{"id":1999,"date":"2010-10-15T01:38:29","date_gmt":"2010-10-14T23:38:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1999"},"modified":"2010-08-13T09:38:46","modified_gmt":"2010-08-13T07:38:46","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-13","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-13\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 13"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/recto-photo-arrestation-640x480-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2000\" title=\"Jacob le jour de son arrestation\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/recto-photo-arrestation-640x480-640x480-184x300.jpg\" alt=\"\" width=\"141\" height=\"230\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/recto-photo-arrestation-640x480-640x480-184x300.jpg 184w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/recto-photo-arrestation-640x480-640x480.jpg 394w\" sizes=\"(max-width: 141px) 100vw, 141px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>\u00abLe premier coup au gendarme, le second au procureur ; quant aux autres, ils me tournent le dos : je verrai ce qu&rsquo;il faudra faire\u00bb, me disais-je en me causant \u00e0 moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Et, tout doucement, petit \u00e0 petit, je sortais mon revolver de la poche, en le tenant cach\u00e9 dans la manche afin de le d\u00e9rober \u00e0 leur regard.<!--more--><\/p>\n<p>Enfin&#8230; le voil\u00e0 sorti. Je l&rsquo;avais en main, le doigt sur la d\u00e9tente, mirant l&rsquo;oreille du brigadier comme but afin de le foudroyer d&rsquo;un seul coup, lorsque soudain, un cahot de l&rsquo;automobile, plus violent que les autres, me jeta violemment sur le gendarme. Instinctivement, j&rsquo;avan\u00e7ais la main pour me cramponner et, le revolver \u00e9chapp\u00e9 de ma main tomba sur le couvercle d&rsquo;un panier d&rsquo;osier o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais appuy\u00e9, puis, par ricochet il d\u00e9gringola sur la route&#8230;<\/p>\n<p>Je ne saurais d\u00e9crire l&rsquo;effet moral que me produisit cet accident.<\/p>\n<p>Comme un noy\u00e9 qui voit subitement dispara\u00eetre l&rsquo;\u00e9pave, la planche de salut, qu&rsquo;il cherchait d&rsquo;atteindre depuis des heures en luttant contre la fureur des flots. Je demeurai abattu, constern\u00e9, d\u00e9moralis\u00e9. Quelques minutes apr\u00e8s, lorsque l&rsquo;\u00e9quilibre moral se r\u00e9tablit dans mon cerveau, il n&rsquo;\u00e9tait plus temps d&rsquo;agir. Nous arrivions \u00e0 Pont-R\u00e9my.<\/p>\n<p>L&rsquo;automobile n&rsquo;eut pas plut\u00f4t franchi la barri\u00e8re du passage \u00e0 niveau que le murmure de la foule vint me l\u00e9cher les oreilles. Les \u00abHue ! Ah ! Ha ! Hou !\u00bb s&rsquo;entrechoquaient pareils \u00e0 des projectiles se rencontrant dans leurs trajectoires.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient l\u00e0, maintenus en respect par plusieurs gendarmes \u00e0 pied et \u00e0 cheval, quelques centaines de pauvres bougres, m\u00e2les et femelles, au corps d\u00e9charn\u00e9, au visage h\u00e2ve, vraies t\u00eates de naufrag\u00e9s claquant les dents de faim, ruisselants de mis\u00e8re, se faisant des gorges chaudes de mon arrestation.<\/p>\n<p>&#8211; On le tient le bandit !<br \/>\n&#8211; Hou ! le brigand !<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est-y lui ? Oh oui, c&rsquo;est lui ! c&rsquo;est bien lui !<\/p>\n<p>Ils ne m&rsquo;avaient jamais vu !&#8230;<\/p>\n<p>Les plus hardis s&rsquo;approch\u00e8rent tout pr\u00e8s de la voiture, me montrant les poings.<\/p>\n<p>&#8211; Tu y es ? H\u00e9 ! canaille !&#8230;<\/p>\n<p>Pauvres diables !<\/p>\n<p>Je n&rsquo;eus pas le temps de mettre le pied \u00e0 terre que je fus pris, empoign\u00e9, encha\u00een\u00e9, fouill\u00e9 et entour\u00e9 d&rsquo;au moins huit gendarmes. Aussit\u00f4t, quelques t\u00e9moins parmi lesquels se trouvaient Nacavant et son coll\u00e8gue Ruffier vinrent me d\u00e9visager en plein air, au milieu de la place, en face la gare ; puis on me dirigea vers l&rsquo;auberge o\u00f9 le matin, moi, mes camarades et Nacavant avions pris le caf\u00e9. Apr\u00e8s avoir mont\u00e9 quelques marches d&rsquo;un escalier \u00e9troit, nous arriv\u00e2mes dans une chambre tr\u00e8s exigu\u00eb o\u00f9 le brigadier Anquier \u00e9tait couch\u00e9 sur un lit, entour\u00e9 de sa femme et de quelques personnes. Il me reconnut formellement.<\/p>\n<p>Pendant cette courte confrontation, je regardai curieusement la figure du juge d&rsquo;instruction. La t\u00eate (oh! cette t\u00eate !) que je ne puis mieux comparer aux caricatures de Daumier repr\u00e9sentant la hure de Louis-Philippe, en conformation piriforme, me rem\u00e9mora si fortement les \u0153uvres d&rsquo;art de cet artiste que je ne pus m&#8217;emp\u00eacher de sourire. Lui, croyant sans doute que je me moquais du sort de son laquais, me foudroya d&rsquo;un terrible regard en d\u00e9veloppant tout le jeu de ses paupi\u00e8res. Tous ceux qui le connaissent conviendront avec moi, j&rsquo;esp\u00e8re, qu&rsquo;il fallut que je fusse robuste pour recevoir un pareil coup d&rsquo;\u0153il sans broncher.<\/p>\n<p>Cette formalit\u00e9 accomplie, on me mena \u00e0 la gare. Comme la puissance attractive du satellite de la Terre sur les flots, mon passage produisit le flux populaire.<\/p>\n<p>Et, les cris, les hu\u00e9es recommenc\u00e8rent. Le trajet n&rsquo;\u00e9tait pas long ; nous f\u00fbmes bient\u00f4t rendus. Malheureusement pour mes gardiens, \u00e0 cette \u00e9poque, les gares n&rsquo;\u00e9taient pas dispos\u00e9es en bastilles. Il y avait la salle des \u00e9vacuations, la salle des pas perdus, la salle des bagages, voire la salle de la consigne des bagages ; mais il n&rsquo;y avait pas de salle pour consigner les prisonniers. En est-il encore ainsi aujourd&rsquo;hui ? C&rsquo;est possible, tant l&rsquo;incurie des dirigeants est grande. Affreuse lacune ! Que messieurs les proprios y r\u00e9fl\u00e9chissent.<\/p>\n<p>De crainte qu&rsquo;\u00e0 force d&rsquo;en perdre je finisse par en gagner, mes gardiens n&rsquo;eurent aucune confiance dans la salle des pas perdus. On me consigna donc comme le plus vulgaire des colis : salle des bagages.<\/p>\n<p>L\u00e0, je me trouvai entour\u00e9 de tout ce que la r\u00e9gion picarde poss\u00e9dait de mieux en fait de gent empoigneuse. Messieurs les grippe-cambrioleurs me tenaient serr\u00e9. Quelle sainte frousse, mes enfants !<\/p>\n<p>L&rsquo;un d&rsquo;eux, un mar\u00e9chal des logis, recevait les ordres de son capitaine et les transmettait \u00e0 ses sous-ordres. Quel dr\u00f4le de type que ce mar\u00e9chal des logis. Figurez-vous un demi-muid plant\u00e9 sur deux petites quilles ayant pour t\u00eate une past\u00e8que et orn\u00e9 de deux petites ailes de s\u00e9maphore en guise de bras. D\u00e9corez ce tout de la livr\u00e9e d&rsquo;un gendarme et vous aurez une id\u00e9e du poitrail de ce fier empoigneur. Une vraie boule de suif, quoi, Jeanne Bloch est un sylphe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<\/p>\n<p>En conversant avec ses coll\u00e8gues j&rsquo;appris qu&rsquo;il \u00e9tait mari\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Pauvre femme ! Faut-il qu&rsquo;elle en ait de la respiration pour supporter un pareil colis, soupirai-je dans l&rsquo;oreille d&rsquo;un gendarme.<br \/>\n&#8211; Cocagne ! sa femme, me dit-il. Elle peut se mettre dessus. Mais son cheval&#8230;<br \/>\n&#8211; Au fait, je n&rsquo;y avais pas song\u00e9. La pauvre b\u00eate ! Et la Soci\u00e9t\u00e9 protectrice des animaux tol\u00e8re ces choses-l\u00e0? lui demandai-je, indign\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e de Poil de Carotte m&#8217;emp\u00eacha d&rsquo;obtenir une r\u00e9ponse. Il venait proc\u00e9der \u00e0 mon interrogatoire d&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<p>La physionomie, ses mani\u00e8res, sa d\u00e9marche, le son de sa voix, tout cela m\u00eal\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arrogance de ses questions pissait tellement le bon gendarme, c&rsquo;est-\u00e0-dire une bonne brute, que je me plus \u00e0 le mystifier.<\/p>\n<p>Rien qu&rsquo;\u00e0 voir son faci\u00e8s de chien happeur, on comprenait un de ces fid\u00e8les serviteurs pour qui toute l&rsquo;existence se r\u00e9sume dans ce mot : la consigne.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) \u00abLe premier coup au gendarme, le second au procureur ; quant aux autres, ils me tournent le dos : je verrai ce qu&rsquo;il faudra faire\u00bb, me disais-je en me causant \u00e0 moi-m\u00eame. 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