{"id":2074,"date":"2011-02-12T01:23:29","date_gmt":"2011-02-11T23:23:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2074"},"modified":"2010-08-24T14:24:34","modified_gmt":"2010-08-24T12:24:34","slug":"du-sang-sur-le-capot","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/02\/du-sang-sur-le-capot\/","title":{"rendered":"Du sang sur le capot"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--> <!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-1-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2075\" title=\"Des fous du volants dans Historia\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-1-640x480-224x300.jpg\" alt=\"\" width=\"114\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-1-640x480-224x300.jpg 224w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-1-640x480.jpg 478w\" sizes=\"(max-width: 114px) 100vw, 114px\" \/><\/a>Le troisi\u00e8me article sur les criminels anarchistes du num\u00e9ro sp\u00e9cial d&rsquo;<em>Historia <\/em>consacr\u00e9, en mai &#8211; juin 2010, aux <em>grands bandits de l&rsquo;Histoire<\/em> ne brille gu\u00e8re par son originalit\u00e9. Renaud Thomazo connait pourtant son sujet\u00a0; <em>Mort aux bourgeois<\/em>, en 2007, \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 cette bande tragique dans laquelle \u00a0<em>une jeune g\u00e9n\u00e9ration<\/em> a vite fait, pour le plaisir de ses lecteurs assoiff\u00e9s de sang frais, de se muer en de froids meurtriers. Aux petites combines succ\u00e8dent tr\u00e8s vite les gros coups. L&rsquo;anarchie en toile de fond, la bande \u00e0 Bonnot s\u00e8me la mort. Et celle de Jouin, sous-chef de la S\u00fbret\u00e9, serait celle de trop et signerait fatalement celle des ill\u00e9galistes.<!--more--><\/p>\n<p>S&rsquo;il l&rsquo;on excepte une narration de type cin\u00e9matographique &#8211; et plus c&rsquo;est haletant, mieux c&rsquo;est &#8211; rappelons juste \u00e0 l&rsquo;auteur de ce papier que le cambriolage devient un acte anarchiste \u00e0 partir du moment o\u00f9, en 1881, le congr\u00e8s international de Londres pr\u00e9conise \u00a0de porter l&rsquo;action \u00ab\u00a0<em>sur le terrain de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9, qui est la seule voie menant \u00e0 la r\u00e9volution<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb. Rappelons lui encore que ce brave Kropotkine, qui, en 1880, appelait \u00e0 \u00ab\u00a0<em>la <\/em><em>r\u00e9volte permanente par la parole, par l&rsquo;\u00e9crit , par le poignard, le fusil, la dynamite, voire m\u00eame parfois par le bulletin de vote<\/em>, d\u00e9non\u00e7ait dix ans plus tard \u00a0et toujours dans les colonnes du journal de Jean Grave \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;illusion que l&rsquo;on peut vaincre les coalitions d&rsquo;exploiteurs avec quelques livres d&rsquo;explosifs<\/em> \u00bb. Cela ne signifie pas bien s\u00fbr qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu avant cette date de cambriolages, de vols et autres atteintes \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 prenant un caract\u00e8re politique.<\/p>\n<p>Bien au contraire, mais cela montre surtout que Renaud Thomazo ne ma\u00eetrise que l&rsquo;aspect policier de son sujet. Il y a du sang sur le capot de la bande \u00e0 Bonnot et ce serait le principal\u00a0? Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;histoire &#8230; ou plut\u00f4t si, mais c&rsquo;est de l&rsquo;histoire comme un roman. Noir\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/thomazo-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2067\" title=\"Renaud Thomazo dans Historia\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/thomazo-640x480-300x201.jpg\" alt=\"\" width=\"196\" height=\"131\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/thomazo-640x480-300x201.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/thomazo-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/a><strong>Historia sp\u00e9cial<\/strong><\/p>\n<p><strong>N\u00b0125<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mai &#8211; juin 2010<\/strong><\/p>\n<p><strong>La bande \u00e0 Bonnot,<\/strong><\/p>\n<p><strong>des fous du volant<\/strong><\/p>\n<p>En 1911, ils r\u00e9alisent le premier hold-up motoris\u00e9 de l&rsquo;histoire : apr\u00e8s leur coup, ils prennent la fuite en voiture. Et ils ne s&rsquo;arr\u00eateront pas en si bon chemin&#8230;<\/p>\n<p><strong>Par Renaud Thomazo<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les bombes de Ravachol et de Vaillant ont fait long feu. Le danger anarchiste a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;autant mieux \u00e9cart\u00e9 que les \u00ab lois sc\u00e9l\u00e9rates \u00bb de 1893 et 1894 ont musel\u00e9 pour longtemps la presse libertaire. Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la \u00ab propagande par le fait \u00bb n&rsquo;est donc plus \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, alors que les anarchistes fran\u00e7ais ont pour beaucoup d&rsquo;entre eux choisi la voie syndicale. S\u00e9bastien Faure et Jean Grave ont beau inviter les compagnons \u00e0 rejoindre les rangs de la jeune Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail n\u00e9e en 1895, il s&rsquo;en trouve quelques-uns pour refuser l&rsquo;anarcho-syndicalisme et lui pr\u00e9f\u00e9rer les exhortations du vieux ma\u00eetre Malatesta qui, en 1907 au congr\u00e8s d&rsquo;Amsterdam, rappelait aux \u00ab hommes libres \u00bb la puret\u00e9 du dogme : \u00ab L&rsquo;organisation ouvri\u00e8re, la gr\u00e8ve, la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;action directe, le boycottage, le sabotage et l&rsquo;insurrection elle-m\u00eame, ce ne sont l\u00e0 que des moyens. L&rsquo;anarchie est le but ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or le quotidien de beaucoup d&rsquo;anarchistes est fait de propagande sans r\u00e9elle influence et d&rsquo;actions modestes. La bonne volont\u00e9 ne manque pas mais l&rsquo;efficacit\u00e9 reste relative. Une jeune g\u00e9n\u00e9ration a lev\u00e9, plus impatiente, plus \u00e9nerv\u00e9e, \u00e9trang\u00e8re aux sp\u00e9culations intellectuelles et lasse des pol\u00e9miques st\u00e9riles. Elle pr\u00f4ne \u00ab l&rsquo;ill\u00e9galisme \u00bb, se rappelant les mots de Kropotkine : \u00ab Tout est bon pour nous, qui n&rsquo;est pas la l\u00e9galit\u00e9. \u00bb Le cambriolage devient un acte anarchiste.<\/p>\n<p><strong>Trahi par ses empreintes digitales<\/strong><\/p>\n<p>Au journal L&rsquo;Anarchie, install\u00e9 dans un pavillon de Romainville et que dirige Victor Kibaltchiche, quelques jeunes compagnons ont trouv\u00e9 un refuge occasionnel, leurs rapines suffisant \u00e0 peine \u00e0 payer l&rsquo;impression de ce magazine qui se vend mal. \u00c9douard Carouy, Raymond Callemin dit \u00ab la Science \u00bb, Octave Garnier, Ren\u00e9 Valet, Andr\u00e9 Soudy et Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 &#8211; parmi d&rsquo;autres &#8211; partagent une existence mis\u00e9rable et les m\u00eames aspirations \u00e0 un avenir meilleur. Mais, pour l&rsquo;heure, ils se contentent de petites combines jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 ils rencontrent un anarchiste lyonnais, plus \u00e2g\u00e9 qu&rsquo;eux, plus d\u00e9termin\u00e9 \u00e9galement, Jules Bonnot.<\/p>\n<p>Inqui\u00e9t\u00e9 par la police apr\u00e8s de multiples cambriolages, Bonnot est mont\u00e9 \u00e0 Paris en novembre 1911. Il est soup\u00e7onn\u00e9 \u00e9galement du meurtre d&rsquo;un camarade italien, Platano, avec lequel il voyageait. Comment a-t-il rencontr\u00e9 les jeunes gens de Romainville ? Nul ne le sait, mais ils vont ensemble commettre un premier forfait qui va stup\u00e9fier l&rsquo;opinion publique. Le 21 d\u00e9cembre 1911, rue Ordener dans le XVIII<sup>e<\/sup> arrondissement, quatre d&rsquo;entre eux attaquent un encaisseur de la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale qui est gravement bless\u00e9, et prennent la fuite \u00e0 bord d&rsquo;une voiture, emportant un maigre butin. C&rsquo;est le premier hold-up motoris\u00e9 de l&rsquo;Histoire !<\/p>\n<p align=\"left\">Jules poss\u00e8de d&rsquo;excellentes connaissances de m\u00e9canique et un art diabolique de la conduite, ce qui lui donne l&rsquo;id\u00e9e du hold-up motoris\u00e9.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite inform\u00e9e par ses indicateurs et une multitude de lettres anonymes, la police a des noms et recherche activement Carouy, soup\u00e7onn\u00e9 de se cacher \u00e0 Bobigny o\u00f9 le v\u00e9hicule du hold-up aurait \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u. Une premi\u00e8re perquisition permet d&rsquo;arr\u00eater quelques comparses, mais Carouy est introuvable. On tombe brutalement sur sa trace le 3 janvier 1912 \u00e0 Thiais. Dans la nuit, un vieillard et sa gouvernante ont \u00e9t\u00e9 sauvagement assassin\u00e9s et le service de l&rsquo;identit\u00e9 judiciaire a pu relever des traces digitales. Ce sont celles d&rsquo;\u00c9douard Carouy et d&rsquo;un certain Marius Metge. Le sous-chef du service de S\u00fbret\u00e9 de la pr\u00e9fecture de police, M. Jouin, charg\u00e9 de l&rsquo;enqu\u00eate, lance ses informateurs dans Paris et la banlieue, mais il lui faut vite d\u00e9chanter. Les \u00ab bandits en auto \u00bb se sont \u00e9vanouis dans la nature. Ce qu&rsquo;ignore la police, c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont d\u00e9sormais en Belgique o\u00f9 ils tentent de n\u00e9gocier les titres d\u00e9rob\u00e9s \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Ils vont y poursuivre leur \u00e9pop\u00e9e sanglante, assassinant un chauffeur d&rsquo;automobile \u00e0 Gand et blessant gri\u00e8vement un veilleur de nuit. De retour en France apr\u00e8s leur escapade belge, les \u00ab bandits en auto \u00bb refont parler d&rsquo;eux le 27 f\u00e9vrier en abattant en plein jour, devant la gare Saint-Lazare, un gardien de la paix qui voulait contr\u00f4ler le v\u00e9hicule \u00e0 bord duquel ils circulaient !<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/louis-juin.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2077\" title=\"Louis Jouin mort en avril 1912\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/louis-juin.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"148\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/louis-juin.jpg 296w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/louis-juin-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/><\/a><strong>Consigne polici\u00e8re : crever leurs pneus<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 force de filatures et de perquisitions dans les milieux anarchistes, les hommes de la S\u00fbret\u00e9 marquent des points, et le lendemain ils arr\u00eatent dans un garni de la rue de Nollet un certain Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9 par des lettres anonymes. Le m\u00eame jour, place Clichy, ils s&#8217;emparent de Jean De Bo\u00eb, soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;\u00eatre charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9couler les titres de la rue Ordener. Mais la police n&rsquo;a pas le temps de se r\u00e9jouir. Le 1<sup>er<\/sup> mars, une \u00e9tude de notaire \u00e0 Pontoise est attaqu\u00e9e, des coups de feu sont \u00e9chang\u00e9s et cette fois encore les bandits s&rsquo;enfuient en automobile. C&rsquo;est un nouveau camouflet pour le pr\u00e9fet de police L\u00e9pine qui doit se r\u00e9soudre \u00e0 publier un ordre de service r\u00e9v\u00e9lant toute son impuissance : \u00ab Toutes les fois que les chauffeurs d&rsquo;automobile chercheront \u00e0 se soustraire par la fuite \u00e0 la responsabilit\u00e9 qu&rsquo;ils auraient encourue, en raison de crimes ou d\u00e9lits, les agents ne devront pas h\u00e9siter \u00e0 crever, \u00e0 coups de sabre, les pneus de l&rsquo;automobile. \u00bb<\/p>\n<p>Les bonnes vieilles m\u00e9thodes polici\u00e8res sont donc sans efficacit\u00e9 face \u00e0 une bande d\u00e9termin\u00e9e qui a d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Comment poursuivre les \u00ab bandits en automobile \u00bb alors que la police ne dispose d&rsquo;aucun v\u00e9hicule motoris\u00e9 ? Comment mettre la main sur Carouy, sur Garnier, sur Bonnot, susceptibles de se cacher chez n&rsquo;importe quel compagnon? Quand commettront-ils leur prochain forfait? La r\u00e9ponse ne tarde pas, spectaculaire et violente.<\/p>\n<p>Le 25 mars, un premier message t\u00e9l\u00e9graphique avertit la S\u00fbret\u00e9 qu&rsquo;une automobile a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e sur la route de la for\u00eat de S\u00e9nart, pr\u00e8s de Montgeron, par cinq ou six individus qui ont abattu le chauffeur et bless\u00e9 son passager qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9 pour mort. Deux heures plus tard, un nouveau t\u00e9l\u00e9gramme pr\u00e9vient que les m\u00eames hommes ont attaqu\u00e9 la succursale de la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 Chantilly. Bilan de cette audacieuse op\u00e9ration: deux employ\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, un troisi\u00e8me est s\u00e9rieusement bless\u00e9.<\/p>\n<p>Les langues ont commenc\u00e9 de se d\u00e9lier et les \u00ab indics \u00bb de la pr\u00e9fecture ont jou\u00e9 leur r\u00f4le. Le 30 mars, le jeune Andr\u00e9 Soudy, qui aurait particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e sanglante de Chantilly, est \u00ab cueilli \u00bb \u00e0 Berck. Le 3 avril, c&rsquo;est Carouy, l&rsquo;assassin de Thiais, qui est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la gare de Loz\u00e8re (\u00e0 Palaiseau). Le 7 avril, Raymond la Science tombe \u00e0 son tour dans les mailles du filet. Le commissaire Jouin en est s\u00fbr, les autres ne sauraient tarder \u00e0 \u00eatre pris. Le 24 avril, un homme que les inspecteurs filent depuis plusieurs jours est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 M\u00e9nilmontant. Il s&rsquo;appelle Antoine Monier. Il \u00e9tait de l&rsquo;exp\u00e9dition de Chantilly et on l&rsquo;a vu se rendre \u00e0 plusieurs reprises chez un soldeur d&rsquo;Ivry. Le m\u00eame jour, le commissaire Jouin perquisitionne \u00e0 Ivry et tombe sur Jules Bonnot, qui se cachait l\u00e0. Bonnot est arm\u00e9 et n&rsquo;h\u00e9site pas une seconde ; il tue froidement le sous-chef de la S\u00fbret\u00e9, blesse un inspecteur et parvient \u00e0 s&rsquo;enfuir.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-2-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2076\" title=\"La mort de Bonnot dans la presse et dans Historia\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-2-640x480-247x299.jpg\" alt=\"\" width=\"125\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-2-640x480-247x299.jpg 247w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-2-640x480.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 125px) 100vw, 125px\" \/><\/a><strong>Une arm\u00e9e contre deux hommes<\/strong><\/p>\n<p>Le meurtre du commissaire Jouin, c&rsquo;est le crime de trop. Toutes les polices de France sont d\u00e9sormais sur les traces de Jules Bon\u00adnot. La S\u00fbret\u00e9 ne manque pas de pistes et surveille depuis plusieurs jours un garage de Choisy-le-Roi o\u00f9 Bonnot se serait r\u00e9fugi\u00e9. Quand les inspecteurs qui viennent s&rsquo;en assurer le 28 avril sont accueillis par des coups de feu, on est s\u00fbr de tenir enfin le dangereux criminel. Mais le pr\u00e9fet L\u00e9pine ne veut courir aucun risque et croit redorer son blason avec une capture exceptionnelle. Le garage de Choisy-le-Roi est aussit\u00f4t encercl\u00e9 par des centaines d&rsquo;hommes en arme qui ouvrent le feu. Bonnot s&rsquo;est retranch\u00e9 et refuse de se rendre. Plut\u00f4t que de prendre le garage d&rsquo;assaut, L\u00e9pine choisit&#8230; de le faire sauter \u00e0 la dynamite ! Des ruines fumantes on extrait le corps de Bonnot encore en vie ; il mourra peu apr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu.<\/p>\n<p>Des complices de Bonnot manquent encore Octave Garnier et Ren\u00e9 Valet. Les deux hommes se cachent dans une villa de Nogent-sur-Marne mais ils ont \u00e9t\u00e9 \u00ab log\u00e9s \u00bb par la S\u00fbret\u00e9 le 14 mai. Toutes les brigades de la pr\u00e9fecture affluent vers Nogent, des gardiens de la paix, mais aussi des gendarmes, des gardes r\u00e9publicains, jusqu&rsquo;\u00e0 une compagnie enti\u00e8re de zouaves du fort de Rosny. Plus de sept cents policiers et soldats pour s&#8217;emparer de deux malfaiteurs ! Et, comme \u00e0 Choisy-le-Roi, on utilise la dynamite pour faire exploser le repaire des deux anarchistes qui sont tu\u00e9s dans l&rsquo;explosion.<\/p>\n<p>Ceux qui ont r\u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la dynamite seront jug\u00e9s l&rsquo;ann\u00e9e suivante. Sur les vingt- deux pr\u00e9venus, quatre sont condamn\u00e9s \u00e0 mort : Andr\u00e9 Soudy, Antoine Monier, Raymond la Science et Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 ; ce dernier sera graci\u00e9 et envoy\u00e9 au bagne.<\/p>\n<p><strong>En 1910, \u00e0 Londres, Bonnot devient chauffeur au service de Sir Arthur Conan Doyle, le p\u00e8re de Sherlock Holmes !<\/strong><\/p>\n<blockquote><p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-3-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2078\" title=\"Les brigades du Tigre dans Historia Sp\u00e9cial\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-3-640x480-300x209.jpg\" alt=\"\" width=\"151\" height=\"105\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-3-640x480-300x209.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bonnot-3-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 151px) 100vw, 151px\" \/><\/a><strong>GROS PLAN SUR<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les brigades du Tigre<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce qu&rsquo;est notre police: un corps sans coh\u00e9sion, sans hi\u00e9rarchie, sans chef v\u00e9ritable, qui n&rsquo;est au fond qu&rsquo;un agr\u00e9gat de petits groupes autonomes, agissant en un cercle restreint, sans solidarit\u00e9, avec presque la haine du voisin. \u00bb Le juriste qui tient ces propos dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle r\u00e9sume bien l&rsquo;\u00e9tat de la police fran\u00e7aise \u00e0 la Belle \u00c9poque ou plut\u00f4t \u00ab des \u00bb polices, trop souvent tenues en \u00e9chec, et que Clemenceau, devenu pr\u00e9sident du Conseil en 1906 tout en conservant son portefeuille de l&rsquo;Int\u00e9rieur, veut r\u00e9former. Pour ce faire, il confie en janvier 1907 la direction de la S\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale (un service diff\u00e9rent de la S\u00fbret\u00e9 de la pr\u00e9fecture de police de Paris et dont les comp\u00e9tences territoriales sont nationales) \u00e0 C\u00e9lestin Hennion qui cr\u00e9e un Contr\u00f4le g\u00e9n\u00e9ral des services des recherches dans les d\u00e9partements, plac\u00e9 sous la direction de Jules S\u00e9bille, ancien directeur de la S\u00fbret\u00e9 lyonnaise. Surtout, pour assister l&rsquo;autorit\u00e9 judiciaire dans la recherche des criminels, un d\u00e9cret du 30 d\u00e9cembre 1907 cr\u00e9e douze brigades mobiles de police judiciaire, \u00e0 Paris, Lille, Caen, Nantes, Tours, Limoges, Bordeaux, Toulouse,<\/p>\n<p>Marseille, Lyon, Dijon et Ch\u00e2lons-sur-Marne. Plac\u00e9s sous l&rsquo;autorit\u00e9 des magistrats des cours d&rsquo;appel, les \u00ab mobilards \u00bb &#8211; ils sont 168 en tout &#8211; sont charg\u00e9s, conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;article 8 du Code d&rsquo;instruction criminelle, de \u00ab rechercher les crimes, les d\u00e9lits et les contraventions, en rassembler les preuves et en livrer les auteurs aux tribunaux qui ont en charge de les punir \u00bb. En quelques mois seulement, les Brigades mobiles, dot\u00e9es de moyens modernes, peuvent se flatter d&rsquo;un bilan \u00e9logieux que le journal Le Temps, qui ne m\u00e9nage pas son soutien au gouvernement, \u00e9tablit de la sorte en f\u00e9vrier 1909: pas moins de 2 695 arrestations dont celles de 65 meurtriers, 283 escrocs, 193 cambrioleurs, 10 faux-monnayeurs et 7 violeurs. Georges Clemenceau, qui a souhait\u00e9 la cr\u00e9ation de ces brigades mobiles, leur laissera, quelques ann\u00e9es plus tard, le surnom que lui a valu son attitude durant la Grande Guerre. Elles deviendront les Brigades du Tigre. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, les hommes de la l<sup>re<\/sup> brigade de Paris ne particip\u00e8rent que tr\u00e8s peu \u00e0 la traque de la bande \u00e0 Bonnot. C&rsquo;est la brigade de S\u00fbret\u00e9 de la pr\u00e9fecture de police, le 36 quai des Orf\u00e8vres, qui s&rsquo;en chargea.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Commentaire 1\u00a0:<\/span><\/strong> Le meurtre de trop. Louis-Juin, sous-chef de la S\u00fbret\u00e9, assassin\u00e9 par la bande le 24 avril 1912 au cours d&rsquo;une perquisition \u00e0 Ivry.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Commentaire 2\u00a0:<\/span><\/strong> La presse \u00e0 sensation. A la Belle-Epoque, le fait divers doit effrayer le bon bourgeois ou le bon peuple et les journaux pr\u00e9sentent souvent l&rsquo;ouvrier r\u00e9volt\u00e9 ou l&rsquo;anarchiste comme un \u00ab\u00a0apache\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire un criminel de droit commun. Certains journaux d\u00e9fendent d\u00e9j\u00e0 la police s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Commentaire 3\u00a0:<\/span><\/strong> La police tourn\u00e9e en d\u00e9rision. La lettre ironique d&rsquo;Octave Garnier, \u00e0 l&rsquo;attention de MM. Guichard et Cie, de la Pr\u00e9fecture de police, est adress\u00e9e au Matin pour insertion.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Commentaire 4\u00a0:<\/span><\/strong> Etat de si\u00e8ge. Dimanche 28 avril 1912. Pr\u00e8s de trente mille badauds contemplent le spectacle. La fusillade dure depuis des heures quand la d\u00e9cision est prise de recourir \u00e0 la dynamite. Bonnot se r\u00e9fugie entre deux matelas mais il est gri\u00e8vement bles\u00e9.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Commentaire 5\u00a0:<\/span><\/strong> Les \u00ab\u00a0Mobilards\u00a0\u00bb. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;affaire Bonnot, la police n&rsquo;\u00e9tait pas motoris\u00e9e\u00a0; elle dispose d\u00e9sormais de moyens les plus modernes\u00a0: t\u00e9l\u00e9graphe, t\u00e9l\u00e9phone, v\u00e9hicule De Dion-Bouton Panhard &amp; Levassor. Ici, la voiture blind\u00e9e de la brigade criminelle de la S\u00fbret\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le troisi\u00e8me article sur les criminels anarchistes du num\u00e9ro sp\u00e9cial d&rsquo;Historia consacr\u00e9, en mai &#8211; juin 2010, aux grands bandits de l&rsquo;Histoire ne brille gu\u00e8re par son originalit\u00e9. Renaud Thomazo connait pourtant son sujet\u00a0; Mort aux bourgeois, en 2007, \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 cette bande tragique dans laquelle \u00a0une jeune g\u00e9n\u00e9ration a vite fait, pour le plaisir [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[14],"tags":[862,2533,593,221,2540,222,225,2541,2536,2538,2534,73,2524,223,1145,2232,2525,121,2537,2531,2542,2526,2179,2535,187,329,2539,2527,82,1691,2509,852,2529,2528,2532,2530,227,224],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2074"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2074"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2074\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2074"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2074"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2074"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}