{"id":2001,"date":"2010-10-16T01:38:58","date_gmt":"2010-10-15T23:38:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2001"},"modified":"2010-08-13T09:39:21","modified_gmt":"2010-08-13T07:39:21","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-14","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-14\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 14"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-de-pont-remy.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-516\" title=\"gare-de-pont-remy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-de-pont-remy-300x193.jpg\" alt=\"la gare de Pont R\u00e9my\" width=\"229\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-de-pont-remy-300x193.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-de-pont-remy.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 229px) 100vw, 229px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>Au nom de la consigne \u00e7a marche, court, boit, mange, dort ; au nom de la consigne \u00e7a vous salue un sup\u00e9rieur d&rsquo;une main et \u00e7a vous revolverise un pauvre bougre de l&rsquo;autre ; au nom de la consigne enfin, \u00e7a d\u00e9fend le capital en sabrant et fusillant les gr\u00e9vistes, \u00e7a prot\u00e8ge la propri\u00e9t\u00e9 en faisant la chasse aux sans-le-sou : \u00e7a agit, \u00e7a respire, mais \u00e7a ne pense pas.<!--more--><\/p>\n<p>Esp\u00e8ce de Poiret en livr\u00e9e il ne fait que r\u00e9p\u00e9ter ce qu&rsquo;on lui ordonne de dire : pas un mot de plus, pas un mot de moins. Ce bip\u00e8de est tellement identifi\u00e9 avec sa fonction que vous auriez beau le costumer en civil ou en livr\u00e9e, en blanc ou en noir, le transporter dans n&rsquo;importe quel milieu, seul sur le sommet d&rsquo;une montagne comme perdu parmi la foule, il est de ceux dont un simple regard suffit pour faire dire : \u00abil en mange\u00bb ou \u00abil en a mang\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Le crayon d&rsquo;une main, une feuille de papier de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>&#8211; Vos nom, pr\u00e9noms, \u00e2ge et profession ? me demanda-t-il en me regardant avec des yeux de ch\u00e8vre \u00e0 l&rsquo;agonie.<br \/>\n&#8211; Je n&rsquo;ai ni feu, ni lieu, ni \u00e2ge, ni profession. Je suis vagabond et n\u00e9 \u00e0 Partout, chef-lieu Nulle-Part, d\u00e9partement de la Terre.<br \/>\n&#8211; Ho! ho !&#8230; K\u00e8kc\u00e9ke\u00e7a !&#8230;<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est tout ce qu\u00e8 vous voudrez.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est bien. Je vais faire mon rapport.<\/p>\n<p>Et, automatiquement, en mesure, il partit en m\u00e2chonnant des paroles que je ne compris pas.<\/p>\n<p>&#8211; Si vous partez de ce pied-l\u00e0, me dit l&rsquo;un des gendarmes lorsque Poil de Carotte eut disparu, vous allez aggraver votre cas.<\/p>\n<p>Je lui ris au nez. N&rsquo;\u00e9tait-ce pas ce que j&rsquo;avais de mieux \u00e0 faire ? Aggraver mon cas ? Idiot, va ! Sans doute avait-il entendu cet argument dans le cabinet de quelque juge d&rsquo;instruction et, bonassement, comme une merveille, il me le r\u00e9p\u00e9tait.<\/p>\n<p>Voyant le peu d&rsquo;effet que me produisait la menace de son coll\u00e8gue, un autre reprit :<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est pas la peine de cacher votre nom. On le sait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>\u00abNi\u00e9das\u00e9 ! de plus en plus fort, pensai-je. Celui-l\u00e0 doit \u00eatre de mon pays.\u00bb Et, toujours souriant, je haussai les \u00e9paules.<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est \u00e9gal, vous ne les avez pas manqu\u00e9s, me dit enfin un troisi\u00e8me, venant ainsi \u00e0 la rescousse de ses coll\u00e8gues. Pruvost est mort et Auquier ne vaut gu\u00e8re mieux.<br \/>\n&#8211; Qui est-ce, Auquier ? lui demandai-je sans r\u00e9pondre \u00e0 son \u00abcuisinage\u00bb.<br \/>\n&#8211; Eh ! vous le savez bien&#8230;<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est pas s\u00fbr, interrompit celui qui m&rsquo;avait servi l&rsquo;\u00abaggravation\u00bb. On dit qu&rsquo;<em>ils<\/em> ne sont pas d&rsquo;Abbeville.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est celui que vous \u00eates all\u00e9 voir \u00e0 l&rsquo;auberge, me r\u00e9pondit un quatri\u00e8me qui s&rsquo;\u00e9tait tenu coi jusque-l\u00e0. C&rsquo;est le brigadier de police d&rsquo;Abbeville.<br \/>\n&#8211; Ah !&#8230; Et il est gravement atteint ?<br \/>\n&#8211; Pour s\u00fbr. Il ne passera pas la nuit.<\/p>\n<p>Puis doctement, il ajouta :<\/p>\n<p>&#8211; Vous lui avez travers\u00e9 le p\u00e8re Antoine.<br \/>\n&#8211; Parle donc fran\u00e7ais, lui dit l&rsquo;un de ses camarades en le poussant du coude. On dit : le p\u00e9ritoine.<\/p>\n<p>Puis s&rsquo;adressant \u00e0 moi :<\/p>\n<p>&#8211; Alors, vous ne niez pas ? Vous \u00eates bien l&rsquo;un de ceux qui \u00e9taient ici, ce matin, l\u00e0, dans cette pi\u00e8ce ? (De la main il d\u00e9signait le plancher.)<\/p>\n<p>Et, grima\u00e7ant un large sourire b\u00eate :<\/p>\n<p>&#8211; Vous savez&#8230; avec nous il n&rsquo;y a rien \u00e0 craindre ; vous pouvez parler&#8230; &lsquo;Pas, que c&rsquo;est vous qui avez tir\u00e9 ? ajouta-t-il confidentiellement.<br \/>\n&#8211; Je n&rsquo;ai jamais dit et ne dirai jamais le contraire, lui dis-je avec hauteur. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9. Je me suis d\u00e9fendu.<br \/>\n&#8211; Mais sur lequel avez-vous tir\u00e9 ? reprit-il vivement, la figure illumin\u00e9e par la joie que lui causait son pr\u00e9tendu triomphe.<br \/>\n&#8211; J&rsquo;ai fait feu dans le tas.<\/p>\n<p>Puis, me ravisant aussit\u00f4t :<\/p>\n<p>&#8211; Ce sont l\u00e0 des questions auxquelles je n&rsquo;ai pas \u00e0 r\u00e9pondre. Je me soucie fort peu de tout ce fatras de m\u00f4meries que vous appelez constatations judiciaires. Que m&rsquo;importe \u00e0 moi si un projectile a frapp\u00e9 dix centim\u00e8tres plus bas ou plus haut. Que cela int\u00e9resse les magistrats, rien de plus simple, ils en mangent. Mais moi, je n&rsquo;ai pas \u00e0 m&rsquo;en occuper. J&rsquo;ai d\u00e9fendu ma libert\u00e9, vous dis-je, et n&rsquo;ai pas autre chose \u00e0 ajouter.<br \/>\n&#8211; Oh ! vous savez, ce que vous nous dites ne va pas plus loin, me dit-il hypocritement.<\/p>\n<p>Et imm\u00e9diatement, l&rsquo;un des gendarmes qui se trouvaient pr\u00e8s de la porte, sur un clignement d&rsquo;\u0153il de son coll\u00e8gue, alla pr\u00e9venir le juge d&rsquo;instruction des paroles que je venais de prononcer.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Cam\u00e9l\u00e9on (c&rsquo;est ainsi que, plus tard, la Bande sinistre l&rsquo;appela ; de corruption en corruption on arriva m\u00eame \u00e0 en faire : L\u00e9on Chameau) ne se fit pas attendre. Pour ne pas me donner \u00e0 entendre qu&rsquo;il venait pour me questionner, il tenait \u00e0 la main le chapeau que j&rsquo;avais laiss\u00e9 sur le th\u00e9\u00e2tre de la bagarre.<\/p>\n<p>Sans souffler mot il me le posa sur la t\u00eate, puis :<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est bien votre chapeau ?<\/p>\n<p>Avant que j&rsquo;eusse le temps de lui r\u00e9pondre, il ajouta :<\/p>\n<p>&#8211; D&rsquo;ailleurs, vous ne pouvez pas nier. Il s&rsquo;adapte tr\u00e8s bien \u00e0 votre t\u00eate.<br \/>\n&#8211; Il ne nie pas, dit alors mon cuisineur en adressant un signe d&rsquo;intelligence au juge d&rsquo;instruction.<br \/>\n&#8211; Ah!&#8230; tr\u00e8s bien, fit ce dernier.<\/p>\n<p>Et, il me posa diff\u00e9rentes questions relatives \u00e0 ce que j&rsquo;avais dit aux gendarmes quelques minutes avant.<\/p>\n<p>&#8211; Est-ce l\u00e0 un aveu implicite ? me demanda-t-il.<br \/>\n&#8211; Je n&rsquo;ai rien \u00e0 avouer, rien \u00e0 nier. J&rsquo;ai d\u00e9fendu ma libert\u00e9. C&rsquo;est tout ce que j&rsquo;ai \u00e0 vous dire.<br \/>\n&#8211; Mais enfin les propos que vous avez tenus aux gendarmes&#8230;<br \/>\n&#8211; J&rsquo;ignore tout de la fa\u00e7on dont mes paroles vous ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es. Ce que je leur ai dit est une th\u00e8se philosophique que je me propose de soutenir lorsqu&rsquo;il me si\u00e9ra de le faire.<\/p>\n<p>Pour lui donner \u00e0 comprendre que toute insistance serait inutile, je lui tournai brusquement le dos, et roulai une cigarette.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;insista pas et partit.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Erratum &#8211; Dans le dernier feuilleton, une erreur a d\u00e9natur\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de Jacob. \u00ab\u00a0Cocagne\u00a0! sa femme, me dit-il, peut se mettre <em>dessus<\/em> &#8230;\u00a0\u00bb et non \u00ab\u00a0<em>dessous<\/em> \u00bb comme nous le font dire les typos.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) Au nom de la consigne \u00e7a marche, court, boit, mange, dort ; au nom de la consigne \u00e7a vous salue un sup\u00e9rieur d&rsquo;une main et \u00e7a vous revolverise un pauvre bougre de l&rsquo;autre ; au nom de la consigne enfin, \u00e7a d\u00e9fend le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[200],"tags":[738,637,2459,360,644,392,86,2460,25,1370,82,91,197,1658,5400],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2001"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2001"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2001\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2001"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2001"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2001"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}