{"id":2020,"date":"2010-10-26T01:46:41","date_gmt":"2010-10-25T23:46:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2020"},"modified":"2010-08-13T09:47:00","modified_gmt":"2010-08-13T07:47:00","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-24","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-24\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 24"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-rl-4-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2021\" title=\"Nacavant par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-rl-4-640x480-191x300.jpg\" alt=\"\" width=\"113\" height=\"177\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-rl-4-640x480-191x300.jpg 191w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-rl-4-640x480.jpg 409w\" sizes=\"(max-width: 113px) 100vw, 113px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>\u00c0 ces mots la discussion prit fin. La porte s&rsquo;ouvrit et le capitaine de gendarmerie vint commander \u00e0 ses sous-ordres de m&#8217;emmener. Il marcha en t\u00eate. Nous n&rsquo;all\u00e2mes pas bien loin, \u00e0 quelques pas de l\u00e0, dans le bureau de M. Challet, je crois. C&rsquo;\u00e9tait pour me faire subir un premier interrogatoire. L\u00e0 se trouvait r\u00e9unie une bande d&rsquo;individus \u00e0 mines sinistres et suspectes. De prime abord, je fus peu rassur\u00e9. Oubliant que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 fouill\u00e9 et que tout ce que je poss\u00e9dais m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 saisi, d&rsquo;instinct, je portais mes mains aux poches. \u00c0 voir l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance et le confortable de leur accoutrement, leur physionomie patibulaire, mais pleine de sant\u00e9, on devinait de ces sortes de gens qui font profession de vivre aux d\u00e9pens des travailleurs.<!--more--><\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9taient : M. le procureur, son chien M. le substitut, M. le maire dit Shylock, M. le juge d&rsquo;instruction et son greffier, M. de-ci, M. de-l\u00e0 ; puis un tas de larbins \u00e0 ne pouvoir s&rsquo;en faire une id\u00e9e : des gendarmes, des flics, des employ\u00e9s de la gare, de l&rsquo;octroi, de la douane, de la mairie, de la sous-pr\u00e9fecture voire m\u00eame ceux des pompes fun\u00e8bres. Les uns \u00e9taient assis, les autres debout. Seul le juge d&rsquo;instruction se promenait devant la table o\u00f9 \u00e9tait assis son aimable greffier, \u00e0 grandes enjamb\u00e9es, comme un homme qui subit 40 degr\u00e9s de fi\u00e8vre. D\u00e8s que la porte se fut referm\u00e9e sur moi :<\/p>\n<p>&#8211; Veuillez me dire votre \u00e9tat civil, me dit-il tout en continuant d&rsquo;arpenter le bureau. (La fi\u00e8vre ! vous dis-je.)<\/p>\n<p>Certes, photographi\u00e9, mensur\u00e9 dans plusieurs villes de France, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, j&rsquo;\u00e9tais s\u00fbr que l&rsquo;on d\u00e9couvrirait qui j&rsquo;\u00e9tais ; aussi me donnai-je le faux nom que je portais alors pour que l&rsquo;on ignor\u00e2t mon v\u00e9ritable nom pendant les quelques jours que dureraient les recherches afin que je pusse combiner et ex\u00e9cuter une \u00e9vasion. C&rsquo;est l\u00e0 chose assez facile dans ces petites prisons de sous-pr\u00e9fectures et j&rsquo;aurais certainement r\u00e9ussi si je n&rsquo;avais eu affaire qu&rsquo;au gardien-chef, ce Napol\u00e9on de la b\u00eatise ; mais le procureur et le juge d&rsquo;instruction s&rsquo;en m\u00eal\u00e8rent et mon projet tomba \u00e0 vau-l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>&#8211; Escande Georges, n\u00e9 \u00e0 S\u00e8te, le&#8230;, etc., lui r\u00e9pondis-je en lui d\u00e9taillant mon pseudo-\u00e9tat civil.<br \/>\n&#8211; Vous \u00eates inculp\u00e9 de meurtre, tentative de meurtre et vol qualifi\u00e9, reprit-il lorsque le greffier eut \u00e9crit ma r\u00e9ponse. Qu&rsquo;avez-vous \u00e0 r\u00e9pondre ? ajouta-t-il en marchant toujours.<br \/>\n&#8211; Que j&rsquo;ai soif.<br \/>\n&#8211; Vous ne r\u00e9pondez pas \u00e0 la question.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est possible ; mais un verre de lait ou un bol de bouillon feraient bien mieux mon affaire que toutes vos questions.<br \/>\n&#8211; Signez-vous ? reprit-il apr\u00e8s avoir dict\u00e9 mot \u00e0 mot ma pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9ponse au greffier.<br \/>\n-Non.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est bien.<\/p>\n<p>Et presque aussit\u00f4t, je sortis accompagn\u00e9 de tout ce monde.<\/p>\n<p>&#8211; Les chasseurs sont-ils pr\u00eats ? demanda le procureur au capitaine de gendarmerie.<br \/>\n&#8211; Oui, monsieur. On n&rsquo;attend plus que vos ordres.<br \/>\n&#8211; Bien. Disposez-les pour le d\u00e9part.<\/p>\n<p>Quelques minutes apr\u00e8s nous entend\u00eemes les chevaux caracoler sur le pav\u00e9, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la gare, et la foule crier et jurer contre leur intervention. Il y avait vingt-quatre chasseurs \u00e0 cheval formant le carr\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire six sur chaque c\u00f4t\u00e9. Le capitaine de gendarmerie, flamberge au vent, marchait en t\u00eate, accompagn\u00e9 de plusieurs sous-officiers de cavalerie. Moi, P\u00e9lissard et toute la bande de larbins que j&rsquo;ai nomm\u00e9e tant\u00f4t pr\u00eemes place au milieu du carr\u00e9 afin d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9s contre les intentions malveillantes de la population. Ce fut \u00e0 ce moment que les alambics donn\u00e8rent le plus de vocif\u00e9rations. Ah ! mes enfants ! quel vacarme ! quel tohu-bohu ! Sur tous les tons et dans tous les timbres depuis la voix aigu\u00eb et gr\u00eale des enfants jusqu&rsquo;\u00e0 la note rauque et grave des hommes en passant par le son fl\u00fbt\u00e9 des femmes, les \u00abA mort ! A l&rsquo;eau! A la guillotine !\u00bb ne ralentirent plus un instant de la gare jusqu&rsquo;\u00e0 la prison. Il fallait voir cette sc\u00e8ne ! C&rsquo;\u00e9tait pire que la r\u00e9ception de Mirbeau et Pressur\u00e9 \u00e0 Toulouse, o\u00f9 j&rsquo;ai re\u00e7u une fameuse tripot\u00e9e entre parenth\u00e8ses. Tous ces cris, ces hurlements \u00e9taient accompagn\u00e9s de gestes, de menaces, de branlements de bras : on aurait dit que tous ces corps subissaient une secousse de tremblement de terre. Toute cette foule suivait le cort\u00e8ge en cherchant de franchir les barri\u00e8res form\u00e9es par les chevaux, se rapprochant, s&rsquo;\u00e9loignant en ondulation comme une mer houleuse ; en se heurtant, se bousculant, se croisant, tombant \u00e0 terre, se pi\u00e9tinant m\u00eame, quitte \u00e0 se relever pour crier de plus belle : \u00abA mort ! A la guillotine ! A l&rsquo;eau !\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00c0 l&rsquo;eau !\u00bb Ce cri domina tous les autres lorsque nous pass\u00e2mes sur le pont du canal et sur celui de la Somme. Mani\u00e8re de nous faire prendre un bain et de nous masser ensuite. Quelle sollicitude !<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Nous rappelons qu&rsquo;on peut se procurer \u00e0 GERMINAL les num\u00e9ros parus des \u00ab\u00a0Souvenirs de Jacob\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) \u00c0 ces mots la discussion prit fin. La porte s&rsquo;ouvrit et le capitaine de gendarmerie vint commander \u00e0 ses sous-ordres de m&#8217;emmener. Il marcha en t\u00eate. Nous n&rsquo;all\u00e2mes pas bien loin, \u00e0 quelques pas de l\u00e0, dans le bureau de M. 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