{"id":1707,"date":"2010-05-17T01:24:26","date_gmt":"2010-05-16T23:24:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1707"},"modified":"2010-05-16T05:10:15","modified_gmt":"2010-05-16T03:10:15","slug":"lupinose-a-813","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/05\/lupinose-a-813\/","title":{"rendered":"Lupinose \u00e0 813"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-numero-105.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1708\" title=\"813, num\u00e9ro 105\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-numero-105-207x300.jpg\" alt=\"\" width=\"131\" height=\"190\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-numero-105-207x300.jpg 207w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-numero-105.jpg 319w\" sizes=\"(max-width: 131px) 100vw, 131px\" \/><\/a>Qu&rsquo;Alexandre Jacob investisse le champ de la fiction, du roman policier en particulier, n&rsquo;est pas g\u00eanant en soi. Didier Daeninckx et Patrick P\u00e9cherot ont brillamment inclus l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur dans leurs narrations. Le probl\u00e8me r\u00e9side dans la pr\u00e9tention de la fiction et de ses aficionados \u00e0 devenir r\u00e9alit\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9 institu\u00e9e. La lupinose passe aussi par l\u00e0. 813 est une revue trimestrielle pour amateur de polars. Elle tire son nom d&rsquo;une des plus fameuses aventures du gentleman cambrioleur et \u00e9voque \u00e0 chacun de ses num\u00e9ros les derniers bouquins du genre sortis. Celui de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2009 aborde l&rsquo;atmosph\u00e8re glauque \u00e0 souhait et si propice aux crimes de sang et autres petits meurtres minables entre amis\u00a0<em>de la baie de la Somme jusqu&rsquo;\u00e0 Calais<\/em>. Dominique Forget, ne s&#8217;embarrassant pas de cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du d\u00e9tail m\u00eame si celle-ci fait pourtant la diff\u00e9rence, revient dans un long papier de ce num\u00e9ro de 813 sur celui qui aurait inspir\u00e9 <em>sans doute \u00e0 Maurice Leblanc le h\u00e9ros de tant d&rsquo;aventures &#8230; dont 813<\/em>.<!--more--><\/p>\n<p>Relativisons la pertinence de ce long article qui emprunte tout de m\u00eame une bonne part de la d\u00e9claration de Jacob <em>Pourquoi j&rsquo;ai cambriol\u00e9\u00a0?<\/em>. On retrouve au final l&rsquo;in\u00e9narrable \u00e9quation mythologique Jacob = Lupin avec, notamment la non moins in\u00e9narrable \u00e9quation chronologique qui veut que l&rsquo;\u00e9crivain normand ait forc\u00e9ment \u00e9crit les p\u00e9rip\u00e9ties de son bourgeois de voleur quelques mois seulement apr\u00e8s la cl\u00f4ture du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens qui envoie le prol\u00e9taire Jacob finir sa vie sous le ciel bleu tropique de la Guyane. CQFD. Mais l&rsquo;auteur cl\u00f4t le proc\u00e8s Jacob neuf jour apr\u00e8s la parution des premi\u00e8res aventures de Lupin dans Je Sais Tout. Soit selon lui le 24 juin 1905 et non le 22 mars de cette ann\u00e9e !<\/p>\n<p>Si cet article ne brille pas par la finesse vulgarisatrice de son analyse et de son propos (notamment le passage sur l&rsquo;influence de Kropotkine, tr\u00e8s dr\u00f4le), il n&rsquo;en demeure pas moins que Dominique Forget participe comme beaucoup d&rsquo;autres avant lui \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration du mythe lupinien qui m\u00e8ne, si l&rsquo;on en croit l&rsquo;introduction de son papier, tout droit au cimeti\u00e8re de Reuilly. Mais Forget va un peu plus loin que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs atteints de lupinose. Il \u00e9tend le mythe. Et Jacob de pouvoir r\u00e9clamer des droits d&rsquo;auteur \u00e0 Auguste Le Breton pour la sc\u00e8ne du parapluie dans <em>Du rififi chez les hommes<\/em>. On pr\u00e9f\u00e8rera toujours la version originale.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-1-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1709\" title=\"813, De Maurice Leblanc \u00e0 Auguste Le Breton 1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-1-640x480-241x300.jpg\" alt=\"\" width=\"123\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-1-640x480-241x300.jpg 241w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-1-640x480.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 123px) 100vw, 123px\" \/><\/a><strong>A<\/strong><strong>LEXANDRE JA<\/strong><strong>COB<\/strong><\/p>\n<p><strong>DE MAURICE LEBLANC \u00c0 AUGUSTE<\/strong><strong> LE BRETON<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Ici repose Marius Alexandre Jacob, peut-\u00eatre Ars\u00e8ne Lupin. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;on peut lire d\u00e9sormais su<\/strong><strong>r une plaque du cimeti\u00e8re du petit village de Reuilly, dans l&rsquo;Indre. Dominique Forget revient sur l&rsquo;histoire de ce v\u00e9ritable cambrioleur, gentleman et anarchiste, qui inspira sans doute \u00e0 Maurice Leblanc le h\u00e9ros de tant aventures&#8230; dont 813!<\/strong><\/p>\n<p>Le mercredi 8 mars 1905, s&rsquo;ouvrait devant la cour d&rsquo;assises de la Somme le proc\u00e8s des Travailleurs de la Nuit, \u00ab\u00a0l&rsquo;un des plus formidables gangs qu&rsquo;ait engendr\u00e9s l&rsquo;histoire criminelle\u00a0\u00bb, selon <em>Le Quotidien<\/em>.<\/p>\n<p>Si <em>Le Figaro<\/em>, <em>Le Temps<\/em>, <em>Le Petit Parisien<\/em>, <em>L&rsquo;Eclair<\/em> et <em>Le Matin<\/em> avaient d\u00e9p\u00each\u00e9 leurs meilleures plumes, <em>Gil Blas<\/em> s&rsquo;int\u00e9ressant peu \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 sociale ou criminelle avait envoy\u00e9 sur place sa derni\u00e8re recrue un jeune inconnu fils d&rsquo;un armateur normand.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la justice comparaissait Alexandre Jacob, ainsi d\u00e9crit par Le Parisien : \u00ab\u00a0 Il n&rsquo;a rien d&rsquo;un voyou en casquette, rien du monstre patibulaire. La mise est correcte, la toilette soign\u00e9e. De taille moyenne mais trapu, l&rsquo;air d&rsquo;un fonctionnaire, presque d&rsquo;un professeur ou d&rsquo;un savant.\u00a0\u00bb Sur les marches du palais un imposant cordon de police faisait face \u00e0 un groupe d&rsquo;anarchistes venus vendre \u00e0 la cri\u00e9e <em>Germinal<\/em>, une feuille cr\u00e9\u00e9e tout sp\u00e9cialement pour soutenir le pr\u00e9venu. En premi\u00e8re page on pouvait lire : \u00ab\u00a0On cultive le typhus et la tuberculose dans les usines les prisons et les casernes.<\/p>\n<p>Vous, Jacob, qui refusez le suicide du travail abrutissant et vous r\u00e9voltez contre une soci\u00e9t\u00e9 criminelle,<\/p>\n<p>Vous enfin qui voulez vivre,<\/p>\n<p>Vous \u00eates une victime sociale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans une vie ant\u00e9rieure Alexandre Jacob, n\u00e9 en 1879, apr\u00e8s de brillantes \u00e9tudes chez les Fr\u00e8res des Ecoles Chr\u00e9tiennes, par go\u00fbt de l&rsquo;aventure s&rsquo;\u00e9tait embarqu\u00e9 comme mousse. Mais se lever \u00e0 4 heures du matin pour briquer le pont et astiquer les coursives n&rsquo;avait rien d&rsquo;exaltant. Sans parler du mal de mer. Alors, de retour \u00e0 terre, il avait t\u00e2t\u00e9 de l&rsquo;imprimerie. Embauch\u00e9 comme apprenti, ignorant les coutumes polic\u00e9es pr\u00e9sidant aux n\u00e9gociations salariales, il avait au bout de quelques mois pris son patron au collet et l&rsquo;avait menac\u00e9 pour obtenir une augmentation salariale. Cette conception muscl\u00e9e du dialogue social l&rsquo;avait fait licencier sur-le-champ.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-2-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1710\" title=\"813, De Maurice Leblanc \u00e0 Auguste Le Breton 2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-2-640x480-217x300.jpg\" alt=\"\" width=\"109\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-2-640x480-217x300.jpg 217w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-2-640x480.jpg 465w\" sizes=\"(max-width: 109px) 100vw, 109px\" \/><\/a><strong>\u00ab\u00a0<em>Not<\/em><\/strong><strong><em>re action doit \u00eatre la r\u00e9volte permanente, par la parole, par l&rsquo;\u00e9crit, par le poignard, par le fusil, la dynamite.<\/em> \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Article de Kropotkine paru dans <em>Le R\u00e9volt\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Devenu gar\u00e7on de pharmacie il avait eu une faucheuse tendance \u00e0 d\u00e9serter le comptoir de l&rsquo;officine pour courir les d\u00e9fil\u00e9s (surtout ceux prometteurs d&rsquo;affrontements avec les forces de l&rsquo;ordre) et apr\u00e8s ce bref interm\u00e8de dans le monde param\u00e9dical s&rsquo;\u00e9tait une nouvelle fois retrouv\u00e9 sur le pav\u00e9.<\/p>\n<p>La conclusion d&rsquo;un article de Kropotkine paru dans <em>Le R\u00e9volt\u00e9<\/em> allait d\u00e9cider de la suite de sa vie : \u00ab\u00a0Notre action doit \u00eatre la r\u00e9volte permanente, par la parole, par l&rsquo;\u00e9crit, par le poignard, par le fusil, la dynamite. Nous sommes cons\u00e9quents, et nous nous servons de toute arme d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agit de frapper en r\u00e9volt\u00e9s. Tout est bon pour nous qui n&rsquo;est pas la l\u00e9galit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alexandre Jacob ne serait ni matelot, ni imprimeur, ni potard. Il allait vouer sa vie \u00e0 la R\u00e9volution. L&rsquo;heure des actions de reprises individuelles \u00e9tait venue. D\u00e9sormais il allait creuser, percer et vider les coffres-forts, et ce pillage syst\u00e9matique des biens de la bourgeoisie permettrait de financer la presse libertaire, d&rsquo;aider les groupes \u00e9trangers et de pr\u00e9parer le \u00ab\u00a0grand soir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter d&rsquo;avoir \u00e0 se servir d&rsquo;une arme, Jacob avait choisi de ne pas d\u00e9valiser les banques. Il \u00e9tait en guerre contre la soci\u00e9t\u00e9 contre l&rsquo;argent pas contre les hommes. C&rsquo;est pourquoi il se pr\u00e9sentait toujours d\u00e9sarm\u00e9 chez ses victimes attendant patiemment leur d\u00e9part pour passer \u00e0 l&rsquo;action.<\/p>\n<p>S&rsquo;il n&rsquo;eut jamais la moindre arme entre les mains, un outillage sophistiqu\u00e9 permettant de venir \u00e0 bout des serrures les plus r\u00e9sistantes lui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour l&rsquo;exercice de sa profession : l&rsquo;Indicateur des Chemins de fer et le Bottin.<\/p>\n<p>Le premier lui permettait d&rsquo;arriver et de repartir sans avoir \u00e0 tra\u00eener dans les villes o\u00f9 il commettait ses exactions. Le second lui offrait la liste et l&rsquo;adresse des notables raccord\u00e9s au r\u00e9seau t\u00e9l\u00e9phonique. Parmi ces noms seuls les pr\u00eatres, les juges, les officiers et les rentiers l&rsquo;int\u00e9ressaient. Jacob avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;exclure d&rsquo;office les savants, les artistes et les m\u00e9decins de l&rsquo;inventaire scrupuleux auquel il se livrait avant de passer \u00e0 l&rsquo;action.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-3-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1711\" title=\"813, De Maurice Leblanc \u00e0 Auguste Le Breton 3\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-3-640x480-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"105\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-3-640x480-205x300.jpg 205w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-3-640x480.jpg 439w\" sizes=\"(max-width: 105px) 100vw, 105px\" \/><\/a><strong>\u00ab\u00a0<em>Ne reconnais<\/em><\/strong><strong><em>sant \u00e0 personne le droit de me juger, je n&rsquo;implore ni pardon ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et que je m\u00e9prise.<\/em> \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alexandre Jacob en r\u00e9ponse au procureur<\/strong><\/p>\n<p>La bande compta jusqu&rsquo;\u00e0 quarante membres et commit plus de cent cinquante cambriolages.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;Alexandre Jacob ait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ami de Georges Darien (1) ne saurait surprendre.<\/p>\n<p>Que v\u00eatu d&rsquo;une redingote, coiff\u00e9 d&rsquo;un gibus et ceint d&rsquo;une \u00e9charpe tricolore il se soit fait passer pour un commissaire de police charg\u00e9 de perquisitionner le Cr\u00e9dit municipal de Marseille et reparte lest\u00e9 d&rsquo;un lourd butin n&rsquo;\u00e9tonne gu\u00e8re. Tout comme sa r\u00e9ponse au r\u00e9quisitoire du procureur lors de son proc\u00e8s\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Messieurs,<\/p>\n<p>Vous savez maintenant qui je suis : un r\u00e9volt\u00e9 vivant du produit de ses cambriolages. Ne reconnaissant \u00e0 personne le droit de me juger, je n&rsquo;implore ni pardon ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et que je m\u00e9prise. Vous \u00eates les plus forts, disposez de moi comme vous l&rsquo;entendez. Envoyez-moi au bagne ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud, peu importe. . .<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 ne m&rsquo;accordait que trois moyens d&rsquo;existence : le travail et la mendicit\u00e9, le vol.<\/p>\n<p>Ce qui m&rsquo;a r\u00e9pugn\u00e9 c&rsquo;est de suer sang et eau pour l&rsquo;aum\u00f4ne d&rsquo;un salaire, c&rsquo;est de cr\u00e9er des richesses dont j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 frustr\u00e9. En un mot, il m&rsquo;a r\u00e9pugn\u00e9 de me livrer \u00e0 la prostitution du travail. La mendicit\u00e9 c&rsquo;est l&rsquo;avilissement et la n\u00e9gation de toute dignit\u00e9. Tout homme a le droit au banquet de la vie&#8230;<\/p>\n<p>Le vol c&rsquo;est la restitution, la reprise de possession. Plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre clo\u00eetr\u00e9 dans une usine, comme en un bagne, plut\u00f4t que de mendier ce \u00e0 quoi j&rsquo;avais droit, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 m&rsquo;insurger et combattre pied \u00e0 pied mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes je con\u00e7ois que vous auriez pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que je me soumette \u00e0 vos lois, qu&rsquo;ouvrier docile et avachi je cr\u00e9e des richesses en \u00e9change d&rsquo;un salaire d\u00e9risoire, et que le corps us\u00e9 et le cerveau ab\u00eati, je m&rsquo;en aille crever au coin d&rsquo;une rue. Alors vous ne m&rsquo;appelleriez pas \u00ab\u00a0bandit cynique\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0honn\u00eate ouvrier\u00a0\u00bb. Usant de la flatterie, vous m&rsquo;auriez m\u00eame accord\u00e9 la m\u00e9daille du travail&#8230; Je vous remercie beaucoup de tant de bont\u00e9, de tant de gratitude, messieurs ! Je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre un cynique conscient qu&rsquo;une cariatide&#8230;<\/p>\n<p>La prison, le bagne, l&rsquo;\u00e9chafaud, dira-t-on\u00a0! Mais que sont ces perspectives en comparaison d&rsquo;une vie d&rsquo;abruti faite de toutes les souffrances ? Le mineur qui dispute son pain aux entrailles de la terre, ne voyant jamais luire le soleil, peut p\u00e9rir d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre, victime d&rsquo;une explosion de grisou ; le couvreur qui p\u00e9r\u00e9grine sur les toits peut faire une chute et se r\u00e9duire en miettes ; le marin conna\u00eet le jour de son d\u00e9part, mais il ignore s&rsquo;il reviendra au port. Bon nombre d&rsquo;autres ouvriers contractent des maladies fatales dans l&rsquo;exercice de leur m\u00e9tier, s&rsquo;\u00e9puisent, s&#8217;empoisonnent, se tuent \u00e0 cr\u00e9er pour vous ; il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;aux gendarmes, aux policiers aux valets qui pour un os que vous leur donnez \u00e0 ronger, ne trouvent parfois la mort dans la lutte qu&rsquo;ils entreprennent contre vos ennemis&#8230;<\/p>\n<p>Si je me suis livr\u00e9 au vol, \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 une question de gain, de lucre, mais une question de principe, de droit. J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver ma libert\u00e9, mon ind\u00e9pendance, ma dignit\u00e9 d&rsquo;homme, que me faire l&rsquo;artisan de la fortune d&rsquo;un ma\u00eetre. En termes plus crus, sans euph\u00e9misme, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Moi aussi je voudrais vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 dont le vol serait banni. Je n&rsquo;approuve pas le vol, et n&rsquo;en ai us\u00e9 que comme d&rsquo;un moyen de r\u00e9volte propre \u00e0 combattre le plus inique de tous les vols : la propri\u00e9t\u00e9 individuelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-4-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1712\" title=\"813, De Maurice Leblanc \u00e0 Auguste Le Breton 4\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-4-640x480-239x300.jpg\" alt=\"\" width=\"121\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-4-640x480-239x300.jpg 239w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/813-4-640x480.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 121px) 100vw, 121px\" \/><\/a><strong>\u00ab<em> Le vol c&rsquo;est la restitution, la reprise de possession.<\/em> \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alexandre Jacob en r\u00e9ponse au procureur<\/strong><\/p>\n<p>Neuf jours avant le verdict de ce long proc\u00e8s, le 15 juin 1905 paraissait dans <em>Je sais tout<\/em> (un magazine mensuel cr\u00e9\u00e9 quatre mois plus t\u00f4t) le premier volet d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;aventures singuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Promis par son p\u00e8re, un riche armateur normand \u00e0 une carri\u00e8re prometteuse dans une fabrique de cordes, un certain Maurice Leblanc, jeune journaliste d\u00e9butant embauch\u00e9 par <em>Gil Blas<\/em> pour suivre le proc\u00e8s de Jacob, portait Ars\u00e8ne Lupin sur les fonds baptismaux.<\/p>\n<p>Tandis que le gentleman cambrioleur tenait, sous la plume de Leblanc, la France en haleine, Alexandre Jacob chaussait les galoches, endossait le droguet marron, la chemise, le costume de toile et le bonnet des for\u00e7ats.<\/p>\n<p>Les anarchistes consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9tenus de droit commun, n&rsquo;\u00e9taient pas m\u00e9lang\u00e9s avec les politiques\u00a0; Alexandre Jacob passerait vingt-trois ans au bagne \u00e0 Saint-Joseph, en Guyane, o\u00f9 la discipline \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e la plus stricte.<\/p>\n<p>C&rsquo;en \u00e9tait fini, selon <em>L&rsquo;Eclair<\/em> de cette \u00ab\u00a0bande qui rappelle la fameuse bande de Vautrin dit Trompe-la-mort dont Balzac imagina les exploits&#8230; Ce type peu banal, dangereux mais curieux qui ironise, plaisante, cynique, jamais \u00e0 court de reparties, semble parfaitement indiff\u00e9rent aux cons\u00e9quences de ses actes ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 28 ao\u00fbt 1954 s&rsquo;\u00e9teignait un paisible commer\u00e7ant vendant sur les march\u00e9s de l&rsquo;Indre de la bonneterie, des tissus et des articles de confection.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne veux pas courir le risque de la vieillesse. C&rsquo;est trop laid. Linge lessiv\u00e9, rinc\u00e9, s\u00e9ch\u00e9, mais pas repass\u00e9. J&rsquo;ai la cosse. Vous trouverez deux litres de ros\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la paneterie. \u00c0 votre sant\u00e9.\u00a0\u00bb Le message \u00e9tait sign\u00e9 Alexandre Jacob.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;avait probablement pas eu le temps de lire le roman d&rsquo;Auguste Le Breton <em>Du rififi chez les hommes<\/em> (2), paru l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Quelques passages situ\u00e9s aux pages 56-57-58 de l&rsquo;ouvrage n&rsquo;auraient pas \u00e9t\u00e9 sans lui rappeler quelques souvenirs : \u00ab\u00a0Dans le luxueux gourbi situ\u00e9 au-dessus du magaze Barier, le Su\u00e9dois \u00e0 genoux au centre de la salle \u00e0 becqueter, s&rsquo;affairait&#8230; De sa dingue, il souleva les lattes du plancher encaustiqu\u00e9 \u00e0 glace. Elles c\u00e9d\u00e8rent avec un craquement. Il en balan\u00e7a les morceaux sur un tapis moelleux. Puis, une masse et un poin\u00e7on dans les griffes, il attaqua la ma\u00e7onnerie&#8230;<\/p>\n<p>Mario d\u00e9croisa ses jambes, quitta le fauteuil d&rsquo;o\u00f9 il matait le turbin et apporta l&rsquo;objet. Le Su\u00e9dois enfon\u00e7a dans le trou le parapluie ferm\u00e9. Quand il arriva au manche recourb\u00e9, il le lia solidement \u00e0 une barre transversale qu&rsquo;il laissa venir sur le plancher. Du pouce, il appuya sur le ressort et le p\u00e9broc s&rsquo;ouvrit au-dessous&#8230;<\/p>\n<p>Maintenant, il cognait plus fort sur le poin\u00e7on ; les gravats d\u00e9gringolaient, sans barouf, dans le p\u00e9pin&#8230; Avec beaucoup de pr\u00e9cautions, le Su\u00e9dois remonta un \u00e0 un les gravats qu&rsquo;il entassa pr\u00e8s de lui&#8230; D\u00e9sormais le trou \u00e9tait assez largeot pour laisser passer deux mecs aussi fluets que les Ritals. Tony [&#8230;] prit \u00e0 ses pieds un rouleau de corde qu&rsquo;il apporta aux artistes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce casse mis en sc\u00e8ne par Auguste Le Breton reprenait exactement le proc\u00e9d\u00e9 imagin\u00e9 cinquante ans plus t\u00f4t par Alexandre Jacob pour r\u00e9aliser avec les Travailleurs de la Nuit ce que la presse de l&rsquo;\u00e9poque avait appel\u00e9 le \u00ab\u00a0coup de g\u00e9nie de la rue Quincampoix\u00a0\u00bb, un cambriolage \u00ab\u00a0scientifique \u00e0 1a technique audacieuse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>E\u00fbt-il pris connaissance de ces quelques lignes, Alexandre Jacob, adepte de la reprise individuelle, n&rsquo;aurait probablement pas r\u00e9clam\u00e9 de droits d&rsquo;auteur \u00e0 Auguste Le Breton.<\/p>\n<p>Notons que Patrick P\u00e9cherot \u00e9voque le personnage de Marius Jacob &#8211; et l&rsquo;attrait qu&rsquo;il exer\u00e7a, lors de son proc\u00e8s, sur le jeune reporter Maurice Leblanc &#8211; dans <em>Le Voyage de Phil<\/em> un roman pour la jeunesse publi\u00e9 dans la collection \u00ab\u00a0Souris noire\u00a0\u00bb chez <em>Syros<\/em> (NDLR).<\/p>\n<p>1. On trouvera l&rsquo;essentiel des textes de cet \u00e9crivain et pamphl\u00e9taire de <em>Biribi<\/em> \u00e0 <em>La Belle France<\/em>, r\u00e9unis sous le titre <em>Voleurs !<\/em> aux \u00e9ditions <em>Omnibus<\/em>.<\/p>\n<p>2. Paru en 1953 chez <em>Gallimard<\/em> dans la \u00ab\u00a0S\u00e9rie noire\u00a0\u00bb sous le n\u00b0185\u00a0; r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en \u00ab\u00a0Folio policier\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;Alexandre Jacob investisse le champ de la fiction, du roman policier en particulier, n&rsquo;est pas g\u00eanant en soi. Didier Daeninckx et Patrick P\u00e9cherot ont brillamment inclus l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur dans leurs narrations. Le probl\u00e8me r\u00e9side dans la pr\u00e9tention de la fiction et de ses aficionados \u00e0 devenir r\u00e9alit\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9 institu\u00e9e. 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