{"id":2105,"date":"2011-01-16T01:32:52","date_gmt":"2011-01-15T23:32:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2105"},"modified":"2011-01-07T12:52:53","modified_gmt":"2011-01-07T10:52:53","slug":"judex-buccinum-undatum","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/01\/judex-buccinum-undatum\/","title":{"rendered":"Judex buccinum undatum"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bulot.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2106\" title=\"L\u00e9on Jules Bulot 1851-1922\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bulot.jpg\" alt=\"\" width=\"65\" height=\"111\" \/><\/a>La chasse aux propagandistes par le fait, la chasse aux anarchistes tout court, a fait la fortune de nombre d&rsquo;avocats et hommes de loi hexagonaux en cette fin de XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Parmi ceux-ci, L\u00e9on Jules Bulot figure en bonne place dans le peloton des coupeurs de t\u00eates. L&rsquo;article de Laurent Gallet r\u00e9v\u00e8le alors une n\u00e9crologie du Torquemada du drapeau noir. Mais le pauvre vieux finit malencontreusement \u00e9cras\u00e9 par un taxi de Paris, une mort salu\u00e9e par les compagnons en 1922.<!--more--><\/p>\n<p><strong>Judex buccinum undatum<\/strong><\/p>\n<p>par <strong>Laurent Gallet<\/strong><\/p>\n<p>15 octobre 2010<\/p>\n<p>L\u00e9on Jules Bulot, le substitut du procureur g\u00e9n\u00e9ral puis avocat g\u00e9n\u00e9ral de Paris, est un personnage bien connu des anarchistes. C&rsquo;est lui qui, le 28 ao\u00fbt 1891, demande trois condamnations tr\u00e8s lourdes, dont une \u00e0 mort, contre les militants ouvriers Decamps, Dardare et L\u00e9veill\u00e9 suite \u00e0 un \u00e9change de tirs avec la police de Clichy, le 1er mai 1891. Par son intransigeance, il lance Ravachol contre lui et, le 27 mars 1892, l&rsquo;immeuble dans lequel il r\u00e9side est la cible d&rsquo;un attentat retentissant. Ravachol pourra dire lors de son proc\u00e8s avoir \u00ab\u00a0voulu faire comprendre \u00e0 tous ceux qui ont \u00e0 appliquer des peines qu&rsquo;il fallait \u00e0 l&rsquo;avenir qu&rsquo;ils soient plus doux\u00a0\u00bb. De Bulot, le conseiller \u00e0 la cour de cassation Pierre Bouchardon, dresse le portrait suivant : \u00ab\u00a0sous sa robe rouge, avec son profil de vautour chauve et l&rsquo;air glacial qu&rsquo;il savait prendre \u00e0 l&rsquo;heure du r\u00e9quisitoire, il donnait le frisson\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote1anc\"><\/a><a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral repr\u00e9sente encore le parquet le 24 f\u00e9vrier 1894 lors de l&rsquo;affaire L\u00e9authier, lequel a poignard\u00e9 un bourgeois anonyme qui s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un haut diplomate serbe. L&rsquo;anarchiste est envoy\u00e9 au bagne o\u00f9 il d\u00e9c\u00e9dera quelques mois plus tard. Le 28 avril 1894, il r\u00e9clame et obtient la peine de mort contre Emile Henry.<\/p>\n<p>Le 11 ao\u00fbt suivant, alors que le proc\u00e8s des 30 est commenc\u00e9 depuis 5 jours, Bulot demande une interruption de s\u00e9ance pour se laver les mains. Il avait re\u00e7u un paquet contenant de la merde. Ce qui fit dire au critique d&rsquo;art F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on, depuis son banc d&rsquo;inculpation, que \u00ab\u00a0Depuis Ponce-Pilate, on n&rsquo;avait pas vu un juge se laver les mains avec autant d&rsquo;ostentation\u00a0\u00bb. Devant la sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle des accus\u00e9s et l&rsquo;absence de preuve de l&rsquo;association de malfaiteurs \u00e9chafaud\u00e9e par l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral, Bulot doit se r\u00e9soudre \u00e0 \u00e9voquer les circonstances att\u00e9nuantes pour les pr\u00e9venus. Toutefois, le verdict d&rsquo;acquittement quasi g\u00e9n\u00e9ral est un s\u00e9v\u00e8re camouflet pour lui.<\/p>\n<p>Le 27 novembre 1905 s&rsquo;ouvre le proc\u00e8s des 4 \u00e0 la suite de l&rsquo;attentat de la rue de Rohan commis contre le roi d&rsquo;Espagne Alphonse XIII et le pr\u00e9sident Loubet. Le procureur Bulot, sans s&rsquo;opposer aux circonstances att\u00e9nuantes pour les accus\u00e9s &#8211; au nombre desquels figure Charles Malato &#8211; en vertu de leur indiscutable honorabilit\u00e9 se d\u00e9clare n\u00e9anmoins convaincu de leur culpabilit\u00e9. Le jury, une fois encore, ne suit pas l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral et prononce l&rsquo;acquittement g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Mais remontons un peu le temps, avant celui des lauriers.<\/p>\n<p>N\u00e9 le 12 novembre 1851 \u00e0 Paris, L\u00e9on Jules Bulot est nomm\u00e9 substitut \u00e0 Saint-\u00e9tienne le 13 janvier 1880, puis \u00e0 Lyon le 29 juin 1880, avant de retourner dans la Seine, le 14 octobre 1882. Il est alors le substitut gambettiste qui vient d&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9 \u00e0 Paris par M. Dev\u00e8s, lorsque le double attentat de Lyon retentit le 23 octobre. C&rsquo;est Cuaz, juge d&rsquo;instruction lyonnais, qui est charg\u00e9 de l&rsquo;affaire, mais il re\u00e7oit l&rsquo;aide de Bulot, renvoy\u00e9 \u00e0 Lyon moins de 10 jours apr\u00e8s avoir gagn\u00e9 Paris, sans doute pour sa premi\u00e8re rencontre avec les anarchistes. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre tenu inform\u00e9 que les samedi 12 et dimanche 22 octobre des manifestations devant le Grand-Th\u00e9\u00e2tre pour r\u00e9clamer le maintien d&rsquo;une subvention publique de la mairie avaient \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e par les forces de l&rsquo;ordre, il d\u00e9clare qu&rsquo;\u00ab\u00a0il faut attribuer l&rsquo;explosion du restaurant du Th\u00e9\u00e2tre-Bellecour aux manifestants du Grand-Th\u00e9\u00e2tre, les agents qui surveillent habituellement cet \u00e9tablissement ayant d\u00fb l&rsquo;abandonner hier pour s&rsquo;occuper de la manifestation du Grand-Th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote2anc\"><\/a><a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Les anarchistes ne sont pas encore la marotte favorite de Bulot, qui ajoute m\u00eame \u00e0 ses paroles l&rsquo;apologie de fait qualifi\u00e9 crime \u00e0 l&rsquo;instar de bien des libertaires contre lesquels il requerra tout au long de sa carri\u00e8re. \u00ab\u00a0J&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 heureux, a ajout\u00e9 M. Bulot, que deux ou trois des g\u00e9mmeux [sic] qui criaient : Bas Gailleton ! Subvention ! se fussent trouv\u00e9s l\u00e0 au moment de l&rsquo;explosion\u00a0\u00bb !<\/p>\n<p>Bulot, \u00ab\u00a0collier de barbe courte reli\u00e9 \u00e0 la moustache, portant lui aussi ses d\u00e9corations par-dessus sa robe, caricature de grand bourgeois de la Belle-Epoque, noeud papillon et haut-de-forme dans le civil\u00a0\u00bb<a name=\"sdfootnote3anc\"><\/a><a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 09 janvier 1922. Il est alors procureur g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la cour de cassation et les anarchistes ne l&rsquo;ont pas oubli\u00e9 puisqu&rsquo;une n\u00e9crologie f\u00e9roce de Pierre Muald\u00e8s rappelle les conditions de sa mort par ces mots : \u00ab\u00a0Comme un vulgaire caniche, ou un quelconque pi\u00e9ton de deuxi\u00e8me classe, Mossieu le Procureur G\u00e9n\u00e9ral Bulot s&rsquo;est fait \u00e9craser par une auto\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Pierre Bouchardon, Ravachol et Cie, 1931, p. 12<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Le <em>petit Lyonnais<\/em> n\u00b0 4079, dat\u00e9 du 24-10-1882<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Yves Fr\u00e9mion,<em> l&rsquo;anarchiste. L&rsquo;affaire L\u00e9authier<\/em>, p.91<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> La revue anarchiste n\u00b01 &#8211; 1922<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chasse aux propagandistes par le fait, la chasse aux anarchistes tout court, a fait la fortune de nombre d&rsquo;avocats et hommes de loi hexagonaux en cette fin de XIXe si\u00e8cle. Parmi ceux-ci, L\u00e9on Jules Bulot figure en bonne place dans le peloton des coupeurs de t\u00eates. 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