{"id":1535,"date":"2009-10-25T05:51:40","date_gmt":"2009-10-25T03:51:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1535"},"modified":"2009-10-25T05:51:40","modified_gmt":"2009-10-25T03:51:40","slug":"a-biribi-cest-en-afrique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2009\/10\/a-biribi-cest-en-afrique\/","title":{"rendered":"A Biribi, c&rsquo;est en Afrique"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-monde.jpg\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-monde.jpg\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/biribi.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1402\" title=\"Biribi, Perrin, 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/biribi-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"99\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/biribi-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/biribi.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 99px) 100vw, 99px\" \/><\/a>L&rsquo;imaginaire collectif se construit sur le\u00a0mode binaire. Binaire et le plus fr\u00e9quemment manich\u00e9en. Le bien et le mal s&rsquo;incarnent de la sorte au travers de personnages historiques devenu mythiques. Il est \u00e9galement des lieux qui peuvent susciter les uns le r\u00eave chim\u00e9rique d&rsquo;une vie meilleure, les autres, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, le trouble, l&rsquo;angoisse et l&rsquo;inqui\u00e9tude, et qui \u00e9veillent finalement l&rsquo;effroi. Institutionnalis\u00e9s ces espaces constituent une esp\u00e8ce de ciment social engendr\u00e9s par l&rsquo;effet de peur. De fait, si le paradis terrestre peut se trouver dans quelques vertes contr\u00e9es, l&rsquo;enfer existe bel et bien ici bas dans sa vocation d&rsquo;\u00e9loignement et d&rsquo;\u00e9limination des mauvais sujets sociaux.<!--more--><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>A vue d&rsquo;\u0153il, c&rsquo;est ravissant\u00a0<\/em><em>\u00bb \u00e9crit Albert Londres \u00e0 propos des \u00eeles du Salut en 1923 <\/em><em>\u00ab\u00a0D\u00e9cor pour femmes \u00e9l\u00e9gantes et leurs ombrelles\u00a0! Les \u00eeles sont la terreur des for\u00e7ats<\/em>\u00a0\u00bb. Cette probl\u00e9matique se retrouve ais\u00e9ment dans celle des bagnes militaires fran\u00e7ais d&rsquo;Afrique. Le soleil. La chaleur. Le Travail. Les coups. La crapaudine. La mort. Le sable et les cailloux\u00a0 pour seuls horizons. Biribi. La seule \u00e9vocation de ce nom suffisait \u00e0 faire trembler il y a peu encore. Biribi\u00a0? \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est en Afrique<\/em>\u00a0\u00bb chantait Aristide Bruant. Le flou de la localisation accro\u00eet d&rsquo;autant la crainte d&rsquo;un envoi dans les bataillons disciplinaires. Mais la m\u00e9moire a effac\u00e9 le souvenir de ces centaines de milliers d&rsquo;hommes punis envoy\u00e9s quelque part en Afrique, au Sahara, pendant plus de cent cinquante ans pour honorer leurs obligations militaires.<\/p>\n<p>Dominique Kalifa, professeur \u00e0 la Sorbonne, nous restitue dans son dernier livre l&rsquo;histoire de ces r\u00e9prouv\u00e9s des XIXe et\u00a0 XXe si\u00e8cles. Et c&rsquo;est bien la monstruosit\u00e9 l\u00e9gale et carc\u00e9rale qui s&rsquo;ensuit. De <em>Barricata<\/em> au <em>Figaro<\/em>, en passant par<em> le Monde<\/em> et <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, nous n&rsquo;avons gu\u00e8re trouv\u00e9 de critiques n\u00e9gatives d&rsquo;un ouvrage qui ne peut que faire date dans l&rsquo;\u00e9tude de ce que l&rsquo;auteur qualifie lui-m\u00eame de non lieu de la recherche historique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-bat-daf.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1540\" title=\"Au bat\\' d\\'Af\\', Aristide Bruant\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-bat-daf.jpg\" alt=\"\" width=\"98\" height=\"155\" \/><\/a>Car rares ont \u00e9t\u00e9 les \u00e9crits sur la question. Quelques journalistes bien s\u00fbr (Jacques Dhur, Albert Londres), quelques m\u00e9decins (Lacassagne), un chanteur (Bruant) et un \u00e9crivain (Georges Hyppolite Adrien dit Darien) ont certes alert\u00e9 l&rsquo;opinion publique ou consign\u00e9\u00a0 leur impression de ces endroits dans leurs souvenirs ou dans leur roman. Il est vrai que la tr\u00e8s glorieuse et n\u00e9anmoins Grande Muette n&rsquo;avait aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 d\u00e9voiler les pratiques orchestr\u00e9es dans les rangs de ses bat&rsquo; d&rsquo;Af&rsquo;, dans les ge\u00f4les de ses ateliers de travaux publics. Silence, on tue. Silence, oubli obligatoire.<\/p>\n<p>Les sources, aussi rares soient-elles, existent pourtant. Elles se logent parfois dans la peau m\u00eame des mauvais gar\u00e7ons. Dominique Kalifa les fait parler et de bien belle mani\u00e8re. Apr\u00e8s avoir explor\u00e9 la l\u00e9gende noire de Biribi, l&rsquo;historien offre \u00e0 ses lecteurs le descriptif d&rsquo;une organisation totalitaire implacable dont tout le monde (ou presque) cherche \u00e0 effacer les traces quand on revient de l\u00e0-bas. S&rsquo;ensuit alors l&rsquo;histoire dans ses plus intimes confinements\u00a0 de ces vies bris\u00e9es par les coups, la chaleur du Sahara, l&rsquo;arbitraire et la vindicte sociale et militaire. A Biribi comme \u00e0 Cayenne, l&rsquo;innommable r\u00e9pression peut prendre forme dans son horreur quotidienne. Et, pour le moblot r\u00e9calcitrant, pour l&rsquo;apache, pour le politique estim\u00e9 dangereux, elle a dur\u00e9 jusqu&rsquo;en 1972\u00a0!<\/p>\n<p>La presse n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de souligner l&rsquo;excellence du livre de Dominique Kalifa. Nous remarquerons juste la comparaison douteuse et malvenue de la part de l&rsquo;historien Jean-Pierre Rioux qui, en louangeant l&rsquo;entreprise de son confr\u00e8re, minimise par force de comparaison le syst\u00e8me \u00e9liminatoire et civil de la Guyane dans les colonnes du <em>Figaro<\/em>. Or, il convient de rappeler que si beaucoup sont revenus de Birbi, entre 1830 et 1972, ce ne fut gu\u00e8re le cas, de 1854 \u00e0 1938, pour les fagots de la colonie p\u00e9nitentiaire d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud. P\u00e9nitentiaire avec un \u00ab\u00a0t\u00a0\u00bb m\u00eame si le nom\u00a0 commun prend un \u00ab\u00a0c\u00a0\u00bb, ce que semble ignorer l&rsquo;article du <em>Monde<\/em> en date du 24 avril 2009. Mais ce ne sont l\u00e0 que peccadilles qui nous ferait presque oublier le prix l\u00e9g\u00e8rement plus \u00e9lev\u00e9 annonc\u00e9 par <em>Alternative Libertaire<\/em> qui coupe de deux pages le livre de Dominique Kalifa.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lefigaro-logo.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-546\" title=\"logo du Figaro\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lefigaro-logo-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"152\" height=\"104\" \/><\/a>Le Figaro<\/strong><\/p>\n<p><strong>23 avril 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Jean-Pierre Rioux<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pas de piti\u00e9 pour les soldats r\u00e9fractaires<\/strong><\/p>\n<p>Dominique Kalifa est le premier \u00e0 lever le voile sur les terribles \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires d&rsquo;Afrique du Nord o\u00f9 700\u00a0000\u00a0militaires indisciplin\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise furent envoy\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00abBiribi\u00bb est le nom imaginaire de l&rsquo;archipel p\u00e9nitentiaire de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise. Il a \u00e9t\u00e9 connu des civils et des politiques gr\u00e2ce \u00e0 deux cris alarm\u00e9s\u00a0: celui d&rsquo;un des tr\u00e8s rares condamn\u00e9s qui aient parl\u00e9 apr\u00e8s leur sortie, Georges Darien, dans son Biribi de 1890, et celui d&rsquo;un journaliste c\u00e9l\u00e8bre, Albert Londres, dans Dante n&rsquo;avait rien vu, en 1924. De 1818, date de cr\u00e9ation des \u00ab\u00a0fusiliers et pionniers de discipline\u00a0\u00bb par Gouvion-Saint-Cyr, \u00e0 la lente extinction des \u00ab\u00a0corps sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb apr\u00e8s 1920, ce furent 1 \u00e0 2\u00a0% des militaires qui ont subi violences et turpitudes dans les compagnies disciplinaires regroup\u00e9es en Afrique du Nord\u00a0: 7\u00a0500\u00a0hommes sous le second Empire, plus de 13\u00a0000 au temps de Darien et 5\u00a0000 en 1925\u00a0; soit, au total, en cent trente ans, de la prise d&rsquo;Alger \u00e0 la fin de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, de 600\u00a0000\u00a0\u00e0 800\u00a0000 d\u00e9linquants-victimes, de six \u00e0 huit fois plus qu&rsquo;au bagne civil.<\/p>\n<p>Dans les p\u00e9nitenciers, les sections \u00ab\u00a0d&rsquo;exclus\u00a0\u00bb (condamn\u00e9s dans le civil, incorpor\u00e9s et passibles de double peine) et surtout chez les \u00ab\u00a0Bat&rsquo; d&rsquo;Af&rsquo;\u00a0\u00bb, ces \u00ab\u00a0corps d&rsquo;\u00e9preuve\u00a0\u00bb o\u00f9 \u00e9taient tenus en laisse tous ceux qui auraient pu contaminer les unit\u00e9s r\u00e9guli\u00e8res, les \u00ab\u00a0gars qu&rsquo;ont pas eu d&rsquo;veine\u00a0\u00bb chant\u00e9s par Bruant ont subi le \u00ab\u00a0marche ou cr\u00e8ve\u00a0\u00bb et les pires s\u00e9vices, \u00ab\u00a0de Gab\u00e8s \u00e0 Tatahouine, de Gafsa \u00e0 M\u00e9dinine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>F\u00e9roce et indigne<\/strong><\/p>\n<p>Avant Dominique Kalifa, nul n&rsquo;avait examin\u00e9 \u00e0 fond cette zone de non-droit o\u00f9 des sous-offs in\u00addignes orchestr\u00e8rent les basses besognes et laiss\u00e8rent prolif\u00e9rer le vice et le crime. Preuves en main, toutes archives consult\u00e9es, il montre que l&rsquo;\u00e9preuve fut longue, massive, extr\u00eame\u00a0; qu&rsquo;elle vulgarisa sous l&rsquo;uniforme, outre le travail forc\u00e9 sous soleil de plomb dans le d\u00e9sert et la rocaille, l&rsquo;usage de la violence, du viol, du r\u00e8glement de comptes\u00a0: une barbarie qui n&rsquo;amenda personne.<\/p>\n<p>Chez les bagnards, \u00ab\u00a0nature vicieuse et tout \u00e0 fait incorrigible\u00a0\u00bb aux yeux de l&rsquo;autorit\u00e9 militaire, chez les \u00ab\u00a0hommes\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0durs\u00a0\u00bb survivants, une bonne moiti\u00e9 \u00e9taient d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ou demi-fous, l&rsquo;homosexualit\u00e9 galopait, les poings et le sexe tenaient lieu de langage, les supplices et le crime au quotidien avaient force de loi\u00a0: ce fut f\u00e9roce et indigne de la patrie des droits de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e fit ainsi de l&rsquo;Afrique du Nord un cachot, laissa r\u00e9pandre dans l&rsquo;opinion de m\u00e9tropole une image vici\u00e9e de la colonisation, l\u00e9gitima un peu plus les violences qui assaillaient le \u00ab\u00a0bled\u00a0\u00bb. Oui, l&rsquo;arm\u00e9e, l&rsquo;Afrique, la R\u00e9publique ont \u00e9t\u00e9 environn\u00e9es longtemps, l\u00e0-bas, \u00e0 Biribi, du cliquetis des fers et des cris de haine et de d\u00e9tresse. Jamais avant Kalifa cela n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 dit, preuves en\u00a0main, avec autant de force.<br \/>\n<em>Biribi Les bagnes coloniaux de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/em> de Dominique Kalifa Perrin, 344\u00a0p., 21\u00a0\u20ac.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-monde1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1539\" title=\"logo du Monde\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-monde1.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"42\" \/><\/a>Le Monde<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vendredi 24 avril 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans l&rsquo;enfer de \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Kalifa revient sur le terrible univers des bagnes et p\u00e9nitentiers coloniaux<\/strong><\/p>\n<p>Biribi \u00bb, \u00ab Tataouine \u00bb, \u00ab les bat&rsquo; d&rsquo;Af&rsquo;\u00bb&#8230; Autant de mots qui \u00e9voquent l&rsquo;inqui\u00e9tante atmosph\u00e8re de bagnes lointains, de soldats punis que l&rsquo;on imagine travaillant \u00e9cras\u00e9s sous le soleil d&rsquo;Afrique, soumis aux violences des sous-offs, empreints de la duret\u00e9 des rapports entre apaches. L&rsquo;ouvrage de Dominique Kalifa ne d\u00e9ment pas les images que charrient les bagnes et p\u00e9nitenciers militaires coloniaux. Mais il les pr\u00e9cise et, surtout, il en donne une histoire minutieuse, document\u00e9e.<\/p>\n<p>Il fallait d&rsquo;abord s&rsquo;y retrouver dans le maquis de cet \u00ab\u00a0archipel p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb que l&rsquo;on d\u00e9signe sous le terme g\u00e9n\u00e9rique de \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb (\u00e0 l&rsquo;origine un jeu de hasard) rendu populaire par le roman du m\u00eame nom sign\u00e9 Georges Darien (1890). Il y a d&rsquo;abord les fortes t\u00eates de l&rsquo;arm\u00e9e que l&rsquo;on envoie dans les compagnies disciplinaires. Il y a aussi ceux qui, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9s devant un conseil de guerre pour d\u00e9sertion, vol, outrage ou autres, sont exp\u00e9di\u00e9s dans un \u00e9tablissement de r\u00e9pression comme les ateliers de travaux publics. Il y a encore les \u00ab\u00a0exclus\u00a0\u00bb, ces hommes condamn\u00e9s aux assises, que l&rsquo;on ne peut incorporer dans les r\u00e9giments ordinaires. Et puis, les fameux \u00ab\u00a0Bat&rsquo; d&rsquo;Af&rsquo;\u00a0\u00bb (bataillons d&rsquo;Afrique) qui accueillent en particulier des soldats lib\u00e9r\u00e9s de \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Chacune des ces exp\u00e9rience est d\u00e9j\u00e0 une v\u00e9ritable \u00e9preuve en soi. Mais nombreux sont ceux qui les multiplient, comme en t\u00e9moigne en 1912 le m\u00e9decin Louis Combes, peu am\u00e8ne pour les condamn\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est souvent le m\u00eame homme qui, de 25 \u00e0 40 ans, tour \u00e0 tour chasseur l\u00e9ger, se prom\u00e8ne d&rsquo;un corps \u00e0 l&rsquo;autre, du bataillon au p\u00e9nitencier, du p\u00e9nitencier \u00e0 la section de discipline, de la section au bataillon d&rsquo;Afrique (&#8230;), changeant d&rsquo;univers, non de caract\u00e8re, de casernement, non de milieu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est vrai que \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb compose une \u00ab\u00a0immense arm\u00e9e de punis\u00a0\u00bb. Entre 600000 et 800000 hommes de 1830 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, 1% \u00e0 2% de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise selon les \u00e9poques. Cette \u00ab\u00a0arm\u00e9e\u00a0\u00bb rassemble surtout des \u00e9l\u00e9ments des classes populaires urbaines, souvent les moins int\u00e9gr\u00e9es, mais aussi certains condamn\u00e9s politiques, communards ou anarchistes par exemple, ou encore le marin rebelle de 1919, futur dirigeant communiste et chef de la R\u00e9sistance, Charles Tillon, qui \u00e9vitera de devenir \u00ab\u00a0cingl\u00e9\u00a0\u00bb en y tenant son carnet, pr\u00e9cieux confident. Plus ordinairement, \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb des durs \u00e0 cuire comme Jean R., garde r\u00e9publicain qui boit au cabaret l&rsquo;argent emprunt\u00e9 \u00e0 ses copains, abusant de son statut pour soutirer des sous aux dames qu&rsquo;il s\u00e9duit. En 1876, le voil\u00e0 finalement dirig\u00e9 vers les compagnies disciplinaires. Le choix de l&rsquo;Afrique tient notamment \u00e0 un des objectifs de la r\u00e9pression\u00a0: \u00ab\u00a0purger\u00a0\u00bb l&rsquo;arm\u00e9e de ses \u00ab\u00a0mauvais \u00e9l\u00e9ments\u00a0\u00bb, homosexuels compris, voire de les \u00e9liminer.<\/p>\n<p><strong>Violence et humiliation<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;univers qui y attend les condamn\u00e9s est terrifiant. Un quotidien de violence et d&rsquo;humiliation\u00a0: interdiction de porter librement barbe ou moustache, contr\u00f4le du courrier, brimades physiques &#8230; \u00ab\u00a0On tapait sur nous comme sur des \u00e2nes. Le bruit de la trique sur le corps des hommes devenait un bruit ordinaire\u00a0\u00bb, rapporte un d\u00e9tenu. Les d\u00e9nonciation de cet \u00ab\u00a0enfer\u00a0\u00bb n&rsquo;ont pas manqu\u00e9, des campagnes antimilitaristes d&rsquo;avant 1914 au souci technocratique de r\u00e9forme en passant par les reportages &#8211; en particulier celui d&rsquo;Albert Londres, paru en volume en 1924 sous le titre Dante n&rsquo;avait rien vu.<\/p>\n<p>Les d\u00e9tenus eux-m\u00eames ne se sont pas toujours laiss\u00e9s faire comme le montre la multiplication des formes de r\u00e9sistance, individuelles ou collectives. Th\u00e9oriquement interdit, le tatouage &#8211; \u00ab\u00a0la grande affaire de Biribi\u00a0\u00bb &#8211; en est un aspect, tel ce \u00ab\u00a0vaincu mais non dompt\u00e9\u00a0\u00bb &#8230; En 1930 c&rsquo;est la section sp\u00e9ciale d&rsquo;Ol\u00e9ron qui entre en r\u00e9bellion, excit\u00e9e par \u00ab\u00a0quelques meneurs\u00a0\u00bb &#8211; selon l&rsquo;interpr\u00e9tation officielle habituelle des mutineries &#8211; et dirig\u00e9e par le \u00ab\u00a0ca\u00efd\u00a0\u00bb. Les drapeaux rouges se d\u00e9ploient, les entonnent l&rsquo;Internationale avant que la faim, apparemment, ne permettent de r\u00e9duire la r\u00e9volte. Les r\u00e9formes seront nombreuses, plus ou moins b\u00e9n\u00e9fiques aux condamn\u00e9s, notamment apr\u00e8s la grande Guerre, qui avait autoris\u00e9 de multiples abus de la justice militaire. Mais \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb perdure jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9colonisation m\u00eame si son d\u00e9clin est entam\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>Cette histoire longue n&rsquo;\u00a0\u00bbavait jamais \u00e9t\u00e9 faite. \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb \u00e9tait rest\u00e9 \u00ab\u00a0un non-lieu de recherches\u00a0\u00bb avant le travail de Dominique Kalifa. Celui-ci pose les cadres permettant d&rsquo;ouvrir de nouveaux chantiers. Car, pour l&rsquo;historien d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, attentif \u00e0 la construction des sources et soucieux de ne pas s&rsquo;enfermer dans les discours publics tenus sur un sujet, la saisie de l&rsquo;exp\u00e9rience disciplinaire demeure difficile\u00a0: la parole des d\u00e9tenus est souvent absente, \u00e9cras\u00e9e par celle des rapports officiels, des m\u00e9decins ou des publicistes. Pour reconstituer ces histoires de vie, il faut surmonter \u00e0 la fois le silence voulu par les autorit\u00e9s et le mutisme redoubl\u00e9 des hommes punis\u00a0: se taire pour survivre \u00e0 \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb et ensuite oublier.<\/p>\n<p>Nicolas Offenstadt.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-telerama.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1538\" title=\"Logo T\u00e9l\u00e9rama\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-telerama.gif\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"91\" \/><\/a>T\u00e9l\u00e9rama<\/strong><\/p>\n<p><strong>n\u00b0 3093<\/strong><\/p>\n<p><strong>25 avril 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Biribi les bagnes coloniaux de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n<p>Ed. Perrin, 344p., 21\u20ac<\/p>\n<p>Biribi, c&rsquo;est l&rsquo;enfer. Pourtant, Biribi n&rsquo;est pas un lieu pr\u00e9cis, il d\u00e9signe une constellation de prisons, bataillons disciplinaires et autres bagnes o\u00f9 les autorit\u00e9s militaires, depuis 1818 jusqu&rsquo;au seuil des ann\u00e9es 1970, ont exp\u00e9di\u00e9 les \u00ab indisciplin\u00e9s \u00bb, les \u00ab fortes t\u00eates \u00bb ou les \u00ab mauvais sujets \u00bb. Dominique Kalifa plonge dans les bas-fonds de cet univers carc\u00e9ral et redonne la parole aux chansonniers, journalistes et romanciers qui ont su alerter l&rsquo;opinion publique sur ces mouroirs d&rsquo;Afrique du Nord. Il rappelle aussi les \u00e9pouvantables s\u00e9vices inflig\u00e9s \u00e0 ces soldats perdus. Si Georges Darien, Blaise Cendrars, Mac Orlan, Aristide Bruant ont d\u00e9nonc\u00e9 la violence insoup\u00e7onn\u00e9e de ces prisons militaires, Albert Londres, lui, dans Dante n&rsquo;avait rien vu, publi\u00e9 en 1924, est parvenu \u00e0 provoquer, comme il l&rsquo;avait fait pour le bagne de Cayenne, des d\u00e9bats parlementaires. D\u00e9pouillant les archives et relisant dans les t\u00e9moignages de l&rsquo;\u00e9poque le quotidien des victimes, les brimades, la palette des s\u00e9vices et tout l&rsquo;imaginaire qui se d\u00e9ploie autour de Biribi, Dominique Kalifa signe un beau livre d&rsquo;histoire et l\u00e8ve le voile sur ces milliers d&rsquo;hommes exp\u00e9di\u00e9s au \u00ab pays perdu \u00bb d&rsquo;Afrique.<\/p>\n<p>Gilles Heur\u00e9<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lhistoire-juin-2009.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1537\" title=\"L\\'Histoire, juin 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lhistoire-juin-2009.jpg\" alt=\"\" width=\"125\" height=\"170\" \/><\/a>L&rsquo;Histoire<\/strong><\/p>\n<p><strong>Juin 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>N\u00b0343<\/strong><\/p>\n<p><a name=\"titre\"><strong>Biribi<\/strong> <\/a><\/p>\n<p>Par Dominique Kalifa<br \/>\nPerrin, 2009, 344 p., 21 euros.<\/p>\n<p>Albert Londres avait parl\u00e9 du \u00ab monstre Biribi \u00bb dans Le Petit Parisien, en 1924, l&rsquo;ann\u00e9e qui avait suivi sa d\u00e9nonciation du bagne de Cayenne, et Georges Darien, dans un roman \u00e9ponyme, paru en 1890, avait popularis\u00e9 ce nom \u00e9trange dont on ne savait pas exactement quel lieu il d\u00e9signait.<\/p>\n<p>Biribi ? A l&rsquo;origine, une sorte de loto italien en faveur au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, un jeu gouvern\u00e9 par le hasard comme l&rsquo;\u00e9taient, depuis la Restauration, les fortes t\u00eates de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, humili\u00e9es et tortur\u00e9es dans des camps disciplinaires diss\u00e9min\u00e9s en Afrique du Nord surtout, \u00e0 Madagascar aussi, au S\u00e9n\u00e9gal et en Nouvelle-Cal\u00e9donie. Biribi, c&rsquo;\u00e9tait cet \u00ab archipel \u00bb p\u00e9nitentiaire, ce lieu fantasm\u00e9 d&rsquo;un non-droit bien r\u00e9el, et que Dominique Kalifa ressuscite ici pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>La chanson, par le truchement de Bruant, s&rsquo;est empar\u00e9e de ces bas-fonds de la justice militaire, mais la cruaut\u00e9 des \u00ab chaouchs \u00bb, les sous-officiers sadiques qui usaient des fers, du silo et de la crapaudine contre les mauvais gar\u00e7ons de la troupe jusqu&rsquo;\u00e0 les tuer, passe-t-elle par des rimes pour \u00eatre prise au s\u00e9rieux ? L&rsquo;\u00e9l\u00e9gante \u00e9criture de l&rsquo;auteur contribue en tout cas \u00e0 nous renvoyer en pleine figure l&rsquo;image grin\u00e7ante d&rsquo;une \u00ab Grande Muette \u00bb qui n&rsquo;a renonc\u00e9 qu&rsquo;assez r\u00e9cemment &#8211; le dernier camp de Biribi, apprend-on, n&rsquo;a ferm\u00e9 qu&rsquo;en 1972 \u00e0 Obock, sur le Territoire des Afars et des Issas, futur Djibouti &#8211; \u00e0 une pratique aussi d\u00e9shonorante.<\/p>\n<p>Biribi, Perrin, 2009, 344 p., 21 euros.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/alternative-libetaire-n186-ete-2009.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1536\" title=\"Alternative Libetaire, n186, \u00e9t\u00e9 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/alternative-libetaire-n186-ete-2009.jpg\" alt=\"\" width=\"138\" height=\"190\" \/><\/a>Alternative Libertaire<\/strong><\/p>\n<p><strong>N\u00b0186<\/strong><\/p>\n<p><strong>Et\u00e9 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Kalifa, \u00ab\u00a0Biribi, les bagnes coloniaux de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Il y a un si\u00e8cle, pas un jeune Fran\u00e7ais n&rsquo;ignorait ce qu&rsquo;\u00e9tait Biribi, dont le nom seul suffisait \u00e0 faire frissonner les plus durs. Des histoires terrifiantes circulaient sur les horreurs qui s&rsquo;y commettaient, les s\u00e9vices qu&rsquo;on y infligeait\u00a0: \u00ab\u00a0le silo\u00a0\u00bb, la crapaudine, \u00ab\u00a0les barres de justice\u00a0\u00bb. Biribi, c&rsquo;\u00e9tait le surnom donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ensemble des structures disciplinaires et p\u00e9nitentiaires de l&rsquo;arm\u00e9e coloniale en Afrique du Nord. L&rsquo;arm\u00e9e les avait baptis\u00e9s \u00ab\u00a0corps sp\u00e9ciaux\u00a0\u00bb\u00a0; les antimilitaristes les appelaient des \u00ab\u00a0bagnes militaires\u00a0\u00bb. Les jeunes soldats qu&rsquo;on y envoyait \u00e9taient des fortes t\u00eates en tous genres\u00a0: voyous, rebelles \u00e0 la discipline ou militants condamn\u00e9s pour propagande antimilitariste.<\/p>\n<p>Des romans (Biribi, de Georges Darien, en 1890), des chansons (A Biribi, d&rsquo;Aristide Bruant, en 1891), des reportages (Dante n&rsquo;avait rien vu,d&rsquo;Albert Londres, en 1924) ont largement nourri l&rsquo;imaginaire autour de cet enfer. Au maximum de son extension, dans les ann\u00e9es 1910-1914, entre 10.000 et 15.000 hommes y cassaient des cailloux sous un soleil de plomb. L&rsquo;atmosph\u00e8re qui y r\u00e9gnait \u00e9tait d&rsquo;une violence extr\u00eame et la hi\u00e9rarchie sociale entre d\u00e9tenus, fond\u00e9e sur l&rsquo;homosexualit\u00e9 syst\u00e9matis\u00e9e, implacable.<\/p>\n<p>La lutte pour l&rsquo;abolition de Biribi fut \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque un des grands th\u00e8mes du mouvement anarchiste et syndicaliste, ainsi que de la Ligue des droits de l&rsquo;homme. En f\u00e9vrier 1912, 120.000 personnes manifest\u00e8rent \u00e0 Paris contre Biribi, en suivant le cercueil du jeune soldat Aernoult, assassin\u00e9 par un \u00ab\u00a0chaouch\u00a0\u00bb (un sous-officier).<\/p>\n<p>Le milieu du gangst\u00e9risme, dans les ann\u00e9es 1920, fut en partie l&rsquo;h\u00e9ritier d&rsquo;une culture d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 Biribi\u00a0: tatouages, hi\u00e9rarchie stricte, r\u00e8glements de comptes et amiti\u00e9s viriles.<\/p>\n<p>L&rsquo;historien Dominique Kalifa livre, pour la premi\u00e8re fois, une histoire politique, \u00e9conomique et culturelle de cet \u00ab\u00a0archipel du goulag\u00a0\u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise dont les derniers \u00eelots, implant\u00e9s \u00e0 Djibouti, ne furent abolis que dans les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)<\/p>\n<p>Dominique Kalifa, <em>Biribi, les bagnes coloniaux de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/em>, Perrin, 2009, 342 pages, 21 euros.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 le 2 juillet 2009 par Commission Journal (mensuel)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/barricata-na19.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1190\" title=\"Barricata n\u00b019\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/barricata-na19-211x300.jpg\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"155\" \/><\/a>Barricata<\/strong><\/p>\n<p><strong>N\u00b019<\/strong><\/p>\n<p><strong>Et\u00e9 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lire &#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Kalifa<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Biribi les bagnes coloniaux de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Perrin, 2009, 21\u20ac<br \/>\n<\/strong>Biribi, un nom aujourd&rsquo;hui oubli\u00e9, fit trembler la jeunesse pendant plus d&rsquo;un si\u00e8cle. Biribi, c&rsquo;\u00e9tait les compagnie disciplinaires et les bagne \u00e9parpill\u00e9s en Afrique du Nord, cet \u00ab\u00a0archipel punitif de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb o\u00f9 \u00e9taient envoy\u00e9s les victimes de l&rsquo;arbitraire militaire\u00a0: paysans perdus, opposants politiques et apprentis p\u00e9griots formaient une \u00ab\u00a0immense arm\u00e9e de punis\u00a0\u00bb (600000 hommes en un si\u00e8cle et demi). Avec la pr\u00e9cision d&rsquo;un universitaire et dans un style clair et fluide, Dominique Kalifa retrace la terrible survie des \u00ab\u00a0mauvais gar\u00e7ons\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0pas de chances\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0incorrigibles\u00a0\u00bbdans les diff\u00e9rents cercles de cet enfer militaire et carc\u00e9ral\u00a0: Bat&rsquo; d&rsquo;Afs, compagnies de disciplines, sections sp\u00e9ciales de r\u00e9pressions, ateliers de travaux publics. Les lecteurs de Barricata devraient \u00eatre particuli\u00e8rement sensibles \u00e0 deux bons passages\u00a0: l&rsquo;un est relatif \u00e0 l&rsquo;implication des libertaires dans la lutte contre l&rsquo;injustice militaire lors de l&rsquo;affaire Aernoult-Rouset, \u00ab\u00a0le Dreyfus des ouvriers\u00a0\u00bb, et l&rsquo;autre \u00e0 la pratique du tatouage, \u00ab\u00a0une protestation permanente, dress\u00e9e en caract\u00e8res ind\u00e9l\u00e9biles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>DD.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;imaginaire collectif se construit sur le\u00a0mode binaire. Binaire et le plus fr\u00e9quemment manich\u00e9en. Le bien et le mal s&rsquo;incarnent de la sorte au travers de personnages historiques devenu mythiques. 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