{"id":2024,"date":"2010-12-19T01:01:27","date_gmt":"2010-12-18T23:01:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2024"},"modified":"2010-12-18T12:19:08","modified_gmt":"2010-12-18T10:19:08","slug":"un-grand-bandit-de-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/12\/un-grand-bandit-de-lhistoire\/","title":{"rendered":"Un grand bandit de l&rsquo;Histoire ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-7-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2025\" title=\"L\\'honn\u00eate cambrioleur dans Historia Sp\u00e9cial, n125, mai-juin 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-7-640x480-219x300.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"211\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-7-640x480-219x300.jpg 219w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-7-640x480.jpg 469w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Est-il na\u00eff de consid\u00e9rer comme surprenante la pr\u00e9sence d&rsquo;anarchistes dans une revue de vulgarisation historique consacr\u00e9e justement aux <em>Grands bandits de l&rsquo;Histoire<\/em> et dont le seul but serait d&rsquo;impressionner \u00e0 peu de frais et \u00e0 grands renforts de st\u00e9r\u00e9otypes faciles le lecteur &#8211; acheteur\u00a0? Est-il vain de remarquer alors la faiblesse d\u00e9monstrative des articles \u00e9voquant trois figures de l&rsquo;ill\u00e9galisme, mises les unes apr\u00e8s les autres dans un ordre si peu chronologique\u00a0? L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de Ravachol pr\u00e9c\u00e8de celle du sanglant Bonnot qui laisse sa place au drolatique et fantasque Marius Jacob, dont on oublie une fois encore qu&rsquo;il se pr\u00e9nomme Alexandre quand il cambriole et Marius quand il devient marchand forain en bonneterie, \u00e0 Paris d&rsquo;abord puis dans le Val de Loire. Est-il utile de s&rsquo;acharner justement sur ce genre de papier qui, par une narration lin\u00e9aire, v\u00e9hicule les valeurs morales de notre bonne vieille soci\u00e9t\u00e9 consum\u00e9riste\u00a0?<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bandit peut faire peur par ses monstrueuses et insupportables atteintes \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Il peut faire fr\u00e9mir par le sang vers\u00e9 lorsque le malfrat n&rsquo;est pas asserment\u00e9 et agit pour de bien mat\u00e9rielles raisons. Mais le bandit peut para\u00eetre parfois sympathique lorsque ses victimes repr\u00e9sentent paradoxalement une autorit\u00e9 institu\u00e9e, centralisatrice et autoritaire. Le voleur est ainsi d&rsquo;autant plus aim\u00e9 du public, pass\u00e9 et pr\u00e9sent, qu&rsquo;il lie des actes sensationnels \u00e0 une verve joviale, caustique et \u00ab\u00a0dangereusement\u00a0\u00bb communicative. Et votre roublard de bandit &#8211; que l&rsquo;on se plait \u00e0 voir plus roublard que bandit au demeurant &#8211; appara\u00eetra alors plaisant, surprenant, attirant. L&#8217;empathie peut m\u00eame, au fil des lignes d\u00e9crivant les extraordinaires exploits &#8211; car ce ne sont plus des vols mais des exploits &#8211; chez tel \u00e9crivain nationalement et internationalement reconnu ou encore chez un minable mais n\u00e9anmoins fort riche bijoutier parisien, vous faire assimiler le dit voleur anarchiste \u00e0 ce h\u00e9ros litt\u00e9raire qu&rsquo;aurait imagin\u00e9 Maurice Leblanc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, l\u00e0 o\u00f9 Renaud Thomazo, pour le n\u00b0125 du magazine <em>Historia sp\u00e9cial<\/em> de mai-juin 2010, voit dans ces ill\u00e9galistes des \u00ab\u00a0tueurs\u00a0\u00bb froids,\u00a0 sanguinaires et sans scrupules, l&rsquo;article <em>Marius Jacob, le gentleman cambrioleur<\/em>, issu de la plume de l&rsquo;\u00e9minent universitaire corse Pascal Marchetti Lecca, donne une image totalement \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, laminant de facto la vulgarit\u00e9 populaire d&rsquo;un Ravachol et la violence aveugle d&rsquo;un Jules Bonnot. Et, bien que les illustrations soient soigneusement travaill\u00e9es, les lignes qui suivent ne brillent pas forc\u00e9ment par l&rsquo;excellence du propos tenu, sans mention des sources utilis\u00e9es qui plus est. Bien au contraire, ces lignes n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 multiplier les id\u00e9es re\u00e7ues sur l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob &#8230; sur le h\u00e9ros populaire Marius Jacob, associ\u00e9 bien \u00e9videmment \u00e0 son l\u00e9gendaire alter ego de papier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-special-n125-mai-juin-2010.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1770\" title=\"Historia Sp\u00e9cial, num\u00e9ro 125, mai-juin-2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-special-n125-mai-juin-2010.jpg\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"147\" \/><\/a><strong>Marius Jacob, gentleman cambrioleur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin du XIXe si\u00e8cle, cet \u00ab\u00a0ill\u00e9galiste pacifiste\u00a0\u00bb s&#8217;emploie \u00e0 d\u00e9pouiller \u00ab\u00a0ceux qui ne produisent rien [et qui] ont tout\u00a0\u00bb pour redistribuer son butin \u00e0 \u00ab\u00a0ceux qui produisent tout [et qui] n&rsquo;ont rien&rsquo;. Justicier autoproclam\u00e9, il \u00e9rige son id\u00e9alisme en morale libertaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Pascal Marchetti-Leca. <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u00a0\u00bbai vu le monde, il n&rsquo;est pas beau ! \u00bb La laideur de la soci\u00e9t\u00e9, effectivement, il l&rsquo;a vite d\u00e9couverte, Alexandre Marius Jacob. N\u00e9 le 29 septembre 1879, \u00e0 Marseille, d&rsquo;un \u00ab matamore de bistrots \u00bb, qui l\u00e8ve plus volontiers le coude qu&rsquo;il ne vaque \u00e0 ses affaires, et d&rsquo;une m\u00e8re qui va de d\u00e9boires familiaux en faillites commerciales recommenc\u00e9es, la vie n&rsquo;est a priori pas pour lui sourire. Il n&#8217;emp\u00eache. Ses parents r\u00eavent pour leur fils d&rsquo;un avenir moins hostile et, loin de la dangereuse promiscuit\u00e9 que la la\u00efque du quartier du Panier impose \u00e0 ses potaches, ils l&rsquo;inscrivent chez les fr\u00e8res des \u00c9coles chr\u00e9tiennes. Bien leur en prend. Joseph et Marie-\u00c9lisabeth se f\u00e9liciteront, en effet, d&rsquo;avoir triomph\u00e9 de la suspicion en laquelle ils tiennent ordinairement les porte- soutane: \u00e0 11 ans, fort d&rsquo;une dispense d&rsquo;\u00e2ge, Alexandre Marius d\u00e9croche son certificat d&rsquo;\u00e9tudes. Ses professeurs l&rsquo;encouragent \u00e0 poursuivre. C&rsquo;est l\u00e0 sans compter avec la d\u00e9couverte de Jules Verne et la proximit\u00e9 des&#8230; docks ! L&rsquo;\u00ab appel du large \u00bb sera plus fort que les doctes recommandations. D&rsquo;autant que le hasard s&rsquo;en m\u00eale. Place Saint-Michel o\u00f9 il se distrait, le gar\u00e7onnet ne renonce-t-il pas au jeu pour venir en aide \u00e0 un inconnu ployant sous son barda? Or, le passant n&rsquo;est autre que M. Martinaud &#8230; capitaine d&rsquo;armement \u00e0 la compagnie Freycinet. Trois semaines plus tard Alexandre Marius embarque comme mousse sur le Thibet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ce satan\u00e9 commissaire Fabre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seulement voil\u00e0, il y a loin de la soif d&rsquo;exotisme \u00e0 l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 du quotidien : labeur \u00e9reintant, officiers arrogants, \u00e9quipage rustaud, promiscuit\u00e9 conflictuelle, escales pitoyables&#8230; De courrier en courrier (Ville-de-La-Ciotat, Alix, Suzanne-et-Marie&#8230;), le novice timonier continue se cramponne aux chim\u00e8res. En vain. Terrass\u00e9 par \u00ab les fi\u00e8vres \u00bb contract\u00e9es \u00e0 Dakar, on le d\u00e9barque, plus mourant que vaillant. C&rsquo;en est fini de la marine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du coup, sit\u00f4t remis sur pied, il envisage de changer la soci\u00e9t\u00e9 : \u00ab Ce qui m&rsquo;a r\u00e9pugn\u00e9, c&rsquo;est de suer sang et eau pour l&rsquo;aum\u00f4ne d&rsquo;un salaire, c&rsquo;est de cr\u00e9er des richesses dont j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 frustr\u00e9. En un mot, il m&rsquo;a r\u00e9pugn\u00e9 de me livrer \u00e0 la prostitution du travail. La mendicit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;avilissement, la n\u00e9gation de toute dignit\u00e9 \u00bb, justifiera-t-il, plus tard. Pour l&rsquo;heure, il verse apprenti typographe, fr\u00e9quente les cercles anarchistes de la cit\u00e9 phoc\u00e9enne et pr\u00eate sa fougue \u00e0 un journal de propagande, L&rsquo;Agitateur. Mais, confiant \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s, il tombe dans les rets d&rsquo;un mouchard et, impliqu\u00e9 dans une affaire de d&rsquo;explosifs, il \u00e9cope de six mois de r\u00e9clusion. Sa peine purg\u00e9e, il quitte la prison Chave en avril 1898. Pour autant, il reste fich\u00e9 et, dans la mesure o\u00f9 elle ne le l\u00e2che pas, la police lui confisque tout espoir de r\u00e9insertion. Ce satan\u00e9 commissaire Fabre n&rsquo;use-t-il pas des moyens les plus dissuasifs pour que ses employeurs successifs lui donnent cong\u00e9?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2026\" title=\"Pacsal Marchetti-Lecca\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-2-203x300.jpg\" alt=\"\" width=\"101\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-2-203x300.jpg 203w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-2.jpg 336w\" sizes=\"(max-width: 101px) 100vw, 101px\" \/><\/a><a name=\"bookmark0\"><strong>Le premier gros coup : 400 000 francs-or<\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisqu&rsquo;on lui refuse de vivre et de travailler l\u00e9galement, il ne lui reste plus qu&rsquo;\u00e0&#8230; refaire les lois. Il devient anarchiste. Sa religion est faite : \u00ab Puisque les bombes font peur au peuple, volons les bourgeois et redistribuons aux pauvres ! \u00bb La carri\u00e8re d&rsquo;\u00ab entrepreneur de d\u00e9molition \u00bb, dans laquelle il s&rsquo;engouffre semble coller au mieux \u00e0 son incorruptible logique. L&rsquo;\u00ab ill\u00e9galisme pacifiste \u00bb devient son cheval de bataille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 31 mars 1899, l&rsquo;Insoumis ouvre les hostilit\u00e9s contre une soci\u00e9t\u00e9 qui se compla\u00eet \u00e0 le marginaliser. Il saute dans un uniforme d&rsquo;inspecteur de police et, flanqu\u00e9 de deux comp\u00e8res, d\u00e9boule rue du Petit-Saint-Jean, chez le commissionnaire du mont-de-pi\u00e9t\u00e9. Le sieur Gille n&rsquo;oppose aucune r\u00e9sistance \u00e0 ce trio : dare-dare, il ouvre livres de comptes&#8230; et coffres-forts! Les repr\u00e9sentants de l&rsquo;ordre dressent, comme il se doit, un inventaire d\u00e9taill\u00e9 des objets en d\u00e9p\u00f4t sur un papier frapp\u00e9 du sceau pr\u00e9fectoral. Ils r\u00e9quisitionnent les pi\u00e8ces \u00e0 conviction, passent les menottes au suspect, le conduisent au palais de justice et poussent le z\u00e8le jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accompagner devant le bureau du procureur o\u00f9, pr\u00e9venant toute vell\u00e9it\u00e9 de fuite par l&rsquo;intimidation, ils le prient de faire antichambre! Puis, le plus sereinement du monde, ils s&rsquo;esquivent&#8230; en emportant un butin \u00e9valu\u00e9 \u00e0 400 000 francs-or.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La France enti\u00e8re fera des gorges chaudes d&rsquo;une supercherie annonciatrice d&rsquo;un genre qu&rsquo;un \u00ab Robin des Bois de la Belle \u00c9poque \u00bb vient d&rsquo;inaugurer&#8230; Balanc\u00e9 \u00bb par son complice Morel, Marius Jacob est arr\u00eat\u00e9. Mais, pour \u00e9viter les cinq ann\u00e9es de r\u00e9clusion auxquelles il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par contumace, il simule des hallucinations mystiques qui lui valent un authentique internement \u00e0 l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s, dont il s&rsquo;\u00e9vadera dans la nuit du 18 au 19 avril 1900. Il se r\u00e9fugie \u00e0 S\u00e8te chez un anarchiste ami de Santo Jeronimo Caserio &#8211; qui, le 24 juin 1894, \u00e0 Lyon, a assassin\u00e9 le pr\u00e9sident Carnot &#8211; et organise d\u00e8s lors sa premi\u00e8re bande de cambrioleurs, les Travailleurs de la nuit, \u00e0 laquelle il assigne d&rsquo;incontournables principes : proscription du meurtre s&rsquo;il n&rsquo;est motiv\u00e9 par la l\u00e9gitime d\u00e9fense, d\u00e9signation des victimes parmi les seuls \u00ab parasite[s] soci[aux] \u00bb, affectation d&rsquo;une partie du butin \u00e0 des \u0153uvres de propagande ou \u00e0 des fr\u00e8res de lutte qui se trouvent dans la g\u00eane. Ses cibles, les potentats \u00e9tablis : l&rsquo;hermine, la soutane, l&rsquo;uniforme, les capitaux. Son champ de bataille favori, les parquets lambriss\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un petit billet d&rsquo;excuses \u00e0 Pierre Loti<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa prouesse, le cambriolage \u00e9rig\u00e9 en science, par le biais de mille et une astuces et bi- douillages. Son id\u00e9e fixe, la croisade contre la classe dominante et, \u00ab le plus inique de tous les vols \u00bb, la propri\u00e9t\u00e9 individuelle. \u00ab Le vol, c&rsquo;est la restitution, la reprise de possession. Plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre clo\u00eetr\u00e9 dans une usine, comme dans un bagne, plut\u00f4t que mendier ce \u00e0 quoi j&rsquo;avais droit, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 m&rsquo;insurger et combattre pied \u00e0 pied mes en nemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens [&#8230;] \u00bb, ins\u00e9rera-t-il dans le bimensuel libertaire Germinal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacob a le sens de l&rsquo;humour. Aussi se pla\u00eet-il \u00e0 signer ses m\u00e9faits d&rsquo;une carte au nom d&rsquo;Attila. Parfois il se ravise pour laisser 10000 francs-or \u00e0 une marquise cribl\u00e9e de dettes&#8230; qu&rsquo;il croyait ponctionner! Et sit\u00f4t qu&rsquo;en Julien Viaud, le capitaine de fr\u00e9gate qu&rsquo;il choisit de \u00ab visiter \u00bb, il reconna\u00eet l&rsquo;\u00e9crivain Pierre Loti, il remet tout en place et griffonne un de ces mots dont il a le secret : \u00ab Ayant p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 chez vous par erreur, je ne saurais rien prendre \u00e0 qui vit de sa plume. Tout travail m\u00e9rite salaire. Attila. &#8211; P. S. Ci-joint, dix francs pour la vitre bris\u00e9e et le volet endommag\u00e9. \u00bb Autant d&rsquo;anecdotes dont &#8211; quoi qu&rsquo;il s&rsquo;en d\u00e9fende &#8211; Maurice Leblanc saura se souvenir pour esquisser, en 1905, la silhouette de son \u00ab gentleman cambrioleur \u00bb, Ars\u00e8ne Lupin, qui doit lui- m\u00eame son nom \u00e0 un conseiller municipal de Paris ! Entre 1900 et 1903, Jacob et ses hommes commettent plus de cent cinquante cambriolages, tant en province qu&rsquo;\u00e0 Paris et m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger : \u00ab Je faisais de la d\u00e9centralisation ! \u00bb ironisera-t-il. Le 21 avril 1903, une op\u00e9ration men\u00e9e dans la Somme tourne au drame. L&rsquo;agent Pruvost trouve la mort au cours de la fusillade qui \u00e9clate \u00e0 la gare de Pont-R\u00e9my. Jacob et ses acolytes sont arr\u00eat\u00e9s : la \u00ab bande d&rsquo;Abbeville \u00bb est d\u00e9mantel\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Condamn\u00e9 au bagne, dont il tentera de s&rsquo;\u00e9vader dix-sept fois, Jacob apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9 en m\u00e9tropole quitte Fresnes le 30 d\u00e9cembre 1927. Apr\u00e8s quelques petits boulots, il devient marchand forain en 1931. Il renoncera \u00e0 cette ultime reconversion pour solder un dernier compte : le sien. Le 28 ao\u00fbt 1954, il s&rsquo;injecte une dose de morphine. Sur la table, un dernier mot : \u00ab Linge lessiv\u00e9, rinc\u00e9, s\u00e9ch\u00e9 mais pas repass\u00e9. J&rsquo;ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de ros\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la paneterie. \u00c0 votre sant\u00e9 ! \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Encadr\u00e9 1\u00a0:<\/span><\/strong> Mod\u00e8le. Quand il cr\u00e9e, en 1905, son personnage d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, l&rsquo;\u00e9crivain Maurice Leblanc se d\u00e9fend de s&rsquo;\u00eatre inspir\u00e9 de Marius Jacob et de ses exploits, malgr\u00e9 de grandes similitudes. En 1953, l&rsquo;ancien voleur fera ce commentaire\u00a0: \u00ab\u00a0Cet Ars\u00e8ne Lupin [&#8230;] a du courage, de l&rsquo;imagination &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Encadr\u00e9 2\u00a0:<\/span><\/strong> Professeur de lettres \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Corse, il est notamment coauteur de <em>Voleurs de feu\u00a0: moments de gr\u00e2ce dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em> (Flammarion, 2007).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Encadr\u00e9 3\u00a0:<\/span><\/strong> Embarquement pour la Guyane. Le 22 mars 1905, Alexandre Marius Jacob est condamn\u00e9 \u00e0 la d\u00e9tention \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par le tribunal d&rsquo;Amiens. D\u00e9port\u00e9 aux \u00eeles du Salut, il va, sous le matricule 34777, y s\u00e9journer jusqu&rsquo;en 1925. Sa peine commu\u00e9e en cinq ans de prison en m\u00e9tropole, il est finalement lib\u00e9r\u00e9 en d\u00e9cembre 1927.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Encadr\u00e9 4\u00a0:<\/span><\/strong> Reconversion. Lib\u00e9r\u00e9, Jacob s&rsquo;inscrit comme marchand forain d&rsquo;abord\u00a0 dans la r\u00e9gion parisienne avant de s&rsquo;installer d\u00e9finitivement \u00e0 Reuilly dans l&rsquo;Indre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Encadr\u00e9 5\u00a0:<\/span><\/strong> Alexandre devient Marius. Jacob choisit, une fois devenu forain, de ne retenir que son second pr\u00e9nom. Motif invoqu\u00e9 (ou pr\u00eat\u00e9)\u00a0: Marius est plus court qu&rsquo;Alexandre, ce qui co\u00fbte moins cher pour faire imprimer les cartes de visite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Encadr\u00e9 6\u00a0:<\/span><\/strong> Dans un de ses textes paru en 1905, il s&rsquo;adresse aux juges\u00a0: \u00ab\u00a0A-t-on jamais vu un rentier se faire cambrioleur\u00a0? J&rsquo;avoue ne pas en conna\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"left\">\n<p align=\"left\">\n<p align=\"left\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Est-il na\u00eff de consid\u00e9rer comme surprenante la pr\u00e9sence d&rsquo;anarchistes dans une revue de vulgarisation historique consacr\u00e9e justement aux Grands bandits de l&rsquo;Histoire et dont le seul but serait d&rsquo;impressionner \u00e0 peu de frais et \u00e0 grands renforts de st\u00e9r\u00e9otypes faciles le lecteur &#8211; acheteur\u00a0? 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