{"id":1969,"date":"2010-10-04T01:30:55","date_gmt":"2010-10-03T23:30:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1969"},"modified":"2010-08-13T09:31:23","modified_gmt":"2010-08-13T07:31:23","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-2\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 2"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--> <!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-7-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1971\" title=\"Alerte par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-7-640x480-300x178.jpg\" alt=\"\" width=\"248\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-7-640x480-300x178.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-7-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 248px) 100vw, 248px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p>(suite)<\/p>\n<p>Mes camarades ayant vu l&rsquo;apparition en m\u00eame temps que moi, en un clin d&rsquo;\u0153il nous f\u00fbmes tous trois dans la rue.<\/p>\n<p>&#8211; Tiens ! s&rsquo;\u00e9cria-t-elle. Ils sont encore trois !<!--more--><\/p>\n<p>Puis pr\u00e9cipitamment, elle referma la fen\u00eatre. D\u00e9cid\u00e9ment le danger \u00e9tait r\u00e9el. Il ne s&rsquo;agissait pas d&rsquo;une hallucination comme en ont parfois ceux qui font le guet.<\/p>\n<p>&#8211; Ce doit \u00eatre la femelle du m\u00e2le que tu as entendu sortir, dis-je \u00e0 Bour.<br \/>\n&#8211; Oh ! \u00e7a c&rsquo;est couru, r\u00e9pondit-il.<\/p>\n<p>Et sans plus d\u00e9lib\u00e9rer, nous op\u00e9r\u00e2mes une marche r\u00e9trograde au petit bonheur, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans savoir au juste o\u00f9 nous conduisait le chemin que nous prenions. Lorsque nous nous f\u00fbmes engag\u00e9s dans la rue Jeanne-d&rsquo;Arc, o\u00f9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 nous jouissions d&rsquo;une s\u00e9curit\u00e9 relative, je conseillai de nous tenir pr\u00eats \u00e0 tout \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>&#8211; En cas d&rsquo;attaque, dis-je \u00e0 mes compagnons, je pense que nous ne partirons pas les uns sans les autres.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est ainsi que je l&rsquo;entends, r\u00e9pondit P\u00e9lissard.<br \/>\n&#8211; N&rsquo;aie pas peur ! se contenta de dire Bour.<\/p>\n<p>En d\u00e9bouchant dans la rue Saint-Gilles, nous march\u00e2mes en file indienne, dans l&rsquo;ombre, rasant les murs, afin de nous dissimuler l&rsquo;un derri\u00e8re l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Tout en allongeant le pas, P\u00e9lissard nous faisait part de ses craintes.<\/p>\n<p>&#8211; La police va peut-\u00eatre nous donner la chasse, disait-il. Nous ne ferions pas mal, je crois, de h\u00e2ter le pas&#8230; de courir m\u00eame.<br \/>\n&#8211; Allons donc ! Ces messieurs de la police ne sont pas aussi d\u00e9vou\u00e9s que ce que tu crois, lui dis-je, plein d&rsquo;optimisme \u00e0 ce sujet. Lorsqu&rsquo;ils auront constat\u00e9 l&rsquo;effraction ils retourneront chez eux, impatients de se recoucher. Puis demain matin, ils continueront leur enqu\u00eate.<br \/>\n&#8211; Au fond, c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ils proc\u00e8dent la plupart du temps. Et, nous n&rsquo;aurions pas de chance s&rsquo;ils nous poursuivaient \u00e0 travers la campagne.<br \/>\n&#8211; N&rsquo;aie pas peur, mon bon! ils n&rsquo;oseront pas s&rsquo;y aventurer&#8230; Et, \u00e0 te dire vrai, \u00e0 leur place j&rsquo;agirais de m\u00eame. Du reste ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois que pareille histoire m&rsquo;arrive, mais au moins la dixi\u00e8me ; eh bien, je puis t&rsquo;assurer qu&rsquo;il ne m&rsquo;est rien arriv\u00e9 de f\u00e2cheux.<\/p>\n<p>Accoutum\u00e9, familiaris\u00e9 avec le danger, j&rsquo;\u00e9tais un peu trop confiant en mon \u00e9toile.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9pass\u00e9 la caserne de cavalerie o\u00f9 nous pass\u00e2mes inaper\u00e7us du factionnaire, nous all\u00e2mes nous casser le nez devant la gu\u00e9rite de l&rsquo;octroi. J&rsquo;aurais voulu l&rsquo;\u00e9viter ; mais il \u00e9tait trop tard : le pr\u00e9pos\u00e9 nous avait vus.<\/p>\n<p>Je crois pouvoir dire sans me tromper, que ce fut ce fonctionnaire municipal qui, quelques heures apr\u00e8s notre passage, nous signala \u00e0 la police.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s au passage \u00e0 niveau du chemin de fer d&rsquo;int\u00e9r\u00eat local, mes camarades continu\u00e8rent d&rsquo;avancer pendant que je m&rsquo;arr\u00eatais un instant afin de m&rsquo;assurer si quelqu&rsquo;un \u00e9tait \u00e0 nos trousses. Je ne vis rien. La rue Saint-Gilles \u00e9tait des plus d\u00e9sertes. Rassur\u00e9 par cet examen, je rejoignis mes amis et nous nous enfon\u00e7\u00e2mes, au hasard, dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la route.<\/p>\n<p>La pluie avait cess\u00e9 de tomber, mais un brouillard des plus denses enveloppait de t\u00e9n\u00e8bres la route et la campagne. Sans les arbres qui \u00e9taient \u00e9chelonn\u00e9s le long de la route, il nous e\u00fbt \u00e9t\u00e9 bien difficile de nous pouvoir guider. De temps en temps, Bour projetait quelques \u00e9clairs avec la lampe \u00e9lectrique pour t\u00e2cher de d\u00e9couvrir une borne kilom\u00e9trique.<\/p>\n<p>O\u00f9 \u00e9tions-nous ? O\u00f9 allions-nous ?<\/p>\n<p>Pour le moment ces questions \u00e9taient pour nous autant de myst\u00e8res. Heureusement que tout arrive, m\u00eame la d\u00e9couverte d&rsquo;une borne kilom\u00e9trique. Ce ne fut qu&rsquo;apr\u00e8s avoir lu ses inscriptions que nous s\u00fbmes nous trouver sur la route d\u00e9partementale de Poix \u00e0 Abbeville. Mais, h\u00e9las ! Poix se trouvait loin, tr\u00e8s loin, et la perspective d&rsquo;en faire le trajet \u00e0 pied n&rsquo;eut pas le don de nous enthousiasmer. Notre but \u00e9tait d&rsquo;arriver \u00e0 un village quelconque pourvu d&rsquo;une gare, afin d&rsquo;y pouvoir prendre le train \u00e0 destination de Boulogne-sur-Mer. Dans l&rsquo;espoir d&rsquo;en rencontrer un avant Poix, nous continu\u00e2mes d&rsquo;avancer.<\/p>\n<p>Une heure apr\u00e8s notre d\u00e9part d&rsquo;Abbeville et apr\u00e8s avoir travers\u00e9 le village d&rsquo;\u00c9pagne, j&rsquo;\u00e9prouvai une telle lassitude que je proposai une halte de quelques minutes. J&rsquo;avais besoin de repos. Incompl\u00e8tement remis d&rsquo;un fort acc\u00e8s de fi\u00e8vre qui m&rsquo;avait fait tenir le lit pendant huit jours \u00e0 Paris, cette marche forc\u00e9e, la nuit, sous une pluie fine, mais p\u00e9n\u00e9trante, m&rsquo;avait indispos\u00e9. Mes camarades ne firent aucune objection \u00e0 ce d\u00e9sir. Comme l&rsquo;herbe \u00e9tait mouill\u00e9e, j&rsquo;\u00e9tendis mon imperm\u00e9able \u00e0 terre et nous nous ass\u00eemes tous trois au bord du talus, au pied d&rsquo;un arbre bordant la route.<\/p>\n<p>&#8211; Je suis \u00e0 me demander ce qu&rsquo;a voulu dire cette guenon, nous dit Bour.<\/p>\n<p>Sur le moment je ne compris pas l&rsquo;allusion.<\/p>\n<p>&#8211; Quelle guenon ? lui demandai-je.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;apparition de la fen\u00eatre, parbleu !<br \/>\n&#8211; Ah ! je gagerais que c&rsquo;est son \u00abIls sont encore trois\u00bb qui chatouille ta curiosit\u00e9.<br \/>\n&#8211; Juste.<br \/>\n&#8211; Je vais t&rsquo;en donner la signification. Te souviens-tu de l&rsquo;exp\u00e9dition du 24 d\u00e9cembre o\u00f9 nous sommes venus cambrioler l&rsquo;\u00e9glise Saint-Jacques ?<br \/>\n&#8211; Certes !&#8230; Si je m&rsquo;en souviens. Je me souviens aussi de la bouteille de vin blanc, ajouta-t-il en riant.<\/p>\n<p>Puis venant \u00e0 la question :<\/p>\n<p>&#8211; Mais je ne vois pas en quoi&#8230;<br \/>\n&#8211; Laisse-moi continuer et tu vas comprendre, l&rsquo;interrompis-je.<\/p>\n<p>Je rallumai ma cigarette qui s&rsquo;\u00e9tait \u00e9teinte, puis je repris :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-6-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1970\" title=\"Effraction par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-6-640x480-300x140.jpg\" alt=\"\" width=\"243\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-6-640x480-300x140.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-6-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/a>&#8211; Puisque tu as la m\u00e9moire si heureuse de te rappeler \u00abla bouteille de vin blanc\u00bb, tu dois te souvenir aussi qu&rsquo;au retour de l&rsquo;exp\u00e9dition, d\u00e9pass\u00e9 le pont de la Somme, le cafetier du coin, d&rsquo;une voix glapissante, nous salua au passage d&rsquo;un retentissant : \u00abBonsoir la troupe !\u00bb<br \/>\n&#8211; Je te crois que je m&rsquo;en rappelle. Tu lui as r\u00e9pondu : \u00abB&rsquo;soir citoyen\u00bb.<br \/>\n&#8211; Sur l&rsquo;instant nous ne compr\u00eemes rien \u00e0 cette interpellation. Ce ne fut qu&rsquo;en arrivant \u00e0 la gare, o\u00f9 nous v\u00eemes une troupe de com\u00e9diens se disposant \u00e0 prendre le train, que nous compr\u00eemes l&rsquo;allusion. On nous avait pris pour des cabotins. D&rsquo;autre part, tu dois te rappeler aussi que je fus oblig\u00e9 de faire d\u00e9classer nos billets en deuxi\u00e8me classe parce que le train de 3 h 30 ne prenait pas de troisi\u00e8me classe. Or le lendemain, apr\u00e8s la d\u00e9couverte du sacril\u00e8ge, le bonhomme du \u00abBonsoir la troupe\u00bb, ainsi que le contr\u00f4leur de la gare se sont souvenus de notre passage. Et c&rsquo;est ainsi que le surlendemain tu as pu lire comme moi, dans <em>Le Journal <\/em>: \u00abLes malandrins \u00e9taient au nombre de trois. Ils ont pris le train de 3 h 30 \u00e0 destination de Paris.\u00bb Et enfin, voil\u00e0 pourquoi la tortue de la fen\u00eatre, qui a d\u00fb probablement lire les journaux, nous a dit il y a quelques heures : \u00abIls sont encore trois !\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, ils sont encore trois comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise Saint-Jacques. As-tu compris ?<br \/>\n&#8211; Tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p>A peine finissais-je mon explication que P\u00e9lissard nous fit part d&rsquo;une d\u00e9couverte qu&rsquo;il avait faite en scrutant les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>&#8211; Tenez ! Regardez l\u00e0-bas, nous fit-il en \u00e9tendant le bras dans la direction de l&rsquo;est. Ne voyez-vous pas une lumi\u00e8re ?<\/p>\n<p>Puis, sans attendre de r\u00e9ponse, il reprit :<\/p>\n<p>&#8211; Il y a d\u00e9j\u00e0 un bon moment que je l&rsquo;observe. Et plus je regarde, plus je crois ne pas me tromper. Selon moi, c&rsquo;est le fanal d&rsquo;un train.<\/p>\n<p>En effet, il ne se trompait pas. Quelques minutes plus tard, le train, passant \u00e0 une courbe, nous montra le flanc. Alors ce ne fut plus une seule lumi\u00e8re, mais des douzaines que nous v\u00eemes se courir les unes derri\u00e8re les autres. Chaque porti\u00e8re semblait une lampe. On aurait dit un steamer avec ses cabines de batteries \u00e9clair\u00e9es, laissant filtrer la lumi\u00e8re \u00e0 travers les hublots. A mesure que le train avan\u00e7ait, il changeait de position, en suivant les sinuosit\u00e9s des rails. Par la distance qui nous s\u00e9parait de lui lorsqu&rsquo;il passa \u00e0 l&rsquo;opposite de notre position, nous juge\u00e2mes que la voie ferr\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas plus \u00e9loign\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; Ce serait bien le diable, dit P\u00e9lissard, si nous ne trouvions pas une station de chemin de fer d&rsquo;ici \u00e0 quatre ou cinq kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Et dans cet espoir, apr\u00e8s avoir allum\u00e9 chacun une cigarette, nous nous rem\u00eemes en marche, toujours au petit bonheur.<\/p>\n<p>Une heure apr\u00e8s, environ, nous arrivions \u00e0 Pont-R\u00e9my.<\/p>\n<p>Ordinairement, lorsque je partais en voyage, j&rsquo;avais le soin de me munir d&rsquo;un indicateur Chaix. Comme un fait expr\u00e8s, ce voyage-l\u00e0, je l&rsquo;avais oubli\u00e9. Aussi, afin de ne pas demeurer plus longtemps dans l&rsquo;incertitude, notre premier soin fut de nous rendre \u00e0 la gare pour consulter l&rsquo;horaire. La gare \u00e9tait ferm\u00e9e ; mais une pancarte \u00e9tant appos\u00e9e contre les vitres de la porte, avec l&rsquo;aide de notre lampe, il nous fut ais\u00e9 de satisfaire notre curiosit\u00e9.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 6h10 du matin, il n&rsquo;y avait aucun train qui s&rsquo;arr\u00eat\u00e2t \u00e0 cette station. Je consultai ma montre ; il \u00e9tait \u00e0 peine 2 heures du matin. C&rsquo;\u00e9tait donc quatre heures qu&rsquo;il nous fallait attendre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fuite-epogne.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1972\" title=\"la fuite par Epogne, Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fuite-epogne-300x257.gif\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"133\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fuite-epogne-300x257.gif 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fuite-epogne.gif 535w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>Certes, si pareille aventure nous \u00e9tait arriv\u00e9e quelques mois plus tard, \u00e0 la bonne heure ! La situation aurait \u00e9t\u00e9 supportable, agr\u00e9able pour mieux dire. Pour ma part, je suis de ceux qu&rsquo;une nuit \u00e0 la belle \u00e9toile, en plein \u00e9t\u00e9, n&rsquo;effraie pas. Mais malheureusement pour nous, la saison n&rsquo;\u00e9tait pas aussi avanc\u00e9e ; et au mois d&rsquo;avril, par un temps pluvieux, le ciel de la Picardie n&rsquo;offrant aucun charme, nous r\u00e9sol\u00fbmes d&rsquo;aller nous g\u00eeter aux deux h\u00f4tels avoisinant la gare.<\/p>\n<p>Moi \u00e0 l&rsquo;un, Bour et P\u00e9lissard \u00e0 l&rsquo;autre, nous e\u00fbmes beau sonner, appeler, frapper, crier, rien n&rsquo;y fit, personne ne donna signe de vie.<\/p>\n<p>Ce silence ne nous disait rien qui vaille. Moi surtout, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 peu pr\u00e8s persuad\u00e9 qu&rsquo;aucun des aubergistes ne nous voudrait recevoir. Mais, soit par acquis de conscience, soit pour me venger de leur impudent silence, je me rangeai \u00e0 l&rsquo;avis de P\u00e9lissard qui proposa de leur jouer une s\u00e9r\u00e9nade. Mais l\u00e0 encore nous en f\u00fbmes pour nos frais. Nous e\u00fbmes beau nous fatiguer les poings \u00e0 tambouriner sur leur devanture, pendant plus de cinq minutes, l&rsquo;air de <em>Viens Poupoule<\/em>, messieurs les gargotiers ne daign\u00e8rent seulement pas nous r\u00e9pondre. En fait, cela ne me surprenait pas. Depuis que je voyageais, ce n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9cier les m\u0153urs hospitali\u00e8res de messieurs les gargotiers de campagne. Qu&rsquo;il pleuve, qu&rsquo;il neige, qu&rsquo;il vente, qu&rsquo;il g\u00e8le \u00e0 pierre fendre, ce sont l\u00e0 des mis\u00e8res dont ce bip\u00e8de se soucie fort peu. N&rsquo;est-il pas \u00e0 l&rsquo;abri, lui ? Aussi donne-t-il rarement asile, la nuit, \u00e0 un \u00e9tranger. C&rsquo;est tout juste s&rsquo;il condescend \u00e0 examiner l&rsquo;intrus par la fen\u00eatre. Le voyageur est-il correctement v\u00eatu ? Il se recouche aussit\u00f4t, satisfait, tr\u00e8s heureux de pouvoir \u00eatre d\u00e9sagr\u00e9able au \u00abbourgeois\u00bb, au monsieur de ville : \u00abAh ! tu t&rsquo;imagines que je vais prendre froid pour aller t&rsquo;ouvrir ? Oui, compte l\u00e0-dessus ; mais en attendant reste dans la rue. Quand on est riche, mon bon m\u00f4ssieu, on ne court pas les villages la nuit. Bonne nuit! Et tape, appelle, crie, tambourine si tu veux ; nous verrons lequel de nous deux sera le plus t\u00f4t lass\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Le voyageur a-t-il les apparences d&rsquo;un ouvrier ? Il n&rsquo;agit pas autrement ; mais les griefs ne sont plus les m\u00eames. Dans ce cas c&rsquo;est lui, le paysan, qui le joue au \u00abm\u00f4ssieu de la ville\u00bb, qui singe le bourgeois : Quoi ! Un vagabond, un va-nu-pieds oser r\u00e9veiller un honn\u00eate homme tel que lui ? Quelle impudence ! C&rsquo;est \u00e0 se demander ce que font les gendarmes ! Lui le m\u00f4ssieu patent\u00e9, lui l&rsquo;adjoint au maire, lui un personnage enfin, daigner se d\u00e9ranger pour cette vermine d&rsquo;ouvrier, de chemineau ? Eh bien, ce serait du propre. La terre serait capable de n&rsquo;en plus tourner ! Et puis pourquoi n&rsquo;a-t-il pas un chez lui, ce vagabond &#8211; car pour s\u00fbr c&rsquo;est un vagabond. Est-ce que les honn\u00eates gens se prom\u00e8nent la nuit ? Allons donc ! Pour s\u00fbr c&rsquo;est quelque \u00e9chapp\u00e9 de prison.<\/p>\n<p>Qui sait ? Peut-\u00eatre en veut-il \u00e0 ses \u00e9cus ? Lui ouvrir ? Lui donner l&rsquo;hospitalit\u00e9? Autant aller se pendre. La peste soit du voyageur : qu&rsquo;il se mouille, qu&rsquo;il se trempe, qu&rsquo;il se g\u00e8le, peu lui importe ! Son h\u00f4tel n&rsquo;est pas un asile de nuit, apr\u00e8s tout. Et il se recouche tout en grommelant contre l&rsquo;audace des ventres-creux, des sans-abri et l&rsquo;inertie des gendarmes.<\/p>\n<p>Sa femme, \u00e0 moiti\u00e9 r\u00e9veill\u00e9e, lui demande :<\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as, Thomas ?<br \/>\n&#8211; M&rsquo;en parle pas, ma mie ; un voyageur en casquette qui me demande une chambre !<br \/>\n&#8211; Oh ! le brigand !<br \/>\n&#8211; Oser me r\u00e9veiller \u00e0 une pareille heure !<br \/>\n&#8211; Et par un pareil temps. T&rsquo;as pas froid, Thomas ?<br \/>\n&#8211; Eh ! oui, ma mie, je grelotte. Avance ma poupoule&#8230; Viens pr\u00e8s de moi que je me r\u00e9chauffe&#8230; Plus pr\u00e8s encore&#8230; L\u00e0.<\/p>\n<p>Et, enlac\u00e9s l&rsquo;un dans l&rsquo;autre, ils s&rsquo;\u00e9poumonent \u00e0 repeupler la France. Braves gens !<\/p>\n<p>Deux ans avant cette aventure, \u00e0 Saint-Blin, dans la Haute-Marne, il m&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9 bien pire encore. L\u00e0, le gargotier daigna me r\u00e9pondre ; mais il le fit d&rsquo;une dr\u00f4le de fa\u00e7on ! Il se montra \u00e0 la fen\u00eatre, le fusil en main, me disant :<\/p>\n<p>&#8211; Va-t&rsquo;en, sauvage, ou je te canarde comme un lapin.<\/p>\n<p>\u00c0 Pont-R\u00e9my, le silence en plus et la sc\u00e8ne du fusil en moins, nous avions affaire \u00e0 deux de ces civilis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers actes &#8211; Mon arrestation (suite) Mes camarades ayant vu l&rsquo;apparition en m\u00eame temps que moi, en un clin d&rsquo;\u0153il nous f\u00fbmes tous trois dans la rue. &#8211; Tiens ! s&rsquo;\u00e9cria-t-elle. Ils sont encore trois !<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[200],"tags":[83,738,2427,2432,53,2431,2426,361,2428,25,54,2429,2425,82,91,852,5400,2430],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1969"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1969"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1969\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1969"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1969"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1969"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}