{"id":2201,"date":"2011-06-12T01:10:01","date_gmt":"2011-06-11T23:10:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2201"},"modified":"2010-12-31T17:16:58","modified_gmt":"2010-12-31T15:16:58","slug":"va-petit-mousse-1e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/06\/va-petit-mousse-1e-partie\/","title":{"rendered":"Va petit mousse&#8230; (1e partie)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-mousse2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-173\" title=\"Jacob mousse, fonds Jacob, CIRA Marseille\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-mousse2-195x300.jpg\" alt=\"Jacob mousse, fonds Jacob, CIRA Marseille\" width=\"85\" height=\"130\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-mousse2-195x300.jpg 195w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-mousse2.jpg 208w\" sizes=\"(max-width: 85px) 100vw, 85px\" \/><\/a>Andr\u00e9 Mah\u00e9<\/p>\n<p align=\"left\"><strong>L&rsquo;homme qui servit de mod\u00e8le \u00e0 Ars\u00e8ne Lupin\u00a0: l&rsquo;indomptable Marius Jacob<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">In<strong> <em>L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de la r\u00e9volte<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong><em>Le roman vrai d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;anarchie 1862 &#8211; 1962<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">Deno\u00ebl, 1963<!--more--><\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"text-decoration: underline;\">p. 137-164\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>L&rsquo;anarchiste aux cent d\u00e9guisements,<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Le redresseur de torts,<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Le vengeur des opprim\u00e9s&#8230;<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab Ars\u00e8ne Lupin, le fantaisiste gentleman qui n&rsquo;op\u00e8re que dans les ch\u00e2teaux et les salons et qui, une nuit o\u00f9 il avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 chez le baron Schorman, en \u00e9tait parti les mains vides en laissant sa carte avec ces mots ! \u00ab Reviendrai quand les meubles seront authentiques. \u00bb<\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab L&rsquo;homme aux mille d\u00e9guisements, tour \u00e0 tour chauffeur, t\u00e9nor&#8230; commis-voyageur marseillais&#8230; \u00bb<\/p>\n<p align=\"left\">C&rsquo;est ainsi que dans Je sais tout de juin 1905, Maurice Leblanc pr\u00e9sentait pour la premi\u00e8re fois son nouveau personnage, \u00ab Ars\u00e8ne Lupin, gentleman-cambrioleur \u00bb.<\/p>\n<p align=\"left\">Ce h\u00e9ros qui allait faire une prodigieuse carri\u00e8re romanesque, tout le monde, en 1905, connaissait son mod\u00e8le. Trois mois plus t\u00f4t, il avait comparu aux assises d&rsquo;Amiens. C&rsquo;\u00e9tait le chef des \u00ab Travailleurs de la nuit \u00bb, Alexandre- Marius Jacob. Magistrats, avocats, public, il avait stup\u00e9fi\u00e9 tout le monde par l&rsquo;aveu goguenard de ses exploits comme par son attitude extraordinaire, unique dans les annales judiciaires.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab Les choses sont renvers\u00e9es, \u00e9crivait l&rsquo;Aurore. Ce n&rsquo;est pas la soci\u00e9t\u00e9, repr\u00e9sent\u00e9e par les magistrats et les jur\u00e9s, qui juge Jacob, chef des voleurs, c&rsquo;est le chef des voleurs, Jacob, qui fait le proc\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9. En v\u00e9rit\u00e9, il conduit l&rsquo;affaire. Il est tout le temps en sc\u00e8ne. Il est toujours \u00e0 la r\u00e9plique. Il fait au besoin les questions et les r\u00e9ponses. Il pr\u00e9side, il juge! Sans doute est-il accompagn\u00e9 de gendarmes, mais la chose perd de son importance d\u00e8s que Jacob prend la parole pour interroger le pr\u00e9sident. Par quoi nous voyons sans retard que les rapports sont bien chang\u00e9s&#8230; \u00bb<\/p>\n<p align=\"left\">Toutes les caract\u00e9ristiques utilis\u00e9es par Maurice Leblanc pour composer son Ars\u00e8ne Lupin se trouvaient d\u00e9j\u00e0 chez Jacob. Toujours tir\u00e9 \u00e0 quatre \u00e9pingles, intelligent et artiste, il adore les d\u00e9guisements, ne vole que les riches et pratique l&rsquo;insolence ironique avec ses victimes.<\/p>\n<p align=\"left\">Comme Marins Jacob, Ars\u00e8ne Lupin agira avec une audace inou\u00efe, il sera insaisissable, il narguera la police. Et comme son vivant mod\u00e8le, il pr\u00e9sentera un caract\u00e8re complexe o\u00f9 se m\u00ealeront le cynisme et la bont\u00e9, l&rsquo;horreur du sang vers\u00e9 et la fatalit\u00e9 du crime, la pratique d&rsquo;une morale personnelle rigoureuse et le m\u00e9pris des conventions et des lois.<\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-mousse1.bmp\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-115\" title=\"Jacob mousse\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-mousse1.bmp\" alt=\"Jacob mousse\" width=\"97\" height=\"129\" \/><\/a><strong>Va petit mousse&#8230;<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">La famille alsacienne des Jacob s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9e dans le Midi de la France vers 1850. L&rsquo;un de ses fils, le navigateur Joseph Jacob, s&rsquo;y mariait quelques ann\u00e9es plus tard avec une jeune Proven\u00e7ale. En 1879, le couple avait un enfant, baptis\u00e9 des deux pr\u00e9noms prestigieux d&rsquo;Alexandre et Marius, et dont les aventures allaient commencer d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge le plus tendre.<\/p>\n<p align=\"left\">Marius en effet n&rsquo;a que onze ans, en 1890, quand, lecteur passionn\u00e9 de Jules Verne, il embarque comme mousse \u00e0 bord du Thibet. L&rsquo;existence y est des plus rudes. Lev\u00e9 \u00e0 4 heures, il faut laver le pont jusqu&rsquo;\u00e0 huit et, ensuite, fourbir et nettoyer les roufs. Le d\u00e9jeuner aval\u00e9 en h\u00e2te, le mousse doit ensuite aider aux diff\u00e9rents travaux de magasinage et au balayage du pont jusqu&rsquo;\u00e0 six heures. Apr\u00e8s le d\u00eener, il s&rsquo;\u00e9croule sur sa couchette, et le matin, il faut le \u00ab virer \u00bb pour le r\u00e9veiller.<\/p>\n<p align=\"left\">Dou\u00e9 d&rsquo;une constitution de fer, le gamin supporte tr\u00e8s bien cette dure condition, mais en lui le fervent lecteur de Jules Verne est d\u00e9\u00e7u. Il change de bateau ; la vie reste aussi monotone. Tout juste s&rsquo;il conna\u00eet un naufrage sur l&rsquo;Alix, coup\u00e9 en deux par un cargo allemand ; encore n&rsquo;y a-t-il qu&rsquo;une victime, car tout le monde est rep\u00each\u00e9, \u00e0 l&rsquo;exception du cuisinier martiniquais. Aussi, en arrivant \u00e0 Sidney sur l&rsquo;Armand-Br\u00e8hic, le mousse Marius Jacob d\u00e9serte. Il a tout juste treize ans, deux sous fran\u00e7ais en poche, et conna\u00eet quelques mots d&rsquo;anglais.<\/p>\n<p align=\"left\">Pour assurer sa subsistance, le gamin chipe leurs fouets aux voitures des laitiers et les revend un shilling pi\u00e8ce. Puis il est engag\u00e9 par un m\u00e9decin original pour soigner deux phoques dont il se fait une paire d&rsquo;amis encombrants.<\/p>\n<p align=\"left\">Mais bient\u00f4t voici l&rsquo;aventure : huit jours apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Sidney, Marius rencontre un bosco fran\u00e7ais, d\u00e9serteur comme lui, qui lui propose de le faire embaucher pour la p\u00eache \u00e0 la baleine. Enfin Jules Verne est retrouv\u00e9 ! L&rsquo;enfant embarque sur la baleini\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"left\">Tout commence comme dans les livres qu&rsquo;il aime. Le capitaine est un n\u00e8gre haut de 2,10 m et les trognes de l&rsquo;\u00e9quipage retiennent l&rsquo;attention.<\/p>\n<p align=\"left\">Apr\u00e8s quelques jours de navigation, Marius assiste \u00e0 un spectacle dont le sens d&rsquo;abord lui \u00e9chappe. Un navire appara\u00eet au loin, le g\u00e9ant n\u00e8gre donne des ordres, des armes sont apport\u00e9es sur le pont, un pavillon est hiss\u00e9. L&rsquo;autre b\u00e2timent s&rsquo;approche, assez pr\u00e8s maintenant pour que les hommes puissent s&rsquo;interpeller joyeusement. Et d&rsquo;un coup, les matelots saisissent leurs armes et en quelques feux de salve abattent les marins du second bateau. Il ne reste plus ensuite qu&rsquo;\u00e0 aborder, jeter les cadavres \u00e0 la mer, transborder la marchandise, puis \u00e0 couler l&rsquo;autre navire.<\/p>\n<p align=\"left\">Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;aventure exaltante dont l&rsquo;enfant r\u00eavait, et au retour, il d\u00e9serte encore. Bien lui en prend, car, peu de temps apr\u00e8s, le n\u00e8gre et tout l&rsquo;\u00e9quipage sont arr\u00eat\u00e9s, jug\u00e9s et pendus. Marius aussi est arr\u00eat\u00e9 quand il peut rejoindre Marseille, mais seulement pour d\u00e9sertion ; nul ne conna\u00eet sa br\u00e8ve incursion dans la piraterie. Son jeune \u00e2ge lui vaut la bienveillance des juges et le voil\u00e0 embarqu\u00e9 de nouveau.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; A ce moment, je n&rsquo;avais plus, qu&rsquo;un objectif, devait confier plus tard Marius Jacob : devenir un vrai marin, \u00eatre un jour capitaine au long cours. Mais ce que je voyais autour de moi me r\u00e9voltait bien souvent. Sur un b\u00e2timent de la Compagnie Axel et Busch, c&rsquo;\u00e9tait au pillage des caisses embarqu\u00e9es que j&rsquo;assistais r\u00e9guli\u00e8rement. A la place des marchandises vol\u00e9es, l&rsquo;\u00e9quipage mettait des briquettes de charbon pour faire le poids.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab Sur le Guadiana et le Douro, je vis transporter des \u00e9migrants, Arm\u00e9niens, Juifs, Orientaux de toutes races, v\u00e9ritable chair humaine entass\u00e9e dans l&rsquo;entrepont, et sur laquelle on pouvait marcher sans m\u00eame qu&rsquo;elle os\u00e2t se plaindre. Nous participions aussi \u00e0 la traite des noirs, organis\u00e9e sous des apparences l\u00e9gales, au plus grand profit d&rsquo;un baron de la plus haute soci\u00e9t\u00e9 et du sultan de Zanzibar. \u00bb<\/p>\n<p align=\"left\">A seize ans, Marius Jacob, victime d&rsquo;une fi\u00e8vre persistante, doit rester \u00e0 terre pour se soigner. Comme il en profite pour lire avec avidit\u00e9, il tombe sur Quatre-vingt-treize de Victor Hugo. Une expression du grand romantique se grave dans son esprit : \u00ab Ces trois parasites, le pr\u00eatre, le juge, le soldat. \u00bb Il fait \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque la connaissance d&rsquo;un jeune anarchiste qui commence \u00e0 le cat\u00e9chiser, l&rsquo;initie \u00e0 Proudhon, Bakounine, Kropotkine, exalte les lanceurs de bombes, de Ravachol \u00e0 Vaillant.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob est devenu un lecteur assidu de l&rsquo;Agitateur, le journal anarchiste de Marseille. Avec deux camarades, il passe bient\u00f4t \u00e0 l&rsquo;action directe : on s&rsquo;amuse d&rsquo;abord \u00e0 d\u00e9poser des feux f\u00e9nians dans les urnes \u00e9lectorales, ou \u00e0 aller crier aux portes des \u00e9glises Les crimes de Dieu. Mais ces amuse-gueule ne peuvent satisfaire Marius. Il r\u00e9ussit \u00e0 se procurer L&rsquo;Indicateur anarchiste, opuscule r\u00e9serv\u00e9 aux initi\u00e9s d\u00e9sireux de fabriquer des explosifs. Press\u00e9 de mettre sa jeune science \u00e0 l&rsquo;essai, il se rend acqu\u00e9reur de fulminate de mercure et de poudre verte. Mais le jeune gar\u00e7on est d\u00e9nonc\u00e9 par un indicateur, et le voil\u00e0 condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison.<\/p>\n<p align=\"left\">Lib\u00e9r\u00e9, il accepte, sur les pri\u00e8res de sa m\u00e8re, de renoncer \u00e0 tout esprit de vengeance et entre chez un imprimeur comme apprenti typographe. Mais \u00e0 peine a-t-il commenc\u00e9 \u00e0 prendre go\u00fbt au m\u00e9tier, qu&rsquo;un inspecteur avertit son patron qu&rsquo;il a embauch\u00e9 un dangereux terroriste, et Jacob est mis \u00e0 la porte. La m\u00e9saventure se renouvelle dans une autre place. Et lorsque Marius rentre un soir chez ses parents sans travail, c&rsquo;est pour y trouver un policier en train de perquisitionner, bouleversant ses livres et ses papiers.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Est-ce que cette vie-l\u00e0 va continuer longtemps ? demande Jacob, pris d&rsquo;une rage froide. Je ne suis pas un criminel, et vous me pers\u00e9cutez jusqu&rsquo;\u00e0 m&#8217;emp\u00eacher de gagner ma vie.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Vous \u00eates un honn\u00eate gar\u00e7on, c&rsquo;est vrai, mais il vaudrait mieux pour vous que vous ayez \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour vol. En tant qu&rsquo;anarchiste, nous sommes oblig\u00e9s d&rsquo;avoir toujours l&rsquo;\u0153il sur vous, car vous \u00eates un danger pour l&rsquo;ordre social. Maintenant, il y aurait peut-\u00eatre un moyen&#8230;<\/p>\n<p>Le policier h\u00e9site un peu.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Un moyen de ne plus \u00eatre ainsi perp\u00e9tuellement traqu\u00e9 ?<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Oui, dans un sens. Faites amende honorable en \u00e9crivant au pr\u00e9fet, et nous verrons ensuite.<\/p>\n<p align=\"left\">L&rsquo;inspecteur est d\u00e9j\u00e0 parti quand Jacob comprend ce qu&rsquo;il a voulu dire : s&rsquo;il veut donner des gages en devenant indicateur, ses ennuis seront termin\u00e9s. C&rsquo;est mal le conna\u00eetre. A 18 ans, la soci\u00e9t\u00e9 ne lui laissait d&rsquo;autre choix que le clan des r\u00e9prouv\u00e9s ou celui des mouchards ? Il avait d\u00e9j\u00e0 choisi.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Nous sommes des enfants avec notre fabrication de poudre verte, confie-t-il un soir \u00e0 deux compagnons plus \u00e2g\u00e9s, les Marseillais Roques et Morel. On nous d\u00e9cime, on nous guillotine, et loin de toucher les masses, nous leur faisons horreur. Le temps des explosifs et du poignard est r\u00e9volu.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Tu n&rsquo;as pas tout \u00e0 fait tort, conc\u00e8de Morel. Il est m\u00eame probable qu&rsquo;on nous pousse dans cette voie pour mieux nous pr\u00e9senter comme des fous sanguinaires. Pour le peuple, Ravachol, c&rsquo;est Tropman, et l&rsquo;on maudit Caserio qui a tu\u00e9 le brave pr\u00e9sident Sadi Carnot. Mais que proposes- tu ?<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Il faut atteindre la classe poss\u00e9dante \u00e0 son point sensible : le coffre-fort. Orienter toute l&rsquo;anarchie vers la reprise directe. Cr\u00e9ons une bande r\u00e9solue, disciplin\u00e9e. Avec nos gains, nous financerons le mouvement libertaire. Le peuple ne comprend pas qu&rsquo;on jette une bombe contre un magistrat, qu&rsquo;on poignarde un chef de gouvernement, mais son bon sens parlera en notre faveur, s&rsquo;il voit que l&rsquo;on s&rsquo;attaque aux richesses amass\u00e9es sur son dos.<\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/mont-de-piete-rue-du-petit-saint-jean-a-marseille.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1486\" title=\"Mont de pi\u00e9te, rue du Petit Saint Jean \u00e0 Marseille\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/mont-de-piete-rue-du-petit-saint-jean-a-marseille-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"109\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/mont-de-piete-rue-du-petit-saint-jean-a-marseille-215x300.jpg 215w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/mont-de-piete-rue-du-petit-saint-jean-a-marseille.jpg 428w\" sizes=\"(max-width: 109px) 100vw, 109px\" \/><\/a>Peu de temps apr\u00e8s, Jacob met en pratique sa th\u00e9orie.<\/p>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> avril 1897, un commissionnaire du Mont-de-Pi\u00e9t\u00e9 de la rue Petit-Saint-Jean voit entrer chez lui quatre personnes \u00e0 l&rsquo;allure s\u00e9v\u00e8re. Celui qui marche en t\u00eate est v\u00eatu d&rsquo;une redingote, coiff\u00e9 d&rsquo;un gibus et ceint d&rsquo;une \u00e9charpe tricolore. Le commissionnaire se trouble.<\/p>\n<p align=\"left\">Selon les usages d&rsquo;une profession peu recommandable, et aujourd&rsquo;hui interdite, il pr\u00eatait \u00e0 tr\u00e8s fort int\u00e9r\u00eat sur les reconnaissances du Mont-de-Pi\u00e9t\u00e9 et devenait ainsi bien souvent propri\u00e9taire d&rsquo;objets que les d\u00e9biteurs ne pouvaient d\u00e9gager.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Je suis commissaire de police, charg\u00e9 d&rsquo;op\u00e9rer chez vous une perquisition, dit l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;\u00e9charpe, apr\u00e8s avoir montr\u00e9 un mandat. Vous d\u00e9tenez ici, d&rsquo;apr\u00e8s nos renseignements, une montre qui fait partie d&rsquo;un vol accompli apr\u00e8s un quadruple assassinat. Vous n&rsquo;\u00eates pas encore accus\u00e9 de complicit\u00e9 ou de recel, mais je vous conseille de ne pas g\u00eaner l&rsquo;ex\u00e9cution de notre mission. \u00bb<\/p>\n<p align=\"left\">Le commissionnaire, effondr\u00e9, s&rsquo;incline, sans soup\u00e7onner un instant que le mandat est un faux, que la frange dor\u00e9e de l&rsquo;\u00e9charpe vient d&rsquo;un brassard de premi\u00e8re communion, que le soi-disant commissaire n&rsquo;est autre que l&rsquo;anarchiste Roques, et son secr\u00e9taire Jacob, qui s&rsquo;est jug\u00e9 trop jeune de visage pour jouer le r\u00f4le principal.<\/p>\n<p align=\"left\">Roques fait d&rsquo;abord fermer le magasin, et l&rsquo;inventaire commence. Pendant trois heures, tandis que leurs deux complices font semblant de v\u00e9rifier les livres, Roques et Jacob se livrent \u00e0 un inventaire et placent soigneusement dans une valise chaque pi\u00e8ce de valeur, apr\u00e8s l&rsquo;avoir not\u00e9e sur une liste qui devient de plus en plus longue. Accabl\u00e9, le commissionnaire tente parfois de se disculper, sa femme pleure, son employ\u00e9 regrette am\u00e8rement d&rsquo;avoir choisi cette carri\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"left\">L&rsquo;inventaire une fois achev\u00e9, Jacob passe les menottes au commissionnaire et \u00e0 l&#8217;employ\u00e9, et les fait monter avec lui dans un fiacre auquel il donne l&rsquo;adresse du Palais de Justice, tandis que le reste de la bande grimpe dans une autre voiture avec le butin.<\/p>\n<p align=\"left\">Le convoi s&rsquo;arr\u00eate bient\u00f4t devant le Palais de Justice. Tandis que ses compagnons s&rsquo;\u00e9clipsent par une autre issue avec les valises, Marius Jacob conduit ses deux prisonniers devant la porte du Procureur de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; Attendez l\u00e0, leur ordonne-t-il en d\u00e9signant une banquette, je vais prendre des ordres.<\/p>\n<p align=\"left\">Puis, il entre dans le bureau, y reste quelques instants sous pr\u00e9texte de s&rsquo;enqu\u00e9rir de formalit\u00e9s, ressort et d\u00e9clare au commissionnaire en lui retirant ses menottes :<\/p>\n<p align=\"left\">&#8211; \u00a0L&rsquo;affaire para\u00eet grave, le Procureur va vous interroger lui-m\u00eame dans quelques instants.<\/p>\n<p align=\"left\">Puis il s&rsquo;en va tranquillement rejoindre ses complices.<\/p>\n<p align=\"left\">Les heures passent. Le commissionnaire et son employ\u00e9 se morfondent sur leur banquette. Peu \u00e0 peu tout le monde s&rsquo;en va, le Palais de Justice devient d\u00e9sert. Le concierge, qui va fermer les portes, s&rsquo;aper\u00e7oit de la pr\u00e9sence des deux hommes et vient leur demander ce qu&rsquo;ils font l\u00e0. Le commissionnaire gesticule en protestant de son innocence; \u00e9berlu\u00e9, le portier va en r\u00e9f\u00e9rer au juge d&rsquo;instruction. Celui-ci, press\u00e9 de rejoindre son logis, ordonne de mettre ces hurluberlus en cellule, \u00e0 toutes fins utiles. On les conduit donc tout larmoyants \u00e0 la prison. Mais l\u00e0, un brigadier de gendarmerie les interroge, trouve l&rsquo;affaire bizarre et alerte les autorit\u00e9s. Le pot-aux-roses est d\u00e9couvert.<\/p>\n<p align=\"left\">Trop tard ! Jacob et sa bande roulent d\u00e9j\u00e0 vers l&rsquo;Espagne, o\u00f9 ils se s\u00e9pareront pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre rep\u00e9r\u00e9s. Marius Jacob se prom\u00e8ne, s&rsquo;instruit, visite les mus\u00e9es, les \u00e9glises, dont il admire les richesses fabuleuses. A Saint-Jacques de-Compostelle, il re\u00e7oit le coup de foudre ; la cath\u00e9drale abrite une statue du saint en or massif et qui p\u00e8se, dit-on, quatre cents kilos. Voil\u00e0 qui est plus int\u00e9ressant qu&rsquo;un commissionnaire du Mont-de-Pi\u00e9t\u00e9 ! Et puis, d\u00e9valiser les \u00e9glises fait partie de sa politique de r\u00e9cup\u00e9ration, car il est d&rsquo;un anticl\u00e9ricalisme passionn\u00e9.<\/p>\n<p align=\"left\">Son plan \u00e9tabli, Jacob revient \u00e0 Marseille o\u00f9 l&rsquo;on fait encore des gorges chaudes de sa gal\u00e9jade. Il se met aussit\u00f4t en qu\u00eate de ses complices.<\/p>\n<p align=\"left\">Ceux-ci recrut\u00e9s, il leur explique son plan \u00e0 Cassis, dans l&rsquo;arri\u00e8re-salle d&rsquo;un caf\u00e9 d\u00e9sert.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 Mah\u00e9 L&rsquo;homme qui servit de mod\u00e8le \u00e0 Ars\u00e8ne Lupin\u00a0: l&rsquo;indomptable Marius Jacob In L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de la r\u00e9volte Le roman vrai d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;anarchie 1862 &#8211; 1962 Deno\u00ebl, 1963<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[7,12,1452],"tags":[2725,738,2726,862,143,196,2729,2731,824,2730,2734,121,2732,176,1118,40,85,113,148,1035,719,536,147,2733,2728,28,1020,2727,141],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2201"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2201"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2201\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2201"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2201"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2201"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}