{"id":1713,"date":"2010-05-16T01:23:00","date_gmt":"2010-05-15T23:23:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1713"},"modified":"2010-04-05T08:24:09","modified_gmt":"2010-04-05T06:24:09","slug":"arsene-geronimo-alexandre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/05\/arsene-geronimo-alexandre\/","title":{"rendered":"Ars\u00e8ne Geronimo Alexandre"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1715\" title=\"C le magazine, n37, mars 2007 - 2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-2-300x155.jpg\" alt=\"\" width=\"285\" height=\"145\" \/><\/a>Il est des afflictions qui s&rsquo;inscrivent dans la dur\u00e9e. Sans atteindre le niveau des peurs mill\u00e9naristes que suscit\u00e8rent certaines pand\u00e9mies en des temps plus obscurs et plus recul\u00e9s, des temps mythiques, la lupinose atteint nombre de cerveaux embrum\u00e9s par les aventures extraordinaires de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob. Celui de Fr\u00e9d\u00e9ric Feu commet r\u00e9guli\u00e8rement cet amalgame lupinien si caract\u00e9ristique. Le dimanche 29 mars 2009 sur l&rsquo;antenne de <em>France Inter<\/em>, invit\u00e9 par feu Kriss Crumble, il vient parler de son <em>Mus\u00e9e vivant du roman d&rsquo;aventures<\/em>. Et pour retenir l&rsquo;attention de l&rsquo;auditeur \u00e9berlu\u00e9, il met en avant un personnage r\u00e9el ayant des attaches dans la fiction. Exc\u00e8s de lupinose garanti. C&rsquo;est m\u00eame un peu, beaucoup, son fonds de commerce et c&rsquo;est ce que r\u00e9v\u00e9lait d\u00e9j\u00e0 son article paru dans <em>C le magazine<\/em>, n\u00b037, en date de mars 2007.<!--more--><\/p>\n<p>Que l&rsquo;auteur soit passionn\u00e9 par le crime organis\u00e9 (ou non) de la Belle Epoque \u00e0 nos jours passe encore. Qu&rsquo;il en analyse les m\u00e9canismes qui le font passer dans l&rsquo;imaginaire collectif serait m\u00eame plut\u00f4t un aspect int\u00e9ressant de l&rsquo;historiographie. Mais, parce qu&rsquo;il y a toujours un mais, ce m\u00eame imaginaire d\u00e9rape tr\u00e8s souvent. Ars\u00e8ne Lupin aurait ainsi poss\u00e9d\u00e9 une quincaillerie \u00e0 Montpellier. Fr\u00e9d\u00e9ric feu nous relate alors avec force de d\u00e9tails mais, h\u00e9las pour lui, sans citation de sources, le g\u00e9nie d&rsquo;une organisation jacobienne qualifi\u00e9e ici de <em>rigolote<\/em>. M\u00eame avec des guillemets le mot est r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<p>Les aspects caustiques permettent de facto d&rsquo;\u00e9dulcorer les motivations politiques que, de toute fa\u00e7on, l&rsquo;auteur ne manque pas de rabaisser avec force d&rsquo;apriori et de moralisme. Le g\u00e9nie de Jacob devient de la sorte <em>plut\u00f4t <\/em><em>mal employ\u00e9 si l&rsquo;on consid\u00e8re que voler les riches pour donner aux pauvres manque un peu de \u00ab dialogue \u00bb social&#8230;<\/em> D\u00e9marche fort peu ad\u00e9quate au regard de la r\u00e9flexion historique, mais si caustique, si l\u00e9g\u00e8re, si fraiche, &#8230; si lupinienne en somme. Nous avons mis quelques passages de ce texte en gras et en soulign\u00e9. Dans le m\u00eame ordre d&rsquo;esprit, Fr\u00e9d\u00e9ric Feu digresse longuement sur l&rsquo;histoire du poignard perdu, puis retrouv\u00e9 en grand nombre, de Caserio. Ernest Saurel, de S\u00e8te, \u00a0permet de faire le lien avec Jacob. Ou plut\u00f4t avec l&rsquo;inspirateur de Maurice Leblanc. Lupinose, quand tu nous tiens\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-montpellieraine.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft  size-medium wp-image-1714\" title=\"C le magazine, num\u00e9ro 37, mars 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-montpellieraine-211x300.jpg\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-montpellieraine-211x300.jpg 211w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-montpellieraine.jpg 364w\" sizes=\"(max-width: 107px) 100vw, 107px\" \/><\/a><strong>C le magazine<\/strong><\/p>\n<p><strong>N\u00b037<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mars 2007<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Feu<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ars\u00e8ne Lupin, braquage \u00e0 Montpellier<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ars\u00e8ne Lupin \u00e0 Montpellier\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p><strong>POLICE SCIENTIFIQUE D&rsquo;HIE<\/strong><strong>R ET D&rsquo;AUJOURD&rsquo;HUI<\/strong><\/p>\n<p>Dans un int\u00e9ressant recueil d&rsquo;histoires locales du Languedoc Roussillon paru en 2005, Hubert Delobette raconte en partie la saga d&rsquo;Alexandre Marius Jacob. Ce voleur fut c\u00e9l\u00e8bre au d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle pour avoir, comme Bonnot, innov\u00e9 dans les techni\u00adques du crime organis\u00e9. Cepen\u00addant, c&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement avec moins de violence, de cynisme, et plus de fid\u00e9lit\u00e9 envers la cause anarchiste qu&rsquo;elle pr\u00e9tendait servir, que la clique de Jacob se distingue avant tout de la re\u00addoutable bande des \u00ab bandits en auto \u00bb de Jules Bonnot.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de Jacob est bien s\u00fbr connue d&rsquo;apr\u00e8s les faits racont\u00e9s par les journaux populaires et les \u00ab minutes \u00bb des proc\u00e8s. Mais aussi par lui-m\u00eame qui r\u00e9dige \u00e0 l&rsquo;occasion de son proc\u00e8s en 1905 l&rsquo;histoire de sa bande et sa cavale. <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Comme la c\u00e9l\u00e8bre Cas\u00adque d&rsquo;Or, il v\u00e9cut bien au-del\u00e0 de ce que le taux de mortalit\u00e9 des malfrats permet habituelle\u00adment<\/span><\/strong>.<\/p>\n<p>Il surv\u00e9cut au bagne et \u00e9chappa \u00e0 la guillotine&#8230; Un miracul\u00e9 en quelque sorte qui se suicida n\u00e9anmoins en 1954 dans une re\u00adlative indiff\u00e9rence des m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Tourn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame pour faire ressortir tout ce qui peut mettre en valeur des raisons, certes un peu douteuses mais amusantes, de consid\u00e9rer Jacob comme un \u00ab patrimoine local \u00bb, l&rsquo;histoire cont\u00e9e par M. Delobette rec\u00e8le deux ou trois \u00e9v\u00e9nements qui m\u00e9ritent qu&rsquo;on s&rsquo;y attarde \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 la police scientifique et technique est en permanence sur tous les \u00e9crans.<\/p>\n<p>En effet, depuis les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vi\u00ads\u00e9es de fins de soir\u00e9es les plus macabres jusqu&rsquo;aux dessins anim\u00e9s jeunesses &#8211; dont l&rsquo;ex\u00adcellent \u00ab d\u00e9tective Conan \u00bb dont mon fils de 8 ans est un fan (une version manga et moderne des aventures de Sherlock Holmes), la chasse au crime est plus que jamais un divertissement grand public.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft  size-medium wp-image-1716\" title=\"C le magazine, n37, mars 2007 - 3\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-3-90x300.jpg\" alt=\"\" width=\"90\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-3-90x300.jpg 90w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-3.jpg 154w\" sizes=\"(max-width: 90px) 100vw, 90px\" \/><\/a>On dit rarement que <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">c&rsquo;es<\/span><\/strong><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">t \u00e0 Montpellier que Jacob eut son \u00ad\u00adid\u00e9e la plus \u00ab rigolote \u00bb<\/span><\/strong>. Il acquit une grande quincaillerie, magasin qui \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque ne se limitait pas \u00e0 vendre des outils, casseroles et autres pi\u00e8ces de m\u00e9tal&#8230; mais qui \u00e9tait le distributeur des grands fabricants de coffres-forts ! Non seulement, comme le dit M. Delobette, Marius Jacob avait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les notices de fonctionnement des coffres que son \u00e9quipe \u00ab braquait \u00bb, mais plus \u00e9tonnant encore, c&rsquo;est donc Jacob qui vendait \u00e0 Montpellier les coffres-forts aux bourgeois&#8230; De plus, un coffre en fonte et en acier, \u00e7a ne s&#8217;emporte pas sous le bras ! Jacob livrait, installait et bien s\u00fbr rep\u00e9rait les lieux pour son prochain retour&#8230; !<\/p>\n<p>Il se trouve par hasard que j&rsquo;ai personnellement travaill\u00e9 durant huit ans sur les collections de l&rsquo;Ecole Nationale Sup\u00e9rieure de la Police, rassembl\u00e9es jadis par le p\u00e8re de la criminalistique, Edmond Locard.<\/p>\n<p>Le gouvernement du moment (M. Chev\u00e8nement, ministre de l&rsquo;int\u00e9rieur) souhaitait donner de l&rsquo;identit\u00e9 \u00e0 ce patrimoine (oui, la police \u00e9tait en qu\u00eate d&rsquo;iden\u00adtit\u00e9 \u00e7a n&rsquo;\u00e9tonnera personne !). Et je m&rsquo;\u00e9tais donc consacr\u00e9, en premier lieu, au tri des pi\u00e8ces concernant les cambriolages de 1800 \u00e0 1960 dont bien s\u00fbr le mat\u00e9riel de Jacob. <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Ce type avait du g\u00e9nie, certes plut\u00f4t mal employ\u00e9 si l&rsquo;on consid\u00e8re que voler les riches pour donner aux pauvres manque un peu de \u00ab dialogue \u00bb social&#8230;<\/span><\/strong> Ce que l&rsquo;histoire ne dit pas mais qui est \u00e9vident en voyant le mat\u00e9riel c&rsquo;est que Jacob a effectu\u00e9 son activit\u00e9 durant les ann\u00e9es qui marqu\u00e8rent une v\u00e9ritable r\u00e9vo\u00adlution technologique en mati\u00e8re de protection de biens.<\/p>\n<p>Il y avait un culte du \u00ab S\u00fbr \u00bb, du \u00ab Pratique \u00bb, du \u00ab Fiable \u00bb, qui allait des pots de conserves aux coffres-forts avec force innova\u00adtions et publicit\u00e9s.<\/p>\n<p>Les montpelli\u00e9rains d&rsquo;adoption de la bande \u00e0 Jacob furent con\u00adfront\u00e9s aux coffres \u00e0 serrures simples, doubles ou triples, aux coffres scell\u00e9s dans le sol, lest\u00e9s, \u00e0 combinaisons, avec clefs ou molettes, &#8230; avec ou sans pi\u00e8ge, provoquant une double ferme\u00adture, une alarme ou d\u00e9clenchant une arme \u00e0 feu dissimul\u00e9e dans le m\u00e9canisme&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00ab L&rsquo;\u00c9CHELLE DE JACOB \u00bb&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Et bien s\u00fbr pour cela il fallait passe-partout, rossignols, chi\u00adgnoles, pieds de biche, masses, burins, pinces homard (sorte d&rsquo;ouvre boite g\u00e9ant), st\u00e9thos\u00adcope pour entendre les d\u00e9clics de la combinaison (merci Laen\u00adnec), chalumeaux et bonbonnes de gaz, dynamite pour les lieux isol\u00e9s (merci M. Nobel)&#8230; sans compter les lampes, les cordes et grappins, la nourriture et la boisson (c&rsquo;\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement as\u00adsez long), un surin (couteau), un poing am\u00e9ricain (d&rsquo;ailleurs in\u00advent\u00e9 par les fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;origine) et plus rarement un revolver. Il faut dire que ce dernier ne par\u00addonnait pas en cas d&rsquo;arrestation car le plus souvent, les forces de police n&rsquo;avaient pas encore droit aux armes \u00e0 feu et voyaient d&rsquo;un fort mauvais oeil le fait de se faire tirer dessus et de devoir riposter avec leur sabre. Cependant, certains voyous se risquaient \u00e0 trimballer dans leur pardessus, un fusil de chasse \u00e0 canon sci\u00e9.<\/p>\n<p>Autant dire que le mat\u00e9riel trans\u00adport\u00e9 par les cambrioleurs devait le plus souvent ressembler \u00e0 un d\u00e9part en vacances de familles nombreuses. Le tout se trouvait dans une grosse caisse bien solide, genre plombier. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;interviennent les \u00ab \u00e9chelles de Jacob \u00bb. En effet, on trouvait souvent dans le mat\u00e9riel des vo\u00adleurs de cette \u00e9poque des s\u00e9ries de chiffons attach\u00e9s les uns aux autres. <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Jacob avait fabriqu\u00e9 une \u00e9chelle en fils de soie, tr\u00e8s effi\u00adcace, l\u00e9g\u00e8re et solide<\/span><\/strong> mais elle n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la fabrication douteuse en chiffons de toutes \u00ad\u00adsortes qui laisse \u00e0 penser que l&rsquo;on se serait bien vite casser la figure en l&rsquo;utilisant comme corde. Je pense, sans en \u00eatre certain, que ce n&rsquo;\u00e9tait pas pour sauter un mur, puisqu&rsquo;ils avaient \u00e0 disposition des cordes tout \u00e0 fait performantes mais qu&rsquo;elles \u00e9taient faites pour enrubanner tout ce bric-\u00e0-brac choisi afin qu&rsquo;il ne fasse pas de bruit. Certains cambrioleurs de l&rsquo;\u00e9poque avaient aussi des sur-chaussons anti-empreintes et l&rsquo;un deux avait m\u00eame coup\u00e9 le bout de ses chaussures pour qu&rsquo;on ne connaisse pas sa pointure. On attribue \u00e0 Jacob plus de cent cinquante vols en tant que chef des \u00ab travailleurs de la nuit \u00bb comme les appelait la presse.<\/p>\n<p>Il cambriole avec succ\u00e8s, sans effusion de sang et nargue la police avec ses c\u00e9l\u00e8bres cartes de visites : \u00ab Je reviendrai quand vos meubles seront authenti\u00adques !\u00bb. Un de ses cambriolages les plus c\u00e9l\u00e8bres a fascin\u00e9 la police de l&rsquo;\u00e9poque. En octobre 1901, d\u00e9sirant s&rsquo;attaquer au tr\u00e9\u00adsor d&rsquo;une bijouterie, il loue l&rsquo;ap\u00adpartement du dessus, perce le sol d&rsquo;un petit trou et laisse passer par celui-ci un parapluie ferm\u00e9 dont il d\u00e9clenche l&rsquo;ouverture. Son \u00e9quipe continue \u00e0 agrandir l&rsquo;orifice en laissant ainsi tomber les gravats dans le \u00ab p\u00e9pin \u00bb ce qui \u00e9vite tout bruit pouvant alerter le voisinage. On retrouve ses p\u00e9rip\u00e9ties dans le film \u00ab Du rififi chez les hommes \u00bb de Jules Dassin mais je vous conseille bien plus encore son \u00e9quivalent italien \u00ab Le Pigeon \u00bb de Mario Monicelli, dans lequel une bande de perceurs de murs on ne plus d\u00e9sorganis\u00e9e (Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Toto) g\u00e8re d\u00e9sastreusement son cambriolage (la fin est \u00e0 mourir mais ne vendons pas la m\u00e8che, ce film est rediffus\u00e9 de temps \u00e0 autre). <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">C&rsquo;est cette propension \u00e0 cambrioler sans dommage avec humour et dans le cadre d&rsquo;une cause certes tr\u00e8s critiqu\u00e9e mais color\u00e9e d&rsquo;altruisme, qui fit de Jacob un personnage mythique. A tel point qu&rsquo;il fut la source d&rsquo;inspiration principale de Mau\u00adrice Leblanc lorsqu&rsquo;il imagina les premi\u00e8res aventures d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin le gentleman cambrioleur. Un autre point commun entre Jacob et Lupin, qui nous rappelle aussi l&rsquo;une des plus grandes qualit\u00e9 de Vidocq, est le go\u00fbt du d\u00e9guisement.<\/span><\/strong><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span>Si Vidocq avait conseill\u00e9 \u00e0 son \u00e9quipe de police, recrut\u00e9e chez les malfrats de l&rsquo;\u00e9poque, de garder leurs d\u00e9gui\u00adsements afin de s&rsquo;infiltrer dans \u00adla soci\u00e9t\u00e9 et de recueillir des informations, Jacob, lui, avait carr\u00e9ment rachet\u00e9 une friperie de Montpellier pour disposer, pour son \u00e9quipe, de tous les d\u00e9guisements possibles. Y compris des bases pour se faire des uniformes de gendarmes et de policiers.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft  size-medium wp-image-1717\" title=\"C le magazine, n37, mars 2007 - 4\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/c-le-magazine-n37-mars-2007-4.jpg\" alt=\"\" width=\"172\" height=\"157\" \/><\/a>M. Delobette cite \u00e9galement les rapports qu&rsquo;ont entretenus Jacob et certains personnages, beaucoup plus noirs de l&rsquo;histoire de l&rsquo;anarchie. Ce fut le cas de Sorel, grand ami de Santo Ca\u00adserio qui poignarda le pr\u00e9sident Sadi Carnot \u00e0 Lyon. Oublions un temps Jacob pour relever une remarque de M. Delobette : \u00ab Le poignard de Cas\u00e9rio avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 \u00e0 Montpellier\u00bb. L&rsquo;histoire de ce \u00ab stylet \u00bb espagnol est une \u00ad\u00ad\u00ad\u00adde celle qui me fascine le plus. Peu d&rsquo;objets dans l&rsquo;histoire de la police permettent de raconter autant d&rsquo;anecdotes intrigantes. Accrochez-vous. Tout d&rsquo;abord, il faut savoir que le couteau qui a tu\u00e9 le pr\u00e9sident est en ce moment expos\u00e9 simultan\u00e9ment au mus\u00e9e de la pr\u00e9fecture de police de Paris, au mus\u00e9e des techniques de police Edmond Locard de Saint-Cyr au Mont- d&rsquo;Or (dont j&rsquo;ai assur\u00e9 la sc\u00e9nographie), dans la collection des h\u00e9ritiers d&rsquo;un grand m\u00e9decin l\u00e9giste dont je ne peux citer le nom, un autre exemplaire se trouve dans une exposition \u00ab La tr\u00e8s \u00e9trange affaire du carreau Wendel \u00bb en Lorraine. J&rsquo;ai du mal \u00e0 localiser le dernier qui semble se balader au Qu\u00e9bec apr\u00e8s n&rsquo;\u00eatre jamais revenu d&rsquo;une expo pour laquelle il fut pr\u00eat\u00e9 aux alentours de 1970. C&rsquo;est un peu comme les 10 000 h\u00f4tels qui pr\u00e9tendent avoir re\u00e7u Napol\u00e9on ou les reliques de tels ou tels saints qui, coll\u00e9es les unes aux autres, permettraient d&rsquo;obtenir la masse osseuse d&rsquo;un tyrannosaure ! Je rel\u00e8ve au passage que c&rsquo;est un sujet qui pourrait int\u00e9resser Laurent Puech, autre chroniqueur de \u00ab C le mag \u00bb qui aime bien pister les arnaques et erreurs historiques et scientifiques. Le couteau de Caserio a bien exist\u00e9. Il \u00e9tait tr\u00e8s aff\u00fbt\u00e9 et sa lame de Tol\u00e8de n&rsquo;a laiss\u00e9 aucune chance \u00e0 notre pauvre pr\u00e9sident. Cette arme est m\u00eame en partie \u00e0 l&rsquo;origine de la vocation de Carrel, l&rsquo;un des plus grands chirurgiens mondiaux. H\u00e9las, celui-ci est \u00e9galement connu pour ses d\u00e9plorables prises de positions politiques et eug\u00e9nistes durant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui fait parfois oublier que l&rsquo;intelligence et la morale n&rsquo;ont rien a voir. Alexis Carrel faisait partie des \u00ab spectateurs \u00bb de l&rsquo;assassinat et fut toujours choqu\u00e9 que les plus grands m\u00e9decins de l&rsquo;\u00e9poque qui justement ce jour-l\u00e0 entouraient le pr\u00e9sident, n&rsquo;aient rien pu faire pour suturer l&rsquo;art\u00e8re touch\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>UN POUR TOUS, TOUS POUR UN !<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi autant de couteaux ! Sachez tout d&rsquo;abord qu&rsquo;il n&rsquo;y eu pas seulement le couteau achet\u00e9 par Caserio \u00e0 Montpellier mais que les juges d\u00e9cid\u00e8rent pour la reconstitution d&rsquo;en comman\u00adder trois autres exemplaires. On a pr\u00e9tendu plus tard que les couteaux avaient sans doute \u00e9t\u00e9 m\u00e9lang\u00e9s, il me semble qu&rsquo;il est plus probable que l&rsquo;un des protagonistes du jugement l&rsquo;ait accapar\u00e9 en toute discr\u00e9tion. Chaque personnalit\u00e9 de la poli\u00adce et de la justice aimait \u00e0 l&rsquo;\u00e9po\u00adque se constituer une collection personnelle de curiosit\u00e9s, ce qui \u00e9tait encore possible jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 car le statut de pi\u00e8ce \u00e0 conviction \u00e9tait tr\u00e8s flou. De plus la police scienti\u00adfique naissante collectionnait les objets de r\u00e9f\u00e9rences pour d\u00e9velopper ses techniques, c&rsquo;est le cas de ses fondateurs fran\u00e7ais (Alphonse Bertillon et Edmond Locard). De leur c\u00f4t\u00e9 les m\u00e9\u00addecins l\u00e9gistes et chercheurs en anthropologie criminelle s&rsquo;acca\u00adparaient les morceaux de corps humains, les cr\u00e2nes d\u00e9capit\u00e9s, les peaux tatou\u00e9s&#8230; Concernant le couteau qui est au Qu\u00e9bec, certains documents semblent prouver qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une copie. Eliminons aussi celui de Forbach en Lorraine ; il est \u00e0 moi, je l&rsquo;ai achet\u00e9 chez un antiquaire d&rsquo;An\u00addalousie&#8230; Celui de la collection priv\u00e9e est inaccessible, reste \u00e0 \u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00e9tudier ceux des mus\u00e9es de police. On peut d&rsquo;abord les comparer avec les mesures tr\u00e8s pr\u00e9cises de l&rsquo;original communiqu\u00e9es au journal \u00ab L&rsquo;illustration \u00bb qui avait \u00e9galement fait r\u00e9aliser une gravure des motifs exacts. Les deux objets des mus\u00e9es correspondent tr\u00e8s exactement dans les plus infimes d\u00e9tails mais diff\u00e8rent entre eux sur un point tr\u00e8s important : la couleur du velours du fourreau. Ceux-ci sont bien s\u00fbr tr\u00e8s alt\u00e9r\u00e9s par une centaine d&rsquo;ann\u00e9es de conservation peu judicieuse. Mais on voit bien que l&rsquo;un devait \u00eatre gris tr\u00e8s fonc\u00e9 ou noir et l&rsquo;autre moutarde fonc\u00e9 ou vert amande (c&rsquo;est vous dire si le temps a massacr\u00e9 ces \u00e9l\u00e9ments !). \u00adEt c&rsquo;est l\u00e0 que la glorieuse et tr\u00e8s m\u00e9diatique police scientifique se heurte \u00e0 un probl\u00e8me. Si il y a un couteau qui a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 neuf pour la reconstitution et un autre, le vrai, il doit rester des r\u00e9sidus de sang sur une des lames (Non, je ne \u00a0\u00ad\u00ad\u00ad\u00ad\u00adveux pas cloner Sadi Carnot !). Et lorsque je me suis permis, il y a six ans, de faire un tr\u00e8s discret pr\u00e9l\u00e8vement m\u00e9tallique sur la lame du couteau de Saint-Cyr pour en discuter avec les chercheurs de l&rsquo;Ecole des Mines de Saint-Etienne, \u00e9quip\u00e9e bien s\u00fbr de microscopes \u00e9lectroniques et autres spectroscopes de masse, nous nous sommes heurt\u00e9s \u00e0 une lacune technique qui ennuie les enqu\u00eates historiques. Apr\u00e8s autant de temps, il n&rsquo;\u00e9tait \u00e9videmment plus possible de distinguer les mol\u00e9cules d\u00e9grad\u00e9es de sang, brouill\u00e9es qu&rsquo;elles \u00e9taient par leurs m\u00e9langes avec les r\u00e9sidus de rouille, de poussi\u00e8res et de sueurs des mains qui les ont manipul\u00e9es. On sait donc o\u00f9 est pass\u00e9 le coeur de Louis XVII mais toujours pas quel couteau est le bon ! A ce stade de mon article, je ferai remarquer aux lecteurs passionn\u00e9s de \u00ad\u00ad\u00adSherlock Holmes, dont il existe une succursale de l&rsquo;association nationale \u00e0 Montpellier, qu&rsquo;ils doivent m&rsquo;\u00e9crire pour me dire en quoi l&rsquo;anecdote que je viens de citer concerne le plus grand d\u00e9tective du monde. Je donnerai la r\u00e9ponse dans mon article \u00ab C le mag \u00bb du mois de juin qui s&rsquo;intitule d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00ab Sherlock Holmes \u00e0 Montpellier \u00bb et pour lequel toute contribution sera la bienvenue. La photo des couteaux montre l&rsquo;exemplaire du mus\u00e9e de Saint-Cyr (en bas de la photo avec son \u00e9tui) et deux autres stylets du m\u00eame fabriquant. Si par miracle vous d\u00e9couvrez un couteau de cette qualit\u00e9, il faut \u00e9viter de faire une erreur vraiment stupide : celle de poncer la lame comme sur les deux couteaux du haut pour faire dispara\u00eetre les l\u00e9g\u00e8res inscriptions \u00ab damasquin\u00e9es \u00bb g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab Recuerdo Toledo \u00bb. Certains antiquaires peu document\u00e9s pensent en effet que cela fait plus \u00ab classe \u00bb de ne pas vendre un objet touristique, pourtant cela constitue juste une d\u00e9gradation de pi\u00e8ce authentique et lui fait perdre sa r\u00e9elle valeur.<\/p>\n<p>Il y aurait encore beaucoup de choses \u00e0 dire sur les bandits de la Belle Epoque, sur les pi\u00e8ces \u00e0 conviction et ce personnage \u00e9tonnant qu&rsquo;\u00e9tait Jacob. Mais nous le retrouverons s\u00fbrement au d\u00e9tour d&rsquo;autres articles dans cette m\u00eame rubrique<\/p>\n<p><strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Feu<\/strong><\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Feu, metteur en sc\u00e8ne de spectacles scientifiques, est un des fondateurs du Centre de l&rsquo;imaginaire scientifique et technique du coeur d&rsquo;H\u00e9rault dont le si\u00e8ge se trouve \u00e0 Aniane. Suite \u00e0 cet article, il nous annonce deux autres recherches dans le m\u00eame esprit \u00e0 para\u00eetre prochainement : \u00ab Sherlock Holmes \u00e0 Montpellier \u00bb et \u00ab Fant\u00f4mas aux pays des garrigues \u00bb, ainsi que d&rsquo;autres rubriques sur les sciences et l&rsquo;imaginaire.<\/p>\n<p>frederic.feu@laposte.net<\/p>\n<p>http:\/\/www.imaginairescientifique.fr\/contenu\/clemag\/docs\/arsene_clemag_mars_2007.pdf<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des afflictions qui s&rsquo;inscrivent dans la dur\u00e9e. Sans atteindre le niveau des peurs mill\u00e9naristes que suscit\u00e8rent certaines pand\u00e9mies en des temps plus obscurs et plus recul\u00e9s, des temps mythiques, la lupinose atteint nombre de cerveaux embrum\u00e9s par les aventures extraordinaires de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob. Celui de Fr\u00e9d\u00e9ric Feu commet r\u00e9guli\u00e8rement cet amalgame lupinien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1452],"tags":[738,863,2182,60,1192,293,1739,1449,25,1448,40,5407,1035,438,2183,2181,437,2184,1049,81],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1713"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1713"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1713\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1713"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}