{"id":1988,"date":"2010-10-10T01:34:25","date_gmt":"2010-10-09T23:34:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1988"},"modified":"2010-08-13T09:51:45","modified_gmt":"2010-08-13T07:51:45","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-8","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-8\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 8"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1989\" title=\"fuite campagnarde par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480-180x300.jpg\" alt=\"\" width=\"91\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480-180x300.jpg 180w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-16-640x480.jpg 384w\" sizes=\"(max-width: 91px) 100vw, 91px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>&#8211; Indiquez-moi donc un peu le chemin pour \u00e9viter la r\u00e9gie, les gendarmes et les gendarmeries ?<br \/>\n&#8211; Oh ! \u00e7a c&rsquo;est pas bien difficile, dit-il officieusement et, en personne familiaris\u00e9e avec les alentours, il se planta au beau milieu du sentier tout droit dans l&rsquo;attitude d&rsquo;un poteau t\u00e9l\u00e9graphique, puis, \u00e9tendant le bras dans la direction de l&rsquo;est, il commen\u00e7a ses litanies, en me citant une kyrielle de noms de villages : Abancourt, Pupicourt, Mamacourt, Seuricourt, Pierricourt, Chichicourt, puis des Picquigny, Pupigny, Pierrigny&#8230; Chichigny. \u00c0 chaque nom de village, il m&rsquo;indiquait la fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9viter la gendarmerie.<!--more--><\/p>\n<p>&#8211; Vous comprenez, me disait-il avec une mimique des plus comiques, vous prenez \u00e0 gauche, puis tout droit&#8230; alors vous rencontrez un bois&#8230; vous le traversez&#8230; Ensuite vous prenez \u00e0 droite&#8230; vous comprenez&#8230;<\/p>\n<p>Et, au village suivant, c&rsquo;\u00e9tait une nouvelle donn\u00e9e topographique. Ce brave homme, comme la plupart de ses cong\u00e9n\u00e8res de la campagne, me donnait tous ces renseignements de bonne foi, persuad\u00e9 que je les comprenais. Il ne se donnait pas la peine de r\u00e9fl\u00e9chir qu&rsquo;\u00e9tant \u00e9tranger \u00e0 la contr\u00e9e, ces renseignements, dits de cette fa\u00e7on, \u00e9taient pour moi du chinois. N\u00e9anmoins, je fis le monsieur qui avait compris et apr\u00e8s lui avoir serr\u00e9 la main, je le quittai en le remerciant.<\/p>\n<p>&#8211; Surtout, si vous rencontrez les gendarmes, ne leur dites pas m&rsquo;avoir rencontr\u00e9, lui dis-je en m&rsquo;en allant.<br \/>\n&#8211; Vous d\u00e9noncer, moi ? Ah ! que nenni ! Et pour donner plus de valeur \u00e0 ses paroles, il fit un geste \u00e9nergique avec la main.<\/p>\n<p>Parvenu au point culminant de l&rsquo;ondulation que j&rsquo;ascensionnais depuis un moment, je p\u00e9n\u00e9trai dans sa partie la plus bois\u00e9e et grimpai sur un arbre. L\u00e0, \u00e0 mon aise comme un astronome dans son observatoire, je braquai ma longue-vue aux quatre points cardinaux, en cherchant de d\u00e9couvrir Pont-R\u00e9my. Mais, dans ces pays du Nord, l&rsquo;atmosph\u00e8re n&rsquo;est pas diaphane comme dans le Midi, comme \u00e0 Marseille par exemple o\u00f9 l&rsquo;on peut lire des d\u00e9p\u00eaches \u00e0 deux kilom\u00e8tres de distance. J&rsquo;eus beau donner toute sa longueur \u00e0 mon appareil, mes efforts d&rsquo;optique demeur\u00e8rent vains. C&rsquo;est tout juste si, sur l&rsquo;un des nombreux chemins et routes que j&rsquo;apercevais, je vis une voiture mont\u00e9e par deux paysans : mais, \u00e0 son allure de punaise rassasi\u00e9e, j&rsquo;en augurai qu&rsquo;elle ne pouvait \u00eatre un danger pour moi. Aussi ne m&rsquo;en inqui\u00e9tai-je point. Cependant cette assurance ne s&rsquo;\u00e9tendit pas \u00e0 toutes choses. Perch\u00e9 sur mon arbre comme un rossignol en rupture de cage, je sondais mes m\u00e9ninges afin de combiner un nouveau stratag\u00e8me. Comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit, je savais les populations rurales moutonni\u00e8res \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s. Il suffisait qu&rsquo;un imb\u00e9cile propos\u00e2t une battue pour qu&rsquo;il en r\u00e9sult\u00e2t une lev\u00e9e en masse. Or, dans ce cas, je risquais fort d&rsquo;y laisser mes plumes.<\/p>\n<p>Donc aux grands maux, les grands rem\u00e8des. A l&rsquo;instar de ce Grec qui coupa la queue de son chien pour d\u00e9tourner l&rsquo;attention de ses d\u00e9tracteurs, je r\u00e9solus d&rsquo;incendier le bois qui me donnait asile : \u00abLes paysans sont tout d\u00e9vou\u00e9s pour la chasse au cambrioleur ; mais lorsqu&rsquo;ils verront les arbres flamber, ils perdront s\u00fbrement de leur enthousiasme ; et, s&rsquo;il leur en reste, ils l&#8217;emploieront \u00e0 \u00e9teindre le feu, ou tout au moins \u00e0 le circonscrire. Pendant ce temps Jacob gagnera du terrain.\u00bb Ainsi raisonnais-je tout en mettant la main \u00e0 la p\u00e2te. Je coupai autant de branches que je pus de l&rsquo;arbre sur lequel j&rsquo;\u00e9tais r\u00e9fugi\u00e9, puis je descendis et fis plusieurs petits b\u00fbchers autour du f\u00fbt de quelques arbres. Ensuite&#8230; ensuite, je dus m&rsquo;en tenir l\u00e0, car si l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas mauvaise, je dois ajouter que tout se coalisa pour la rendre irr\u00e9alisable. Dans mon empressement je n&rsquo;avais pas pens\u00e9 que je ne me trouvais pas dans les Bouches-du-Rh\u00f4ne o\u00f9 le proc\u00e9d\u00e9 m&rsquo;avait r\u00e9ussi une fois d\u00e9j\u00e0, lors d&rsquo;une aventure qui m&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9e sur les propri\u00e9t\u00e9s du marquis de Forbiu. Je n&rsquo;\u00e9tais pas au pays du soleil, de la poussi\u00e8re, des cigales et de l&rsquo;ailloli, mais au pays de la pluie, du brouillard, de la boue et des bistouilles. Mauvais, la pluie et le brouillard pour incendier un bois. Toutes mes allumettes y pass\u00e8rent. Et puis, non seulement les arbres \u00e9taient mouill\u00e9s, mais encore \u00e9tions-nous au mois d&rsquo;avril, fin avril, \u00e9poque o\u00f9 la s\u00e8ve parcourt toutes les fibres du bois. Une vraie d\u00e9veine, quoi !<\/p>\n<p>N&rsquo;ayant plus d&rsquo;allumettes, force me fut de renoncer au syst\u00e8me d&rsquo;Alcibiade.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir jet\u00e9 le coup d&rsquo;\u0153il de la fin sur mon \u0153uvre \u00e0 peine \u00e9bauch\u00e9e, je scrutai l&rsquo;horizon une derni\u00e8re fois et n&rsquo;apercevant rien de mauvais pour moi, je continuai ma marche vers l&rsquo;est, en me dirigeant vers un village dont je voyais les masures.<\/p>\n<p>Une demi-heure apr\u00e8s, j&rsquo;y arrivai en tenant ma t\u00eate cach\u00e9e sous mon pardessus. La matin\u00e9e \u00e9tant plus avanc\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 Limeux, je n&rsquo;eus pas la chance de passer inaper\u00e7u comme en ce dernier village. En le traversant, je rencontrai plusieurs indig\u00e8nes qui me regard\u00e8rent avec une curiosit\u00e9 marqu\u00e9e. Cela ne me surprit point. C&rsquo;est la coutume de la campagne et de la petite province. Il serait plus ais\u00e9 de faire le voyage au p\u00f4le Nord (couvert seulement d&rsquo;une feuille de vigne), que de passer dans un village sans \u00e9veiller la curiosit\u00e9 publique. Aussi, au lieu de me plaindre d&rsquo;une chose que je savais in\u00e9vitable, l&rsquo;utilisai-je \u00e0 mon profit, en me renseignant aupr\u00e8s d&rsquo;une habitante, pour savoir o\u00f9 je pourrais trouver une gare.<\/p>\n<p>&#8211; Voyez-vous ce moulin, me dit une vieille femme toute ratatin\u00e9e comme une pomme dess\u00e9ch\u00e9e, en m&rsquo;indiquant de la main ce point de rep\u00e8re.<\/p>\n<p>Sur ma r\u00e9ponse affirmative:<\/p>\n<p>&#8211; Eh bien, un peu plus loin, \u00e0 Wiry-au-Mont vous trouverez une gare, ajouta-t-elle complaisamment.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;en demandais pas davantage. Atteindre une gare avant que les gendarmeries de la r\u00e9gion eussent communiqu\u00e9 entre elles, c&rsquo;\u00e9tait tout ce que je souhaitais. Je remerciai la bonne vieille et, suivant ses conseils, je mis le cap sur le moulin.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais \u00e0 peine franchi les confins du village que je m&rsquo;arr\u00eatai soudain, en fouillant toutes mes poches et contre-poches. Mais, malheur de malheur ! j&rsquo;eus beau me fouiller, me refouiller, m&rsquo;archi-fouiller, je ne la trouvai pas. Car, je n&rsquo;ai pas besoin de vous dire ce que je cherchais, n&rsquo;est-ce pas ? Vous l&rsquo;avez d\u00e9j\u00e0 devin\u00e9 ? Eh bien, oui ; j&rsquo;avais oubli\u00e9 ma longue-vue, l\u00e0-bas, tout l\u00e0-haut au sommet de l&rsquo;ondulation, au pied de l&rsquo;arbre sur lequel j&rsquo;avais grimp\u00e9. Sur le coup, j&rsquo;en fus pein\u00e9 : une si belle longue-vue ! on se chagrinerait pur moins que cela, pas vrai ?<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) &#8211; Indiquez-moi donc un peu le chemin pour \u00e9viter la r\u00e9gie, les gendarmes et les gendarmeries ? &#8211; Oh ! \u00e7a c&rsquo;est pas bien difficile, dit-il officieusement et, en personne familiaris\u00e9e avec les alentours, il se planta au beau milieu du sentier tout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[200],"tags":[738,2442,2441,361,655,25,658,91,852,5400,2445],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1988"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1988"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1988\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1988"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1988"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1988"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}