{"id":2202,"date":"2011-06-13T01:10:37","date_gmt":"2011-06-12T23:10:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2202"},"modified":"2010-12-31T16:12:32","modified_gmt":"2010-12-31T14:12:32","slug":"des-methodes-scientifiques-suite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/06\/des-methodes-scientifiques-suite\/","title":{"rendered":"Des m\u00e9thodes scientifiques (suite)"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE                                                         MicrosoftInternetExplorer4 <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/outils.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-230\" title=\"Outils de cambrioleurs\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/outils-212x300.jpg\" alt=\"Outils de cambrioleurs\" width=\"102\" height=\"146\" \/><\/a>Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<p align=\"left\"><strong>L&rsquo;homme qui servit de mod\u00e8le \u00e0 Ars\u00e8ne Lupin\u00a0: l&rsquo;indomptable Marius Jacob<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">In<strong> <em>L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de la r\u00e9volte<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong><em>Le roman vrai d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;anarchie 1862 &#8211; 1962<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">Deno\u00ebl, 1963<!--more--><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"text-decoration: underline;\">p. 137-164\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE                                                         MicrosoftInternetExplorer4 <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Les m\u00e9thodes scientifiques des \u00ab\u00a0Travailleurs de la Nuit\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; L&rsquo;affaire est au point, dit-il. Elle va porter un rude coup aux pr\u00e9jug\u00e9s religieux. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 guid\u00e9 par la chance et par l&rsquo;alcade. Libre penseur, il nous facilitera la t\u00e2che. Voici le plan. La statue de saint Jacques, qui se trouve pr\u00e8s de l&rsquo;autel, est en or pur. Elle p\u00e8se quatre cents kilos. Je p\u00e9n\u00e9trerai de nuit dans l&rsquo;\u00e9glise, avec Antoine et Th\u00e9o. Nous briserons la statue en plusieurs morceaux qui seront aussit\u00f4t transport\u00e9s, par la montagne, jusqu&rsquo;\u00e0 Bilbao. C&rsquo;est l\u00e0 que tu entres en sc\u00e8ne, Anselme. Tu t&#8217;empares du sloop que nous avons vu tout \u00e0 l&rsquo;heure dans le port, et tu gagneras Bilbao. Il ne restera plus qu&rsquo;\u00e0 embarquer les morceaux du saint. D&rsquo;accord ?<\/p>\n<p>Les compagnons acquiescent.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Je pars donc demain pour Saint-Jacques. Le temps de r\u00e9gler les derniers d\u00e9tails, et Antoine et Th\u00e9o pourront arriver.<\/p>\n<p align=\"left\">A Saint-Jacques-de-Compostelle, Jacob retrouve l&rsquo;alcade un peu moins enthousiaste, mais il a vite fait de r\u00e9chauffer une ardeur qui faiblit. L&rsquo;homme est veuf. Il a deux grandes filles qui paraissent \u00e0 Marius de br\u00fblantes anarchistes, attendant avec impatience la Saint-Barth\u00e9lemy de tous les oppresseurs.<\/p>\n<p align=\"left\">Mais, \u00e0 la veill\u00e9e, quand il entreprend d&rsquo;exposer son plan, les jeunes personnes fr\u00e9missent d&rsquo;horreur :<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; D\u00e9valiser l&rsquo;\u00e9glise ! Casser en morceaux la statue du saint\u00a0! s&rsquo;\u00e9crie l&rsquo;a\u00een\u00e9e. Et voil\u00e0 l&rsquo;homme que tu re\u00e7ois chez nous ! reproche-t-elle \u00e0 son p\u00e8re. Il faut \u00eatre un pa\u00efen de Fran\u00e7ais pour projeter une chose aussi abominable. Va-t-en d&rsquo;ici tout de suite, rentre dans ton pays d&rsquo;ath\u00e9es, de sacripants, sinon je te d\u00e9nonce.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob n&rsquo;a plus qu&rsquo;\u00e0 plier bagage en maudissant le mysticisme espagnol. Rentr\u00e9 en France, il se jure de prendre une revanche et cambriole aussit\u00f4t l&rsquo;\u00e9glise de Puget-Ville, puis la chapelle de Sainte-Christine pr\u00e8s de Cuers, enfin l&rsquo;\u00e9glise d&rsquo;Allauch, dans laquelle il p\u00e9n\u00e8tre par la toiture et en s&rsquo;accrochant au lustre. Mais le r\u00e9sultat de ce tripl\u00e9 ne l&rsquo;enrichit gu\u00e8re : il ne lui reste bient\u00f4t que vingt-huit sous pour toute fortune.<\/p>\n<p align=\"left\">D\u00e9laissant alors les sanctuaires, il d\u00e9valise l&rsquo;h\u00f4tel de la comtesse de Cassagne \u00e0 B\u00e9ziers, et, \u00e0 peu pr\u00e8s renflou\u00e9, s&rsquo;en va rejoindre \u00e0 Toulon un nomm\u00e9 Manille, anarchiste de ses amis.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Attaquons-nous \u00e0 la bijouterie Lecomte, place d&rsquo;Armes, propose Manille. Le patron part le samedi soir pour Bandol, et ne revient que le lundi matin. Pour entrer chez lui, il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 passer par une salle de caf\u00e9 ferm\u00e9e depuis plusieurs mois.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob \u00e9tudie l&rsquo;affaire, tire des plans et, un samedi soir, apr\u00e8s le d\u00e9part du bijoutier, les deux anarchistes s&rsquo;attellent \u00e0 la besogne. P\u00e9n\u00e9trer dans le caf\u00e9 d\u00e9sert n&rsquo;est qu&rsquo;un jeu d&rsquo;enfant, mais il faut ensuite percer sans trop de bruit plusieurs murs \u00e9pais. Les deux cambrioleurs suent sang et eau. Le lundi au petit jour, un trou est fait dans la derni\u00e8re muraille. Jacob passe le bras, t\u00e2tonne, sa main rencontre des bouteilles. Assez stup\u00e9faits, les deux complices \u00e9lar\u00adgissent leur trou et s&rsquo;aper\u00e7oivent&#8230; qu&rsquo;ils se trouvent dans la cave du Procureur de la R\u00e9publique. Une bizarrerie d&rsquo;architecture avait boulevers\u00e9 tous les plans de Jacob ! Il ne leur restait qu&rsquo;\u00e0 vider philosophiquement quelques bouteilles avant de d\u00e9guerpir.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob a plus de chance quand il retourne \u00e0 B\u00e9ziers pour s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel des Couronnes.<\/p>\n<p align=\"left\">P\u00e9n\u00e9trant par la cave, lui et ses complices atteignent le rez-de-chauss\u00e9e o\u00f9 un pactole les attend : dans le coffre ils trouvent 22 000 F en esp\u00e8ces et 200 000 F de rentes. Et sur le coffre, n\u00e9gligemment pos\u00e9, un sac de dame, celui de Mme Galabrun, la propri\u00e9taire, qui contient de magnifiques bijoux.<\/p>\n<p align=\"left\">Bien argent\u00e9, Marius Jacob file sur Monte-Carlo et s&rsquo;abouche avec un Sicilien.<\/p>\n<p align=\"left\">Au Casino, ce soir-l\u00e0, autour de la roulette, les joueurs sont nombreux, le r\u00e2teau du croupier ne ch\u00f4me pas. Soudain, un jeune homme en habit, le teint mat, les yeux de feu, pousse un soupir, fait quelques pas en chancelant, et s&rsquo;abat sur le sol, en proie \u00e0 une terrible crise d&rsquo;\u00e9pilepsie. Tout le monde, surpris, se pr\u00e9cipite ; la table de jeu est un instant d\u00e9sert\u00e9e. Un des joueurs n&rsquo;a pas boug\u00e9 ; prestement, il rafle quelques grosses mises et s&rsquo;esquive tranquillement, tandis qu&rsquo;on transporte le malade \u00e0 la clinique.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob et le Sicilien ont parfaitement r\u00e9ussi leur coup, le premier en simulant l&rsquo;\u00e9pilepsie, le second en profitant de la surprise pour d\u00e9pouiller les joueurs. Mais quand il sort de la clinique, Marius constate que son complice s&rsquo;est enfui avec l&rsquo;argent. D\u00e9vor\u00e9 d&rsquo;une rage froide, il jure de se venger du Sicilien, retrouve sa piste en Italie, et va le ch\u00e2tier, mais une autre de ses dupes l&rsquo;a devanc\u00e9 : on a ramass\u00e9 le Sicilien poignard\u00e9 dans la rue.<\/p>\n<p align=\"left\">A son retour en France, Jacob, d\u00e9nonc\u00e9 par un indicateur, est arr\u00eat\u00e9. Sa premi\u00e8re affaire, l&rsquo;escroquerie du commissionnaire au Mont-de-Pi\u00e9t\u00e9, lui a valu cinq ans de prison par contumace. Il se pourvoit en appel pour gagner du temps, mais il sait bien que le jugement sera confirm\u00e9. Il faut trouver quelque chose.<\/p>\n<p align=\"left\">Bient\u00f4t, toute la prison ne parle que de la folie du jeune anarchiste, qui affirme \u00eatre pers\u00e9cut\u00e9 par les J\u00e9suites. Le m\u00e9decin appel\u00e9 soup\u00e7onne bien la simulation, mais le gar\u00e7on joue son r\u00f4le avec tant de conviction qu&rsquo;on l&rsquo;envoie en observation \u00e0 l&rsquo;asile d&rsquo;Aix, dont un des gardiens, Roy\u00e8re, est anarchiste.<\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/asile-mont-perrin.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-790\" title=\"Asile Mont Perrin, Aix en Provence\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/asile-mont-perrin-300x191.jpg\" alt=\"Asile Mont Perrin, Aix en Provence\" width=\"154\" height=\"98\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/asile-mont-perrin-300x191.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/asile-mont-perrin.jpg 858w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Le directeur de l&rsquo;asile n&rsquo;est gu\u00e8re convaincu de sa maladie. Jacob est surveill\u00e9 de pr\u00e8s.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Si tu veux que nos plans d&rsquo;\u00e9vasion r\u00e9ussissent, il faut que tu joues le grand jeu, dit Roy\u00e8re. Un seul endroit est propice, c&rsquo;est la section des agit\u00e9s, o\u00f9 tu b\u00e9n\u00e9ficieras d&rsquo;un certain isolement. Mais le transfert sera difficile \u00e0 obtenir du directeur.<\/p>\n<p align=\"left\">D\u00e8s le lendemain, Jacob est pris d&rsquo;une crise de folie furieuse. Il \u00e9cume, tr\u00e9pigne, se pr\u00e9cipite sur Roy\u00e8re, le jette \u00e0 terre avec violence et commence \u00e0 lui serrer le cou. Il faut quatre hommes pour venir \u00e0 bout du forcen\u00e9. On l&rsquo;isole imm\u00e9diatement dans une cellule capitonn\u00e9e, qui ne comporte pas de fen\u00eatres, mais seulement une esp\u00e8ce de hublot au plafond.<\/p>\n<p align=\"left\">Quelques jours plus tard, en pleine nuit, deux complices franchissent le mur de l&rsquo;asile, montent sur le toit par une \u00e9chelle, cassent la vitre du hublot. Le bruit alerte un gardien qui braque une lampe \u00e9lectrique par le guichet. Alors, Jacob s&rsquo;\u00e9crie :<\/p>\n<p>&#8211; Envoyez vite le revolver. Merci. Je le tiens.<\/p>\n<p align=\"left\">Terrifi\u00e9, le surveillant se sauve pour chercher de l&rsquo;aide. Marius grimpe par une corde \u00e0 n\u0153uds qu&rsquo;on lui jette, se d\u00e9chire les \u00e9paules et le ventre aux \u00e9clats de vitre, rejoint une voiture qui d\u00e9marre aussit\u00f4t.<\/p>\n<p align=\"left\">L&rsquo;\u00e9vad\u00e9 va se r\u00e9fugier \u00e0 S\u00e8te, chez l&rsquo;anarchiste Sorel, qui a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ami intime de Caserio. Jacob a maintenant vingt ans et une solide exp\u00e9rience.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; J&rsquo;ai jet\u00e9 ma gourme, explique-t-il \u00e0 Sorel. Maintenant je vais m&rsquo;organiser. Il me faut des hommes s\u00fbrs, de vrais anarchistes, agissant avant tout par id\u00e9ologie. De tous ceux qui ont travaill\u00e9 jusqu&rsquo;ici avec moi, je ne veux garder que Roy\u00e8re. Lui, c&rsquo;est un pur, il est pr\u00eat \u00e0 abandonner son poste de surveillant pour me rejoindre.<\/p>\n<p align=\"left\">Bient\u00f4t, Jacob a constitu\u00e9 la premi\u00e8re brigade de la bande qu&rsquo;on baptisera un jour les \u00ab Travailleurs de la nuit \u00bb. Chez Sorel, il expose son plan \u00e0 ses hommes :<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; D&rsquo;abord, je ne veux pas de jouisseurs ni d&rsquo;ivrognes. Nous sommes avant tout les ouvriers de la R\u00e9volution ; un pourcentage sera pr\u00e9lev\u00e9 sur chaque affaire, pour \u00eatre vers\u00e9 aux organisations ou pour aider des camarades dans le besoin.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab Ensuite, j&rsquo;exige du travail bien fait, et m\u00e9thodique. Il faut faire du cambriolage une science. .J&rsquo;ai lou\u00e9 \u00e0 Montpellier un commerce de quincaillerie, ainsi j&rsquo;aurai les tarifs de gros des fabriques de coffres-forts. Nous pourrons acqu\u00e9rir \u00e0 bas prix tous les mod\u00e8les, en \u00e9tudier minutieusement les m\u00e9canismes. Aucun d&rsquo;eux ne doit pouvoir nous r\u00e9sister.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab Nous aurons, comme toute entreprise qui se respecte, un si\u00e8ge social que je fixe \u00e0 Paris. L\u00e0, je vais ouvrir une fonderie sous un pr\u00eate-nom, car j&rsquo;en ai assez du parasitisme des receleurs qui nous grugent. La discipline fait, dit-on, la force des arm\u00e9es, et nous sommes l&rsquo;avant-garde d&rsquo;une arm\u00e9e, celle des exploit\u00e9s. Je ne suis pas un autoritaire, je tiendrai compte de l&rsquo;avis de chacun. Mais une fois l&rsquo;ordre donn\u00e9, il faudra ob\u00e9ir. \u00cates-vous d&rsquo;accord ? Chacun est encore libre de refuser&#8230;<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob se tait ; son regard fascinant fait le tour de la petite assistance. Sur ces visages tendus, dans tous ces yeux, il lit une confiance absolue.<\/p>\n<p align=\"left\">La semaine suivante, \u00e0 Paris, o\u00f9 la brigade vient de se grouper, Marius Jacob donne ses directives.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Nous allons commencer par M. Hulot, juge de paix au Mans. \u00c9coutez bien mon plan, car nous proc\u00e9derons toujours ainsi : la m\u00e9thode est \u00e0 peu pr\u00e8s au point<\/p>\n<p align=\"left\">Muni d&rsquo;instructions pr\u00e9cises, l&rsquo;\u00e9missaire de Jacob est arriv\u00e9 au Mans. Il a fait le tour de la ville, examinant les riches propri\u00e9t\u00e9s, d&rsquo;apr\u00e8s une liste remise par le chef.<\/p>\n<p>Chaque fois que l&rsquo;une d&rsquo;elles paraissait vide de ses h\u00f4tes, il s&rsquo;est appuy\u00e9 n\u00e9gligemment \u00e0 la porte et a pos\u00e9 \u00ab les scell\u00e9s \u00bb. Dans le vocabulaire des \u00ab Travailleurs de la nuit \u00bb, cela consiste \u00e0 coincer une mince bande de papier pli\u00e9e qui glissera si quelqu&rsquo;un ouvre la porte. Le soir, on v\u00e9rifie les scell\u00e9s : s&rsquo;ils ont tenu, c&rsquo;est que la voie est libre. Celle de M. Hulot, ce soir-l\u00e0, sera du nombre.<\/p>\n<p align=\"left\">L&rsquo;homme envoie alors un t\u00e9l\u00e9gramme \u00e0 Jacob ; selon un code convenu, il lui indique l&rsquo;outillage \u00e0 emporter. A la tomb\u00e9e de la nuit, Jacob arrive par le train avec un autre complice ; la petite bande d\u00eene tranquillement en attendant que la ville soit d\u00e9serte. L&rsquo;op\u00e9ration est examin\u00e9e dans tous ses d\u00e9tails.<\/p>\n<p>&#8211; Qui fera le guet ? demande Roy\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Encore une mauvaise habitude \u00e0 perdre, r\u00e9pond Jacob. Le guetteur est utile, mais il attire l&rsquo;attention. Je vais vous montrer un compagnon d&rsquo;un nouveau genre qui nous servira beaucoup.<\/p>\n<p align=\"left\">D&rsquo;un colis, il tire une bo\u00eete perc\u00e9e de trous, l&rsquo;ouvre brusquement ; les autres ont un mouvement de surprise : il y a un crapaud dedans.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Je l&rsquo;ai apport\u00e9 de Paris, mais une autre fois, il faudra se le procurer sur place ; on en trouve pour quelques sous chez n&rsquo;importe quel marchand d&rsquo;oiseaux&#8230; Vous ne comprenez pas \u00e0 quoi il va servir ? Avant d&rsquo;entrer on l&rsquo;introduira dans la conduite d&rsquo;eau qui d\u00e9bouche sur le caniveau de la rue. Quand il cessera de lancer sa petite note, il faudra suspendre le travail et garder le silence : c&rsquo;est que quelqu&rsquo;un approchera&#8230; Allons, maintenant, en route !<\/p>\n<p align=\"left\">Quelques jours plus tard, quand M. Hulot rentra chez lui pour constater qu&rsquo;on l&rsquo;avait cambriol\u00e9 de fond en comble, il trouva une petite note explicative : \u00ab Nous faisons la guerre aux juges de paix. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-quincampoix4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-55\" title=\"rue quincampoix\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-quincampoix4-154x300.jpg\" alt=\"\" width=\"79\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-quincampoix4-154x300.jpg 154w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-quincampoix4.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 79px) 100vw, 79px\" \/><\/a><strong>Le pr\u00e9curseur du \u00ab\u00a0Rififi\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Au proc\u00e8s d&rsquo;Amiens, on d\u00e9nombra cent cinquante-six affaires au compte de Jacob et de ses \u00ab Travailleurs de la nuit \u00bb, entre 1900 et 1903.<\/p>\n<p align=\"left\">Mais de son propre aveu, c&rsquo;est plus de trois cents \u00e9glises, ch\u00e2teaux ou h\u00f4tels particuliers qu&rsquo;il a cambriol\u00e9s \u00e0 travers la France enti\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"left\">S&rsquo;il avait la phobie de la noblesse, du clerg\u00e9 et de la magistrature, il s&rsquo;interdisait en revanche de visiter les m\u00e9decins, professeurs, \u00e9crivains, qu&rsquo;il estimait utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 Rochefort, comme il s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 cambrioler la propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;enseigne de marine Viaud, il s&rsquo;aper\u00e7ut que ce dernier n&rsquo;\u00e9tait autre que le romancier Pierre Loti, et aussit\u00f4t il fit retraite.<\/p>\n<p align=\"left\">Le m\u00e9tier, d&rsquo;ailleurs, l&rsquo;ennuie bien souvent. Les \u00e9motions fortes y sont beaucoup moins fr\u00e9quentes qu&rsquo;il ne l&rsquo;esp\u00e9rait.<\/p>\n<p align=\"left\">Il a pourtant gard\u00e9 un souvenir tr\u00e8s vif de l&rsquo;affaire de la rue Quincampoix qui semble avoir servi de mod\u00e8le, trait pour trait, \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre s\u00e9quence du Rififi de Dassin. Elle resta d&rsquo;ailleurs fameuse, dans les milieux de la police, par son audace et sa technique parfaite.<\/p>\n<p align=\"left\">Rue Quincampoix, une fabrique de bijoux occupe un second \u00e9tage. Jacob loue un appartement vacant au troisi\u00e8me. Il s&rsquo;est renseign\u00e9 sur les habitudes du fabricant. Celui-ci, chaque semaine, passe le dimanche en banlieue.<\/p>\n<p>Un dimanche matin, tout est pr\u00eat.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Tu vas suivre la famille pour voir s&rsquo;ils prennent bien le train \u00e0 la gare Saint-Lazare, dit Jacob \u00e0 un complice. Pendant ce temps, nous amorcerons le travail.<\/p>\n<p align=\"left\">Quand l&rsquo;homme revient, ayant embarqu\u00e9 &#8211; ou presque &#8211; ses bijoutiers, Jacob perce d&rsquo;abord un trou dans le plancher. Il y fait passer un parapluie qu&rsquo;il ouvre, et peut ainsi agrandir l&rsquo;ouverture sans que la chute des mat\u00e9riaux attire l&rsquo;attention des voisins. Chacun s&rsquo;est chauss\u00e9 de pantoufles et c&rsquo;est dans le plus grand silence que la besogne s&rsquo;accomplit.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Le trou est maintenant assez large pour que nous passions, dit Jacob, mais il est d\u00e9j\u00e0 midi. D\u00e9jeunons, cette position incommode m&rsquo;a \u00e9reint\u00e9. Nous continuerons apr\u00e8s.<\/p>\n<p align=\"left\">Le repas termin\u00e9, les trois hommes descendent chez le bijoutier \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une corde \u00e0 n\u0153uds. Jacob ouvre assez rapidement le coffre, mais tandis qu&rsquo;il d\u00e9pose ses outils, l&rsquo;un des complices brouille maladroitement les p\u00eanes.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Comment vais-je m&rsquo;en tirer maintenant ? fulmine Jacob. Cela peut prendre des heures, et la famille ne rentre jamais tard, tu le sais.<\/p>\n<p align=\"left\">A 3 h de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, il se bat toujours avec les p\u00eanes. Les autres suent d&rsquo;angoisse. Un orage violent vient d&rsquo;\u00e9clater qui ajoute encore \u00e0 leur nervosit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Mieux vaut renoncer, sugg\u00e8rent-ils.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Je ne m&rsquo;en irai pas sur un \u00e9chec, \u00e0 moins d&rsquo;y \u00eatre contraint, tranche le chef. Guettez derri\u00e8re les rideaux, sans vous faire voir. Si une voiture s&rsquo;arr\u00eate et que le bijoutier d\u00e9barque, nous remonterons au troisi\u00e8me. Arrangez la porte d&rsquo;entr\u00e9e pour qu&rsquo;il mette du temps \u00e0 ouvrir, et pendant ce temps nous redescendrons tranquillement l&rsquo;escalier en le saluant poliment au passage.<\/p>\n<p align=\"left\">Enfin, vers 5 h, le coffre c\u00e9da. Il contenait 7 kilos d&rsquo;or, 280 carats de pierres, 33 de perles, de l&rsquo;argent en esp\u00e8ces, 200 000 F de rente. La rafle ne tra\u00eena pas !<\/p>\n<p align=\"left\">Gr\u00e2ce \u00e0 sa fonderie, qui poss\u00e9dait pignon sur rue et payait patente, Jacob tirait le plus grand profit de ses vols. Quand son bureau recevait l&rsquo;Argus o\u00f9 les objets vol\u00e9s \u00e9taient minutieusement d\u00e9crits, ils \u00e9taient depuis longtemps transform\u00e9s en lingots. Pour les valeurs, le chef des \u00ab Travailleurs de la nuit \u00bb avait mis en place un syst\u00e8me complexe ayant des ramifications jusqu&rsquo;\u00e0 Londres. Quant aux perles, il les \u00e9coulait lui-m\u00eame, \u00e0 Amsterdam en particulier, o\u00f9 il faisait de fr\u00e9quents voyages. N&rsquo;appartenait-il pas au Lloyd n\u00e9erlandais en qualit\u00e9 d&rsquo;expert en vol !<\/p>\n<p align=\"left\">C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 une des nombreuses identit\u00e9s de cet homme insaisissable qui adorait les d\u00e9guisements, trait que n&rsquo;oubliera pas Maurice Leblanc pour camper son Ars\u00e8ne Lupin. Un jour, on le rencontrait sous les traits d&rsquo;un honorable antiquaire, un autre, en ouvrier \u00e9b\u00e9niste, ou portant l&rsquo;uniforme de capitaine des hussards, barr\u00e9 du ruban de la L\u00e9gion d&rsquo;honneur. Il poss\u00e9dait m\u00eame un costume d&rsquo;eccl\u00e9siastique d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 Puget-Ville.<\/p>\n<p align=\"left\">Par bravade plus que par n\u00e9cessit\u00e9, il d\u00e9cida d&rsquo;endosser ce costume quand il voulut cambrioler Notre-Dame de Paris. Mais, d\u00e8s la premi\u00e8re tentative pour entrer par la tour de droite, une sonnerie stridente retentit. Les cambrioleurs durent battre en retraite pr\u00e9cipitamment.<\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cathedrale-saint-gatien-de-tours.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-465\" title=\"Cath\u00e9drale Saint Gatien de Tours\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cathedrale-saint-gatien-de-tours-198x300.jpg\" alt=\"Cath\u00e9drale Saint Gatien de Tours\" width=\"102\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cathedrale-saint-gatien-de-tours-198x300.jpg 198w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cathedrale-saint-gatien-de-tours.jpg 265w\" sizes=\"(max-width: 102px) 100vw, 102px\" \/><\/a>Jacob se rabat alors sur la cath\u00e9drale de Tours. Nouveau d\u00e9boire : la sacristie est d\u00e9fendue par une lourde pi\u00e8ce sculpt\u00e9e de 15 cm d&rsquo;\u00e9paisseur.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Cette fois, il faut r\u00e9ussir, d\u00e9clare Jacob \u00e0 ses deux acolytes, ou je suis ridiculis\u00e9 \u00e0 mes yeux. Trouvez-moi une \u00e9chelle, je passerai par un vitrail.<\/p>\n<p align=\"left\">Une \u00e9chelle est d\u00e9couverte aux alentours, Marius y grimpe lestement, descelle les plombs d&rsquo;un vitrail, et descend \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la cath\u00e9drale gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9chelle de soie. Les autres, pas assez lestes pour le suivre, restent dehors.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob ne peut d\u00e9cid\u00e9ment atteindre le coffre-fort de la sacristie. Tant pis, il ne repartira pas les mains vides : il emballe quatre lourdes tapisseries d&rsquo;Aubusson, les fait passer \u00e0 ses complices. A l&rsquo;instant de partir, il revient soudain sur ses pas. Il tire de sa poche un morceau de fusain et \u00e9crit sur l&rsquo;un des piliers, en gros caract\u00e8res : \u00ab Dieu tout-puissant, retrouve tes voleurs! \u00bb<\/p>\n<p align=\"left\">Et quand il lui faudra d\u00e9couper et maquiller les tapis\u00adseries pour pouvoir les \u00e9couler, il prendre un malin plaisir \u00e0 transformer saint Joseph en Vercing\u00e9torix !<\/p>\n<p align=\"left\">Dans une chambre meubl\u00e9e d&rsquo;Orl\u00e9ans, ce jour-l\u00e0, Marius Jacob et Roy\u00e8re se reposent. La veille, ils ont visit\u00e9 deux propri\u00e9t\u00e9s vides ; on ne s&rsquo;apercevra pas du vol avant quelques jours, pensent-ils; du reste, ils ont encore du travail dans la cit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"left\">Soudain on frappe \u00e0 la porte, deux policiers font irrup\u00adtion, r\u00e9clament les papiers.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Joseph Ferrand, antiquaire, et Pierre Descom\u00adbes, employ\u00e9&#8230; Bon, vous semblez en r\u00e8gle, mais pour la bonne forme, je vous prie de nous suivre jusqu&rsquo;au commis\u00adsariat&#8230; Ce ne sera pas long.<\/p>\n<p>&#8211; Mais que se passe-t-il, monsieur l&rsquo;agent ?<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Des gens qui sont rentr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;improviste ont trouv\u00e9 leur h\u00f4tel cambriol\u00e9. C&rsquo;est encore un coup des \u00abTravailleurs de la nuit \u00bb, qui sont d\u00e9j\u00e0 venus ici deux fois. Le pr\u00e9fet a d\u00e9cid\u00e9 de passer la ville au peigne fin, la police fait une rafle monstre et tout \u00e9tranger doit \u00eatre amen\u00e9 au commissariat.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Bien, messieurs, nous vous suivons, dit Jacob placi\u00addement.<\/p>\n<p align=\"left\">En sortant de l&rsquo;immeuble, comme les agents tournent sur la gauche, il prend d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 droite.<\/p>\n<p>&#8211; Eh ! C&rsquo;est par ici ! s&rsquo;exclame l&rsquo;un des policiers.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Je regrette, mais je vais de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, r\u00e9pond Marius en pressant le pas. Et il ordonne \u00e0 Boy\u00e8re \u00e0 voix basse :<\/p>\n<p>&#8211; File pendant que je vais les amuser.<\/p>\n<p align=\"left\">Aussit\u00f4t Jacob fait face. Les agents h\u00e9sitent, ce qui permet \u00e0 Roy\u00e8re de s&rsquo;esquiver. Jacob s&rsquo;engouffre dans un couloir, tire son revolver et abat un des agents, tandis que l&rsquo;autre bat en retraite. L&rsquo;anarchiste grimpe alors au second \u00e9tage, court le long des corridors pour se trouver du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre fa\u00e7ade, ouvre une fen\u00eatre et saute sur une verri\u00e8re au premier. Son pardessus amortit le choc. Il saute encore pour atteindre les branches d&rsquo;un arbre, touche le sol, franchit un mur, traverse un jardin, fait irruption dans une villa. Le docteur Buisson, d\u00e9put\u00e9 du Loiret, y d\u00e9jeune avec sa femme et son fils.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Que personne ne bouge, ordonne Jacob, le brow\u00adning toujours \u00e0 la main. Je suis un contrebandier, p\u00e8re de deux enfants, et les agents du fisc me poursuivent. Vous n&rsquo;avez rien \u00e0 craindre de moi si nul ne dit mot.<\/p>\n<p align=\"left\">L\u00e0-dessus, il sort dans le couloir, accroche \u00e0 un porte-manteau son pardessus et son chapeau cronstadt, va prendre sur la t\u00eate du docteur la calotte de velours \u00e0 gland d&rsquo;or qu&rsquo;il porte dans le priv\u00e9, s&rsquo;en coiffe et sort tranquillement avant que ses h\u00f4tes aient eu le temps de revenir de leur stupeur.<\/p>\n<p align=\"left\">Les pompiers arrivent, et des renforts de police. La foule, le nez en l&rsquo;air, crie : \u00ab Il est sur les toits !\u00a0\u00bb Jacob crie, avec les autres et s&rsquo;\u00e9loigne. Il marche jusqu&rsquo;\u00e0 la gare de La Chapelle-Mesmin et se cache \u00e0 proximit\u00e9, dans une meule de paille.<\/p>\n<p align=\"left\">Le soir venu, il saute sur les tampons d&rsquo;un train de marchandises qui s&rsquo;\u00e9branle, et passe toute la nuit en veston, \u00e0 grelotter sous la pluie. En vue de Vend\u00f4me, au petit jour, le fugitif saute du train et se cache dans un cimeti\u00e8re. La fi\u00e8vre le br\u00fble, il tente de boire aux vases fun\u00e9raires, mais l&rsquo;eau est pourrie ; il essaie alors de se d\u00e9salt\u00e9rer en su\u00e7ant des escargots ramass\u00e9s entre les tombes.<\/p>\n<p align=\"left\">A la nuit, Marius Jacob se risque \u00e0 prendre un train et descend \u00e0 Ouest-Ceinture. Il file directement chez Matha, le directeur du Libertaire. Matha n&rsquo;a que de mauvaises nouvelles \u00e0 lui apprendre :<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Roy\u00e8re s&rsquo;est fait arr\u00eater, et ton signalement est donn\u00e9 partout&#8230; Avec l&rsquo;excroissance que tu portes au front, tu seras vite rep\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p align=\"left\">Sans reprendre haleine, Jacob court chez un m\u00e9decin &#8211; sympathisant anarchiste &#8211; qui l&rsquo;op\u00e8re et maquille la cicatrice. Pour achever d&rsquo;\u00e9garer les recherches, il s&rsquo;engage dans la figuration de Quo Vadis, dont les repr\u00e9sentations commencent \u00e0 la Porte-Saint-Martin. Pour trois francs cinquante par soir\u00e9e, il porte le costume de s\u00e9nateur romain. Cette nouvelle situation sociale lui permet de rester apr\u00e8s la repr\u00e9sentation et de coucher dans un pan de d\u00e9cor.<\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-pont-remy.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1974\" title=\"gare de Pont R\u00e9my par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-pont-remy-300x159.gif\" alt=\"\" width=\"161\" height=\"85\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-pont-remy-300x159.gif 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-pont-remy.gif 826w\" sizes=\"(max-width: 161px) 100vw, 161px\" \/><\/a>Le 21 avril 1903, un Abbevillois de la place Saint- Pierre fut r\u00e9veill\u00e9 tard, dans la nuit, par une rage de dents. N&rsquo;en pouvant plus, il se leva et commen\u00e7a \u00e0 marcher de long en large. Approchant par hasard de sa fen\u00eatre, il vit trois hommes qui p\u00e9n\u00e9traient dans un h\u00f4tel dont il savait le propri\u00e9taire absent. Du coup, il en oublia son mal.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Mathilde, dit-il en secouant sa femme, il y a des cambrioleurs chez la vieille renti\u00e8re. C&rsquo;est s\u00fbrement ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9valis\u00e9 M. de la Rivi\u00e8re. Je cours au commissariat de police.<\/p>\n<p align=\"left\">Mais chez la renti\u00e8re, un homme \u00e9tait post\u00e9 derri\u00e8re la fen\u00eatre \u00e0 faire le guet. II voit le d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 du voisin et sifflote aussit\u00f4t \u00ab le P\u00e8re Duchesne \u00bb pour alerter ses complices. Jacob appara\u00eet.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; J&rsquo;ai vu sortir de la maison d&rsquo;en face un bonhomme qui courait, lui dit Bour.<\/p>\n<p>&#8211; De quel c\u00f4t\u00e9 s&rsquo;est-il dirig\u00e9 ?<\/p>\n<p>&#8211; A droite, et il a tourn\u00e9 ensuite.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Mauvais, il a pris la rue Saint-Wulfrang qui conduit au commissariat. Je vais aller voir ce qui se passe. Pr\u00e9parez- vous \u00e0 filer.<\/p>\n<p align=\"left\">Marius n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;aller bien loin. A peine a-t-il ouvert les contrevents pour sauter dehors, qu&rsquo;il entend une femme, pench\u00e9e \u00e0 la fen\u00eatre de l&rsquo;immeuble d&rsquo;en face, lui crier :<\/p>\n<p>&#8211; Je sais, vous \u00eates encore trois, \u00e9videmment !<\/p>\n<p align=\"left\">La petite bande, compos\u00e9e de Jacob, Bour et P\u00e9lissard, \u00e9vacue l&rsquo;h\u00f4tel en h\u00e2te, mais d\u00e8s qu&rsquo;ils se sont un peu \u00e9loign\u00e9s, Jacob ralentit le pas ; ses compagnons s&rsquo;inqui\u00e8tent.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Ne vous en faites pas, les rassure Jacob, je connais ces messieurs de la police ; ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois qu&rsquo;une histoire de ce genre m&rsquo;arrive. Quand ils auront constat\u00e9 l&rsquo;effraction, ils retourneront chez eux, press\u00e9s de retrouver leur lit chaud, et recommenceront l&rsquo;enqu\u00eate demain matin. Nous avons le temps de prendre le train \u00e0 Pont-R\u00e9my pour Boulogne, o\u00f9 le travail nous attend.<\/p>\n<p align=\"left\">Mais \u00e0 six heures du matin, au moment o\u00f9 le train qui vient d&rsquo;Abbeville entre en gare de Pont-R\u00e9my et alors que les trois complices paient leurs billets, deux agents font irruption et foncent sur eux. P\u00e9lissard prend la fuite, tandis qu&rsquo;une lutte sans merci s&rsquo;engage entre les quatre hommes. Bour, aux prises avec l&rsquo;agent Pruvost, le tue d&rsquo;une balle en plein c\u0153ur et se sauve \u00e0 son tour.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob trouve un rude adversaire en la personne du brigadier Auquier qui l&rsquo;a pris \u00e0 bras le corps ; les deux hommes se frappent, roulent sur le sol, rebondissent contre les murs sous les yeux des employ\u00e9s terrifi\u00e9s. Enfin Jacob r\u00e9ussit \u00e0 se d\u00e9gager, ajuste Auquier qui se couvre la figure de son bras, le blesse gri\u00e8vement d&rsquo;un coup de feu, et s&rsquo;enfuit.<\/p>\n<p>Quelques heures plus tard, comme il marche sur une petite route, une voiture qui vient de le d\u00e9passer stoppe brusquement. Elle est occup\u00e9e par trois gendarmes accompagnant le procureur de la R\u00e9publique d&rsquo;Abbeville. Le suspect est oblig\u00e9 de monter avec eux. Chemin faisant, il parvient \u00e0 glisser sa main dans la poche o\u00f9 se trouve son revolver. Mais il a mal assur\u00e9 sa prise, l&rsquo;arme lui \u00e9chappe. Un cahot la fait glisser sur un panier d&rsquo;osier, d&rsquo;o\u00f9 elle tombe sur la route. Le chef des \u00ab Travailleurs de la nuit \u00bb est vaincu. Il couchera le soir m\u00eame \u00e0 la prison d&rsquo;Abbeville.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 Mah\u00e9 L&rsquo;homme qui servit de mod\u00e8le \u00e0 Ars\u00e8ne Lupin\u00a0: l&rsquo;indomptable Marius Jacob In L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de la r\u00e9volte Le roman vrai d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;anarchie 1862 &#8211; 1962 Deno\u00ebl, 1963<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[7,5],"tags":[298,861,196,1796,53,60,2722,287,52,1002,2723,644,783,121,25,876,148,555,63,54,126,91,64,212,2721,2724,823,545,24],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2202"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2202"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2202\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}