{"id":1701,"date":"2010-04-11T01:42:28","date_gmt":"2010-04-10T23:42:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1701"},"modified":"2010-04-02T16:40:18","modified_gmt":"2010-04-02T14:40:18","slug":"un-ami-parfait","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/04\/un-ami-parfait\/","title":{"rendered":"Un ami parfait"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-pas-33.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1702\" title=\"Robert Passas\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-pas-33.jpg\" alt=\"\" width=\"120\" height=\"143\" \/><\/a>Jacob incarne la tension de l&rsquo;homme vers l&rsquo;authenticit\u00e9<\/em>. C&rsquo;est ce qu&rsquo;\u00e9crit Robert Passas en septembre 1954 sur son <em>ami parfait<\/em> dans l&rsquo;article n\u00e9crologique du num\u00e9ro 71 de <em>D\u00e9fense de l&rsquo;Homme<\/em>. Mais il dit encore dans ce papier ne pas vouloir retracer en quelques lignes l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, consid\u00e9r\u00e9 comme <em>le meilleur des hommes<\/em>, laissant ce soin \u00e0 d&rsquo;autres. Pourtant l&rsquo;instituteur dr\u00f4mois, bien des ann\u00e9es plus tard, narre dans son journal intime la vie de cet <em>anarchiste rac\u00e9<\/em>.<!--more--><\/p>\n<p>Si les lignes qui suivent ne brillent pas par une originalit\u00e9 excessive, elles n&rsquo;en sont pas moins \u00e9mouvantes. T\u00e9moignage d&rsquo;amiti\u00e9 et d&rsquo;admiration, hommage \u00e0 un ami disparu. Robert Passas commet quelques erreurs aussi comme, par exemple, la lib\u00e9ration en 1928, de Jacob. Mais ce texte peut encore retenir notre attention car, tout amateur des aventures de Lupin qu&rsquo;il fut, l&rsquo;ami de Jacob ne peut s&#8217;emp\u00eacher de dissocier les deux personnages. Car l&rsquo;un, le r\u00e9el, le cambrioleur honn\u00eate, est avant tout extraordinaire par sa propension au refus de l&rsquo;autorit\u00e9 et du pouvoir.\u00a0 Avis \u00e0 ceux et celles qui seraient atteints de lupinose aig\u00fce.<\/p>\n<p><strong>Un ami parfait<\/strong><\/p>\n<p>28 ao\u00fbt<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait en 1951. J&rsquo;avais 25 ans\u00a0; il marchait sur ses 72. Je devais le revoir aux deux \u00e9t\u00e9s suivants.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob, fils d&rsquo;Alsaciens descendus dans le midi de la France, apr\u00e8s avoir, adolescent, bourlingu\u00e9 sur les mers, d\u00e9couvre au retour \u00e0 18 ans, les iniquit\u00e9s sociales et devient anarchiste. D\u00e8s lors, on ne peut qu&rsquo;\u00e9voquer Jean Valjean au r\u00e9cit de son odyss\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme il se refuse \u00e0 l&rsquo;aum\u00f4ne d&rsquo;un salaire ou \u00e0 l&rsquo;avilissement de la mendicit\u00e9, Alexandre Jacob choisit le vol.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. En terme crus, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En fait, est-on vraiment un voleur quand on cherche \u00e0 reprendre aux puissants les richesses qu&rsquo;ils ont d\u00e9tourn\u00e9es \u00e0 leur profit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Simple d\u00e9placement de capital\u00a0\u00bb, se plait \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter Jacob de sa voix un peu chantante.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il entreprend une carri\u00e8re bas\u00e9e sur le cambriolage, transformant celui-ci en une industrie, sinon en un des beaux arts. Il apprend \u00e0 travailler le bois, le fer, le ciment\u00a0; il installe sa propre fonderie\u00a0; il cr\u00e9e de nouvelles m\u00e9thode d&rsquo;investigation\u00a0: par exemple, apr\u00e8s avoir perc\u00e9 un trou dans le plafond d&rsquo;une bijouterie, il fait passer un parapluie, et peut \u00e0 son aise agrandir l&rsquo;ouverture sans \u00e9veiller l&rsquo;attention. Il am\u00e9liore la technique du guetteur traditionnel en rempla\u00e7ant celui-ci par un crapaud, qu&rsquo;il introduit, avant l&rsquo;effraction dans une goutti\u00e8re de la maison visit\u00e9e\u00a0: si le batracien cesse de fl\u00fbter dans la nuit, c&rsquo;est qu&rsquo;un intrus approche &#8230; C&rsquo;est encore lui le tout premier, qui met au point la pose des \u00ab\u00a0scell\u00e9s\u00a0\u00bb sur les portes des villas inoccup\u00e9es et qui invente la fameuse clef \u00e0 ouvertures multiples.\u00a0 Esprit exact, ing\u00e9nieux, Jacob n&rsquo;en finit\u00a0 pas d&rsquo;accroitre les ruses, les trouvailles. C&rsquo;est le Mirandole de la pince monseigneur.<\/p>\n<p>A quoi s&rsquo;attaque-t-il\u00a0? Aux forteresses les plus repr\u00e9sentatives de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: les ch\u00e2teaux, les \u00e9glises, les h\u00f4tels particuliers, les propri\u00e9t\u00e9s bourgeoises. Qui d\u00e9trousse-t-il\u00a0? Les comtesses, les ambassadeurs, les amiraux, les militaires, les magistrats, les banquiers, les notaires et, par sacristains interpos\u00e9s, les princes de l&rsquo;Eglise romaine. En revanche, il se d\u00e9fend de d\u00e9pouiller les hommes de science, les professeurs, les m\u00e9decins, les artistes, les \u00e9crivains\u00a0; en bref, ceux qui n&rsquo;exploitent pas la sueur ou le sang d&rsquo;autrui. Un jour qu&rsquo;il p\u00e9n\u00e8tre, \u00e0 Rochefort, dans la demeure d&rsquo;un enseigne de marine du nom de Viaud, il s&rsquo;aper\u00e7oit que son propri\u00e9taire n&rsquo;est autre que Pierre Loti. Aussit\u00f4t, il l\u00e8ve le camp, les mains vides. Ce trait encore\u00a0: au cours d&rsquo;une exploration domiciliaire, il a la surprise de d\u00e9couvrir que le ch\u00e2telain qu&rsquo;il inspecte est cribl\u00e9 de dettes. Il arr\u00eate l\u00e0 sa mission, remet les pi\u00e8ces en ordre et d\u00e9pose, en repartant, la somme de dix mille francs \u00e0 l&rsquo;adresse de l&rsquo;infortun\u00e9 marquis.<\/p>\n<p>En ce temps-l\u00e0, le litre de vin co\u00fbtait six sous, le pain de quatre livre 13 sous. Il fallait environ 150 francs mensuel pour vivre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob1.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-336\" title=\"jacob1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob1-300x285.gif\" alt=\"plaque comm\u00e9morative Jacob peut-\u00eatre Lupin\" width=\"153\" height=\"147\" \/><\/a>On a voulu parler d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, \u00e0 propos de Jacob, avan\u00e7ant que son cr\u00e9ateur, Maurice Leblanc, se serait inspir\u00e9 des prouesses de l&rsquo;anarchiste pour donner corps \u00e0 son personnage de l\u00e9gende. La chose n&rsquo;est pas impossible, puisque les premi\u00e8res aventures lupinesques ont suivi de peu les r\u00e9v\u00e9lations, dans la presse, des exploits d&rsquo;Alexandre Jacob. Vrai ou faux, le parall\u00e8le s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. Car, \u00e0 plus d&rsquo;un titre, le h\u00e9ros bien en chair de la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9passe le gentleman de fiction de notre enfance. Il fait mieux. En autodidacte g\u00e9n\u00e9reux, il vise un id\u00e9al qui frise le mystique\u00a0; il vit au quotidien l&rsquo;utopie la plus authentique, t\u00e2chant \u00e0 extirper les racines du mal. Ce n&rsquo;est pas lui qu&rsquo;on risque de rencontrer autour d&rsquo;un tapis vert, ou dans quelques cercles mondains de baccara. Il a, avant tout, le d\u00e9dain de l&rsquo;argent. Les millions qu&rsquo;il subtilise, Jacob les distribue aux plus d\u00e9munis\u00a0: les ouvriers, les petites gens, les organisations libertaires. Il ne d\u00e9pense presque rien pour lui-m\u00eame\u00a0: les poches cousues d&rsquo;or, il voyage en troisi\u00e8me classe, prend ses repas \u00e0 1 franc 15 &#8211; 1 franc 50, ne boit ni vin ni goutte d&rsquo;alcool. Ses seuls vices\u00a0: la pipe et le spectacle une fois par semaine. \u00ab\u00a0S&rsquo;il avait voulu capitaliser dit dans son excellente biographie sur Jacob (\u00ab\u00a0Un anarchiste de la Belle Epoque\u00a0: Alexandre Jacob\u00a0\u00bb, aux \u00e9ditions du Seuil, 1950), quelques mois de ses cambriolages auraient pu lui permettre d&rsquo;avoir des rentes suffisantes pour vivre\u00a0\u00bb. Mais ce millionnaire est un romantique, un asc\u00e8te, qui n&rsquo;accepte de composer avec rien ni personne, et surtout pas avec lui-m\u00eame. Enfin, il a pour principe de ne pas attenter \u00e0 la vie humaine, sauf en cas de l\u00e9gitime d\u00e9fense contre les chiens de garde de l&rsquo;Etat qui lui flairent d&rsquo;un peu trop les chausses.<\/p>\n<p>Pendant quelque six ans, et gr\u00e2ce \u00e0 une mobilit\u00e9 extr\u00eame dans ses d\u00e9placements, il tient en haleine toutes les gendarmeries, toutes les polices. Ses compagnons, les \u00ab\u00a0Travailleurs de la Nuit\u00a0\u00bb, brigades circonstancielles d&rsquo;une douzaine de membres, d\u00e9fient toutes les magistratures, toutes les mar\u00e9chauss\u00e9es.<\/p>\n<p>Sans illusions sur l&rsquo;issue du duel qu&rsquo;il a engag\u00e9 contre la soci\u00e9t\u00e9 et sur l&rsquo;assaut final que celle-ci finira par lui livrer, Jacob est arr\u00eat\u00e9 au printemps 1903, apr\u00e8s une derni\u00e8re charge mouvement\u00e9e sur Abbeville. Le petit village d&rsquo;Airaisnes sera son Waterloo.<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s a lieux deux ans plus tard, en 1905, \u00e0 Amiens, avec plus de vingt mille pi\u00e8ces au dossier sur cent-cinquante-six affaires avou\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais &#8211; fait rarissime dans les annales du crime -, Jacob ne r\u00e9clame ni piti\u00e9 ni pardon. Mieux\u00a0: loin de se repentir, il s&rsquo;accorde raison. Et le voici qui, d&rsquo;accus\u00e9, devient accusateur. Bient\u00f4t, ce n&rsquo;est plus lui qui se trouve au banc des coupables, mais les juges charg\u00e9s d&rsquo;instruire son proc\u00e8s. Il ne l\u00e2che pas les t\u00e9moins d&rsquo;un pouce. Comme l&rsquo;un d&rsquo;eux, interrog\u00e9 sur le montant des esp\u00e8ces vol\u00e9es dans son coffre, il r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Evidemment, pour ce monsieur, c&rsquo;est une bagatelle, je ne lui fais pas dire. Mais il faut un an \u00e0 un ouvrier pour gagner cette somme\u00a0!\u00a0\u00bb A la vicomtesse de Melun, victime d&rsquo;un mouchoir vol\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9value \u00e0 deux cent cinquante francs, il r\u00e9torque\u00a0: \u00ab\u00a0N&rsquo;est-ce pas une insulte \u00e0 la mis\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-134\" title=\"Assiette au beurre, mars 1905, caricature du proc\u00e8s Jacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-209x300.jpg\" alt=\"caricature parue dans l\\'Assiette au Beurre\" width=\"106\" height=\"154\" \/><\/a>On peut lire dans l&rsquo;Aurore de l&rsquo;\u00e9poque\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230; les choses sont renvers\u00e9es, l&rsquo;ordre social est culbut\u00e9. Ce n&rsquo;est pas la soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par les magistrats et les jur\u00e9s qui juge Jacob, chef des voleurs, c&rsquo;est le chef des voleurs Jacob qui fait le proc\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9. En v\u00e9rit\u00e9, il conduit l&rsquo;affaire. Il est tout le temps en sc\u00e8ne, il est toujours \u00e0 la r\u00e9plique. Il fait au besoin les questions, et les r\u00e9ponses. Il pr\u00e9side, il juge\u00a0!\u00a0\u00bb Alain Sergent, qui cite cet extrait de presse, rappelle\u00a0: \u00ab\u00a0Et cet extraordinaire personnage n&rsquo;a pas encore vingt-six ans\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alexandre Jacob est condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Au moment de partir pour les \u00eeles, il \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re ces paroles \u00e9tonnantes\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;y reverrai des connaissances, y trouverai des amis. C&rsquo;est encore heureux de trouver des amiti\u00e9s au bagne. Combien d&rsquo;hommes ne peuvent en trouver nulle part &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En Guyane, le combat change de nature, de visage. Enfer hitl\u00e9rien, avant la lettre, univers concentrationnaire surnomm\u00e9e la \u00ab\u00a0guillotine s\u00e8che\u00a0\u00bb o\u00f9, \u00e0 chaque fourn\u00e9e, le nombre des nouveaux condamn\u00e9s \u00e9quilibre le nombre des for\u00e7ats \u00e9limin\u00e9s, le bagne est le plus effroyable laminoir de mortalit\u00e9.<\/p>\n<p>Il faut lire, sur le sujet, \u00ab\u00a0Un m\u00e9decin au bagne\u00a0\u00bb, du docteur Louis Rousseau (Editions Armand Fleury, 1930). Document bouleversant autour des conditions de ce b\u00e9tail humain que furent les for\u00e7ats guyanais.<\/p>\n<p>Jet\u00e9 dans ce monde sanguinaire et cruel, Alexandre Jacob, fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, reste intransigeant et fier, r\u00e9volt\u00e9 et douloureux. Intern\u00e9 A aux \u00eeles du Salut, avec la mention \u00ab\u00a0Bandit exceptionnellement dangereux, \u00e0 surveiller de tr\u00e8s, tr\u00e8s pr\u00e8s\u00a0\u00bb, il entend ne pas se laisser broyer dans ces culs de basse fosse que sont les citadelles du p\u00e9nitencier. Il refuse \u00e0 la fois de plier l&rsquo;\u00e9chine devant la chiourme et de subir la loi f\u00e9roce qui r\u00e8gne entre les d\u00e9tenus. N&rsquo;\u00e9tant ni buveur, ni joueur, et ne poss\u00e9dant pas de m\u0153urs contre nature, il se singularise du milieu qu&rsquo;il est forc\u00e9 de c\u00f4toyer. Au d\u00e9part, force dormeuse, il observe. On le respecte, on redoute sa moralit\u00e9 exigeante. Il d\u00e9joue les pi\u00e8ges des surveillants, des mouchards\u00a0; il d\u00e9fend les jeunes for\u00e7ats en proie \u00e0 la tyrannie des ca\u00efds. A plusieurs reprises, il rend la justice de ses propres mains. Contre la maladie m\u00eame, il triomphe. R\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat squelettique<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn1\">[1]<\/a>, il se remet debout, incorrigible, incorruptible\u00a0; il tient t\u00eate. Comme il tient t\u00eate, implacablement, \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Ses lectures vont d\u00e9j\u00e0 de la \u00ab\u00a0Th\u00e9ologie morale\u00a0\u00bb d&rsquo;Escobar \u00e0 la \u00ab\u00a0Recherche de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb de Malebranche, s&rsquo;\u00e9largissant au cours de droit criminel et aux textes de juridiction p\u00e9nale. Sans rel\u00e2che, il \u00e9tudie les lois qui r\u00e9gissent la peine des travaux forc\u00e9s, il explore et annote les bulletins des actes officiels du Minist\u00e8re, du Gouvernement local. Il collabore si bien au d\u00e9pouillement de tous les dossiers que Louis Rousseau, m\u00e9decin de la coloniale avec le grade de commandant, devient l&rsquo;ami de Jacob dont l&rsquo;\u00e9meuvent la droiture et la sinc\u00e9rit\u00e9. Rousseau dira plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0Sans lui, je n&rsquo;aurais pu mener \u00e0 bien la t\u00e2che d&rsquo;\u00e9crire\u00a0le \u00ab\u00a0M\u00e9decin au bagne\u00a0\u00bb qui fut son \u0153uvre autant que la mienne\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas\u00a0: si, par ses comp\u00e9tences nouvelles, Jacob agit en auxiliaire de la justice, c&rsquo;est dans un sens bien pr\u00e9cis. On veut dire\u00a0: le sens des accus\u00e9s, pour lesquels il fait surgir des articles du Code qui leur sont favorables. Il est, une fois de plus, l&rsquo;interpr\u00e8te des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, non point sur le plan de l&rsquo;action ill\u00e9gale et violente, mais sur le plan des r\u00e8glements et des lois. Il leur propose d&rsquo;efficaces moyens de d\u00e9fense et, par sa connaissance approfondie du droit, obtient pour eux de fortes diminutions de peine. Le Mirandole des monte-en-l&rsquo;air est devenu le Cyrano des for\u00e7ats.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vuesurliledudiabledepuislilestjoseph-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-947\" title=\"vuesurliledudiabledepuislilestjoseph-1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vuesurliledudiabledepuislilestjoseph-1-300x225.jpg\" alt=\"Vue sur l\\'\u00eele du Diable depuis l\\'\u00eele Royale\" width=\"152\" height=\"116\" \/><\/a>Pendant ce temps, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Atlantique, Marie Jacob, sa m\u00e8re, ne reste pas inactive. Elle remue ciel et terre pour gagner la lib\u00e9ration de son fils. Elle s&rsquo;\u00e9puise en d\u00e9marches, en requ\u00eates. Jacob s&rsquo;insurge\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois t&rsquo;avoir d\u00e9j\u00e0 dit que je ne voulais pas entendre parler de faveurs. Il est fort regrettable que tu ne t&rsquo;en sois pas souvenu. Il y a des souplesses, des gymnastiques, pour lesquelles je n&rsquo;ai ni go\u00fbt, ni aptitudes &#8230; En principe, vois-tu, cela ne vaut rien de compter sur la protection de celui-ci, sur l&rsquo;influence de celui-l\u00e0. Il\u00a0 est pr\u00e9f\u00e9rable de ne compter que sur soi-m\u00eame. En outre, il est aussi pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas ennuyer des gens heureux par des sollicitations. M\u00eame en cas d&rsquo;insucc\u00e8s, cela engage \u00e0 de la reconnaissance, et ce sentiment est bien souvent une cha\u00eene p\u00e9nible \u00e0 supporter. Pour ma part, j&rsquo;aime trop ma libert\u00e9 pour m&rsquo;enliser dans ces sortes de compromissions &#8230; Ne te mets pas en peine pour moi, ma bien bonne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pourtant, cette fois, la m\u00e8re a raison sur le fils. A son tour, par une t\u00e9nacit\u00e9 qui n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gale que son\u00a0 amour, elle touche \u00e0 la victoire. Avec l&rsquo;aide d&rsquo;avocats, de journalistes et de compagnons anarchistes, elle brise le dernier maillon. Le 30 d\u00e9cembre 1928, apr\u00e8s vingt-cinq ans et trois mois de prison et de bagne, dont quarante-quatre mois de r\u00e9clusion cellulaire au cachot, les fers au pied<a name=\"_ftnref2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn2\">[2]<\/a>, Alexandre Jacob est lib\u00e9r\u00e9. Il n&rsquo;a implor\u00e9 personne.<\/p>\n<p>Reconverti dans la vie sociale en marchand ambulant de lingerie, il g\u00e8re honn\u00eatement son affaire, plantant boutique en plein vent sur les march\u00e9s et dans les foires, au gr\u00e9 de son calendrier itin\u00e9rant. La guerre de 40 survient et le ruine\u00a0: Jacob, scrupuleux au centime pr\u00e8s, rejette les pratiques honteuse de l&rsquo;occupation, et respecte ses marges b\u00e9n\u00e9ficiaires habituelles. \u00ab\u00a0Je suis un commer\u00e7ant, dit-il, non un trafiquant.\u00a0\u00bb Apr\u00e8s la guerre, le forain tranquille se retire et vit pauvrement, dignement, coulant sa retraite dans un village du Berry, avec son chien N\u00e9gro, ses quatre chats et la poign\u00e9e de poules de sa basse-cour.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/reuilly-jour-de-marche.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-967\" title=\"Reuilly un jour de march\u00e9\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/reuilly-jour-de-marche.jpg\" alt=\"Reuilly, jour de march\u00e9\" width=\"179\" height=\"120\" \/><\/a>C&rsquo;est l\u00e0, dans son ermitage de Reuilly, au lieu-dit de Bois Saint Denis, que mes vingt-cinq et moi devions le rencontrer au cours de certain \u00e9t\u00e9 inoubliable de 1951.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je compte prendre le train sans billet de retour samedi soir\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alexandre Jacob se suicida dans la nuit du 28 au 29 ao\u00fbt 1954. Pas de redite dans ce dernier acte de trag\u00e9die\u00a0; seulement des rappels, le rappel d&rsquo;un pass\u00e9 exemplaire et fabuleux.<\/p>\n<p>Le chroniqueur du \u00ab\u00a0Canard Encha\u00een\u00e9\u00a0\u00bb, J\u00e9r\u00f4me Gauthier, \u00e9crivit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne demande \u00e0 personne de saluer cette m\u00e9moire ni ce caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Pourtant, s&rsquo;il se pouvait qu&rsquo;apport\u00e9e par la brise, une graine perdue profit\u00e2t de l&rsquo;automne pour fleurir en h\u00e2te la tombe fraiche, je dirai que la justice, c&rsquo;est peut-\u00eatre du vent\u00a0; mais qu&rsquo;il y a dans le vent quelque chose, un peu, d&rsquo;une vraie justice &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, maman est morte<a name=\"_ftnref3\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn3\">[3]<\/a>,<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, mon p\u00e8re est mort.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, mon vieil ami est mort.<\/p>\n<p>Les morts que j&rsquo;aime meurent aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>30 ao\u00fbt<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vieux peuplier,<\/p>\n<p>Tu es tomb\u00e9<\/p>\n<p>Dans le miroir<\/p>\n<p>De l&rsquo;eau dormante &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Federico<\/p>\n<p>On aurait voulu quelque miracle, et l&rsquo;on ne savait quoi d\u00e9sirer.<\/p>\n<p>31 ao\u00fbt<\/p>\n<p>Eug\u00e9nie<\/p>\n<p>Eussiez-vous aim\u00e9 mon vieil ami Jacob\u00a0? Je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr. Car, enfin, il y a ces \u00e9glises, ces cath\u00e9drales &#8230; Il y a aussi ce proverbe indien\u00a0: \u00ab\u00a0Un diamant avec quelques d\u00e9fauts est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 une simple pierre qui n&rsquo;en a pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Objection<\/p>\n<p>Je reconnais un roc<\/p>\n<p>Je reconnais un homme<\/p>\n<p>A sa fa\u00e7on charmante<\/p>\n<p>Paisible<\/p>\n<p>T\u00eatue<\/p>\n<p>D\u00e9finitive<\/p>\n<p>De dire<\/p>\n<p>Non.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>La suite :<\/strong><\/span> Samedi 17 avril 2010<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref1\">[1]<\/a> Jacob \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Te souviens-tu quand je t&rsquo;ai dit que je me portais comme un baobab\u00a0? P\u00e9ca\u00efre\u00a0! Il s&rsquo;est mu\u00e9 en saule pleureur, le baobab\u00a0! Quand je marche, tu dirais un accent circonflexe \u00e0 la recherche d&rsquo;une voyelle\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref2\">[2]<\/a> Sans compter dix-huit tentatives d&rsquo;\u00e9vasion\u00a0! &#8230;<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref3\">[3]<\/a> Co\u00efncidence des larmes\u00a0: vingt-trois ans plus tard, ma m\u00e8re mourait dans la nuit du 28 au 29 ao\u00fbt et, comme Alexandre Jacob, elle \u00e9tait mise en terre le surlendemain \u00e0 15 heures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacob incarne la tension de l&rsquo;homme vers l&rsquo;authenticit\u00e9. C&rsquo;est ce qu&rsquo;\u00e9crit Robert Passas en septembre 1954 sur son ami parfait dans l&rsquo;article n\u00e9crologique du num\u00e9ro 71 de D\u00e9fense de l&rsquo;Homme. Mais il dit encore dans ce papier ne pas vouloir retracer en quelques lignes l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, consid\u00e9r\u00e9 comme le meilleur des hommes, laissant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[7,4,1452,13],"tags":[738,1453,862,32,724,190,60,287,195,890,69,121,25,467,606,40,5407,1214,85,126,459,44,116,123,24,81],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1701"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1701"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1701\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1701"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1701"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1701"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}