{"id":1995,"date":"2010-10-13T01:37:35","date_gmt":"2010-10-12T23:37:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1995"},"modified":"2010-08-13T09:37:53","modified_gmt":"2010-08-13T07:37:53","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-11","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-11\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 11"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel-3.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1996\" title=\"Jacob par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel-3-211x300.gif\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"200\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>Aussi vrai que je le dis, mes jambes \u00e9taient engourdies au point de ne pouvoir me supporter. Je demeurai dou\u00e9 sur la chaise, en t\u00e2chant de dissimuler mon indisposition. Je restai encore assis cinq minutes, mais l&rsquo;id\u00e9e du danger m&rsquo;obs\u00e9dait si fortement depuis quelques instants que, rassemblant toute mon \u00e9nergie, je fis un supr\u00eame effort, et en flageolant je r\u00e9ussis \u00e0 me tenir debout. L&rsquo;h\u00f4tesse s&rsquo;aper\u00e7ut de mon \u00e9tat de faiblesse.<!--more--><\/p>\n<p>&#8211; \u00cates-vous indispos\u00e9 ? me demanda-t-elle avec bont\u00e9.<br \/>\n&#8211; Oh! ce n&rsquo;est rien, lui dis-je en souriant. J&rsquo;ai rest\u00e9 assis trop longtemps. Cela m&rsquo;a donn\u00e9 des fourmications dans les pieds. D&rsquo;ici cinq minutes, en marchant, elles me passeront. Et, tout en lui disant cela, sto\u00efque, souffrant cruellement, je m&rsquo;\u00e9loignai, gagnant la porte. Sur le seuil, je saluai la compagnie, et continuai ma marche d&rsquo;\u00abhomme chass\u00e9\u00bb en me dirigeant vers Airaines.<\/p>\n<p>Airaines !&#8230; Pour le plus grand nombre de bip\u00e8des parleurs qui peuplent la terre, ce mot ne signifie pas grand-chose. Si vous laissiez tomber ce mot de vos l\u00e8vres, les uns vous demanderaient si c&rsquo;est un animal exotique, les autres, si c&rsquo;est une plante ; certains, enfin, vous demanderaient s\u00e9rieusement si c&rsquo;est le nom du nouveau moutardier du pape. Mais pour moi, ce mot, c&rsquo;est toute une catastrophe. C&rsquo;est mon Waterloo. Mes cent jours n&rsquo;ont dur\u00e9 que cinq heures !<\/p>\n<p>Comme tout d\u00e9g\u00e9n\u00e8re ! De Dreuil \u00e0 Airaines, le trajet n&rsquo;est pas bien long ; deux ou trois kilom\u00e8tres environ. N&#8217;emp\u00eache que je souffris cruellement pour les parcourir. Cette halte au caf\u00e9 m&rsquo;avait litt\u00e9ralement bris\u00e9, an\u00e9anti.<\/p>\n<p>Petit \u00e0 petit, les jambes reprenaient bien un peu de leur \u00e9lasticit\u00e9 ; mais ce n&rsquo;\u00e9tait plus \u00e7a. Je marchais comme un automate, sans savoir si je vivais pour ainsi dire. La crainte du danger, seule, me servait de moteur. Je n&rsquo;avais qu&rsquo;une id\u00e9e : avancer, gagner du terrain, parcourir des kilom\u00e8tres ; qu&rsquo;un but: Longpr\u00e9. \u00c0 part cela rien n&rsquo;existait pour moi. Pour dire le mot : j&rsquo;\u00e9tais abruti.<\/p>\n<p>Aussi quelle tuile ! Quel abordage en pleine poitrine, mes enfants ! lorsque pass\u00e9 le carrefour d&rsquo;Airaines, pas bien loin de Bettencourt-Rivi\u00e8re, je vis passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi une automobile mont\u00e9e par quatre personnes : trois civils et un gendarme, un brigadier, je crois. La voiture s&rsquo;arr\u00eata brusquement \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi, et, le brigadier accompagn\u00e9 d&rsquo;un homme couvert d&rsquo;une pelisse en poils de lapin en descendirent. Au moment o\u00f9 je passais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux, ils m&rsquo;abord\u00e8rent.<\/p>\n<p>&#8211; Pardon, monsieur, me dit le gendarme en saluant avec son k\u00e9pi ; avez-vous des papiers d&rsquo;identit\u00e9?<br \/>\n&#8211; Des papiers ?&#8230; Ma foi, je n&rsquo;ai pas l&rsquo;habitude de m&rsquo;en munir&#8230; Mais&#8230;<br \/>\n&#8211; D&rsquo;o\u00f9 venez-vous ? m&rsquo;interrompit l&rsquo;individu aux poils de lapin.<br \/>\n&#8211; De Dreuil, o\u00f9 je me suis arr\u00eat\u00e9 au caf\u00e9 du Commerce ; mais j&rsquo;ai pass\u00e9 la nuit \u00e0 Limeux.<br \/>\n&#8211; Quelle est votre profession ? reprit-il.<br \/>\n&#8211; Courtier-antiquaire.<br \/>\n&#8211; Et vous allez ?&#8230;<br \/>\n&#8211; \u00c0 Longpr\u00e9, visiter l&rsquo;un de mes clients.<br \/>\n&#8211; Bien; nous allons v\u00e9rifier vos dires, me dit le procureur &#8211; car l&rsquo;homme \u00e0 la pelisse n&rsquo;\u00e9tait autre que le procureur de la R\u00e9publique.<br \/>\n&#8211; Veuillez nous accompagner, ajouta-t-il poliment en m&rsquo;offrant une place dans la voiture.<\/p>\n<p>Moi, bonasse, comme s&rsquo;il se f\u00fbt agi de grimper sur l&rsquo;imp\u00e9riale du Clignancourt-Bastille, je montai docilement dans l&rsquo;auto.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment, je subissais une de ces crises morales qui annihilent, paralysent tous les ressorts physiques. Cette apparition subite, l&rsquo;interrogatoire, l&rsquo;arrestation, tout cela en quelques minutes, me produisit l&rsquo;effet d&rsquo;un coup de massue sur la t\u00eate. Quelques minutes avant, j&rsquo;\u00e9tais abruti ; maintenant, je n&rsquo;existais plus pour ainsi dire. J&rsquo;\u00e9tais dans l&rsquo;une de ces phases de la prostration o\u00f9 l&rsquo;on voit sans voir, o\u00f9 l&rsquo;on touche sans sentir, o\u00f9 l&rsquo;on vit sans vivre.<\/p>\n<p>Pendant que l&rsquo;automobile filait \u00e0 toute vitesse vers Dreuil en sautillant comme une carpe \u00e0 travers les flaques d&rsquo;eau boueuse du chemin, le procureur et le bonhomme qui se trouvait assis sur l&rsquo;avant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du chauffeur, la figure cach\u00e9e sous d&rsquo;\u00e9normes lunettes comme en portent les sportmen-chauffeurs, se firent quelques signes d&rsquo;intelligence. Dans ma demi-lucidit\u00e9 je faisais semblant de ne rien voir ; mais en r\u00e9alit\u00e9, j&rsquo;observais, avec autant d&rsquo;attention que le permettait mon \u00e9tat de prostration, toute la mimique de leur physionomie.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s au caf\u00e9 du Commerce, l&rsquo;h\u00f4tesse, interrog\u00e9e par le procureur, r\u00e9p\u00e9ta exactement ce que je lui avais dit moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 se trouve Limeux ? demanda le procureur en se tournant vers le brigadier.<br \/>\n&#8211; Oh ! c&rsquo;est loin d&rsquo;ici, dit l&rsquo;h\u00f4tesse.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est loin d&rsquo;ici, r\u00e9p\u00e9ta le gendarme tel un andro\u00efde pourvu d&rsquo;un phonographe.<br \/>\n&#8211; Bon! nous allons voir, reprit le procureur apr\u00e8s quelques secondes de r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Puis sans autre explication nous sort\u00eemes, en bande, sur la route.<\/p>\n<p>Avant de monter dans la voiture, le procureur et l&rsquo;homme aux lunettes se retir\u00e8rent un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, \u00e0 quelques m\u00e8tres, pour \u00e9changer quelques mots \u00e0 voix basse.<\/p>\n<p>Pauvre de moi ! En admettant que j&rsquo;eusse pu fournir le meilleur des alibis, cela ne m&rsquo;aurait pas servi \u00e0 grand-chose. J&rsquo;\u00e9tais pris dans la nasse et \u00e0 moins d&rsquo;en couper les mailles, je n&rsquo;en pouvais sortir. Si vous me demandez pourquoi, je vous r\u00e9pondrai tout simplement que l&rsquo;individu aux lunettes n&rsquo;\u00e9tait autre que le paquet de viande suspect que j&rsquo;avais rencontr\u00e9 quelques heures avant, le matin, en sortant de la gare de Pont-R\u00e9my. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;abject Edmond Mas en personne. Or comment pouvais-je m&rsquo;en sortir sans violence puisque ce produit incestueux, cet avorton, ce mollusque, cet ac\u00e9phale, \u00e9tait en train de chuchoter \u00e0 l&rsquo;oreille du procureur qu&rsquo;il me reconnaissait formellement. Vous devez penser qu&rsquo;avec une telle recommandation le procureur aux poils de lapin se garda bien de me relaxer.<\/p>\n<p>Je me rembarquai donc en leur d\u00e9sagr\u00e9able compagnie et teuf, teuf, teuf&#8230; nous voil\u00e0 repartis.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) Aussi vrai que je le dis, mes jambes \u00e9taient engourdies au point de ne pouvoir me supporter. Je demeurai dou\u00e9 sur la chaise, en t\u00e2chant de dissimuler mon indisposition. 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