{"id":2006,"date":"2010-10-19T01:40:28","date_gmt":"2010-10-18T23:40:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2006"},"modified":"2010-08-13T09:40:52","modified_gmt":"2010-08-13T07:40:52","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-17","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-17\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 17"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/leon-pelissard-par-herel.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2007\" title=\"L\u00e9on P\u00e9lissard par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/leon-pelissard-par-herel-212x300.gif\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"210\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/leon-pelissard-par-herel-212x300.gif 212w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/leon-pelissard-par-herel.gif 430w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est bien vous qui m&rsquo;avez pay\u00e9 les consommations avec une pi\u00e8ce en or de 10 francs, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n<p>Je le fixai du regard sans lui r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>&#8211; Il voudrait bien que ces coups-l\u00e0 arrivent tous les jours, dit en riant le gendarme rousp\u00e9teur. Depuis ce matin, en a-t-il encaiss\u00e9 des picaillons !&#8230; Dis, vieux brigand ! essaye de dire le contraire, ajouta-t-il en faisant le simulacre de lui taper sur le ventre.<!--more--><\/p>\n<p>&#8211; S\u00fbr que si les journ\u00e9es \u00e9taient toujours comme celle-l\u00e0, je serais pas longtemps \u00e0 me retirer des bistouilles, dit le gargotier en ricanant.<\/p>\n<p>Et je pensai alors au mot de Montaigne : \u00abLe bonheur des uns n&rsquo;est fait que du malheur des autres.\u00bb<\/p>\n<p>Soudain, comme des abeilles d\u00e9rang\u00e9es dans leur ruche, les badauds se bouscul\u00e8rent en bourdonnant. Les abords de la porte vitr\u00e9e o\u00f9 les curieux se tenaient en observation pour me voir s&rsquo;\u00e9clair\u00e8rent peu \u00e0 peu, \u00e0 mesure que la foule se portait de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la voie.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait P\u00e9lissard qui arrivait.<\/p>\n<p>&#8211; Bon, mes agneaux. Je vous y attendais \u00e0 ce coup-l\u00e0, dit Boule de Suif qui venait d&rsquo;entrer, se tra\u00eenant plus poussif que jamais, en se parlant \u00e0 lui-m\u00eame. Allez, ouste ! l\u00e0, vous autres, ajouta-t-il en s&rsquo;adressant \u00e0 ses hommes, profitons du mouvement ; \u00e9tablissez-moi un cordon devant cette porte, et ne les laissez plus approcher.<\/p>\n<p>Puis, s&rsquo;adressant \u00e0 moi :<\/p>\n<p>&#8211; Tenez, jeune homme. Regardez donc un peu la t\u00eate de votre ami. Et, du geste, il me signait P\u00e9lissard, entour\u00e9 par la foule.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est un fou, je ne le connais pas. Vous avez fait une boulette.<\/p>\n<p>Les gendarmes se clign\u00e8rent de l&rsquo;\u0153il les uns aux autres, comme pour se dire : \u00abA d&rsquo;autres !\u00bb<\/p>\n<p>Boule de Suif, appel\u00e9 par le capitaine, partit aussit\u00f4t sans souffler mot.<\/p>\n<p>Le brouhaha caus\u00e9 par cette arriv\u00e9e \u00e9tait assourdissant. Je profitai du moment de curiosit\u00e9 de chacun pour demander si Bour accompagnait r\u00e9ellement P\u00e9lissard.<\/p>\n<p>&#8211; Combien y en a-t-il d&rsquo;arr\u00eat\u00e9s ? demandai-je \u00e0 un gendarme.<br \/>\n&#8211; Un seul. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une question d&rsquo;heures pour l&rsquo;autre. On a cern\u00e9 le bois dans lequel il s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9.<\/p>\n<p>Le bois \u00e9tait si bien cern\u00e9 que Bour r\u00e9ussit \u00e0 le franchir et \u00e0 cheminer jusqu&rsquo;\u00e0 Beauvais o\u00f9 il arriva deux jours apr\u00e8s, les v\u00eatements d\u00e9chir\u00e9s par les ronces et les \u00e9pines des fourr\u00e9s o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9tait tapi et \u00e0 moiti\u00e9 mort de faim.<\/p>\n<p>Accomplir ce trajet sans prendre ni repos ni nourriture, on comprendra que ce fut un v\u00e9ritable tour de force. Dans cette ville, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre restaur\u00e9, il alla s&rsquo;acheter un chapeau mou ainsi qu&rsquo;une blouse blanche, un balai en crin, et un broc \u00e0 eau ; puis, muni de ce d\u00e9guisement \u00e0 la m\u00e9nag\u00e8re, il prit le train jusqu&rsquo;\u00e0 Creil, et de Creil \u00e0 La Chapelle-Marcadet.<\/p>\n<p>De l\u00e0, il se rendit \u00e0 mon domicile, rue Leibnitz o\u00f9, malheureusement pour lui&#8230; et pour d&rsquo;autres, une sourici\u00e8re \u00e9tait \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la fa\u00e7on suspecte dont \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 le t\u00e9l\u00e9gramme qu&rsquo;il m&rsquo;avait adress\u00e9 d&rsquo;Abbeville, et sur la r\u00e9ception duquel j&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 le rejoindre, le juge Hatt\u00e9 d\u00e9couvrit mon domicile trois jours apr\u00e8s mon arrestation, et en avisa aussit\u00f4t la police parisienne.<\/p>\n<p>Comme on le voit, en d\u00e9pit de tous les coups d&rsquo;encensoir que le m\u00e9diocre Hamard<a href=\"http:\/\/raforum.apinc.org\/bibliolib\/Autres%20textes%20%28pas%20bibliolib%29\/AlexandreJacob.html#footnote10\"><sup>10<\/sup><\/a> s&rsquo;est fait adresser par la presse parisienne, l&rsquo;arrestation de Bour n&rsquo;est nullement son \u0153uvre. En cela il fut ce qu&rsquo;il a toujours \u00e9t\u00e9 et ce qu&rsquo;il sera toujours : un valet, un m\u00e9diocre valet.<\/p>\n<p>&#8211; Ainsi nous ne sommes que deux ? Moi et ce monsieur que je ne connais pas, dis-je au gendarme qui me tenait la main droite.<br \/>\n&#8211; Oui, deux&#8230;<br \/>\n&#8211; Allons l\u00e0, vous autres ! pr\u00e9parez-vous ; on va partir, dit Boule de Suif qui venait de prendre les ordres du capitaine. Ouvrez l&rsquo;\u0153il, tonnerre ! et le bon, hein ? ajouta-t-il d&rsquo;une voix poussive.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t mes poignets se couvrirent de parures en acier dont la solidit\u00e9 surpassait de beaucoup l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance.<\/p>\n<p>Quelques minutes apr\u00e8s le train stoppa en gare et escort\u00e9 par les gendarmes et suivi par la foule, j&rsquo;allai prendre place dans un compartiment de deuxi\u00e8me classe. Les gendarmes se tinrent muets, mais la foule me conspua ferme : \u00abHue! Hou! \u00c0 mort ! Canaille ! Bandit ! Assassin !\u00bb<\/p>\n<p>Lorsque le train se mit en marche, la clameur publique redoubla d&rsquo;intensit\u00e9. C&rsquo;\u00e9taient les bistouilles qui commen\u00e7aient de produire leurs pernicieux effets. Vingt minutes apr\u00e8s, nous arrivions en gare d&rsquo;Abbeville.<\/p>\n<p>Partis de Pont-R\u00e9my \u00e0 la p\u00e9nombre cr\u00e9pusculaire, nous d\u00e9barqu\u00e2mes \u00e0 Abbeville envelopp\u00e9s par une nuit sombre, brumeuse.<\/p>\n<p>Comme \u00e0 Pont-R\u00e9my, la foule avait populairement envahi la gare et ses abords. Les quais \u00e9taient noirs de monde.<\/p>\n<p>En passant devant une haie de curieux pour me rendre dans le bureau du chef de gare, les cris, les hu\u00e9es, les invectives partirent comme des projectiles trop longtemps maintenus et que soudain un ressort fait mouvoir.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 qui en disait le plus et crierait le plus fort. Quelle cacophonie, mes enfants !<\/p>\n<p>&#8211; Depuis les f\u00eates de Courbet, dit un vieil employ\u00e9 de la Compagnie au moment o\u00f9 j&rsquo;entrai dans le bureau du chef de gare, je n&rsquo;ai jamais rien vu de pareil.<br \/>\n&#8211; Oui, mais l&rsquo;attitude de la population n&rsquo;\u00e9tait pas la m\u00eame, lui dit un de ses coll\u00e8gues en branlant la t\u00eate.<br \/>\n&#8211; Tu parles ! s&rsquo;exclama le vieux.<\/p>\n<p>Et, tandis que je prenais place sur une chaise, tenu et entour\u00e9 par les gendarmes, je pensai aux r\u00e9flexions des deux employ\u00e9s, en comparant mes actes \u00e0 ceux de Courbet.<\/p>\n<p>Pendant deux ans que dura la campagne de Chine (1883-1885), Courbet s&rsquo;ing\u00e9nia \u00e0 faire tuer plusieurs milliers de pauvres bougres qui ne lui avaient rien fait ; peut-\u00eatre en tua-t-il lui-m\u00eame. Les actes de cruaut\u00e9 que commirent les troupes fran\u00e7aises lors de cette glorieuse exp\u00e9dition sont impossibles \u00e0 d\u00e9crire. Les femmes, les vieillards, les enfants furent impitoyablement pass\u00e9s au fil de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e ou mitraill\u00e9s par les engins de guerre.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Nous rappelons qu&rsquo;on peut se procurer \u00e0 GERMINAL les num\u00e9ros parus des \u00ab\u00a0Souvenirs de Jacob\u00a0\u00bb<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) &#8211; C&rsquo;est bien vous qui m&rsquo;avez pay\u00e9 les consommations avec une pi\u00e8ce en or de 10 francs, n&rsquo;est-ce pas ? Je le fixai du regard sans lui r\u00e9pondre. &#8211; Il voudrait bien que ces coups-l\u00e0 arrivent tous les jours, dit en riant le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[200],"tags":[83,738,53,2468,2458,2441,644,86,25,326,54,91,852,2467,273],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2006"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2006"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2006\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2006"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2006"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2006"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}