{"id":1591,"date":"2010-02-06T01:41:26","date_gmt":"2010-02-05T23:41:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1591"},"modified":"2020-04-26T07:58:38","modified_gmt":"2020-04-26T05:58:38","slug":"aux-resignes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/02\/aux-resignes\/","title":{"rendered":"Aux r\u00e9sign\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lama.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1593\" title=\"Serge le lama\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lama-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"90\" height=\"133\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/libertad.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1592\" title=\"Joseph Albert, dit Albert LIbertad, dit Libertad 1875-1908\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/libertad.jpg\" alt=\"\" width=\"85\" height=\"136\" \/><\/a>Conspu\u00e9 par les uns. Soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;accointances polici\u00e8res par les autres. Libertad d\u00e9range. On ne sait pas vraiment d&rsquo;o\u00f9 il vient. Bordeaux c&rsquo;est encore loin de Paris. N\u00e9 le 24 novembre 1875. Parents inconnus. On le dit d&rsquo;essence aristocrate. On n&rsquo;en sait rien. On sait ce qu&rsquo;il veut\u00a0: la libert\u00e9 totale de l&rsquo;individu. Communiste libertaire aussi.<\/p>\n<p>Craint par la quasi-totalit\u00e9 du petit monde socialiste dans son acception la plus large. Craint pour ses interventions intempestives et percutantes. Craint pour sa force de persuasion. Craint pour le moulinet que font ses b\u00e9quilles dans les bagarres. Joseph Albert est arriv\u00e9 un beau jour dans la capitale. L&rsquo;iconoclaste antimilitariste et dreyfusard pr\u00f4ne\u00a0encore l&rsquo;amour libre et l&rsquo;action directe.<!--more--><\/p>\n<p>Et, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par les imprimeries de Bruant et par celles du <em>Libertaire<\/em> de S\u00e9bastien Faure, il participe activement \u00e0 la campagne de soutien de Jacob Alexandre Marius et des Travailleurs de la Nuit, inculp\u00e9s \u00e0 Amiens de vols, d&rsquo;association de malfaiteurs, d&rsquo;homicide et de tentative d&rsquo;homicide. On retrouve sa plume vindicative dans <em>Germinal<\/em>, le canard noir des compagnons picards, n\u00e9 en d\u00e9cembre 1904.<\/p>\n<p>Le 13 avril 1905, trois semaines environ apr\u00e8s la fin du proc\u00e8s des cambrioleurs anarchistes, para\u00eet le premier num\u00e9ro de l&rsquo;anarchie. Pas de majuscule. La majuscule c&rsquo;est la soumission, la hi\u00e9rarchie, le pouvoir et la r\u00e9signation. L&rsquo;orthographe c&rsquo;est l&rsquo;ordre et la domination.<\/p>\n<p>Justement, son appel \u00ab\u00a0aux r\u00e9sign\u00e9s\u00a0\u00bb sonne comme un manifeste individualiste. Un rejet de l&rsquo;abandon de la libert\u00e9. Un cri messianique de r\u00e9volte collective aussi que n&rsquo;aurait pas reni\u00e9 l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur qui dans sa d\u00e9claration, <em>Pourquoi j&rsquo;ai cambriol\u00e9\u00a0?<\/em>, affirmait\u00a0le 18 mars 1905 : \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver ma libert\u00e9, mon ind\u00e9pendance, ma dignit\u00e9 d&rsquo;homme que de me faire l&rsquo;artisan de la fortune d&rsquo;un ma\u00eetre.<\/em> [&#8230;] <em>La lutte ne dispara\u00eetra que lorsque les hommes mettront en commun leurs joies et leurs peines, leurs travaux et leurs richesses ; que lorsque tout appartiendra \u00e0 tous<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La r\u00e9volte de l&rsquo;individu doit entra\u00eener celle des r\u00e9sign\u00e9s. Elle passe par une prise de conscience, par un rejet de la r\u00e9signation &#8230; par une s\u00e9rie de crachats. Vivre l&rsquo;anarchie maintenant.<\/p>\n<p><strong><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/moutons.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-614\" title=\"moutons\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/moutons.jpg\" alt=\"moutons\" \/><\/a>L&rsquo;anarchie<\/em><\/strong><strong>,<\/strong><\/p>\n<p><strong>13 avril 1905.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Albert Libertad<\/strong><\/p>\n<p><strong>Aux r\u00e9sign\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Je hais les r\u00e9sign\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Je hais les r\u00e9sign\u00e9s, comme je hais les malpropres, comme je hais les fain\u00e9ants.<\/p>\n<p>Je hais la r\u00e9signation\u00a0! Je hais la malpropret\u00e9, je hais l&rsquo;inaction.<\/p>\n<p>Je hais le malade courb\u00e9 sous quelque fi\u00e8vre maligne\u00a0; je hais le malade imaginaire qu&rsquo;un peu de volont\u00e9 remettrait droit.<\/p>\n<p>Je plains l&rsquo;homme encha\u00een\u00e9, entour\u00e9 de gardiens, \u00e9cras\u00e9 du poids du fer et du nombre.<\/p>\n<p>Je hais les soldats que courbe le poids d&rsquo;un galon ou de trois \u00e9toiles\u00a0; les travailleurs que courbe le poids du capital.<\/p>\n<p>J&rsquo;aime l&rsquo;homme qui dit ce qu&rsquo;il sent o\u00f9 qu&rsquo;il se trouve\u00a0; je hais le votard \u00e0 la conqu\u00eate perp\u00e9tuelle d&rsquo;une majorit\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;aime le savant \u00e9cras\u00e9 sous le poids des recherches scientifiques\u00a0; je hais l&rsquo;individu qui courbe son corps sous le poids d&rsquo;une puissance inconnue, d&rsquo;un X quelconque, d&rsquo;un dieu.<\/p>\n<p>Je hais, dis-je, tous ceux qui, c\u00e9dant \u00e0 autrui, par peur, par r\u00e9signation, une part de leur puissance d&rsquo;homme, non seulement s&rsquo;\u00e9crasent mais m&rsquo;\u00e9crasent, moi ceux que j&rsquo;aime, du poids de leur concours affreux ou de leur inertie idiote.<\/p>\n<p>Je hais, oui, je les hais, car moi je le sens, je ne me courbe pas sous le galon de l&rsquo;officier, l&rsquo;\u00e9charpe du maire, l&rsquo;or du capitaliste, les morales ou les religions\u00a0; il y a longtemps que je sais que tout cela n&rsquo;est que hochets que l&rsquo;on brise comme verre &#8230;Je me courbe sous le poids de la r\u00e9signation d&rsquo;autrui. \u00d4 je hais la r\u00e9signation\u00a0!<\/p>\n<p>J&rsquo;aime la vie.<\/p>\n<p>Je veux vivre, non mesquinement comme ceux qui ne satisfont qu&rsquo;une part de leurs muscles, de leurs nerfs, mais largement en satisfaisant les muscles faciaux tout aussi bien que ceux des mollets, la masse de mes reins comme celle de mon cerveau.<\/p>\n<p>Je ne veux pas troquer une part de maintenant pour une part fictive de demain, je ne veux c\u00e9der en rien du pr\u00e9sent pour le vent de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Je ne veux rien courber de moi sous les mots Patrie &#8211; Dieu &#8211; Honneur. Je sais trop le vide de ces mots\u00a0: spectres religieux et la\u00efques.<\/p>\n<p>Je me moque des retraites, des paradis, sous l&rsquo;espoir desquels tiennent r\u00e9sign\u00e9s, religions et capital.<\/p>\n<p>Je ris de ceux qui, accumulant pour leur vieillesse se privent en leur jeunesse\u00a0; de ceux qui, pour manger \u00e0 soixante, je\u00fbnent \u00e0 vingt ans.<\/p>\n<p>Moi, je veux manger lorsque j&rsquo;ai les dents fortes pour d\u00e9chirer et broyer les viandes saines et leurs fruits succulents, lorsque les sucs de mon estomac dig\u00e8rent sans aucun trouble\u00a0; je veux boire \u00e0 ma soif les liquides rafra\u00eechissants ou toniques.<\/p>\n<p>Je veux aimer les femmes, ou la femme selon qu&rsquo;il conviendra \u00e0 nos d\u00e9sirs communs, et je ne veux pas me r\u00e9signer \u00e0 la famille, \u00e0 la loi, au Code, nul n&rsquo;a droit sur nos corps. Tu veux, je veux. Moquons-nous de la famille, de la loi, antique forme de r\u00e9signation.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas tout\u00a0: je veux, puisque j&rsquo;ai des yeux, des oreilles, d&rsquo;autres sens que le boire, le manger, l&rsquo;amour sexuel, jouir sous d&rsquo;autres formes. Je veux voir les belles sculptures, les belles peintures, admirer Rodin ou Manet. Je veux entendre les meilleurs op\u00e9ras, jouer Beethoven ou Wagner. Je veux conna\u00eetre les classiques en la Com\u00e9die, feuilleter le bagage litt\u00e9raire, artistique, qu&rsquo;ont l\u00e9gu\u00e9 les hommes pass\u00e9s aux hommes pr\u00e9sent ou mieux feuilleter l&rsquo;\u0153uvre toujours et \u00e0 jamais inachev\u00e9e de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Je veux la joie pour moi, pour la compagne choisie, pour les enfants, pour les amis. Je veux un home o\u00f9 se puissent reposer agr\u00e9ablement mes yeux apr\u00e8s le labeur fini.<\/p>\n<p>Car je veux la joie du labeur aussi, cette joie saine, cette joie forte. Je veux que mes bras manient le rabot, le marteau, la b\u00eache ou la faux.<\/p>\n<p>Que les muscles se d\u00e9veloppent, que la cage thoracique s&rsquo;\u00e9largisse \u00e0 des mouvements puissants, utiles et raisonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Je veux \u00eatre utile, je veux que nous soyons utiles. Je veux \u00eatre utile \u00e0 mon voisin et je veux que mon voisin me soit utile. Je d\u00e9sire que nous \u0153uvrions beaucoup car je suis insatiable de jouissance. Et c&rsquo;est parce que je veux jouir que je ne suis r\u00e9sign\u00e9.<\/p>\n<p>Oui, oui, je veux produire, mais je veux jouir\u00a0; je veux p\u00e9trir la p\u00e2te, mais manger du meilleur pain\u00a0; faire la vendange, mais boire du meilleur vin\u00a0; construire la maison mais habiter des meilleurs appartements\u00a0; faire les meubles, mais poss\u00e9der l&rsquo;utile, voire le beau\u00a0; je veux faire faire des th\u00e9\u00e2tres, mais assez vaste pour y loger les miens et moi.<\/p>\n<p>Je veux coop\u00e9rer \u00e0 produire, mais je veux coop\u00e9rer \u00e0 consommer.<\/p>\n<p>Que les uns r\u00eavent de produire pour d&rsquo;autres \u00e0 qui ils laisseront, \u00f4 ironie, le meilleur de leurs efforts, pour moi je veux, group\u00e9 librement, produire mais consommer.<\/p>\n<p>R\u00e9sign\u00e9s, regardez, je crache sur vos idoles, je crache sur Dieu, je crache sur la Patrie, je crache sur le Christ, je crache sur les Drapeaux, je crache sur le Capital et sur le Veau d&rsquo;or, je crache sur les Lois et sur les Codes, sur les Symboles et Religions\u00a0: ce sont des hochets, je m&rsquo;en moque, je m&rsquo;en ris&#8230;<\/p>\n<p>Ils ne sont rien que par vous, quittez-les et ils se brisent en miettes.<\/p>\n<p>Vous \u00eates donc une force, \u00f4 r\u00e9sign\u00e9s, de ces forces qui s&rsquo;ignorent mais qui n&rsquo;en sont pas moins des forces, et je ne peux pas cracher sur vous, je ne peux que vous ha\u00efr&#8230;ou vous aimer.<\/p>\n<p>Par-dessus tous mes d\u00e9sirs, j&rsquo;ai celui de vous voir secouer votre r\u00e9signation dans un r\u00e9veil terrible de Vie.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas de Paradis futur, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;avenir, il n&rsquo;y a que le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Vivons-nous\u00a0!<\/p>\n<p>Vivons\u00a0! La r\u00e9signation, c&rsquo;est la mort.<\/p>\n<p>La r\u00e9volte, c&rsquo;est la vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conspu\u00e9 par les uns. Soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;accointances polici\u00e8res par les autres. Libertad d\u00e9range. On ne sait pas vraiment d&rsquo;o\u00f9 il vient. Bordeaux c&rsquo;est encore loin de Paris. N\u00e9 le 24 novembre 1875. Parents inconnus. On le dit d&rsquo;essence aristocrate. On n&rsquo;en sait rien. On sait ce qu&rsquo;il veut\u00a0: la libert\u00e9 totale de l&rsquo;individu. Communiste libertaire aussi. 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