{"id":1501,"date":"2009-10-11T08:28:31","date_gmt":"2009-10-11T06:28:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1501"},"modified":"2009-10-11T08:28:31","modified_gmt":"2009-10-11T06:28:31","slug":"paco-en-remet-une","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2009\/10\/paco-en-remet-une\/","title":{"rendered":"Paco en remet une"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/auton151.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-524\" title=\"Paco\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/auton151.jpg\" alt=\"\" width=\"174\" height=\"150\" \/><\/a>Le texte de Paco avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mis en ligne sur le site web du Mague\u00a0 le 21 juin 2008. Nous avions \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque soulign\u00e9 la belle prose de l&rsquo;auteur de <em>Dansons la ravachole<\/em> (voir article <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/08\/l%e2%80%99honnete-et-le-mague\/#more-523\"><em>L&rsquo;honn\u00eate et le Mag<\/em> <\/a>du 09 ao\u00fbt 2008). Le papier aurait m\u00e9rit\u00e9 de passer dans <em>Le Monde Libertaire<\/em> ou une autre feuille issue de la canarchie. Mais, Anne ma s\u0153ur Anne ne vois-tu rien venir\u00a0?, il s&rsquo;est vite transform\u00e9 en arl\u00e9sienne \u00e9ditoriale.<\/p>\n<p>Par l&rsquo;entremise du web, l&rsquo;article louangeant notre biographie de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur refait surface. Cette fois, il est accueilli sur <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/08\/l%e2%80%99honnete-et-le-mague\/#more-523\"><em>Le Post.fr<\/em> <\/a>et, au\u00a0dimanche 10 octobre 2009, quelques 1500 personnes ont pu le lire et d\u00e9couvrir l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur. Merci \u00e0 toi Paco d&rsquo;en avoir remis une couche.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-post.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1502\" title=\"logo le post.fr\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-post-300x46.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"46\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-post-300x46.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-post.png 379w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Le Post.fr<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mardi 8 septembre 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mis en ligne \u00e0 19h27<\/strong><\/p>\n<p><strong>Anarchiste et \u00ab\u00a0gentleman cambrioleur\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Atelier de cr\u00e9ation libertaire a livr\u00e9 une tr\u00e8s imposante biographie de l&rsquo;anarchiste Alexandre Jacob. Sign\u00e9e Jean-Marc Delpech, ce pav\u00e9\u00a0va remettre\u00a0quelques pendules \u00e0 l&rsquo;heure.<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs biographes se sont int\u00e9ress\u00e9s au turbulent Alexandre Jacob (1879-1954). Citons Alain Sergent qui publia, en 1950, apr\u00e8s une s\u00e9rie d&rsquo;entretiens avec l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9, son livre Un Anarchiste de la Belle \u00e9poque (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par les \u00e9ditions Libertaires). Citons l&rsquo;avocat William Caruchet qui, en 1993, publia Marius Jacob l&rsquo;anarchiste-cambrioleur, pr\u00e9fac\u00e9 par Alphonse Boudard, aux \u00e9ditions S\u00e9guier. Citons enfin le journaliste Bernard Thomas qui sortit Les Vies d&rsquo;Alexandre Jacob, en 1998, chez Fayard.<\/p>\n<p>Aucune de ces approches ne satisfait Jean-Marc Delpech, professeur d&rsquo;histoire-g\u00e9o dans les Vosges. \u00ab\u00a0Dans tous les cas l&rsquo;anarchisme de Jacob passe au second plan. Cette id\u00e9e est pourtant une constante chez Alexandre Jacob, explique l&rsquo;auteur qui a par ailleurs soutenu une th\u00e8se de doctorat sur l&rsquo;ill\u00e9galiste en juin 2006 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Nancy. Les trois biographes n&rsquo;ont pas su ou voulu profiter des renseignements mis \u00e0 leur disposition pour tenter de saisir les finesses d&rsquo;un acte que d&rsquo;aucuns cantonnent au seul fait de droit commun\u00a0: le vol. Leurs d\u00e9marches visent \u00e0 faire d&rsquo;Alexandre Jacob le personnage d&rsquo;un vrai roman. Jacob est certainement plus qu&rsquo;un aventurier&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jean-Marc Delpech se dresse contre la l\u00e9gende sugg\u00e9r\u00e9e par Alain Sergent. Elle fait de Jacob l&rsquo;inspirateur de Maurice Leblanc pour la cr\u00e9ation du personnage d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, le gentleman cambrioleur. Le premier \u00e9pisode du feuilleton de Leblanc, L&rsquo;Arrestation d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, est publi\u00e9e dans Je sais tout le 6 juillet 1905. Deux jours plus t\u00f4t, Alexandre Jacob \u00e9tait condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s. Simple co\u00efncidence. Le parall\u00e8le, os\u00e9, entre un adepte de la reprise individuelle et le h\u00e9ros d&rsquo;un chroniqueur mondain fonctionne pourtant \u00e0 merveille et les m\u00e9dias s&rsquo;en emparent \u00e0 chaque occasion t\u00e9l\u00e9visuelle ou cin\u00e9matographique. T\u00e9l\u00e9 7 jours, Femme actuelle, l&rsquo;Humanit\u00e9 dimanche, Ici Paris et parfois la presse libertaire&#8230; ont colport\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unisson le raccourci qui unirait les deux Robin des Bois de la Belle \u00e9poque.<\/p>\n<p>Un d\u00e9tail, et pas des moindres, est \u00e0 noter. Si Ars\u00e8ne Lupin vole bien les riches, il garde le fruit de ces larcins pour lui et vit souvent dans le luxe. Alexandre Jacob et les Travailleurs de la nuit d\u00e9troussent aussi les \u00ab\u00a0parasites sociaux\u00a0\u00bb, mais pour redistribuer les richesses et soutenir la cause libertaire. \u00c0 l&rsquo;\u00e9vidence Lupin et Jacob ne vivent pas dans le m\u00eame monde. La police fut d&rsquo;ailleurs surprise de d\u00e9couvrir que, malgr\u00e9 l&rsquo;ampleur de leurs butins, les bandits anarchistes vivaient chichement, mangeaient dans des gargotes \u00e0 deux sous&#8230; Qui imaginerait Lupin dans une auberge minable\u00a0? Tout ceci n&rsquo;est pas expos\u00e9 pour d\u00e9valoriser la vie extraordinaire d&rsquo;Alexandre Jacob. Bien au contraire. Son d\u00e9sint\u00e9ressement, sa haine de l&rsquo;injustice, son sens du partage nous le rendent \u00e9videmment plus que sympathique.<\/p>\n<p>M\u00e9fiant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des biographies ant\u00e9rieures, Jean-Marc Delpech s&rsquo;est abondamment nourri avec les \u00e9crits d&rsquo;Alexandre Marius Jacob rassembl\u00e9s par les \u00e9ditions L&rsquo;Insomniaque en 2004. Une belle somme de 850 pages \u00e0 laquelle il avait apport\u00e9 sa contribution. Lire Alexandre Jacob dans le texte est une aventure captivante. Enrichie par de multiples documents patiemment collect\u00e9s dans divers lieux (archives nationales et d\u00e9partementales, archives priv\u00e9es, journaux, correspondances, rapports de police, centre de recherches anarchistes, t\u00e9moignages&#8230;), la savoureuse biographie de Jean-Marc Delpech nous fournit un accompagnement fid\u00e8le.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-en-negatif.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1002\" title=\"l\\'honn\u00eate cambrioleur\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-en-negatif.jpg\" alt=\"\" width=\"127\" height=\"150\" \/><\/a>Jacob est n\u00e9 \u00e0 Marseille. \u00c0 onze ans, il fut mousse sur un bateau qui naviguait pr\u00e8s des cotes de l&rsquo;Afrique occidentale. \u00c0 treize, il \u00e9tait novice timonier sur les grandes lignes Marseille-Noum\u00e9a. Balayeur, il \u00e9tait aussi devenu le \u00ab\u00a0chien-chien de ses dames\u00a0\u00bb (des protestantes ais\u00e9es jamais en retard pour l&rsquo;office du pasteur) qui lui su\u00e7aient tellement le tricotin qu&rsquo;il en \u00e9tait parfois \u00ab\u00a0malade jusqu&rsquo;au sang\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 ces g\u00e2teries, la vie \u00e9tait rude \u00e0 bord. Jacob d\u00e9serta \u00e0 Sydney et embarqua sur un baleinier qui \u00e9tait en fait aux mains de pirates sanguinaires. Nouvelle d\u00e9sertion. Retour \u00e0 Marseille. Rencontre avec l&rsquo;anarchisme.<\/p>\n<p>Devenu apprenti typographe, Jacob fut pi\u00e9g\u00e9 par un agent provocateur qui lui fournira des explosifs&#8230; pour le d\u00e9noncer. Six mois de taule \u00e0 la cl\u00e9. \u00c0 sa sortie, la police s&rsquo;amusera \u00e0 distribuer le CV du jeune rebelle \u00e0 tous ses patrons potentiels. \u00c0 dix-sept, Jacob est totalement grill\u00e9. Ses d\u00e9boires professionnels et policiers vont accro\u00eetre son envie d&rsquo;en d\u00e9coudre avec l&rsquo;autorit\u00e9. Il embrasse alors l&rsquo;ill\u00e9galisme anarchiste.<\/p>\n<p>Avec trois complices, Jacob commet \u00e0 Marseille un acte audacieux le 31 mars 1899. Un larcin qui aurait pu \u00eatre sign\u00e9 Ars\u00e8ne Lupin&#8230; Les comparses, d\u00e9guis\u00e9s en policiers, se pr\u00e9sent\u00e8rent au Mont de Pi\u00e9t\u00e9, faux mandat en main, pour effectuer une \u00ab\u00a0perquisition\u00a0\u00bb dans le cadre d&rsquo;une vilaine affaire. Un curieux inventaire commen\u00e7a sous le nez du commissionnaire abasourdi. Une fois les objets d\u00e9lictueux emball\u00e9s, les faux agents pass\u00e8rent les menottes au commissionnaire et \u00e0 son employ\u00e9 qui mont\u00e8rent en voiture avec Jacob. Direction le palais de justice o\u00f9 le procureur les attendait&#8230; En v\u00e9rit\u00e9, une fois sur place, Jacob s&rsquo;\u00e9clipsa en laissant les deux hommes se morfondre sur un banc. \u00c0 la fermeture du tribunal, le commissionnaire d\u00e9pit\u00e9 s&rsquo;agita tant qu&rsquo;un juge press\u00e9 le fit mettre en cellule\u00a0! Cette farce a fait rire le tout Marseille jusqu&rsquo;aux larmes.<\/p>\n<p>Rapidement, l&rsquo;ill\u00e9galisme de Jacob passa au stade industriel. Il avouera cent cinquante-six actes de reprise individuelle. Un chiffre sans doute en dessous de la r\u00e9alit\u00e9. Ses vols, revendiqu\u00e9s comme des actes politiques radicaux, d\u00e9sol\u00e8rent donc bien des demeures bourgeoises, des manoirs, des banques et des \u00e9glises de Rouen \u00e0 Abbeville en passant par Soissons, Paris, Amiens, Dreux, Le Mans, Cherbourg, Bourges, Cholet, Niort, Tours&#8230; Vive la d\u00e9centralisation\u00a0! Une association libre et mouvante accompagnait Jacob dans son entreprise de d\u00e9molition, les Travailleurs de la Nuit. Ce que la presse nomma les quarante voleurs. Mais nous n&rsquo;avons pas affaire \u00e0 des voleurs ordinaires. Les \u00ab\u00a0d\u00e9placements de capitaux\u00a0\u00bb op\u00e9r\u00e9s par Jacob et ses ami-e-s profitaient notamment \u00e0 la presse anarchiste, \u00e0 l&rsquo;entraide, au soutien des familles de militants d\u00e9tenus en prison ou au bagne, aux mis\u00e9reux.<\/p>\n<p>Arr\u00eat\u00e9 le 23 avril 1903, Jacob se retrouvera devant la cour d&rsquo;assises d&rsquo;Amiens. Le proc\u00e8s se d\u00e9roula du 8 au 22 mars 1905. Quinze jours de d\u00e9bats pour vingt-trois accus\u00e9s qui attisaient la curiosit\u00e9 de la presse. La grande vari\u00e9t\u00e9 des pi\u00e8ces \u00e0 conviction laissait entrevoir l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 des artisans insomniaques. Jacob utilisait par exemple des parapluies ouverts pour percer les planchers. Ainsi, les gravas ne risquaient pas d&rsquo;alerter les voisins en tombant. Jacob n&rsquo;\u00e9tait vraiment pas un client docile. Accus\u00e9, il accusait. Ses railleries et son impertinence mettaient les rieurs de son c\u00f4t\u00e9. Il d\u00e9ployait aussi toute son \u00e9loquence pour d\u00e9montrer l&rsquo;innocence de ses compagnons en prenant sur lui tous leurs crimes.<\/p>\n<p>Les douze jur\u00e9s picards condamn\u00e8rent Jacob l&rsquo;espi\u00e8gle aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Au total, sept membres de la \u00ab\u00a0bande sinistre\u00a0\u00bb seront condamn\u00e9s \u00e0 finir leurs jours au bagne. Aucun des accus\u00e9s ne fut condamn\u00e9 \u00e0 mort, mais on sait que l&rsquo;esp\u00e9rance de vie d&rsquo;un bagnard d\u00e9passait rarement cinq ans&#8230; Dans une autre affaire jug\u00e9e \u00e0 Orl\u00e9ans, en juillet 1905, Jacob \u00e9copa en prime de vingt ans de travaux forc\u00e9s. Le transport\u00e9 matricule 34777 embarqua finalement le 22 d\u00e9cembre 1905 \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9 pour la Guyane o\u00f9 il d\u00e9barqua le 13 janvier 1906.<\/p>\n<p>Devenu for\u00e7at, Jacob ne d\u00e9sarmait pas. Il survivra pendant dix-neuf ans aux \u00eeles du Salut. Il donnera bien du fil \u00e0 retordre \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire \u00e0 qui il offrira m\u00eame quelques le\u00e7ons de droit. Rebelle inflexible, Jacob passa au moins quatorze fois devant la commission disciplinaire et conna\u00eetra punitions et cachots pour diverses entorses aux r\u00e8glements inhumains et pour ses tentatives d&rsquo;\u00e9vasion. Profitant de sa connaissance des lois, il sera aussi souvent l&rsquo;interpr\u00e8te et l&rsquo;avocat de ses compagnons.<a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright size-medium wp-image-4\" title=\"jacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/jacob.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"225\" \/><\/a><\/p>\n<p>Soutenu avec ardeur par sa m\u00e8re, Marie Jacob, par les d\u00e9fenseurs des droits de l&rsquo;Homme, par Albert Londres, par Louis Rousseau (ancien m\u00e9decin du bagne guyanais), par Le Peuple (organe de la CGT)&#8230; Jacob fut graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Gaston Doumergue le 8 juillet 1925. Sa peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 fut commu\u00e9e en une peine de cinq ans de r\u00e9clusion \u00e0 purger en m\u00e9tropole. Direction Fresnes d&rsquo;o\u00f9 Jacob sortira finalement le 30 d\u00e9cembre 1927. Libre, Jacob va r\u00e9gler une partie de ses comptes avec l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire en aidant son ami Louis Rousseau \u00e0 publier un document accablant sur les bagnes coloniaux. L&rsquo;ancien bagnard fournira au m\u00e9decin retrait\u00e9 une multitude d&rsquo;informations dramatiques pour son livre Un m\u00e9decin au bagne qui sortira en 1930 aux \u00e9ditions Fleury.<\/p>\n<p>Devenu marchand forain, Jacob resta libertaire. Parmi ses relations et amis, on comptait d&rsquo;autres forains anars, Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 (ancien bagnard anarchiste d\u00e9fendu par Albert Londres), May Picqueray, Eug\u00e8ne et Jeanne Humbert, L\u00e9o Malet, Pierre-Valentin Berthier&#8230; Il correspond avec Jean Maitron, l&rsquo;historien de l&rsquo;anarchisme fran\u00e7ais, \u00e0 qui il confie ses \u00ab\u00a0souvenirs rassis\u00a0\u00bb. Il devient aussi l&rsquo;ami du journaliste humaniste Alexis Danan. De 1931 \u00e0 1950, Jacob prom\u00e8ne son barnum et voyage entre foires et march\u00e9s. Montrichard, Blois, Amboise, Valen\u00e7ay, Romorantin, Vierzon, Issoudun&#8230; voient passer la Maison Marius qui vend lingerie, confection et bonneterie en tout genre. Lors d&rsquo;une tourn\u00e9e \u00e0 Orl\u00e9ans, l&rsquo;ancien ill\u00e9galiste croisera par hasard l&rsquo;agent Couillot sur lequel il avait tir\u00e9 en 1901. L&rsquo;agent, mont\u00e9 en grade, demandera une ristourne au forain\u00a0!<\/p>\n<p>\u00a0Voulant vivre dignement jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier souffle, Jacob avait programm\u00e9 sa mort. Redoutant la d\u00e9ch\u00e9ance et la d\u00e9pendance, le vieil homme au visage burin\u00e9 par l&rsquo;intelligence tenait \u00e0 mourir comme il avait v\u00e9cu, en homme libre et conscient, en anarchiste. L&rsquo;amour va venir repousser ses plans. \u00c0 soixante-quatorze ans, Alexandre va flasher sur Josette, une femme de vingt-six ans, \u00e9pouse d&rsquo;un jeune anarchiste qui avait d\u00e9couvert Alexandre Jacob gr\u00e2ce au livre d&rsquo;Alain Sergent. Le mari ne conna\u00eet pas la jalousie et savait que cet amour intense, quasiment adolescent, maintenait le vieil anarchiste en vie.<\/p>\n<p>\u00a0Jacob l&rsquo;insoumis s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 \u00e0 Reuilly, dans l&rsquo;Indre, en 1939. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il sera enterr\u00e9 le mardi 31 ao\u00fbt 1954. Son suicide date du 28 ao\u00fbt et colle \u00e0 un sc\u00e9nario pr\u00e9vu depuis longtemps. Jacob s&rsquo;est procur\u00e9 de la morphine et a achet\u00e9 du charbon de bois pour produire le monoxyde de carbone qui l&#8217;emportera avec N\u00e9gro, son vieux chien. Avant de partir, il offrira un petit banquet d&rsquo;adieu \u00e0 neuf enfants pauvres du Bois-Saint-Denis. \u00ab\u00a0Ils s&rsquo;en sont mis plein la lampe. Trois ont m\u00eame laiss\u00e9 du g\u00e2teau semoule napp\u00e9 de cr\u00e8me anglaise, \u00e9crit-il dans la derni\u00e8re lettre qu&rsquo;il adresse \u00e0 sa jeune amoureuse. Je sais que mon souvenir te sera cher, vivant. Je t&rsquo;ai aim\u00e9e comme je n&rsquo;avais encore jamais aim\u00e9. Tu m&rsquo;as donn\u00e9 plus que je ne t&rsquo;ai offert. Ma derni\u00e8re vision sera ta jolie frimousse rieuse et riante aux yeux brillant d&rsquo;amour et de tendresse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une note pleine d&rsquo;humour (noir&#8230;) \u00e9tait \u00e9galement destin\u00e9e \u00e0 deux amis. Quelques conseils pratiques pour les derni\u00e8res formalit\u00e9s. \u00ab\u00a0Pour le constat de d\u00e9c\u00e8s, faites appeler ce brave docteur Appart. N&rsquo;ayant encore jamais ressuscit\u00e9 personne, j&rsquo;aime \u00e0 croire qu&rsquo;il n&rsquo;innovera pas avec moi. Amen. Linge lessiv\u00e9, rinc\u00e9, s\u00e9ch\u00e9, pas repass\u00e9, j&rsquo;ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de ros\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la paneterie. \u00c0 votre sant\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb La mort d&rsquo;Alexandre Jacob, bien qu&rsquo;attendue par ses proches, provoqua une immense peine. \u00c9crivant \u00e0 Josette et \u00e0 son mari, Louis Rousseau les invita \u00e0 conserver le souvenir de ce \u00ab\u00a0parfait honn\u00eate homme\u00a0\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9 depuis par son village. Une voie Marius-Jacob a en effet \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e le 25 octobre 2004 \u00e0 Reuilly. Une impasse&#8230;<\/p>\n<p>Pour conclure, loin de l&rsquo;anecdote, rappelons-nous une d\u00e9claration faite par Jacob devant les assises, en 1905. Face \u00e0 ses juges, l&rsquo;insolent cambrioleur anarchiste lan\u00e7a\u00a0: \u00ab\u00a0Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.\u00a0\u00bb Une formule \u00e0 m\u00e9diter en ces temps de guerre sociale o\u00f9 les puissants oisifs et autres parasites sociaux s&rsquo;acharnent \u00e0 vampiriser ch\u00f4meurs, travailleurs et retrait\u00e9s honn\u00eates.<\/p>\n<p>Jean-Marc Delpech, Alexandre Jacob l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur &#8211; Portrait d&rsquo;un anarchiste (1879-1954), Atelier de cr\u00e9ation libertaire, 546 pages. 24\u20ac.<\/p>\n<p>Pour prolonger votre rencontre avec Alexandre Jacob, il est chaudement recommand\u00e9 d&rsquo;aller roder sur le blog que Jean-Marc Delpech consacre \u00e0 l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur\u00a0: http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte de Paco avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mis en ligne sur le site web du Mague\u00a0 le 21 juin 2008. Nous avions \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque soulign\u00e9 la belle prose de l&rsquo;auteur de Dansons la ravachole (voir article L&rsquo;honn\u00eate et le Mag du 09 ao\u00fbt 2008). Le papier aurait m\u00e9rit\u00e9 de passer dans Le Monde Libertaire ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1513],"tags":[108,648,270,1036,25,649,1934,647],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1501"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1501"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1501\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1501"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1501"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1501"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}