{"id":1976,"date":"2010-10-06T01:32:04","date_gmt":"2010-10-05T23:32:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1976"},"modified":"2010-08-13T09:32:31","modified_gmt":"2010-08-13T07:32:31","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-4","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-4\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 4"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-cafe.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1977\" title=\"A l\\'auberge de Pont R\u00e9my par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-cafe-300x246.gif\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"127\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-cafe-300x246.gif 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-cafe.gif 416w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>Et, apr\u00e8s avoir r\u00e9veill\u00e9 Bour et P\u00e9lissard, un quart d&rsquo;heure ensuite, nous \u00e9tions attabl\u00e9s tous quatre, chez l&rsquo;un des aubergistes qui n&rsquo;avaient point voulu nous recevoir quelques heures avant.<!--more--><\/p>\n<p>&#8211; Vous n&rsquo;avez pas le sommeil l\u00e9ger, brave homme, dis-je au gargotier. Cette nuit nous vous avons vainement appel\u00e9 pendant un bon quart d&rsquo;heure, et, sans l&rsquo;amabilit\u00e9 de monsieur (je d\u00e9signai le garde) nous serions demeur\u00e9s \u00e0 la pluie.<\/p>\n<p>Nacavant, en venant le r\u00e9veiller, avait d\u00fb lui r\u00e9v\u00e9ler notre pr\u00e9tendue fonction, car mon reproche le fit sourire, d&rsquo;un air de me dire : \u00ab\u00c7a t&rsquo;apprendra de faire la chasse \u00e0 mes fournisseurs.\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Oui, Nacavant m&rsquo;a racont\u00e9 la chose, me r\u00e9pondit-il. C&rsquo;est dr\u00f4le&#8230; Je n&rsquo;ai rien entendu, ajouta-t-il imperturbablement. Il faut vous dire que nous couchons au fond&#8230; tout l\u00e0-bas au bout&#8230; tout \u00e0 fait au fond&#8230;<br \/>\n&#8211; Menteur ! pensai-je tout en buvant ma tasse de caf\u00e9.<br \/>\n&#8211; A votre sant\u00e9! messieurs, s&rsquo;\u00e9cria le garde-s\u00e9maphore en levant son petit verre rempli de cognac jusqu&rsquo;au bord.<\/p>\n<p>Bour et P\u00e9lissard trinqu\u00e8rent.<\/p>\n<p>&#8211; Comment ! vous n&rsquo;avez pas de cognac ? me demanda-t-il avec \u00e9tonnement.<\/p>\n<p>Puis, sans attendre ma r\u00e9ponse :<\/p>\n<p>&#8211; H\u00e9 ! patron ! apporte donc encore une bistouille de fine. Si tu dors la nuit, ajouta-t-il malicieusement, c&rsquo;est pas une raison pour dormir le jour en oubliant de servir les clients.<\/p>\n<p>D&rsquo;un geste, j&rsquo;arr\u00eatai l&rsquo;aubergiste. Puis m&rsquo;adressant \u00e0 Nacavant :<\/p>\n<p>&#8211; Merci ; je n&rsquo;en bois pas.<\/p>\n<p>Il traduisit sa surprise par un \u00abHa !\u00bb, et en deux lipp\u00e9es il avala la liqueur.<\/p>\n<p>Le cafetier avait si bien coup\u00e9 dans l&rsquo;histoire de notre pr\u00e9tendue fonction que, de l&rsquo;avis de l&#8217;employ\u00e9 de la gare, la liqueur qu&rsquo;il nous servit n&rsquo;\u00e9tait pas frelat\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est pas de l&rsquo;ordinaire, nous dit-il en nous jetant un clignement d&rsquo;\u0153il \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e comme pour nous dire : \u00abOn sait qui vous \u00eates !\u00bb<\/p>\n<p>Puis, tout en faisant clapper sa langue contre son palais, en homme qui sait d\u00e9guster les bonnes choses, il consulta la pendule de l&rsquo;auberge et reprit :<\/p>\n<p>&#8211; Faites excuse&#8230; Il faut que je vous quitte&#8230; Le service c&rsquo;est le service.<\/p>\n<p>Il nous serra la main et tout en s&rsquo;en allant il ajouta :<\/p>\n<p>&#8211; Merci de votre amabilit\u00e9.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est nous qui vous remercions, lui dit Bour.<\/p>\n<p>Il sortit, se rendant \u00e0 son travail.<\/p>\n<p>De la fa\u00e7on dont j&rsquo;\u00e9tais assis dans l&rsquo;auberge, je faisais face \u00e0 la fen\u00eatre et pouvais voir, dans un assez vaste rayon, ce qui se passait au-dehors. C&rsquo;est ainsi que je vis arriver deux gendarmes venant de la direction de Fontaine. Au moment o\u00f9 Nacavant arrivait \u00e0 la barri\u00e8re, eux y arrivaient aussi. Ils se salu\u00e8rent, en personnes habitant le m\u00eame village, accoutum\u00e9es \u00e0 se voir fr\u00e9quemment, famili\u00e8rement, et caus\u00e8rent entre eux trois, durant quelques minutes.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arrivee-train-pont-remy.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1978\" title=\"Arriv\u00e9e du train en garde de Pont R\u00e9my par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arrivee-train-pont-remy-300x227.gif\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"117\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arrivee-train-pont-remy-300x227.gif 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arrivee-train-pont-remy.gif 481w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/><\/a>Je craignis qu&rsquo;ils cherchassent apr\u00e8s nous. Mais je fus bient\u00f4t rassur\u00e9. Arriv\u00e9s devant l&rsquo;auberge, ils jet\u00e8rent un coup d&rsquo;\u0153il furtif ; mais leur regard n&rsquo;eut rien de cette indiscr\u00e9tion qui caract\u00e9rise si bien les gens de cette fonction. Tranquillement, en cadence, ils continu\u00e8rent leur promenade vers le bout du village, r\u00e9int\u00e9grant leur caserne.<\/p>\n<p>&#8211; Si nous partions ? dit Bour.<br \/>\n&#8211; En effet ; c&rsquo;est l&rsquo;heure, lui r\u00e9pondis-je apr\u00e8s avoir consult\u00e9 ma montre.<\/p>\n<p>J&rsquo;appelai le patron.<\/p>\n<p>&#8211; Tenez ; payez-vous, lui dis-je en lui donnant une pi\u00e8ce de dix francs.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s qu&rsquo;il m&rsquo;e\u00fbt rendu la monnaie, P\u00e9lissard prit la sacoche, son parapluie, et nous sort\u00eemes tous trois pour prendre le train.<\/p>\n<p>A peine avions-nous fait quelques pas dans la rue, nous dirigeant vers la gare que, nous v\u00eemes poindre \u00e0 l&rsquo;horizon de petits nuages d&rsquo;\u00e9paisse fum\u00e9e que rejetait la locomotive du train venant d&rsquo;Abbeville. Comme nous \u00e9tions loin de nous douter alors que deux des voyageurs qu&rsquo;il contenait s&rsquo;y fussent embarqu\u00e9s pour nous venir arr\u00eater ! Aussi, comment supposer une pareille man\u0153uvre alors que, depuis 2 heures du matin, nous nous trouvions \u00e0 Pont-R\u00e9my sans qu&rsquo;aucun indice ne nous e\u00fbt permis le moindre soup\u00e7on ? Quelques minutes, \u00e0 peine, deux gendarmes n&rsquo;\u00e9taient-ils pas pass\u00e9s devant l&rsquo;auberge, apr\u00e8s avoir parl\u00e9 avec le garde-s\u00e9maphore, sans s&rsquo;inqui\u00e9ter de nous, presque indiff\u00e9rents ? Cependant le t\u00e9l\u00e9phone et le t\u00e9l\u00e9graphe \u00e9taient \u00e9tablis \u00e0 la gare. Bizarre ! On dit que les malheurs pressentis ne manquent jamais d&rsquo;arriver. Ce dicton peut \u00eatre vrai, parfois. Mais je puis assurer n&rsquo;avoir rien pressenti, et cependant le malheur est arriv\u00e9 tout de m\u00eame. Nous \u00e9tions bien pourvus d&rsquo;outils, d&rsquo;argent, d&rsquo;\u00e9nergie, mais nous avions oubli\u00e9 de faire provision de flair. Le flair, tout est l\u00e0. Sans flair les malheurs non pressentis arrivent tout comme les autres. Ni mes compagnons, ni moi ne s\u00fbmes subodorer le danger. J&rsquo;ignore quels \u00e9taient leurs r\u00eaves, leurs pens\u00e9es \u00e0 ce moment-l\u00e0 ; mais quant \u00e0 moi, ma pens\u00e9e \u00e9tait bien loin des \u00e9v\u00e9nements qui allaient surgir. En regardant s&rsquo;\u00e9lever le panache de fum\u00e9e dont la locomotive se montrait prodigue dans son parcours, j&rsquo;aper\u00e7us une nu\u00e9e de corbeaux luttant \u00e0 coups d&rsquo;ailes contre le vent et la pluie fine qui recommen\u00e7ait \u00e0 tomber. Certaines personnes ont l&rsquo;esprit tr\u00e8s digressif. Dans la conversation surtout, de digression en digression, la fin de leur discours finit par ne plus avoir de corr\u00e9lation avec le commencement. Lorsque je r\u00eavasse, ce cas m&rsquo;arrive fr\u00e9quemment. C&rsquo;est ainsi que la vue des corbeaux me rem\u00e9mora un passage de l&rsquo;un des romans de Balzac, que j&rsquo;avais lu la veille dans le train en quittant Paris, sur un vieux num\u00e9ro de <em>L&rsquo;Aurore<\/em>. \u00abC&rsquo;est-y vrai que \u00e7a mange les morts?\u00bb demande Nanou \u00e0 Grandet en parlant des corbeaux. \u00abQue t&rsquo;es b\u00eate, Nanou ! r\u00e9pond Grandet. Ils mangent ce qu&rsquo;ils trouvent comme tout le monde. Est-ce que les hommes ne vivent pas de morts ? Qu&rsquo;est-ce donc que les successions ?\u00bb Et, tout en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la profonde r\u00e9plique de l&rsquo;avare, j&rsquo;entrai dans la salle des pas perdus. Mes compagnons me pr\u00e9c\u00e9daient.<\/p>\n<p>&#8211; Prends-tu les biftons ? me demanda P\u00e9lissard.<br \/>\n&#8211; Oui, je m&rsquo;en charge.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 je m&rsquo;approchai du guichet, deux hommes entr\u00e8rent pr\u00e9cipitamment. Soudain, sans aucune explication pr\u00e9alable, le brigadier Anquier (car c&rsquo;\u00e9tait lui, accompagn\u00e9 de l&rsquo;agent Pruvost), d&rsquo;une voix glapissante qui, en toute autre circonstance, aurait illustr\u00e9 un acteur, s&rsquo;\u00e9cria :<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) Et, apr\u00e8s avoir r\u00e9veill\u00e9 Bour et P\u00e9lissard, un quart d&rsquo;heure ensuite, nous \u00e9tions attabl\u00e9s tous quatre, chez l&rsquo;un des aubergistes qui n&rsquo;avaient point voulu nous recevoir quelques heures avant.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[200],"tags":[738,637,2427,198,2435,644,25,640,54,91,197,852,5400,273],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1976"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1976"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1976\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1976"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1976"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1976"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}