{"id":1982,"date":"2010-10-08T01:33:23","date_gmt":"2010-10-07T23:33:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1982"},"modified":"2010-08-13T09:33:45","modified_gmt":"2010-08-13T07:33:45","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-6","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-6\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 6"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-14-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1983\" title=\"Jacob fait feu par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-14-640x480-300x215.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"143\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-14-640x480-300x215.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-14-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>Je me redressai vivement. Mais lui, toujours veinard, eut le temps de me ressaisir les poignets, en prenant soin de se tenir derri\u00e8re moi, comme une croix derri\u00e8re un christ. Sa position \u00e9tait des plus avantageuses ; et s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plus vigoureux, il n&rsquo;est pas douteux qu&rsquo;il m&rsquo;e\u00fbt emp\u00each\u00e9 de fuir. A ce moment, j&rsquo;ignorais que P\u00e9lissard et Bour eussent pris la fuite. En voyant le danger de ma position, je les appelai \u00e0 mon aide. Comme l&rsquo;on s&rsquo;en doute, mes appels demeur\u00e8rent vains.<!--more--><\/p>\n<p>Alors, me sachant seul, et me sentant perdu, pour ainsi dire, je rassemblai toutes mes forces et dans un supr\u00eame effort je me pr\u00e9cipitai en arri\u00e8re, aplatissant ainsi mon antagoniste contre la cloison du cabinet du chef de gare. Les vitres, la boiserie et la cloison de briques en trembl\u00e8rent. Cette man\u0153uvre me r\u00e9ussit. Il \u00e9tait temps ! J&rsquo;\u00e9tais litt\u00e9ralement ext\u00e9nu\u00e9. Apr\u00e8s avoir l\u00e2ch\u00e9 un \u00abouf !\u00bb occasionn\u00e9 par la pression produite sur son ventre, le brigadier de police laissa aller mes bras. Presque aussit\u00f4t, comme s&rsquo;il e\u00fbt regrett\u00e9 sa faiblesse, il fit mine de revenir sur moi. Sans lui laisser le temps d&rsquo;accomplir son intention, je le mis en joue avec mon revolver. Ce geste l&rsquo;arr\u00eata net. Il se fit un bouclier de son bras, se couvrant ainsi la figure, attendant le coup. Je fis feu. Il s&rsquo;affaissa en pirouettant sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, je fus libre de mes mouvements. Imm\u00e9diatement j&rsquo;allai sur le seuil de la grande porte de la salle des pas perdus. J&rsquo;eus beau regarder \u00e0 droite, \u00e0 gauche, devant, derri\u00e8re, je n&rsquo;aper\u00e7us ni Bour, ni P\u00e9lissard. Le moment n&rsquo;\u00e9tant pas aux r\u00eaveries ni aux conjectures, je m&#8217;empressai de quitter le th\u00e9\u00e2tre de la lutte.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t sorti, mon premier soin fut de recharger mon arme. Mais, croyant n&rsquo;avoir tir\u00e9 que deux coups, je ne rempla\u00e7ai que deux balles. C&rsquo;est ce qui explique la douille qui fut trouv\u00e9e vide, lors de la trouvaille de mon revolver.<\/p>\n<p>Au hasard, sans savoir au juste la direction que je prenais, je me dirigeai vers \u00c9rondelle qui est une esp\u00e8ce de hameau situ\u00e9 environ \u00e0 un kilom\u00e8tre de Pont-R\u00e9my. Je suivis la voie ferr\u00e9e sur un parcours de deux cents m\u00e8tres environ, puis je coupai \u00e0 travers champs.<\/p>\n<p>Dans ce court espace de chemin, je rencontrai plusieurs ouvriers qui se rendaient \u00e0 leur travail, \u00e0 l&rsquo;usine Saint. Les uns me regard\u00e8rent avec surprise, intrigu\u00e9s sans doute par l&rsquo;allure de mon pas et le port \u00e9vident de mon revolver. Les autres pass\u00e8rent sans m\u00eame me remarquer. En coupant \u00e0 travers champs, je fis la rencontre d&rsquo;un petit homme aux jambes lilliputiennes, sur lesquelles \u00e9tait pos\u00e9 un paquet de viande en forme de poire dont la queue rabougrie figurait la t\u00eate. Son regard puait la fausset\u00e9. Aussi me parut-il suspect. Les \u00e9v\u00e9nements devaient confirmer mes soup\u00e7ons. Ce triste \u00e9chantillon de la gent \u00abcasserole\u00bb n&rsquo;\u00e9tait autre que le sieur Edmond Mas, empoisonneur patent\u00e9 de son m\u00e9tier, le d\u00e9nonciateur qui, quelques heures apr\u00e8s, conduisit le procureur de la R\u00e9publique sur ma piste.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-12-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1984\" title=\"Pruvost bless\u00e9 \u00e0 mort par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-12-640x480-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-12-640x480-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-12-640x480-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-12-640x480.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>Arriv\u00e9 \u00e0 la hauteur d&rsquo;\u00c9rondelle, je me d\u00e9barrassai de mon v\u00eatement imperm\u00e9able en le jetant dans un ruisseau d&rsquo;irrigation. Puis, comme j&rsquo;avais oubli\u00e9 mon chapeau dans la rixe, je me couvris la t\u00eate avec mon mouchoir ; ensuite je continuai ma marche vers le point culminant du terrain o\u00f9 je me proposais d&rsquo;arriver.<\/p>\n<p>Dans cette partie de la France, les montagnes et les collines brillent par leur absence. En revanche, les marais n&rsquo;y font pas d\u00e9faut. La contr\u00e9e est aussi plate qu&rsquo;une poitrine d&rsquo;Anglaise. C&rsquo;est tout juste si, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, on rencontre quelques mamelons, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelques pellet\u00e9es de terre amoncel\u00e9es les unes sur les autres. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 le point culminant, objet de mes d\u00e9sirs, et sur lequel j&rsquo;arrivai vingt minutes environ apr\u00e8s mon d\u00e9part de la gare. N&rsquo;importe. Les petites choses ont parfois de grands effets ! Ce l\u00e9ger accident de terrain, cette brouett\u00e9e de terre, pourrais-je dire, fut suffisante pour que je pusse observer les mouvements de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n<p>S&rsquo;il faut en croire les on-dit, Santos-Dumont n&rsquo;entreprend jamais un voyage a\u00e9rien sans \u00eatre porteur d&rsquo;une m\u00e9daille de saint Beno\u00eet. Moi, je ne voyageais jamais sans \u00eatre muni de jumelles marines ou d&rsquo;une longue-vue. Que voulez-vous ? Chacun a ses petites manies !<\/p>\n<p>J&rsquo;ignore les services que peut rendre un morceau de m\u00e9tal, dont l&rsquo;estampe repr\u00e9sente une figure de moine ; mais mon ignorance ne s&rsquo;\u00e9tend pas jusque aux appareils d&rsquo;optique.<\/p>\n<p>J&rsquo;avoue qu&rsquo;une longue-vue est un objet fort utile et des plus pr\u00e9cieux pour un cambrioleur. Voulais-je m&rsquo;assurer, sans le concours des scell\u00e9s, si une maison \u00e9tait momentan\u00e9ment inhabit\u00e9e ? Vite, la longue-vue entrait en sc\u00e8ne. Je regardais si les chemin\u00e9es fumaient ; si le trou de la serrure \u00e9tait couvert de poussi\u00e8re ; si les fen\u00eatres \u00e9taient pourvues de rideaux ; si les araign\u00e9es avaient eu le temps de tisser leurs toiles sur telle ou telle partie de l&rsquo;\u00e9difice&#8230;<\/p>\n<p>Mais au fait&#8230; \u00c9coutez ceci, braves gens. Vous m&rsquo;en direz des nouvelles.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Marseille, au mois de juin, de l&rsquo;an 99, si j&rsquo;ai bonne m\u00e9moire. Ce jour-l\u00e0, depuis 8 heures du matin, j&rsquo;\u00e9tais post\u00e9 sur le sommet de la colline de la Garde, surveillant un ch\u00e2teau situ\u00e9 au Roucas-Blanc, dont un seul domestique &#8211; une femme de chambre &#8211; avait la garde, pendant l&rsquo;absence des ma\u00eetres. Il faut vous dire que, gr\u00e2ce \u00e0 une enqu\u00eate habilement men\u00e9e, j&rsquo;avais appris que la servante \u00e9tait passionn\u00e9ment \u00e9prise d&rsquo;un marchand de chi-chi fr\u00e9gis de la Canebi\u00e8re ; de sorte que j&rsquo;\u00e9tais au courant de ses rendez-vous tout comme si elle avait \u00e9t\u00e9 ma ma\u00eetresse. Bref, ce jour-l\u00e0, nous savions donc que la particuli\u00e8re avait rendez-vous avec son particulier dans un garni de Pentagone. Aussi tout \u00e9tait pr\u00eat. Les outils \u00e9taient \u00e0 port\u00e9e du travail ; le butin \u00e9tait m\u00eame vendu avant d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 pris ; nous n&rsquo;attendions plus, pour commencer l&rsquo;assaut, que l&rsquo;arriv\u00e9e de la nuit.<\/p>\n<p>Or, depuis 8 heures du matin que je me trouvais \u00e0 mon observatoire, je n&rsquo;avais rien remarqu\u00e9 d&rsquo;anormal ; tout allait \u00e0 merveille. De temps \u00e0 autre je voyais la donzelle qui se pavanait dans les all\u00e9es du parc, les yeux p\u00e9tillants d&rsquo;envie de chi-chi fr\u00e9gis. Tout d&rsquo;un coup, je la vois sortir tout affair\u00e9e, en se dirigeant vers la grande grille donnant sur la Corniche ; puis je la vois revenir tenant une d\u00e9p\u00eache \u00e0 la main : \u00ab<em>Bagasse ! Qu\u00e9saco ?<\/em>\u00bb me dis-je. Et, aussit\u00f4t, allonge que tu allongeras, d&rsquo;allonger ma longue-vue.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) Je me redressai vivement. Mais lui, toujours veinard, eut le temps de me ressaisir les poignets, en prenant soin de se tenir derri\u00e8re moi, comme une croix derri\u00e8re un christ. 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