{"id":1992,"date":"2010-10-12T01:37:03","date_gmt":"2010-10-11T23:37:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1992"},"modified":"2010-08-13T09:37:18","modified_gmt":"2010-08-13T07:37:18","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-10","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-10\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 10"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1993\" title=\"Nacavant boit par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"222\" height=\"146\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480-300x198.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-9-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 222px) 100vw, 222px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>Rien qu&rsquo;\u00e0 voir les mines que faisait sa petite t\u00eate de belette (car il y avait de la belette dans sa physionomie) on sentait qu&rsquo;elle mourait d&rsquo;envie de me questionner. A la fin, n&rsquo;y tenant plus :<\/p>\n<p>&#8211; Monsieur n&rsquo;est pas du pays&#8230; monsieur est voyageur sans doute.<!--more--><\/p>\n<p>Et, une fois les premiers coups de langue tir\u00e9s, ce fut une salve de questions : \u00abEt patati et patata&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>\u00abOh ! tu es curieuse, ma belle ! Attends un peu, me dis-je mentalement. Je vais te servir de la fine fleur de Provence. Je vais contenter tes patati et tes patata, va ! \u00c9coute \u00e7a.\u00bb<\/p>\n<p>Et, laissant les r\u00eanes libres \u00e0 mon imagination, je lui racontai une \u00abhistoire de pompier\u00bb. Sans souffler mot du \u00abcontrebandier p\u00e8re de quatre enfants\u00bb, je r\u00e9\u00e9ditai l&rsquo;accident de bicyclette, lui disant qu&rsquo;ayant pass\u00e9 la nuit \u00e0 Limeux, j&rsquo;\u00e9tais parti de grand matin en bicyclette, mais qu&rsquo;en route ma machine s&rsquo;\u00e9tant avari\u00e9e j&rsquo;avais d\u00fb la laisser en consigne dans un moulin \u00e0 continuer ma route \u00e0 pied. Je couronnai le tout de la profession d&rsquo;antiquaire.<\/p>\n<p>&#8211; Ah ! vous \u00eates antiquaire&#8230; ?<\/p>\n<p>Elle fut interrompue soudain par les aboiements d&rsquo;un dogue qui \u00e9tait couch\u00e9 \u00e0 mes pieds et qui, vu de face, offrait une ressemblance frappante avec la t\u00eate de Casimir Perier (le Jeune).<\/p>\n<p>&#8211; Tais-toi, Turc ! lui cria-t-elle en le mena\u00e7ant de la main.<\/p>\n<p>Sans le savoir, rien qu&rsquo;en l&rsquo;examinant, je me doutais qu&rsquo;il s&rsquo;appelait Turc, puisqu&rsquo;il regardait toujours du c\u00f4t\u00e9 de \u00abla Porte\u00bb.<\/p>\n<p>Puis s&rsquo;adressant \u00e0 moi, elle reprit :<\/p>\n<p>&#8211; N&rsquo;ayez pas peur, il n&rsquo;est pas m\u00e9chant. Ce n&rsquo;est pas pour vous qu&rsquo;il aboie.<\/p>\n<p>En effet, presque aussit\u00f4t on entendit des pas dans le jardin et deux paysans entr\u00e8rent. A l&rsquo;accueil que leur fit l&rsquo;h\u00f4tesse, je compris que c&rsquo;\u00e9taient des habitu\u00e9s du caf\u00e9. Ils s&rsquo;attabl\u00e8rent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, causant en patois tr\u00e8s fourni en li, mi, ti, cheu, leu, meu, teu. L&rsquo;h\u00f4tesse leur servit \u00e0 chacun une bistouille, puis elle revint \u00e0 la charge pour me questionner.<\/p>\n<p>&#8211; Alors vous achetez de vieilles choses ! reprit-elle.<\/p>\n<p>Ses paroles firent dresser l&rsquo;oreille \u00e0 mes deux voisins. Les voyant intrigu\u00e9s :<\/p>\n<p>&#8211; Monsieur est antiquaire, leur dit-elle en me d\u00e9signant du regard.<br \/>\n&#8211; J&rsquo;ach\u00e8te tout : le vieux et le neuf. Il suffit que l&rsquo;on soit raisonnable pour le prix.<\/p>\n<p>Puis apr\u00e8s avoir vid\u00e9 mon verre de vin :<\/p>\n<p>&#8211; Voudriez-vous vous d\u00e9barrasser de quelques objets ? lui demandai-je imperturbablement.<br \/>\n&#8211; Non ; mais je voudrais savoir&#8230; . comment pourrais-je vous dire ? savoir la valeur&#8230; oui, c&rsquo;est \u00e7a, la valeur d&rsquo;un m\u00e9daillon, un cadeau ; un souvenir de famille, me dit-elle timidement en rabattant plusieurs fois ses paupi\u00e8res, doucement, comme une nonne en rupture de cornettes.<\/p>\n<p>Voyez-vous \u00e7a ! Elle profitait de l&rsquo;occasion pour avoir une expertise gratuite. Ah ! la gueusarde de t\u00eate de belette !<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais tout dispos\u00e9 \u00e0 donner suite \u00e0 son d\u00e9sir, lorsqu&rsquo;un bonhomme, un panier sous le bras entra brusquement dans la salle.<\/p>\n<p>Rien qu&rsquo;\u00e0 voir sa t\u00eate de bouledogue mont\u00e9e sur un cou de taureau, on devinait un de ces hommes qui vous plongent voluptueusement un coutelas dans le cou d&rsquo;un b\u0153uf ou d&rsquo;un mouton en chantant <em>Viens-tu Jeannette<\/em>. Le vrai type : gar\u00e7on d&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre ou gar\u00e7on d&rsquo;abattoir. Comme il n&rsquo;y a pas de facult\u00e9s \u00e0 Airaines, j&rsquo;opinai pour le gar\u00e7on d&rsquo;abattoir. En effet, c&rsquo;\u00e9tait le boucher.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour \u00e0 tous, dit-il en saluant avec sa casquette.<\/p>\n<p>Puis il alla dans la cuisine, muni de son panier, pour livrer la commande \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tesse qui le pr\u00e9c\u00e9dait.<\/p>\n<p>Demeur\u00e9 seul avec les deux paysans, l&rsquo;un d&rsquo;eux, la langue d\u00e9li\u00e9e par la bistouille, se risqua \u00e0 me parler<\/p>\n<p>&#8211; Alors, vous \u00eates antikou\u00e9r ? me demanda-t-il en aspirant quelques bouff\u00e9es de sa pipe.<\/p>\n<p>Je lui r\u00e9pondis affirmativement en inclinant la t\u00eate.<\/p>\n<p>&#8211; Il y a le fils Chose, reprit-il (il me cita le nom de l&rsquo;un des riches habitants d&rsquo;Airaines), qui ach\u00e8te toutes les vieilles lampes. Les achetez-vous, les vieilles lampes ?<br \/>\n&#8211; Lorsque j&rsquo;en trouve.<br \/>\n&#8211; Et, combien les payez-vous ?<\/p>\n<p>\u00abAh, \u00e7a ! me dis-je, aurait-il l&rsquo;intention de me faire acheter des vieilles lampes?\u00bb Me voyez-vous avec des culs-de-lampe plein mes poches ?!<\/p>\n<p>&#8211; Dans ces sortes d&rsquo;affaires, lui dis-je en me renversant sur ma chaise, il est indispensable de voir l&rsquo;objet pour pouvoir se prononcer avec exactitude. Je ne puis donc vous dire le prix d une lampe ancienne sans m&rsquo;\u00eatre rendu compte du syst\u00e8me auquel elle appartient. ..<\/p>\n<p>Et, pendant cinq minutes, je lui fis l&rsquo;historique de la lampe : les quinquets, les argands, les carcels furent \u00e0 tour de r\u00f4le le sujet de ma dissertation. \u00c9tant de ceux qui admirent d&rsquo;autant plus que moins ils comprennent, mon boniment d\u00e9bit\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9loquence d&rsquo;un robinet d&rsquo;eau grand ouvert me conquit leur admiration.<\/p>\n<p>Celui qui serait venu leur dire que je n&rsquo;entendais rien dans les vieilles lampes e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un homme perdu : ils l&rsquo;auraient lynch\u00e9.<\/p>\n<p>Comprenaient-ils davantage les mensonges que leur raconte leur d\u00e9put\u00e9 ? Non, assur\u00e9ment. Et, cependant ils votent pour lui !<\/p>\n<p>&#8211; Tu es dr\u00f4le, toi, fit l&rsquo;autre paysan qui n&rsquo;avait encore rien dit, en s&rsquo;adressant \u00e0 son ami ; tu crois que m\u00f4ssieu peut te dire le prix sans voir la chose&#8230;<\/p>\n<p>Et comme s&rsquo;il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 indign\u00e9 d&rsquo;une pareille pr\u00e9somption, il haussa les \u00e9paules \u00e0 la hauteur de ses oreilles.<\/p>\n<p>Convaincu de son erreur, l&rsquo;autre opina de la t\u00eate pour confirmer cette opinion.<\/p>\n<p>A ce moment, le boucher revint dans la salle du caf\u00e9, suivi de l&rsquo;h\u00f4tesse. En l&rsquo;observant du coin de l&rsquo;\u0153il, je le vis qui me regardait avec m\u00e9fiance, d&rsquo;un regard suspect pour dire le mot. De son c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;h\u00f4tesse n&rsquo;\u00e9tait plus la m\u00eame. Sa physionomie s&rsquo;\u00e9tait rembrunie : elle avait l&rsquo;air toute soucieuse. Leur mine me fit penser que le boucher pouvait \u00eatre au courant de la rixe de Pont-R\u00e9my.<\/p>\n<p>Effectivement, je ne me trompais pas. Et comme je finissais d&rsquo;allumer une cigarette :<\/p>\n<p>&#8211; Vous ne savez pas la nouvelle, dit-il en s&rsquo;adressant aux deux paysans, tout en m&rsquo;observant furtivement.<\/p>\n<p>Puis avant que mes voisins lui eussent r\u00e9pondu, il continua :<\/p>\n<p>&#8211; Ce matin on a tu\u00e9 deux agents de police \u00e0 Pont-R\u00e9my.<br \/>\n&#8211; Ah bah ! s&rsquo;exclam\u00e8rent en m\u00eame temps les deux consommateurs.<br \/>\n&#8211; Oui, reprit l&rsquo;\u00e9gorgeur de b\u00e9tail en m&rsquo;observant toujours, le coup a \u00e9t\u00e9 fait par des cambrioleurs d&rsquo;Abbeville&#8230; on dit qu&rsquo;ils venaient de Paris&#8230;<br \/>\n&#8211; Comment \u00e7a c&rsquo;est-y pass\u00e9 ? demanda mon vendeur de lampe.<br \/>\n&#8211; Les agents ont voulu les arr\u00eater au moment ousqui prenaient le train \u00e0 Pont-R\u00e9my&#8230; Alors, eux, ont pas voulu se laisser arr\u00eater&#8230; Ils ont tir\u00e9 des coups de revolver et frapp\u00e9 \u00e0 coups de poignard&#8230; \u00c0 c&rsquo;te heure y en a d\u00e9j\u00e0 un de mort. C&rsquo;est Pruvost&#8230; vous savez bien Pruvost&#8230;<br \/>\n&#8211; Pruvost de Blangy ?<br \/>\n&#8211; Ah ! c&rsquo;est sti-l\u00e0 ! fit mon voisin.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;autre c&rsquo;est Anquier, le brigadier d&rsquo;Abbeville, continua le boucher. Il est pas encore mort ; mais il ne passera pas la nuit, pour s\u00fbr. C&rsquo;est le major qui l&rsquo;a dit.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1994\" title=\"Jacob par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-herel.gif\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"183\" \/><\/a>Depuis qu&rsquo;il parlait, tous les regards \u00e9taient braqu\u00e9s sur moi, \u00e9piant le moindre de mes gestes. D&rsquo;instant en instant ils s&rsquo;entre-regardaient comme pour se demander mutuellement : \u00abNe serait-ce pas l&rsquo;un des cambrioleurs ?\u00bb<\/p>\n<p>Le silence qui se fit apr\u00e8s le reportage du boucher devint \u00e9crasant. Je le rompis.<\/p>\n<p>&#8211; A quelle heure est arriv\u00e9 ce drame? demandai-je insouciamment en aspirant quelques bouff\u00e9es de ma cigarette.<br \/>\n&#8211; Ce matin \u00e0 6 heures, me r\u00e9pondit le boucher \u00e0 qui j&rsquo;avais adress\u00e9 la parole.<br \/>\n&#8211; Les auteurs de ce double crime sont-ils arr\u00eat\u00e9s ? lui demandai-je encore.<br \/>\n&#8211; Non ; mais on ne tardera pas. Les gendarmes du d\u00e9partement sont \u00e0 leur poursuite.<br \/>\n&#8211; Combien \u00e9taient-ils ? demanda l&rsquo;un des travailleurs de la terre.-<br \/>\n&#8211; Trois, r\u00e9pondit le boucher.<\/p>\n<p>Comme la conversation mena\u00e7ait de s&rsquo;\u00e9terniser sur ce terrain si je n&rsquo;y mettais ordre, Je consultai ma montre, puis, je payai ma d\u00e9pense en donnant une pi\u00e8ce de cinq francs \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tesse.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;elle me rendit la monnaie, j&rsquo;en profitai pour changer le cours de la conversation, en parlant \u00abantiquailles\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Avec tout \u00e7a, vous ne m&rsquo;avez pas montr\u00e9 votre souvenir de famille, dis-je aimablement \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tesse. Et, si vous tardez, je ne pourrai satisfaire \u00e0 votre d\u00e9sir ; il est 10 heures pass\u00e9es et il me faut \u00eatre \u00e0 Airaines pour le passage du train.<br \/>\n&#8211; Oh ! vous avez largement le temps, me dit le bourreau des b\u00eates \u00e0 cornes. Le train ne passe qu&rsquo;\u00e0 11 heures et tant de minutes.<\/p>\n<p>Puis, apr\u00e8s un moment de r\u00e9flexion :<\/p>\n<p>&#8211; Monsieur est voyageur ? me demanda-t-il.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est un antikou\u00e9r, lui r\u00e9pondit gravement l&rsquo;ami de mon vendeur de quinquets avant que j&rsquo;eusse le temps de lui faire la m\u00eame r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Par hasard, il me restait encore une carte commerciale.<\/p>\n<p>&#8211; Tenez, lui dis-je en la lui remettant. Voici mon adresse \u00e0 Paris. Vous qui p\u00e9r\u00e9grinez \u00e0 travers les villages et chez les gens de toutes conditions, si parfois vous me procuriez des affaires, vous auriez votre commission.<br \/>\n&#8211; Mais volontiers, fit-il en la prenant.<\/p>\n<p>Puis, apr\u00e8s l&rsquo;avoir lue :<\/p>\n<p>&#8211; Comme vous le dites, je voyage beaucoup, et si je trouvais quelque affaire je vous enverrai un mot.<br \/>\n&#8211; Merci d&rsquo;avance.<br \/>\n&#8211; Tu sais, m\u00f4ssieu ach\u00e8te les vieilles lampes, lui dit le paysan.<br \/>\n&#8211; Ah! les lampes \u00e0 pompe ? demanda le boucher.<br \/>\n&#8211; Toutes les vieilles lampes qu&rsquo;on te dit, lui r\u00e9pondit le cul-terreux avec animation<\/p>\n<p>Puis tout en rebourrant sa pipe :<\/p>\n<p>&#8211; Na, m\u00f4ssieu s&rsquo;y conna\u00eet, ajouta-t-il d&rsquo;un air de lui dire : \u00abDe quoi te m\u00eales-tu de discuter !\u00bb<\/p>\n<p>La s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de mon attitude ainsi que les quelques paroles que je venais d&rsquo;\u00e9changer avec le boucher avaient \u00e9branl\u00e9 leur suspicion. Aussi profitai-je de l&rsquo;expertise du souvenir de famille que l&rsquo;h\u00f4tesse venait de m&rsquo;apporter enferm\u00e9 dans une petite bo\u00eete en carton, pour reconqu\u00e9rir tout mon prestige en leur persuadant que j&rsquo;\u00e9tais r\u00e9ellement un courtier-antiquaire.<\/p>\n<p>Avec solennit\u00e9 je pris la bo\u00eete des mains de la propri\u00e9taire du fameux bijou, l&rsquo;ouvris et en retirai d\u00e9licatement une fausse am\u00e9thyste figurant un hanneton en grandeur naturelle, peut-\u00eatre un peu plus gros, dont les pattes \u00e9taient en cuivre jaune.<\/p>\n<p>Certes, en toute autre occasion, au premier examen, j&rsquo;aurais hauss\u00e9 les \u00e9paules en jetant le symbole de la patience \u00e0 tous les diables ; mais l\u00e0, je me contins. Je sortis ma loupe de ma poche et doctement j&rsquo;examinai ce culot de verre sous toutes ses faces. Le boucher, les deux ilotes des champs, la patronne du caf\u00e9 et&#8230; le chien, \u00e9taient autour de moi, me regardant la bouche ouverte, respirant \u00e0 peine, dans l&rsquo;attente de mon verdict. C&rsquo;\u00e9tait plaisir de les voir !<\/p>\n<p>Enfin, apr\u00e8s avoir touss\u00e9, crach\u00e9, m&rsquo;\u00eatre mouch\u00e9 deux ou trois fois, gravement :<\/p>\n<p>&#8211; La pi\u00e8ce est fausse, me risquai-je \u00e0 dire, ne sachant trop si cette r\u00e9ponse ne m&rsquo;ali\u00e9nerait pas la bonne disposition de l&rsquo;h\u00f4tesse \u00e0 mon \u00e9gard.<br \/>\n&#8211; On me l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit, me r\u00e9pondit-elle en souriant, presque goguenarde d&rsquo;une fa\u00e7on de me dire : \u00abCrois-tu que j&rsquo;ai attendu apr\u00e8s toi pour m&rsquo;en assurer ?\u00bb<br \/>\n&#8211; Mais je le conserve, ajouta-t-elle, parce que c&rsquo;est un souvenir de famille.<\/p>\n<p>H\u00e9! la friponne ! voyez-vous \u00e7a ! Je gage que si je lui eus offert de le lui acheter, nul doute qu&rsquo;elle m&rsquo;e\u00fbt pris au mot, s\u00e9ance tenante.<\/p>\n<p>Sont-elles rus\u00e9es ces t\u00eates de belette !<\/p>\n<p>&#8211; Mais s&rsquo;il faut en croire les anciens, dis-je \u00e0 mes auditeurs en mani\u00e8re de conclusion, cette pierre poss\u00e9derait une grande qualit\u00e9.<br \/>\n&#8211; Laquelle ? me demand\u00e8rent-ils en ch\u0153ur.<br \/>\n&#8211; Elle pr\u00e9serverait de l&rsquo;ivresse.<\/p>\n<p>Ce fut une ris\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, et pour ne pas faire tache, je ris aussi bruyamment qu&rsquo;eux. Je crois m\u00eame que Turc, gagn\u00e9 par la contagion, y alla de son petit sourire.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le tout que de rire, il me fallait aussi gagner du terrain. Avec la nouvelle que je venais d&rsquo;apprendre, il n&rsquo;\u00e9tait pas prudent de prendre le train \u00e0 Airaines. \u00c0 cette heure, contrairement \u00e0 mes pr\u00e9visions, toutes les gendarmeries du d\u00e9partement \u00e9taient \u00e0 ma poursuite. Les paroles du boucher ne pouvaient laisser aucun doute \u00e0 cet \u00e9gard. Il me me fallait donc pas lambiner davantage. Mon plan \u00e9tait de gagner Longpr\u00e9 dont je n&rsquo;\u00e9tais s\u00e9par\u00e9 que par quatre petites lieues environ. Il s&rsquo;agissait de gagner cette ville dans le plus bref d\u00e9lai, et par les chemins les plus s\u00fbrs.<\/p>\n<p>Pour ne pas \u00e9veiller les soup\u00e7ons des consommateurs, je consultai ma montre comme pour m&rsquo;assurer de l&rsquo;heure de passage du train ; puis je voulus me lever; mais mes jambes refus\u00e8rent de me porter : elles \u00e9taient mortes. Cela n&rsquo;est pas une plaisanterie.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) Rien qu&rsquo;\u00e0 voir les mines que faisait sa petite t\u00eate de belette (car il y avait de la belette dans sa physionomie) on sentait qu&rsquo;elle mourait d&rsquo;envie de me questionner. 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