{"id":1965,"date":"2010-10-03T01:29:53","date_gmt":"2010-10-02T23:29:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1965"},"modified":"2010-08-13T09:30:27","modified_gmt":"2010-08-13T07:30:27","slug":"souvenirs-dun-revolte-episode-1","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/10\/souvenirs-dun-revolte-episode-1\/","title":{"rendered":"SOUVENIRS D&rsquo;UN REVOLTE \u00e9pisode 1"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-3-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1968\" title=\"Gare d\\'Abbeville par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-3-640x480-300x134.jpg\" alt=\"\" width=\"233\" height=\"104\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-3-640x480-300x134.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/souvenirs-dun-revolte-par-romain-louvel-3-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><\/a>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/p>\n<p>Par Jacob<\/p>\n<p>Les derniers Actes &#8211; Mon arrestation<\/p>\n<p align=\"right\"><em>La propri\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est le vol.<\/em><br \/>\n[<em>PROUDHON<\/em>]<\/p>\n<p align=\"center\"><em>\u00c0 ma m\u00e8re<\/em><\/p>\n<p>&#8211; H\u00e9 Georges ! Nous arrivons. L\u00e8ve-toi.<\/p>\n<p>Brusquement interrompu dans ma somnolence, d&rsquo;un bond, je me levai. Puis regardant mon compagnon avec ce regard que l&rsquo;on a en s&rsquo;\u00e9veillant :<\/p>\n<p>&#8211; Abbeville ?<!--more--><\/p>\n<p>P\u00e9lissard me fit un signe de t\u00eate affirmatif.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t, je serrai mes outils, roulai une cigarette et l&rsquo;allumai ; puis je scrutai le ciel pour m&rsquo;assurer s&rsquo;il pleuvait encore comme \u00e0 notre d\u00e9part de Paris.<\/p>\n<p>P\u00e9lissard me devina.<\/p>\n<p>&#8211; Il pleut b\u00e9zef, mon vieux ! me dit-il en secouant sa main droite. Il fait noir comme dans un four.<br \/>\n&#8211; Tant mieux ! lui dis-je en souriant.<br \/>\n&#8211; T&rsquo;en parles \u00e0 ton aise, toi ; tu as ton imperm\u00e9able. Mais pour moi, c&rsquo;est pas rigolo. Je n&rsquo;ai pas m\u00eame un parapluie.<br \/>\n&#8211; Bah ! avant une heure tu en auras un.<\/p>\n<p>Le sifflet strident de la locomotive mit fin \u00e0 notre conversation. Le train stoppa. Nous \u00e9tions attendus.<\/p>\n<p>Sur le quai ext\u00e9rieur de la gare, \u00e0 la sortie des voyageurs, Bour, la sacoche en bandouli\u00e8re, nous attendait.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a va Georges ?<br \/>\n&#8211; Passablement.<br \/>\n&#8211; Et toi L\u00e9on ?<br \/>\n&#8211; Tr\u00e8s bien, lui r\u00e9pondit P\u00e9lissard.<\/p>\n<p>La sacoche qu&rsquo;il portait \u00e9tait tr\u00e8s petite et ne pouvait \u00eatre d&rsquo;aucune utilit\u00e9. Aussi m&rsquo;\u00e9tonnai-je qu&rsquo;il ne l&rsquo;e\u00fbt pas laiss\u00e9e en consigne. Je lui en fis la remarque.<\/p>\n<p>&#8211; Bah ! me r\u00e9pondit-il l&rsquo;air insouciant ; ne te mets donc pas en peine. Je pr\u00e9f\u00e8re la porter avec moi ; elle ne me g\u00eanera pas.<\/p>\n<p>Puis goguenard, il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Il faut que tu trouves toujours \u00e0 redire sur quelque chose: sans cela tu ne serais pas content.<br \/>\n&#8211; Avec \u00e7a que j&rsquo;ai tort ?<br \/>\n&#8211; Va donc, h\u00e9 ! grincheux !<br \/>\n&#8211; Il n&rsquo;y a pas de quoi rire, repris-je. Pour ne pas changer, tu en as encore fait du joli. Tu es un fameux pierrot, va ! \u00c0 l&rsquo;avenir je te laisserai le monopole exclusif pour la r\u00e9daction des formules t\u00e9l\u00e9graphiques&#8230;<br \/>\n&#8211; Ah! oui, interrompit P\u00e9lissard. Parlons un peu de \u00e7a. Ben mon colon ! t&rsquo;en as fait du propre.<\/p>\n<p>Ahuri, ne comprenant rien \u00e0 nos reproches, Bour nous regardait alternativement. Apr\u00e8s quelques secondes de ce man\u00e8ge, impatient\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que vous me chantez l\u00e0, vous autres ? Voyons, expliquez-vous.<br \/>\n&#8211; En deux mots. Te souviens-tu de la formule dont je t&rsquo;avais dit de r\u00e9diger le t\u00e9l\u00e9gramme ? lui dis-je.<br \/>\n&#8211; Parfaitement, me r\u00e9pondit-il avec assurance.<br \/>\n&#8211; Dis un peu, pour voir ?<\/p>\n<p>Il demeura embarrass\u00e9 quelques secondes ; puis, apr\u00e8s avoir sorti son calepin de sa poche :<\/p>\n<p>&#8211; Je ne peux pas me tromper, nous dit-il. En voil\u00e0 la copie.<\/p>\n<p>Pendant que P\u00e9lissard l&rsquo;\u00e9clairait avec la lampe \u00e9lectrique, il lut : \u00abCo\u00efncidences douteuses. D\u00e9part prochain.\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Tu es une betterave ! s&rsquo;\u00e9cria P\u00e9lissard. C&rsquo;est \u00abR\u00e9f\u00e9rences douteuses\u00bb que Georges t&rsquo;avait dit, sans te parler d&rsquo;arriv\u00e9e ni de d\u00e9part. T&rsquo;es une rude cruche, tiens !<br \/>\n&#8211; Enfin, c&rsquo;est fait ; n&rsquo;y pensons plus, lui dis-je pour att\u00e9nuer les sarcasmes de P\u00e9lissard. \u00c0 l&rsquo;avenir, fais en sorte d&rsquo;avoir meilleure m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Puis changeant la conversation de terrain, j&rsquo;ajoutai :<\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 propos combien d&rsquo;h\u00f4tels as-tu cal\u00e9s ?<br \/>\n&#8211; Onze.<br \/>\n&#8211; Donnent-ils tous ?<br \/>\n&#8211; Oui.<br \/>\n&#8211; Allons ! Il y a du bon !&#8230; Et dans quelles rues ?&#8230; Tiens ! \u00e9claire-le donc un peu, dis-je \u00e0 P\u00e9lissard, pour qu&rsquo;il nous lise la liste.<br \/>\n&#8211; Rue Notre-Dame, chauss\u00e9e des Bois, chauss\u00e9e Marcadet, place Saint-Pierre&#8230;<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est tout ?<br \/>\n&#8211; Oui. N&rsquo;est-ce pas suffisant ?<br \/>\n&#8211; Si. Mais tu n&rsquo;as pas su aller aux bons endroits : rue Saint-Gilles, rue Millevoye, rue de la Tannerie&#8230; Surtout rue de la Tannerie. C&rsquo;est l\u00e0 que demeure le curieux.<br \/>\n&#8211; Je crois bien avoir pass\u00e9 dans toutes ces rues-l\u00e0, me dit Bour, mais rien ne donnait. (Apr\u00e8s une pause ) Oh ! et puis, tu sais, j&rsquo;en ai cal\u00e9 de belles, ajouta-t-il. Des nobles, des rentiers, des proprios&#8230;<br \/>\n&#8211; Eh bien tant mieux ! Allons-y. Nous verrons \u00e7a.<\/p>\n<p>Et, allongeant le pas, nous all\u00e2mes faire notre tourn\u00e9e d&rsquo;inspection. La pluie tombait toujours, fine, p\u00e9n\u00e9trante, nous donnant des frissons de froid.<\/p>\n<p>&#8211; Cochon de m\u00e9tier ! Cochon de temps ! g\u00e9mit P\u00e9lissard.<br \/>\n&#8211; T&rsquo;impatiente pas, viens ! lui dit Bour. Nous allons bient\u00f4t arriver au premier : c&rsquo;est un noble.<br \/>\n&#8211; Je me fous pas mal que ce soit un noble ou un bourgeois, riposta aigrement P\u00e9lissard. Le principal est que je trouve un parapluie et un pardessus.<\/p>\n<p>Les quelques voyageurs qui \u00e9taient descendus du train avec nous avaient d\u00e9j\u00e0 disparu de nos regards. Les rues que nous traversions \u00e9taient compl\u00e8tement d\u00e9sertes.<\/p>\n<p>Au bout de dix minutes de marche, Bour me prit le bras, me disant :<\/p>\n<p>&#8211; En v&rsquo;l\u00e0 un !<\/p>\n<p>Je me dirigeai avec lui \u00e0 la porte et je projetai un \u00e9clair.<\/p>\n<p>&#8211; Tomb\u00e9 ! s&rsquo;\u00e9cria Bour. Tiens ! le v&rsquo;l\u00e0 \u00e0 terre, ajouta-t-il en montrant le scell\u00e9 tout macul\u00e9 de boue.<br \/>\n&#8211; Tant pis. D\u00e9p\u00eachons-nous d&rsquo;aller ailleurs, lui dis-je. Profitons de la pluie pour faire une prompte ouverture.<br \/>\n&#8211; Encore dix fois comme \u00e7a, soupira P\u00e9lissard, et pardessus et parapluie passeront \u00e0 l&rsquo;as. Pas de veine, nom de Dieu !<\/p>\n<p>La pluie, la boue, le froid le rendaient grincheux.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/place-saint-pierre-abbeville.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1967\" title=\"place Saint Pierre \u00e0 Abbeville, par Romain Louvel\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/place-saint-pierre-abbeville-300x213.gif\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"110\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/place-saint-pierre-abbeville-300x213.gif 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/place-saint-pierre-abbeville.gif 526w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/><\/a>Apr\u00e8s bien des tours et des d\u00e9tours dus \u00e0 l&rsquo;inexp\u00e9rience de Bour qui ne se reconnaissait qu&rsquo;avec peine dans Abbeville dont il \u00e9tait le passager pour la premi\u00e8re fois, ce ne fut qu&rsquo;une heure apr\u00e8s notre d\u00e9barquement que nous fin\u00eemes notre tourn\u00e9e d&rsquo;inspection. Sur onze scell\u00e9s, dix \u00e9taient tomb\u00e9s. Un seul restait : le n\u00b0 5 de la place Saint-Pierre.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce ? demandai-je \u00e0 Bour.<br \/>\n&#8211; Renti\u00e8re, me r\u00e9pondit-il apr\u00e8s avoir lu sur son calepin.<\/p>\n<p>Je connaissais l&rsquo;h\u00f4tel pour l&rsquo;avoir vu habit\u00e9 \u00e0 chacun de nos passages \u00e0 Abbeville. Aussi, pour plus de s\u00e9curit\u00e9, allai-je de nouveau examiner les scell\u00e9s. Aucun doute n&rsquo;\u00e9tait possible. Ils tenaient bel et bien. Aussi r\u00e9sol\u00fbmes-nous d&rsquo;attaquer.<\/p>\n<p>\u00c9clair\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience, d&rsquo;un simple coup d&rsquo;\u0153il, je jugeai la porte intombable. Semblable \u00e0 ces vieux portails d&rsquo;\u00e9glise garnis de fortes serrures, orn\u00e9s de gros clous \u00e0 t\u00eate taill\u00e9e en diamant, la porte n&rsquo;offrait et ne pouvait offrir aucune prise. Je le fis remarquer \u00e0 mes compagnons ; mais P\u00e9lissard ne fut pas de mon avis. Il essaya de faire une pes\u00e9e, ses efforts demeur\u00e8rent vains.<\/p>\n<p>&#8211; Nous ferions mieux d&rsquo;attaquer le soupirail de la cave, leur dis-je.<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e fut accept\u00e9e, et apr\u00e8s quelques pes\u00e9es la grille fut descell\u00e9e. J&rsquo;allai la porter imm\u00e9diatement sous un portail en biais qui se trouve \u00e0 quelques m\u00e8tres des Nouvelles Galeries abbevilloises, en face le logement et les bureaux du percepteur, afin de la d\u00e9rober aux regards des passants. Pendant cette courte absence, Bour avait essay\u00e9 de s&rsquo;introduire dans la cave, mais, g\u00ean\u00e9 par une barre de fer pos\u00e9e horizontalement dans l&rsquo;encadrement du soupirail, il n&rsquo;avait pu r\u00e9ussir.<\/p>\n<p>Devant cette impossibilit\u00e9 je n&rsquo;insistai pas. Je cherchai une autre voie de p\u00e9n\u00e9tration. J&rsquo;allai au milieu de la rue pour mieux examiner l&rsquo;\u00e9difice. Apr\u00e8s quelques minutes d&rsquo;observation je m&rsquo;aper\u00e7us de l&rsquo;imprudente fa\u00e7on dont les contrevents \u00e9taient pos\u00e9s. D&rsquo;ordinaire, les volets ext\u00e9rieurs s&rsquo;ench\u00e2ssent dans le cadre de la fen\u00eatre ; ceux-l\u00e0, au contraire, se trouvaient pos\u00e9s tout \u00e0 fait en dehors de l&rsquo;encadrement, de sorte qu&rsquo;il suffisait de faire des pes\u00e9es de bas en haut pour les d\u00e9loger de leurs gonds, ou de dedans en dehors pour fracturer la cr\u00e9mone ou la barre de fer tenant lieu d&rsquo;espagnolette.<\/p>\n<p>Je fis part de mes observations \u00e0 mes camarades, en leur demandant s&rsquo;ils \u00e9taient d&rsquo;avis d&rsquo;attaquer par la fen\u00eatre. Sur leur r\u00e9ponse affirmative, nous commen\u00e7\u00e2mes l&rsquo;assaut imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>D\u00e8s la deuxi\u00e8me pes\u00e9e, les contrevents s&rsquo;entreb\u00e2ill\u00e8rent suffisamment pour que je pusse passer la main et faire basculer la barre de fer. Les contrevents s&rsquo;ouvrirent. La base de la fen\u00eatre se trouvant \u00e0 une hauteur d&rsquo;un m\u00e8tre soixante environ, d&rsquo;un bond, je m&rsquo;assis sur le rebord ; puis, m&rsquo;\u00e9tant assur\u00e9 que la rue \u00e9tait d\u00e9serte, je brisai la vitre d&rsquo;un coup de poing ; ensuite je passai ma main \u00e0 travers le carreau cass\u00e9 et fis jouer l&rsquo;espagnolette afin d&rsquo;ouvrir les volets int\u00e9rieurs. Aussit\u00f4t que l&rsquo;ouverture fut termin\u00e9e, je sautai dans la pi\u00e8ce du rez-de-chauss\u00e9e me disposant \u00e0 aider mes camarades \u00e0 monter lorsque P\u00e9lissard, pr\u00e9textant que la vitre avait fait beaucoup de bruit, m&rsquo;invita \u00e0 descendre.<\/p>\n<p>&#8211; Allons faire un tour, ajouta-t-il ; et, s&rsquo;il n&rsquo;y a rien d&rsquo;anormal, nous reviendrons continuer.<br \/>\n&#8211; Ce n&rsquo;est pas sens\u00e9 ce que tu dis l\u00e0, lui r\u00e9pondis-je. Puisque la vitre a fait beaucoup de bruit, raison de plus pour que vous ne restiez pas l\u00e0, en \u00e9vidence. Suppose qu&rsquo;un voisin mette le nez \u00e0 la fen\u00eatre ? S&rsquo;il ne voit personne, il se recouchera ; tandis que s&rsquo;il vous aper\u00e7oit, l\u00e0, tous deux, il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain qu&rsquo;il ira pr\u00e9venir la police.<\/p>\n<p>Il haussa les \u00e9paules, me disant :<\/p>\n<p>&#8211; Tu arranges \u00e7a \u00e0 ta fa\u00e7on. Reste si tu veux ; mais moi je n&rsquo;entre pas encore. Je vais faire un tour.<\/p>\n<p>Devant ce parti pris, je n&rsquo;insistai pas davantage. Je sautai sur le trottoir et poussai les contrevents afin de masquer l&rsquo;effraction ; puis j&rsquo;allai les rejoindre tous deux sur la place du Pilori o\u00f9 ils s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s.<\/p>\n<p>Je leur avouai mon m\u00e9contentement.<\/p>\n<p>&#8211; Je n&rsquo;avais encore jamais proc\u00e9d\u00e9 de la sorte, leur dis-je, et certes, ce nouveau mode n&rsquo;est pas \u00e0 notre avantage.<br \/>\n&#8211; En effet, dit Bour. Je ne m&rsquo;explique pas tous ces t\u00e2tonnements.<\/p>\n<p>P\u00e9lissard garda le silence.<\/p>\n<p>Comme ce n&rsquo;\u00e9tait ni le lieu ni le moment d&rsquo;entamer une discussion, je dis \u00e0 P\u00e9lissard de rester au coin de la place du Pilori, pour faire le guet, pendant que moi et Bour irions faire le tour par la rue de l&rsquo;H\u00f4tel-de-Ville.<\/p>\n<p>P\u00e9lissard, qui ne demandait pas mieux que de rester dehors, consentit ais\u00e9ment.<\/p>\n<p>Je partis avec Bour. En chemin je fumai une cigarette tout en maugr\u00e9ant contre l&rsquo;attitude de P\u00e9lissard. Un instant, l&rsquo;id\u00e9e me vint d&rsquo;aller reprendre le train. J&rsquo;en fis part \u00e0 Bour.<\/p>\n<p>&#8211; Maintenant que l&rsquo;ouverture est faite, il vaut mieux aller jusqu&rsquo;au bout, me fit-il remarquer.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plus m\u00fbre r\u00e9flexion, je me rangeai \u00e0 cet avis et nous nous dirige\u00e2mes vers la rue des Carins. Comme nous arrivions au portail o\u00f9 j&rsquo;avais cach\u00e9 la grille du soupirail, quel ne fut pas notre \u00e9tonnement d&rsquo;y rencontrer P\u00e9lissard.<\/p>\n<p>&#8211; Ce n&rsquo;est pas prudent ce que tu fais l\u00e0, lui dis-je. Tu aurais d\u00fb demeurer l\u00e0-bas.<br \/>\n&#8211; Bah! Je ne fais que d&rsquo;en partir. Je n&rsquo;ai rien vu d&rsquo;anormal. Tout est bien tranquille.<\/p>\n<p>Rassur\u00e9 par ses dires, sit\u00f4t arriv\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre, je l&rsquo;ouvris et p\u00e9n\u00e9trai \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Tous deux me suivirent. Bour referma les contrevents et se mit \u00e0 son aise en s&rsquo;asseyant sur un fauteuil pour faire le guet. J&rsquo;allumai la lampe, et accompagn\u00e9 de P\u00e9lissard nous commen\u00e7\u00e2mes nos investigations. La pi\u00e8ce o\u00f9 nous nous trouvions n&rsquo;\u00e9tait presque pas meubl\u00e9e : quelques tableaux sans valeur, un vieux bahut, une chaise longue, sur laquelle \u00e9taient entass\u00e9s diff\u00e9rents objets mobiliers, en faisaient tout l&rsquo;ornement.<\/p>\n<p>Nous pass\u00e2mes au salon du rez-de-chauss\u00e9e. En passant sous la vo\u00fbte de l&rsquo;all\u00e9e, j&rsquo;allai verrouiller la porte d&rsquo;entr\u00e9e, afin qu&rsquo;en cas d&rsquo;alerte nous puissions avoir le temps de fuir tout \u00e0 notre aise par le jardin donnant du c\u00f4t\u00e9 du lyc\u00e9e.<\/p>\n<p>En entrant dans le salon, qui devait servir aussi de salle \u00e0 manger, \u00e0 gauche, se trouvait une armoire vitr\u00e9e renfermant des bibelots ainsi que quelques pi\u00e8ces d&rsquo;argenterie.<\/p>\n<p>Lorsque P\u00e9lissard eut pris l&rsquo;argenterie :<\/p>\n<p>&#8211; Montons au premier \u00e9tage, lui dis-je. Nous ferons le rez-de-chauss\u00e9e au retour. Veux-tu ?<br \/>\n&#8211; Comme tu voudras. Mais avant laisse-moi prendre ce parapluie.<\/p>\n<p>Et joignant le geste \u00e0 la parole, il prit cet objet qui se trouvait tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;armoire vitr\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; Il ne me manque plus que le pardessus, murmura P\u00e9lissard. Soudain, au moment o\u00f9 j&rsquo;ouvrais la porte pour monter au premier \u00e9tage, Bour siffla l&rsquo;air du <em>P\u00e8re Duchesne<\/em>, signal convenu en cas de danger.<\/p>\n<p>&#8211; Allons voir, dis-je \u00e0 P\u00e9lissard.<\/p>\n<p>Et, tous deux, nous retourn\u00e2mes aupr\u00e8s de Bour, en ayant soin de bien masquer la lumi\u00e8re de notre lampe.<\/p>\n<p>&#8211; Est-ce toi qui as siffl\u00e9 ?<br \/>\n&#8211; Oui.<br \/>\n&#8211; Qu&rsquo;y a-t-il ?<br \/>\n&#8211; Un homme vient de sortir en courant.<br \/>\n&#8211; D&rsquo;o\u00f9 est-il sorti ?<br \/>\n&#8211; D&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 ou d&rsquo;en face.<br \/>\n&#8211; Quelle direction a-t-il prise ?<br \/>\n&#8211; Par l\u00e0, me dit Bour, en me d\u00e9signant la rue Saint-Wulfrang.<br \/>\n&#8211; Mauvais ! C&rsquo;est le chemin pour aller au commissariat de police. C&rsquo;est peut-\u00eatre un citoyen d\u00e9vou\u00e9. En tout cas je vais le prendre en filature. Restez l\u00e0. Je reviens dans un instant.<\/p>\n<p>Ma mission fut vite termin\u00e9e. En ouvrant les contrevents pour sauter sur le trottoir, j&rsquo;aper\u00e7us une t\u00eate de femme, post\u00e9e dans l&rsquo;encadrement de l&rsquo;une des fen\u00eatres de l&rsquo;immeuble d&rsquo;en face.<\/p>\n<p><strong>(A suivre)<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 Par Jacob Les derniers Actes &#8211; Mon arrestation La propri\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est le vol. [PROUDHON] \u00c0 ma m\u00e8re &#8211; H\u00e9 Georges ! Nous arrivons. L\u00e8ve-toi. Brusquement interrompu dans ma somnolence, d&rsquo;un bond, je me levai. Puis regardant mon compagnon avec ce regard que l&rsquo;on a en s&rsquo;\u00e9veillant : &#8211; Abbeville ?<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[200],"tags":[83,738,53,2423,2424,644,392,121,25,54,2421,1234,852,2422,5400,646,24],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1965"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1965"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1965"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1965"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}