{"id":2008,"date":"2010-10-20T01:41:00","date_gmt":"2010-10-19T23:41:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2008"},"modified":"2010-08-13T09:41:20","modified_gmt":"2010-08-13T07:41:20","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-18","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-18\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 18"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1993\" title=\"Nacavant boit par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"223\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480-300x198.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 223px) 100vw, 223px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>L&rsquo;incendie r\u00e9duisit plusieurs villes en un amas de ruines et de cendres. Soldats et officiers, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre vautr\u00e9s dans des orgies d&rsquo;assassins en d\u00e9lire, emplirent leurs sacs et leurs valises d&rsquo;or, d&rsquo;argent et de pierres pr\u00e9cieuses. Or les f\u00eates qui eurent lieu \u00e0 Abbeville ne furent que l&rsquo;apologie de ces actes ; de sorte que lorsque le peuple criait : \u00abVive Courbet ! Vive la France !\u00bb, cela voulait dire : vive le vol, vive le pillage, vive le viol, vive l&rsquo;incendie, vive l&rsquo;assassinat. C&rsquo;est l\u00e0, ce me semble, un raisonnement d&rsquo;une logique indiscutable.<!--more--><\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, en supposant que Courbet e\u00fbt v\u00e9cu plus longtemps et que quelques mois apr\u00e8s son retour de Chine, le peuple se f\u00fbt r\u00e9volt\u00e9, il aurait tout aussi bien fait fusiller, sabrer et mitrailler les ouvriers fran\u00e7ais, tout comme il venait de le faire pour les ouvriers chinois.<\/p>\n<p>Le propre du militaire, c&rsquo;est de tuer, de tuer encore, de tuer toujours. Comme on le r\u00e9p\u00e8te bien des fois, l&rsquo;arm\u00e9e n&rsquo;est autre chose que l&rsquo;\u00e9cole du crime. A l&rsquo;atelier on apprend la serrurerie, la cordonnerie, la couture ; \u00e0 l&rsquo;usine, l&rsquo;art de tisser, de fondre, de forger ; au chantier, \u00e0 ma\u00e7onner, \u00e0 charpenter, \u00e0 terrasser ; aux champs enfin, \u00e0 labourer, semer, moissonner, r\u00e9colter, vendanger : dans tous les lieux on apprend \u00e0 travailler, \u00e0 produire, \u00e0 se rendre utile, mais \u00e0 la caserne on n&rsquo;apprend qu&rsquo;\u00e0 assassiner.<\/p>\n<p>Ainsi, Courbet \u00e9tait un chef de brigands, d&rsquo;assassins. Cela ne peut faire l&rsquo;ombre d&rsquo;un doute pour quiconque sait lire : les journaux de l&rsquo;\u00e9poque sont l\u00e0 pour confirmer mes dires. Cependant, en 1885, le peuple de France en g\u00e9n\u00e9ral et notamment les Abbevillois s&rsquo;\u00e9poumon\u00e8rent \u00e0 crier : \u00abVive Courbet ! Vive l&rsquo;exp\u00e9dition de Chine !\u00bb<\/p>\n<p>Dix-huit ans plus tard, en 1903, trois r\u00e9volt\u00e9s vont faire l&rsquo;assaut d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9. D\u00e9rang\u00e9s, ils se retirent. Deux chiens de garde au service du propri\u00e9taire courent \u00e0 leur poursuite. Les ennemis se rencontrent, se battent et les r\u00e9volt\u00e9s tuent les agents. De nouveau poursuivis, deux sont arr\u00eat\u00e9s et sur leur passage, la foule de crier : \u00abA mort ! A la guillotine !&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Comment expliquer cet illogisme sinon par la mis\u00e8re, l&rsquo;ignorance des pauvres et la f\u00e9rocit\u00e9, l&rsquo;\u00e9go\u00efsme des riches : des cr\u00e2nes vides d&rsquo;une part, des c\u0153urs dess\u00e9ch\u00e9s de l&rsquo;autre. Et puis, faut-il le dire, ce jour-l\u00e0, l&rsquo;effervescence de la foule avait une autre cause encore. Depuis 8 heures du matin, heure \u00e0 laquelle toute la population abbevilloise apprit le drame, tout ce monde bistouillait \u00e0 qui mieux mieux. Voici comment je me fais une id\u00e9e de la chose.<\/p>\n<p>Comme une tra\u00een\u00e9e de poudre la nouvelle arrive ; puis comme une tache d&rsquo;huile, elle s&rsquo;\u00e9tend, s&rsquo;agrandit, s&rsquo;\u00e9parpille. De-ci de-l\u00e0 des groupes se forment : on jase, on commente, on discute ; c&rsquo;est la question du jour, le m\u00eame mot est sur toutes les l\u00e8vres : le crime de Pont-R\u00e9my. En parlant, on attrape soif : on boit donc&#8230;<\/p>\n<p>A 1o heures une fausse nouvelle annonce notre arrestation. Quelle joie ! c&rsquo;est du d\u00e9lire : on va pouvoir regarder l&rsquo;assassin. Et aussit\u00f4t, Paul de quitter l&rsquo;usine, Pierre l&rsquo;atelier&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; On les m\u00e8nera en voiture, par la route, dit Pierre.<br \/>\n&#8211; Non, r\u00e9pond un autre. On les conduira en chemin de fer.<\/p>\n<p>Et, partag\u00e9e entre ces deux opinions, la foule se s\u00e9pare en deux parties. L&rsquo;une va aux abords de la gare ; l&rsquo;autre, aux confins d&rsquo;Abbeville, sur la route, \u00e0 port\u00e9e d&rsquo;un mastroquet.<\/p>\n<p>Pendant l&rsquo;attente les langues vont leur train, les gosiers se s\u00e8chent : on boit encore&#8230;<\/p>\n<p>\u00c0 midi, un bicycliste crott\u00e9 jusqu&rsquo;aux oreilles arrive par la route et annonce la nouvelle de mon arrestation.<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est-y vrai, cette fois ? demande un incr\u00e9dule.<br \/>\n&#8211; Si c&rsquo;est vrai ! Je l&rsquo;ai vu, vu comme je vous vois.<br \/>\n&#8211; Oh alors ! il va bient\u00f4t arriver.<\/p>\n<p>Et tous en ch\u0153ur de r\u00e9p\u00e9ter:<\/p>\n<p>&#8211; Il va bient\u00f4t arriver.<br \/>\n&#8211; Dis donc Fran\u00e7ois ? Si qu&rsquo;on s&rsquo;enfilerait encore une bistouille en attendant&#8230; j&rsquo;ai soif, moi, et toi ?<br \/>\n&#8211; J&rsquo;allais te le dire, mon vieux !<\/p>\n<p>Et tous deux, bras dessus bras dessous, s&rsquo;en vont bistouiller. Presque tous les imitent. Les cabarets s&#8217;emplissent.<\/p>\n<p>Un moment apr\u00e8s, une femme entre, deux gosses pendus \u00e0 son tablier.<\/p>\n<p>&#8211; Ben ! Fran\u00e7ois ! t&rsquo;as pas honte de boire ton argent ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on mangera?&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrier d\u00e9j\u00e0 allum\u00e9, titubant presque :<\/p>\n<p>&#8211; Viens donc trinquer avec nous, h\u00e9 ! vieille garce !<\/p>\n<p>Soumise, contente m\u00eame, la garce, les narines dilat\u00e9es par les puantes \u00e9vaporations des alcools, entre, se fait servir et, d&rsquo;un trait avale le poison&#8230;<\/p>\n<p>Dix minutes ensuite, les deux gosses press\u00e9s par un m\u00eame besoin :<\/p>\n<p>&#8211; M&rsquo;man ! j&rsquo;ai faim, implorent-ils \u00e0 l&rsquo;unisson.<br \/>\n&#8211; Taisez-vous, nom de Dieu ! On mange pas \u00e0 toutes les heures, peut-\u00eatre. On n&rsquo;est pas des ministres, quoi ! Du pain ? Vous en aurez ce soir.<\/p>\n<p>Oui, ce soir&#8230; s&rsquo;il reste de l&rsquo;argent.<\/p>\n<p>Puis, plus douce, les embrassant tous deux :<\/p>\n<p>&#8211; Allez vous amuser avec les autres, allez.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t, l\u00e9gers comme deux moineaux \u00e0 qui on ouvre la cage, les voil\u00e0 qui partent, rapides, se frayant un passage \u00e0 travers la for\u00eat de jambes des consommateurs, allant passer l&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 se rouler dans la boue de la rue ou \u00e0 s&rsquo;\u00e9battre dans l&rsquo;herbe des fortifs, le ventre creux, jouant, riant, se culbutant, s&rsquo;\u00e9gratignant parfois avec de pauvres gosses aussi malheureux qu&rsquo;eux.<\/p>\n<p>Pendant ce temps on bavarde ferme \u00e0 l&rsquo;estaminet.<\/p>\n<p>&#8211; Comment qu&rsquo;il a tu\u00e9 ? demande l&rsquo;un.<br \/>\n&#8211; Avec un poignard, lui r\u00e9pond son voisin.<br \/>\n&#8211; Non ! c&rsquo;est pas vrai, s&rsquo;\u00e9crie un autre, attabl\u00e9 plus loin, qui a entendu le propos. C&rsquo;est avec un revolver.<br \/>\n&#8211; T&rsquo;es s\u00fbr ?&#8230; D&rsquo;abord qui te l&rsquo;a dit \u00e0 toi ? L&rsquo;as-tu vu ? r\u00e9plique le buveur contredit.<\/p>\n<p>Et, lanc\u00e9e sur ce terrain, la discussion continue en disputes pour des riens.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Nous rappelons qu&rsquo;on peut se procurer \u00e0 GERMINAL les num\u00e9ros parus des \u00ab\u00a0Souvenirs de Jacob\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) L&rsquo;incendie r\u00e9duisit plusieurs villes en un amas de ruines et de cendres. Soldats et officiers, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre vautr\u00e9s dans des orgies d&rsquo;assassins en d\u00e9lire, emplirent leurs sacs et leurs valises d&rsquo;or, d&rsquo;argent et de pierres pr\u00e9cieuses. 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