{"id":1990,"date":"2010-10-11T01:34:51","date_gmt":"2010-10-10T23:34:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1990"},"modified":"2010-08-13T09:36:12","modified_gmt":"2010-08-13T07:36:12","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-9","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-9\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/talus.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1991\" title=\"pause par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/talus-300x233.gif\" alt=\"\" width=\"185\" height=\"143\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/talus-300x233.gif 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/talus.gif 490w\" sizes=\"(max-width: 185px) 100vw, 185px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>\u00abMais bah ! me dis-je, au bout d&rsquo;un instant, je trouverai bien un amiral pour m&rsquo;en offrir une autre.\u00bb Et, remis d&rsquo;aplomb par cet espoir, je repris ma route. Je viens de dire : je repris ma route, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une fa\u00e7on de parler ; car \u00e0 vrai dire, je ne marchais plus sur une route, ni sur un chemin, ni m\u00eame sur le plus humble des sentiers ; mais sur&#8230; sur quoi ? Comment pourrais-je vous expliquer ? Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un champ, ce n&rsquo;\u00e9tait pas non plus un pr\u00e9 : c&rsquo;\u00e9tait de la boue, de la sale boue, de l&rsquo;abjecte boue jaun\u00e2tre et gluante, dans laquelle je m&#8217;emp\u00eatrais jusqu&rsquo;aux chevilles.<!--more--><\/p>\n<p>Ho ! cette boue ! quand j&rsquo;y pense encore, il m&rsquo;en vient la chair de poule. Je faisais un pas en avant et trois en arri\u00e8re. J&rsquo;ignore comment je m&rsquo;en tirai. Apr\u00e8s une bonne heure de navigation dans cette mer visqueuse, j&rsquo;arrivai enfin au moulin.<\/p>\n<p>A quelques pas de la porte, adoss\u00e9 au mur, un jeune homme d&rsquo;environ vingt printemps se tenait debout, le nez au vent, les mains dans les poches et &#8211; est-il besoin de le dire ? &#8211; les yeux braqu\u00e9s sur moi. L&rsquo;air bonasse dont il m&rsquo;examinait me sugg\u00e9ra l&rsquo;id\u00e9e de lui demander un service. En arrivant \u00e0 lui, je lui racontai l&rsquo;histoire du contrebandier, comme entr\u00e9e en mati\u00e8re, en ayant soin de doubler le nombre de mes enfants : puisque avec deux enfants, j&rsquo;ai eu raison du p\u00e8re \u00e9ternel, me dis-je, avec quatre ce serait bien le diable si je ne r\u00e9ussissais pas avec cet innocent. Et, avant de lui laisser le temps de r\u00e9fl\u00e9chir, je le priai de me c\u00e9der sa casquette&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je vas demander la permission \u00e0 mon papa, me r\u00e9pondit-il d&rsquo;un air candide et doucereux \u00e0 rendre jaloux une carm\u00e9lite.<\/p>\n<p>Puis, me tournant les talons, il rentra dans le moulin. Prompt comme l&rsquo;\u00e9clair, j&#8217;embo\u00eetai le pas derri\u00e8re lui et, avant qu&rsquo;il e\u00fbt ouvert la bouche, je refis mon petit boniment au papa. Comme je savais les paysans tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9s :<\/p>\n<p>&#8211; Je veux vous la payer, lui dis-je en sortant une pi\u00e8ce de deux francs de ma poche.<br \/>\n&#8211; Si le fils veut, moi, je veux aussi, me dit le papa.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t \u00able fils\u00bb d&rsquo;aller dans une pi\u00e8ce voisine et d&rsquo;en revenir quelques secondes apr\u00e8s, muni d&rsquo;une brosse. Il brossa consciencieusement la casquette et me la remit poliment.<\/p>\n<p>P\u00e9ca\u00efre ! pauvre casquette ! elle avait d\u00fb \u00eatre neuve et&#8230; propre&#8230; dans le temps jadis ; mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 elle me fut offerte gracieusement, c&rsquo;\u00e9tait bien la plus&#8230; culott\u00e9e de toutes les casquettes. La brosse avait bien enlev\u00e9 la poussi\u00e8re de farine, mais la crasse, qui ornait la visi\u00e8re, n&rsquo;en ressortait que mieux. Vue au microscope, elle aurait fait horreur.<\/p>\n<p>Que de millions de milliards de microbes ne renfermait-elle pas ! Enfin, faute de mieux, je la pris et m&rsquo;en coiffai tout aussi fi\u00e8rement que si c&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un huit-reflets. Son \u00e9tat de malpropret\u00e9 me fit comprendre l&rsquo;h\u00e9sitation de ces braves gens \u00e0 vouloir me la c\u00e9der. Je les avais crus int\u00e9ress\u00e9s alors que ce n&rsquo;\u00e9tait que de la d\u00e9licatesse. Lorsque je voulus la leur payer ce fut des protestations \u00e0 n&rsquo;en plus finir. Pour avoir le dernier mot force me fut de jeter les quarante sous sur une table et de m&rsquo;enfuir aussit\u00f4t en les remerciant.<\/p>\n<p>Cela fut m\u00eame cause que j&rsquo;oubliai de leur demander le chemin le plus court pour atteindre la gare ainsi que l&rsquo;heure du prochain train. Ils auraient pu s\u00fbrement me renseigner car, \u00e0 la campagne, tout le monde sait l&rsquo;horaire par c\u0153ur, de m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Plusieurs groupes d&rsquo;habitations formant chacun soit un hameau soit un village s&rsquo;offraient \u00e0 mes regards. Lequel \u00e9tait Wiry-au-Mont ? L\u00e0 \u00e9tait la question. Alors, comme je suis de ceux qui ne lambinent pas pour prendre une d\u00e9cision, je mis le cap sur le plus proche, en faisant comme ces navires qui, faute de vents favorables, gouvernent au plus pr\u00e8s, pour faire porter leur voile.<\/p>\n<p>\u00c0 mi-chemin, dans l&rsquo;aire de ma route, je vis un travailleur de la terre \u00e0 son ouvrage. J&rsquo;allai vers lui.<\/p>\n<p>&#8211; Est-ce encore loin Wiry-au-Mont ? lui demandai-je.<\/p>\n<p>Il \u00e9tendit le bras vers le groupe de chaumi\u00e8res que je m&rsquo;\u00e9tais propos\u00e9 pour but.<\/p>\n<p>-Voil\u00e0 Wiry-au-Mont, me dit-il.<br \/>\n&#8211; \u00c0 quelle heure passe-t-il un train ?<\/p>\n<p>Il se gratta l&rsquo;occiput comme pour mieux r\u00e9fl\u00e9chir, puis :<\/p>\n<p>&#8211; Celui de 8 heures est pass\u00e9, dit-il apr\u00e8s avoir consult\u00e9 sa montre, mais il y en a un autre \u00e0 11 heures.<\/p>\n<p>Je le remerciai et partis. Tandis que je continuai ma route, je r\u00e9solus de ne point m&rsquo;arr\u00eater \u00e0 ce village. Attendre jusqu&rsquo;\u00e0 11 heures ne me parut pas prudent. Il vaut mieux profiter de ce d\u00e9savantage pour continuer d&rsquo;avancer et gagner du terrain, me dis-je <em>in petto<\/em>. Ce que je fis d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p>Sur la fronti\u00e8re du village, \u00e0 quelques m\u00e8tres des premi\u00e8res habitations, je rencontrai le facteur, un gourdin \u00e0 la main, sa bo\u00eete aux lettres en bandouli\u00e8re, marchant tout joyeux en sifflotant l&rsquo;air de <em>Viens Poupoule<\/em>. Il me rendit le salut que je lui adressais et continua son chemin sans me regarder comme une b\u00eate curieuse. Cela m&rsquo;\u00e9tonna tellement j&rsquo;en d\u00e9duisis de bons pr\u00e9sages. \u00abSi le t\u00e9l\u00e9graphe avait march\u00e9, me dis-je en moi-m\u00eame, nul doute qu&rsquo;il le s\u00fbt. D&rsquo;autre part, se passe-t-il le moindre \u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;il n&rsquo;en soit avis\u00e9 l&rsquo;un des premiers par la rumeur publique. Or son regard n&rsquo;a rien laiss\u00e9 para\u00eetre de tout cela. \u00c7a va, mon vieux ! Ce n&rsquo;est pas encore cette fois-ci que l&rsquo;on ne verra Paris.\u00bb Puis, le c\u0153ur l\u00e9ger, le sourire aux l\u00e8vres et le crayon sur l&rsquo;oreille pour me donner une contenance, j&rsquo;entrai r\u00e9solument et majestueusement dans Wiry-au-Mont.<\/p>\n<p>Vers le milieu du village, je mis \u00e0 profit de trouver un d\u00e9bit de tabac pour m&rsquo;y approvisionner en scaferlati et en allumettes. L\u00e0 encore, \u00e0 l&rsquo;attitude du d\u00e9bitant qui me vint servir, j&rsquo;en d\u00e9duisis que la nouvelle du drame n&rsquo;\u00e9tait pas encore parvenue jusque-l\u00e0. Et, de plus en plus satisfait, je continuai d&rsquo;avancer. Hardi petit ! bouffe des kilom\u00e8tres ! Apr\u00e8s Witry-au-Mont je gagnai Allery, puis Dreuil. Ce fut entre ces deux derniers villages que je fis la rencontre de deux gendarmes \u00e0 cheval.<\/p>\n<p>Je serais bien en peine de dire si nous nous aper\u00e7\u00fbmes r\u00e9ciproquement au m\u00eame instant ; \u00e9tant \u00e0 cheval ils avaient l&rsquo;avantage de me pouvoir voir avant que je les visse ; ce que je sais c&rsquo;est que je les aper\u00e7us \u00e0 un bon demi-kilom\u00e8tre de moi. Sur le coup, positivement, j&rsquo;allais couper \u00e0 travers champ dans l&rsquo;intention d&rsquo;atteindre un petit bois sur ma droite \u00e0 une distance d&rsquo;un kilom\u00e8tre environ ; mais je changeai subitement d&rsquo;id\u00e9e. J&rsquo;\u00e9tais encore sous la bonne impression que m&rsquo;avait produite l&rsquo;attitude du facteur et celle du marchand de tabac. Or m&rsquo;enfuir \u00e0 travers champs ne serait-ce pas leur para\u00eetre suspect ? D&rsquo;autre part, en supposant qu&rsquo;ils fussent pr\u00e9venus du drame de Pont-R\u00e9my, m&rsquo;enfuir \u00e0 leur approche ne serait-ce pas leur indiquer que j&rsquo;en \u00e9tais l&rsquo;un des auteurs ? Le leur persuader m\u00eame ? Convaincu par la logique de ce raisonnement j&rsquo;avan\u00e7ai droit sur eux, l&rsquo;air insouciant, toujours mon crayon sur l&rsquo;oreille et mon revolver en main.<br \/>\n\u00abEt puis, quoi ! continuai-je de penser tout en marchant, ils ne sont que deux et s&rsquo;il faut se battre nous nous battrons. S&rsquo;ils m&rsquo;attaquent, ils trouveront \u00e0 qui parler : ils gagneront la croix ou bien ils ne jouiront pas de leur future retraite. Tant pis pour eux, apr\u00e8s tout. \u00c7a co\u00fbte cher parfois de d\u00e9fendre les riches. Risques de profession, tout comme moi en leur faisant la guerre.\u00bb Et \u00e0 mesure que je m&rsquo;approchais d&rsquo;eux, cette id\u00e9e me souriait davantage. J&rsquo;\u00e9tais fatigu\u00e9, tr\u00e8s fatigu\u00e9, et la perspective de monter \u00e0 cheval n&rsquo;\u00e9tait pas pour me d\u00e9plaire. Je cherchais d\u00e9j\u00e0 un point de mire afin de les d\u00e9gringoler de dessus le canasson. Celui de gauche, surtout, me faisait envie avec sa robe couleur chocolat ; je me sentais d\u00e9j\u00e0 dessus, d\u00e9vorant des kilom\u00e8tres, \u00e9chappant \u00e0 mes ennemis. A vingt m\u00e8tres d&rsquo;eux, j&rsquo;armai mon revolver, le tenant dans ma poche, pr\u00eat \u00e0 faire feu dans cette position, puis de l&rsquo;autre main, \u00e0 la militaire, je les saluai.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1989\" title=\"fuite campagnarde par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480-180x300.jpg\" alt=\"\" width=\"93\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480-180x300.jpg 180w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480.jpg 384w\" sizes=\"(max-width: 93px) 100vw, 93px\" \/><\/a>&#8211; Bonjour, bonjour, leur criai-je audacieusement.<br \/>\n&#8211; Bonjour, bonjour, me r\u00e9pondirent-ils en continuant leur chemin, sans m&rsquo;inqui\u00e9ter.<\/p>\n<p>Je respirai d&rsquo;aise. S&rsquo;ils m&rsquo;avaient attaqu\u00e9, je les aurais tu\u00e9s sans aucun scrupule. C&rsquo;est la guerre sociale. Si je ne me d\u00e9fendais pas, ils m&rsquo;enlevaient la vie ou la libert\u00e9, ce qui revient au m\u00eame. Mais je pr\u00e9f\u00e9rais que les choses se passassent ainsi. Je ne tue pas pour le plaisir de tuer. Cela est bon pour les honn\u00eates gens, les militaires, par exemple. Un bandit pense et agit tout autrement.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;ils furent un peu plus loin, je laissai tomber mon mouchoir \u00e0 terre afin de le ramasser et de pouvoir ainsi les observer, \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, sans qu&rsquo;ils s&rsquo;en doutassent. Au m\u00eame instant, comme par magie, ils arr\u00eat\u00e8rent leur monture. \u00c9tait-ce pour m&rsquo;observer, ou bien pour tout autre motif ne me concernant pas? Il me serait bien difficile de le dire.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, comme j&rsquo;\u00e9tais dans un de ces moments o\u00f9 les choses les plus naturelles et les plus simples paraissent extraordinaires et d\u00e9favorables, j&rsquo;agis comme si leur man\u0153uvre me concernait.<\/p>\n<p>Apercevant un paysan qui jardinait \u00e0 deux cents m\u00e8tres du chemin, je l&rsquo;interpellai avec des phrases confuses, accompagnant mes paroles de gesticulements de bras, mimant en quelque sorte ce que je lui disais.<\/p>\n<p>Crut-il reconna\u00eetre en moi quelqu&rsquo;un de sa connaissance ? Il m&rsquo;est permis de le croire, car il me r\u00e9pondit en agitant sa main et en me criant tr\u00e8s fortement :<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour !<\/p>\n<p>Si les gendarmes s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s pour moi, cette man\u0153uvre me r\u00e9ussit, car ils repartirent aussit\u00f4t, continuant \u00e0 chevaucher vers Allery, en me laissant poursuivre tranquillement mon chemin.<\/p>\n<p>Tout en atteignant Dreuil dont j&rsquo;apercevais depuis longtemps les quelques p\u00e2t\u00e9s de masures formant tout le hameau &#8211; car Dreuil n&rsquo;est qu&rsquo;un petit hameau -, je r\u00e9fl\u00e9chissais \u00e0 l&rsquo;attitude de ces deux gendarmes. \u00c9taient-ils au courant de l&rsquo;affaire, ou bien l&rsquo;ignoraient-ils ? \u00c9taient-ils \u00e0 ma poursuite, \u00e0 ma recherche pour mieux dire, ou bien n&rsquo;avais-je d\u00fb leur rencontre qu&rsquo;\u00e0 leur promenade habituelle ? Telles \u00e9taient les questions que je me posais.<\/p>\n<p>Et, de d\u00e9duction en d\u00e9duction, je conclus \u00e0 la n\u00e9gative : \u00abIls sont plut\u00f4t gaffeurs de leur naturel, me dis-je, et p\u00e8chent plus souvent par exc\u00e8s de z\u00e8le que par rel\u00e2chement. Or, s&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de l&rsquo;affaire, nul doute qu&rsquo;ils m&rsquo;eussent arr\u00eat\u00e9, questionn\u00e9 tout au moins.\u00bb En effet, par la suite j&rsquo;appris qu&rsquo;\u00e0 ce moment ils n&rsquo;avaient encore re\u00e7u aucun ordre relatif \u00e0 mon arrestation : j&rsquo;avais donc pens\u00e9 juste. Mais n&#8217;emp\u00eache que cette fa\u00e7on d&rsquo;appr\u00e9cier leur conduite fut une des causes de ma perte : \u00abPuisqu&rsquo;ils ne sont pas inform\u00e9s depuis trois heures qu&rsquo;a eu lieu le drame, me dis-je encore, ils ne le seront jamais. Seules, les gendarmeries limitrophes de Pont-R\u00e9my ont d\u00fb \u00eatre avis\u00e9es.\u00bb Et, confiant dans cette mani\u00e8re de voir, je rel\u00e2chai ma prudence.<\/p>\n<p>En arrivant \u00e0 Dreuil, je tournai \u00e0 droite, enfilant un \u00e9troit chemin conduisant sur la route d&rsquo;Airaines. \u00c0 l&rsquo;un des coins se trouvait un caf\u00e9-auberge, le caf\u00e9 du Commerce. Mes jambes, n&rsquo;\u00e9tant plus aiguillonn\u00e9es par la crainte du danger, me dirent qu&rsquo;elles seraient bien aises de se reposer une heure ; mon estomac qui n&rsquo;avait rien absorb\u00e9 depuis quatre heures &#8211; j&rsquo;\u00e9tais parti de Paris sans d\u00eener, n&rsquo;ayant pas faim &#8211; me dit \u00e0 son tour qu&rsquo;il ne serait point f\u00e2ch\u00e9 de donner asile \u00e0 quelques aliments. Ces demandes me furent adress\u00e9es d&rsquo;une fa\u00e7on si cajolante que je n&rsquo;eus pas le courage de r\u00e9sister \u00e0 ces deux parties de mon tout. Je les aime tant, les pauvres !<\/p>\n<p>Guenille si l&rsquo;on veut, ma guenille m&rsquo;est ch\u00e8re&#8230; comme dit l&rsquo;autre. J&rsquo;entrai donc \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du Commerce de Dreuil pour faire droit \u00e0 leur sollicitation.<\/p>\n<p>J&rsquo;y fus re\u00e7u par une personne de vingt-cinq printemps. Apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre fait servir un Bhyrr \u00e0 l&rsquo;eau, je lui demandai s&rsquo;il \u00e9tait possible de casser une cro\u00fbte.<\/p>\n<p>&#8211; Oh! vous savez, me dit-elle en esquissant un l\u00e9ger sourire, montrant ses blanches dents, fa\u00e7on de faire voir qu&rsquo;elles n&rsquo;\u00e9taient pas g\u00e2t\u00e9es, nous ne sommes pas bien mont\u00e9s \u00e0 la campagne&#8230; Je ne puis vous offrir que des \u0153ufs, du beurre. Vous comprenez, le boucher n&rsquo;est pas encore venu et nous n&rsquo;en avons pas dans le hameau : il faut aller jusqu&rsquo;\u00e0 Airaines.<\/p>\n<p>Puis, apr\u00e8s une courte pause :<\/p>\n<p>&#8211; Je puis vous offrir des sardines \u00e0 l&rsquo;huile, ajouta-t-elle.<br \/>\n&#8211; Mais c&rsquo;est plus qu&rsquo;il n&rsquo;en faut, lui dis-je pour la mettre \u00e0 son aise. Ne vous mettez donc pas en peine, brave femme. Donnez-moi des \u0153ufs, du beurre, des sardines \u00e0 l&rsquo;huile ainsi qu&rsquo;une chopine de vin pour arroser le tout. Cela me suffira.<\/p>\n<p>Et, sans plus de fa\u00e7on, j&rsquo;avalai d&rsquo;un trait mon ap\u00e9ritif afin d&rsquo;\u00e9tancher la fi\u00e8vre qui me s\u00e9chait la gorge ; puis je sortis un journal de ma poche et me mis \u00e0 le lire.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00f4tesse passa dans une pi\u00e8ce voisine, la cuisine sans doute.<\/p>\n<p>Je l&rsquo;entendis ouvrir des tiroirs, remuer des bouteilles, essuyer des verres, prendre des assiettes, des cuillers et des fourchettes. Quel remue-cuisine, mes enfants ! Tout ce cliquetis de fer-blanc, de verre et de terre cuite me fit entendre que mon arriv\u00e9e \u00e9tait tout un \u00e9v\u00e9nement. Les voyageurs ne doivent pas faire queue \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du Commerce de Dreuil ! P\u00e9ca\u00efre ! comme elle avait l&rsquo;air affair\u00e9e la pauvre h\u00f4tesse de vingt-cinq printemps.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;elle m&rsquo;eut servi, je la voyais r\u00f4der autour de moi, avec des diplomaties d&rsquo;attitude, ne sachant au juste comment s&rsquo;y prendre pour satisfaire sa curiosit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) \u00abMais bah ! me dis-je, au bout d&rsquo;un instant, je trouverai bien un amiral pour m&rsquo;en offrir une autre.\u00bb Et, remis d&rsquo;aplomb par cet espoir, je repris ma route. 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