{"id":1997,"date":"2010-10-14T01:38:00","date_gmt":"2010-10-13T23:38:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1997"},"modified":"2010-08-13T09:38:20","modified_gmt":"2010-08-13T07:38:20","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-12","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-12\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 12"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel-2.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1998\" title=\"Alexandre Jacob par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel-2-192x300.gif\" alt=\"\" width=\"145\" height=\"226\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel-2-192x300.gif 192w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel-2.gif 301w\" sizes=\"(max-width: 145px) 100vw, 145px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>D\u00e8s que je fus install\u00e9 dans la voiture, l&rsquo;id\u00e9e me vint de faire usage de mes armes. Infiniment rapide et peu pr\u00e9cis, le projet me traversa l&rsquo;esprit. Mais, pour l&rsquo;instant du moins cette \u00e9tincelle n&rsquo;\u00e9tait pas viable ; elle s&rsquo;\u00e9teignit, disparut dans mes raisonnements : \u00abPourquoi tuer encore ?&#8230; \u00e0 quoi bon ?&#8230; Je suis pris&#8230; mais n&rsquo;est-ce pas fatal ? Ne suis-je pas seul \u00e0 lutter contre la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re, contre ses policiers, ses marchands, ses gendarmes, ses laquais et ses juges ? Aujourd&rsquo;hui ou demain&#8230; un peu plus t\u00f4t, un peu plus tard, ne faut-il pas succomber ?\u00bb Et, mentalement, je me r\u00e9p\u00e9tais : \u00abC&rsquo;est fatal ! \u00e0 quoi bon se d\u00e9fendre!\u00bb<!--more--><\/p>\n<p>Et, na\u00efvement, je me tenais tranquille comme un agneau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mes bourreaux. Mais insensiblement les id\u00e9es me revenaient plus nettes, plus concises ; la lumi\u00e8re p\u00e9n\u00e9trait peu \u00e0 peu dans mon cerveau ; par gradation le r\u00e9veil s&rsquo;effectuait, je commen\u00e7ais \u00e0 sortir de l&rsquo;\u00e9tat l\u00e9thargique, pour me servir de cette expression, dans lequel m&rsquo;avait plong\u00e9 mon arrestation. Je continuai ce voyage dans un voyage : la revue de mes souvenirs.<\/p>\n<p>Tous mes projets de lutte, mes prochaines exp\u00e9ditions s&rsquo;\u00e9vanouissaient en fum\u00e9e. .. Je regardais le paysage qui s&rsquo;offrait \u00e0 mes yeux, se d\u00e9roulant comme les tableaux d&rsquo;un cin\u00e9matographe : les arbres, les pr\u00e9s, les champs, les meules de paille, les tas de pierres \u00e9chelonn\u00e9s de distance en distance sur la route ; plus loin, le paysan et ses deux chevaux attel\u00e9s \u00e0 une charrue labourant la terre. Je buvais tout cela du regard, me disant : \u00abC&rsquo;est donc fini ? Tu ne verras plus rien de cela ?&#8230;\u00bb Je pensais \u00e0 ceux que je laissais derri\u00e8re moi, \u00e0 mes affections, \u00e0 mes relations : \u00e0 mes amis, \u00e0 ma compagne, \u00e0 ma m\u00e8re ; \u00e0 ma m\u00e8re que j&rsquo;avais laiss\u00e9e malade, clou\u00e9e dans le lit par les suites d&rsquo;une op\u00e9ration chirurgicale. \u00c0 cette pens\u00e9e, une bouff\u00e9e de r\u00e9volte me monta au cerveau en bouillonnements de col\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00abQuoi ! vais-je assister paisiblement \u00e0 mes propres fun\u00e9railles ?\u00bb me dis-je en r\u00e9couvrant un peu de mon \u00e9nergie sous l&rsquo;impulsion de mes souvenirs.<\/p>\n<p>Puis, subitement, comme une goutte d&rsquo;eau froide tombant dans une chaudi\u00e8re en \u00e9bullition, les soliloques de tant\u00f4t revinrent \u00e0 la charge : \u00ab\u00c0 quoi bon se d\u00e9fendre ?&#8230; N&rsquo;est-ce pas fatal ?&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Mais bient\u00f4t, la goutte d&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9vapora, r\u00e9duite en vapeur par la logique des choses : \u00abPourquoi te d\u00e9fendre ? Pourquoi tuer ? Imb\u00e9cile ! mais si tu ne te d\u00e9fends pas&#8230; si tu ne les tues pas, ce seront eux qui te tueront. Quoi ! le mouton b\u00eale, le b\u0153uf meugle, le porc grogne, tous jettent leur cri de r\u00e9volte en allant \u00e0 l&rsquo;abattoir, se d\u00e9battent, se d\u00e9m\u00e8nent, se d\u00e9fendent pour \u00e9chapper \u00e0 leurs bourreaux, et toi, homme, tu irais muettement et t\u00eate baiss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud ? Allons donc !&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Avant tout, il s&rsquo;agissait de ne rien laisser para\u00eetre de ma r\u00e9solution. Lentement, d&rsquo;un (geste machinal, indiff\u00e9rent, je portais ma main droite dans la poche de mon pardessus o\u00f9 se trouvait mon revolver.<\/p>\n<p>Comme s&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9clair\u00e9s par la m\u00eame pens\u00e9e, le procureur et le gendarme jet\u00e8rent soudain leur regard sur moi, observant mes gestes. Le brigadier, pour plus de s\u00fbret\u00e9, porta m\u00eame la main sur la gaine de son revolver, pr\u00eat \u00e0 le sortir.<\/p>\n<p>&#8211; Vous \u00eates sans doute le commissaire de police ? dis-je au procureur, mani\u00e8re de captiver son attention par des questions.<br \/>\n&#8211; Non ; je suis le procureur de la R\u00e9publique d&rsquo;Abbeville.<br \/>\n&#8211; Ah !&#8230;<\/p>\n<p>Puis, voyant qu&rsquo;il s&rsquo;obstinait \u00e0 regarder dans la direction de ma poche, je repris :<\/p>\n<p>&#8211; Et o\u00f9 me conduisez-vous ainsi ?<br \/>\n&#8211; Vous le saurez bient\u00f4t, me r\u00e9pondit-il s\u00e8chement.<\/p>\n<p>Je crus inutile de risquer de nouvelles questions. Je me tins muet.<\/p>\n<p>Ce brigadier de gendarmerie, avec sa t\u00eate de cynoc\u00e9phale, orn\u00e9e de poils dont la nuance a fourni le titre \u00e0 l&rsquo;une des \u0153uvres de Jules Renard, et son regard de chien de garde, constamment braqu\u00e9 sur moi, ne me disait rien qui vaille.<\/p>\n<p>Et puis, de voir sa main pos\u00e9e sur la gaine de son revolver ne me plaisait pas non plus ; j&rsquo;eusse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;en serv\u00eet \u00e0 se friser les moustaches. Aussi, comme je ne pouvais lui faire part de mon d\u00e9sir sans qu&rsquo;il redoubl\u00e2t de vigilance \u00e0 mon endroit, dus-je imaginer un moyen de la lui faire enlever sans lui adresser la parole.<\/p>\n<p>Je retirai la main de la poche ; mais j&rsquo;en sortis mon paquet de tabac au lieu du revolver, et roulai une cigarette. Puis, \u00e0 cause de la violence de l&rsquo;air produite par la vitesse du teuf-teuf, je me baissai pour l&rsquo;allumer. La cigarette aux l\u00e8vres, je vous prie de croire que je fis de la fum\u00e9e ; dans l&rsquo;espace d&rsquo;une minute, j&rsquo;usai le tiers du tabac qu&rsquo;elle contenait, tout en ayant soin de ne pas laisser tomber la cendre. Ce r\u00e9sultat acquis, j&rsquo;allongeai un peu la t\u00eate au vent, de fa\u00e7on \u00e0 ce que, en se d\u00e9tachant de la cigarette, la cendre dirig\u00e9e par la rapidit\u00e9 de l&rsquo;air all\u00e2t se coller dans les yeux de Poil de Carotte.<\/p>\n<p>Allah ! Allah ! c&rsquo;\u00e9tait \u00e9crit. Cela arriva !<\/p>\n<p>&#8211; Faites donc attention, me dit-il d&rsquo;un air rev\u00eache, en se frottant les yeux. Vous m&rsquo;avez \u00abemborgn\u00e9\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Le pauvre ! Le courant d&rsquo;air \u00e9tait si fort qu&rsquo;il m&#8217;emporta jusqu&rsquo;\u00e0 la braise de ma cigarette. Elle \u00e9tait \u00e9teinte. Rapidement, sans perdre une minute, je la rallumai, puis en la requittant, je laissai ma main dans ma poche et m&rsquo;armai du revolver.<\/p>\n<p>Le moment \u00e9tait des plus propices. L&rsquo;homme aux lunettes me tournait le dos. Le chauffeur \u00e9tait tout \u00e0 sa machine. Poil de Carotte, le mouchoir \u00e0 la main se frottait, s&rsquo;essuyait, se refrottait et se ressuyait les yeux ; les larmes lui en ruisselaient sur les joues.<\/p>\n<p>Il avait de l&rsquo;occupation, p\u00e9ch\u00e8re ! L&rsquo;individu aux poils de lapin, le nez au vent, plong\u00e9 dans une r\u00eaverie, le regard lointain droit devant lui, \u00e9tait impatient, sans doute, d&rsquo;arriver \u00e0 Pont-R\u00e9my.<\/p>\n<p>Que d&rsquo;id\u00e9es, de passions, de sentiments contraires s&rsquo;agitaient dans ces cinq cervelles !<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) D\u00e8s que je fus install\u00e9 dans la voiture, l&rsquo;id\u00e9e me vint de faire usage de mes armes. Infiniment rapide et peu pr\u00e9cis, le projet me traversa l&rsquo;esprit. 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