Michel Dev\u00e8ze, pages 172\/173.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn28\" href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a>Marie est sa m\u00e8re. Il lui avait fait parvenir une lettre cod\u00e9e en 1910 mentionnant l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 de l&#8217;emploi du\u00a0 poison, voir lettre saisie <span style=\"text-decoration: underline;\">Annexe n\u00b04<\/span>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn29\" href=\"#_ftnref29\">[29]<\/a>L&rsquo;histoire de cette \u00e9vasion ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0. D\u00e9couvert, on proc\u00e8de \u00e0 un lavement et le poison est d\u00e9cel\u00e9. Il plaidera le suicide, et sera condamn\u00e9 \u00e0 deux ans d&rsquo;encellulement. Mais, fort d&rsquo;exploiter ce mobile il se pourvoit en Cassation o\u00f9 en mars 1919, il est d\u00e9finitivement acquitt\u00e9 par le T.M.S.<\/p>\n<p>In op cit\u00e9 Bernard Thomas, <em>Jacob<\/em>, pages 327 et suiv.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn30\" href=\"#_ftnref30\">[30]<\/a>Voir son dossier A.N. colonies : H 4086, qui mentionne d&rsquo;autres peines de cellule pour diverses punitions.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn31\" href=\"#_ftnref31\">[31]<\/a>Voir la lettre de Marius Jacob \u00e0 sa m\u00e8re pr\u00e9sent\u00e9e en <span style=\"text-decoration: underline;\">Annexe n\u00b04<\/span>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn32\" href=\"#_ftnref32\">[32]<\/a>Op.cit\u00e9, Cl\u00e9ment Duval\/Marianne Enckell, page 85.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn33\" href=\"#_ftnref33\">[33]<\/a>Op.cit\u00e9, Liard-Courtois, page 163.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn34\" href=\"#_ftnref34\">[34]<\/a>Op.cit\u00e9, Louis Rousseau, pages 182\/183.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn35\" href=\"#_ftnref35\">[35]<\/a>Op.cit\u00e9, Liard-Courtois, page 234.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn36\" href=\"#_ftnref36\">[36]<\/a>Voir Prol\u00e9gom\u00e8nes chapitre 3.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>O\u00f9 il est d\u00e9velopp\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que, de la d\u00e9brouille \u00e0 la punition en passant par la plainte, la morale anarchiste influe fortement la vie du fagot libertaire. Solidarit\u00e9 dans la survie o\u00f9 l&rsquo;on retrouve aussi l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob. 10e \u00e9pisode. Deuxi\u00e8me partie : Cod\u00e9tenus : le cas des droits communs Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6],"tags":[2070,95,50,32,53,258,834,365,282,2787,287,2558,2743,2803,479,478,69,25,1104,1865,446,79,606,2793,1731,2805,2794,54,44,364,202,2804,257,169,552],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2224"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2224"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2224\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}