{"id":1409,"date":"2010-05-19T01:28:08","date_gmt":"2010-05-18T23:28:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1409"},"modified":"2010-04-05T08:29:53","modified_gmt":"2010-04-05T06:29:53","slug":"marianne-arsene-marius","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/05\/marianne-arsene-marius\/","title":{"rendered":"Marianne Ars\u00e8ne Marius"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marianne-8-14-aoat-2009.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1410\" title=\"Marianne du 8 au 14 ao\u00fbt 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marianne-8-14-aoat-2009-223x300.jpg\" alt=\"\" width=\"166\" height=\"220\" \/><\/a>Le marronnier jacobien plonge ses racines profond\u00e9ment dans le sol lupinien. Trois ans s\u00e9parent les deux articles de l&rsquo;hebdomadaire cr\u00e9\u00e9 par Jean-Fran\u00e7ois Kahn. Le premier fait la promotion du spectacle de J\u00e9r\u00f4me Savary et, est inspir\u00e9 du <em>Jacob<\/em> de Bernard Thomas. Le journaliste au Canard Encha\u00een\u00e9 a d&rsquo;ailleurs largement particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation de <em>Demain la Belle<\/em>, com\u00e9die musicale narrant les extraordinaires aventures d&rsquo;un ill\u00e9galiste de la Belle Epoque.<\/p>\n<p>En 2009, le magazine revient sur Alexandre Jacob, toujours pr\u00e9nomm\u00e9 Marius, \u00e0 l&rsquo;occasion de sa s\u00e9rie estivale sur les h\u00e9ros populaires.<!--more-->\u00a0Guy Konopnicky, auteur en 1996 d&rsquo;une excellente \u00e9tude sur le FN (<em>Les Fili\u00e8res Noires<\/em>, Deno\u00ebl), signe ici un article bien fade o\u00f9 l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur n&rsquo;appara\u00eet\u00a0 &#8211; de mani\u00e8re secondaire certes &#8211; encore une fois que comme un inspirateur pour Maurice Leblanc. Lupinose aigu\u00eb dont nous avons signal\u00e9 les sympt\u00f4mes en 2006. Mais il n&rsquo;est de pire sourd que celui qui ne daigne pas entendre &#8230; et <em>Marianne<\/em> n&rsquo;a jamais r\u00e9pondu \u00e0 notre missive. Tant pis.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/demain-le-belle.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1413\" title=\"Demain la Belle\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/demain-le-belle.jpg\" alt=\"\" width=\"138\" height=\"207\" \/><\/a><strong>Marianne<\/strong><\/p>\n<p><strong>11 FEVRIER 2006<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un Ars\u00e8ne Lupin plus anar que gentleman<\/strong><\/p>\n<p>Il y a un miracle Savary. Il tient \u00e0 cette atmosph\u00e8re de f\u00eate que d\u00e9gagent immanquablement depuis le <em>Grand Magic Circus<\/em> ses spectacles, m\u00eame les moins r\u00e9ussis &#8211; il y en eut quelques-uns dans le pass\u00e9. Mais du pass\u00e9 faisons table rase: <em>Demain la belle<\/em> appartient \u00e0 la cat\u00e9gorie des bons, des tr\u00e8s bons Savary. Gr\u00e2ce \u00e0 la qualit\u00e9 du livret sign\u00e9 Bernard Thomas, d&rsquo;abord, aux airs des chansons, ensuite, que pour un peu on se surprendrait \u00e0 fredonner, si l&rsquo;on ne craignait de g\u00eaner ses voisins, mais aussi et surtout \u00e0 la patte d&rsquo;un J\u00e9r\u00f4me Savary qui n&rsquo;a \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence rien perdu de son inventivit\u00e9. Des surprises, des trouvailles, le spectacle en fourmille, comme ces masques de caoutchouc de couleur, fa\u00e7on Fant\u00f4mas version Andr\u00e9 Hunebelle, coll\u00e9s sur les visages des argousins. Ou cette formidable id\u00e9e de projeter soudain au fond de la sc\u00e8ne des images de la guerre de 1914 qui apportent l&rsquo;indispensable touche d&rsquo;\u00e9motion sinc\u00e8re \u00e0 un spectacle par essence un rien burlesque. Une heure trente de plaisir, de f\u00eate, donc, lumineuse, malgr\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 sombre du sujet, chatoyante, sans un temps mort. Des com\u00e9diens parfaits &#8211; excellente Sophie Duez, sortie pour l&rsquo;occasion du petit \u00e9cran et tr\u00e8s convaincant Arnaud Giovaninetti. Bref, un bonheur. Il faut dire que le vieux renard de l&rsquo;Op\u00e9ra-Comique a particuli\u00e8rement bien choisi son sujet. Magnifique et touchante histoire, en effet, que celle de ce Marius Jacob qui, au moment o\u00f9 il se d\u00e9cide \u00e0 mettre fin \u00e0 une vie bien remplie, tombe amoureux de son infirmi\u00e8re et d\u00e9cide de s&rsquo;accorder un an de bonheur avant de se faire \u00abla belle\u00bb, comme l&rsquo;on disait du c\u00f4t\u00e9 des fortifs. Une ann\u00e9e de r\u00e9pit qui offre l&rsquo;occasion \u00e0 l&rsquo;auteur de revisiter (et nous avec) la vie pour le moins aventureuse de cet individu que l&rsquo;on aurait, en d&rsquo;autres temps, qualifi\u00e9 de peu recommandable. Il faut dire que Marius Jacob, le vrai, fut le mod\u00e8le dont s&rsquo;inspira Maurice Leblanc pour cr\u00e9er son Gentleman cambrioleur, le \u00abplus grand des voleurs\u00bb, Ars\u00e8ne Lupin, soi-m\u00eame.<br \/>\nUn Ars\u00e8ne certes, mais un Ars\u00e8ne plus anar que Lupin et surtout pas gentleman. Un prol\u00e9taire non violent, fier (pour rester dans le ton de l&rsquo;\u00e9poque) de son appartenance de classe, devenu \u00e0 la suite des pers\u00e9cutions de la police un cambrioleur qui n&rsquo;entend \u00ab<em>voler que les voleurs<\/em>\u00bb.<br \/>\nAlors le voici qui cr\u00e9e une sorte d&rsquo;acad\u00e9mie de la cambriole et r\u00e9unit un groupe de malfrats. Les gaillards form\u00e9s, ils passent \u00e0 l&rsquo;acte: d\u00e9trousser le bourgeois. Un seul mot d&rsquo;ordre: pas de sang. Au coeur de la bande, sa compagne, Rose, une prostitu\u00e9e qu&rsquo;il a tir\u00e9e du ruisseau, et sa m\u00e8re, ci-devant boulang\u00e8re ruin\u00e9e par le harc\u00e8lement policier, qui s&rsquo;occupe tout naturellement de la comptabilit\u00e9. En vrais Robin des bois, ils ne gardent qu&rsquo;un tiers du butin, le reste est redistribu\u00e9 aux ch\u00f4meurs, gr\u00e9vistes et organisations militantes. En deux ans, la fine \u00e9quipe compte 150 fric-frac r\u00e9pertori\u00e9s \u00e0 son actif. Un butin de 50 millions de francs-or. Mais attention, ces anars savent aussi respecter les vraies valeurs, comme le montre cet \u00e9pisode qui n&rsquo;est pas dans le spectacle mais m\u00e9rite n\u00e9anmoins d&rsquo;\u00eatre cont\u00e9: un jour, Jacob cambriole un appartement puis, d\u00e9couvrant que son propri\u00e9taire est l&rsquo;\u00e9crivain Pierre Loti, il retourne sur place restituer les objets d\u00e9rob\u00e9s la veille.<br \/>\n<strong>Le vol, un \u00abmoyen de r\u00e9volte\u00bb<\/strong><br \/>\nLas, les plus belles aventures (?) ont une fin et notre justicier est arr\u00eat\u00e9 en 1903. Il sera lors de son proc\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, crachant \u00e0 la face de ses juges: \u00ab<em>Je n&rsquo;approuve pas le vol et n&rsquo;en ai us\u00e9 que comme un moyen de r\u00e9volte.<\/em>\u00bb Verdict: bagne \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Il a 25 ans. Suivront vingt ans de Guyane (un moment fort du spectacle), 17 tentatives d&rsquo;\u00e9vasion et les pers\u00e9cutions de matons des chaouchs, plut\u00f4t, bagnards ayant servi d&rsquo;auxiliaires aux gardiens &#8211; sadiques.<br \/>\nLib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;une campagne de presse, notre cambrioleur, toujours pas gentleman, deviendra marchand forain.<br \/>\nEt puis il y aura cette sc\u00e8ne sur laquelle d\u00e9bute la pi\u00e8ce, la rencontre avec Josette, une institutrice mari\u00e9e de 26 ans (il en a 72), au moment m\u00eame o\u00f9 il a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en finir avec la vie. Coup de foudre r\u00e9ciproque. Comme dans le spectacle, il lui accorde une ann\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;issue de laquelle il se suicide en s&rsquo;injectant du poison apr\u00e8s avoir euthanasi\u00e9 Negro, devenu sourd et aveugle. Derni\u00e8re pirouette: il prend soin de choisir le m\u00e9decin qui signera le permis d&rsquo;inhumer, ce sera \u00ab<em>un homme consciencieux qui n&rsquo;a jamais ressuscit\u00e9 personne<\/em>&#8230;\u00bb<br \/>\n<strong>Demain la belle <em>spectacle musical de Bernard Thomas, mise en sc\u00e8ne de J\u00e9r\u00f4me Savary. Op\u00e9ra-Comique, t\u00e9l.: 08 25 00 00 58.<\/em> <\/strong><\/p>\n<p>Samedi 11 F\u00e9vrier 2006 &#8211; 00:00<\/p>\n<p>Alexis Liebaert<\/p>\n<p>Lu 208 fois<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupin-durys.jpg\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/babajacob1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-708\" title=\"babajacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/babajacob1-225x300.jpg\" alt=\"le Bab et l\\'honn\u00eate cambrioleur\" width=\"114\" height=\"156\" \/><\/a>Jean-Marc Delpech<\/p>\n<p align=\"right\">Saint-Di\u00e9, le 13 f\u00e9vrier 2006<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Monsieur Alexis Liabert<\/strong><\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Marianne<\/strong><\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Journal des lecteurs<\/strong><\/p>\n<p align=\"right\"><strong>32 rue Ren\u00e9 Boulanger <\/strong><\/p>\n<p align=\"right\"><strong>75484 Paris cedex 10<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\">Monsieur,<\/p>\n<p>Je relis l&rsquo;article que vous avez \u00e9crit dans la rubrique \u00ab\u00a0<em>le journal de la culture<\/em>\u00a0\u00bb du Marianne en date du 11 au 17 f\u00e9vrier dernier. Je dois avouer que, d\u00e8s le d\u00e9part, le titre m&rsquo;a interpell\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em><span style=\"text-decoration: underline;\">Un Ars\u00e8ne Lupin plus anar que gentleman<\/span><\/em>\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Certes, je veux bien concevoir que la feuille d\u00e9mocrate et g\u00e9n\u00e9raliste, o\u00f9 vous oeuvrez, assimile plus ais\u00e9ment le\u00a0libertaire comme le fit Clemenceau en son temps \u00e0 un r\u00e9volt\u00e9 pr\u00e9 ou post pub\u00e8re, le couteau entre les dents \u00e9tant bien s\u00fbr r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres id\u00e9ologies. Une telle vision n&rsquo;est-elle pas r\u00e9ductrice\u00a0? Certes, je veux bien croire qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit de votre part que d&rsquo;une op\u00e9ration de promotion. Peut-\u00eatre s&rsquo;agit-il aussi d&rsquo;un article de copinage comme le Canard Encha\u00een\u00e9 a pu le faire le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Mais votre titre r\u00e9v\u00e8le une fois encore un amalgame douteux qu&rsquo;il est pourtant facile de ne plus reproduire si l&rsquo;on veut bien s&rsquo;en donner la peine. Je veux bien encore penser que l&rsquo;argument commercial prime sur la connaissance historique du mouvement anarchiste. Et l&rsquo;histoire d&rsquo;Alexandre Jacob illustre \u00e0 merveille l&rsquo;\u00e9volution de ce mouvement. Dans ce cas, votre article participe \u00e0 la reprise non individuelle et \u00e0 des fins mercantiles d&rsquo;un personnage \u00e0 dix lieues de l&rsquo;image d\u00e9coulant du spectacle mis en sc\u00e8ne par le \u00ab\u00a0<em>miraculeux<\/em>\u00a0\u00bb J\u00e9r\u00f4me Savary. Le qualificatif n&rsquo;est pas de moi puisque c&rsquo;est vous qui l&#8217;employez pour encenser une com\u00e9die musicale \u00e9crite par Bernard Thomas.<\/p>\n<p>Ce dernier nous donne \u00e0 lire, dites-vous, un livret-programme de qualit\u00e9. Bien. Le but vulgarisateur est louable. Mais, permettez-moi de douter justement des qualit\u00e9s d&rsquo;historien d&rsquo;un individu qui se sert des anarchistes comme d&rsquo;un fond de commerce. Vulgariser n&rsquo;est pas inventer ni m\u00eame fabriquer. Or la discipline historique a ceci d&rsquo;exigeant qu&rsquo;elle doit se baser sur des sources irr\u00e9futables.<\/p>\n<p>Quelles sont-elles en ce qui concerne Alexandre Jacob\u00a0? Des trois biographies qui lui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es, une seule peut-\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme acceptable. Encore faut-il pr\u00e9ciser que lorsqu&rsquo;il \u00e9crit \u00ab\u00a0<em><span style=\"text-decoration: underline;\">Un anarchiste de la Belle Epoque<\/span><\/em>\u00a0\u00bb (Le seuil 1950), Alain Sergent ne fait que retranscrire les propos d&rsquo;un vieil homme de 71 ans. Mais Sergent, comme ses deux sectateurs, Thomas et Caruchet, verse dans l&rsquo;\u00e9pique. L\u00e0, Jacob devient un aventurier des plus extraordinaires. Nous pouvons m\u00eame consid\u00e9rer cet auteur comme le premier \u00e0 faire de Jacob le mod\u00e8le du h\u00e9ros de Maurice Leblanc. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il \u00e9crit en 1964 dans le magazine Historia (mois d&rsquo;ao\u00fbt)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;homme qui servit de mod\u00e8le \u00e0 Ars\u00e8ne Lupin<\/em>\u00a0\u00bb. Depuis et syst\u00e9matiquement, le nom de l&rsquo;ill\u00e9galiste est accol\u00e9 \u00e0 celui du gentleman. Tous deux oeuvrent dans le fric-frac hors du commun. Ainsi naissent des l\u00e9gendes.<\/p>\n<p>A Reuilly (Indre) o\u00f9 l&rsquo;anarchiste s&rsquo;est donn\u00e9 la mort le 28 ao\u00fbt 1954, la boulangerie locale propose \u00e0 ses clients deux adorables p\u00e2tisseries r\u00e9pondant aux doux noms de Marius et de Lupin\u00a0! Il faut bien entretenir le mythe puisque la plaque \u00ab\u00a0<em>Tombe d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin<\/em>\u00a0\u00bb, pos\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, a disparu. Mais cela fait venir le p\u00e9quin.<\/p>\n<p>Cet amalgame permet aussi \u00e0 M.M. Thomas et Savary de se remplir les escarcelles l\u00e9galement. Mais, pour \u00e9viter de se voir qualifier de marchand du temple, Bernard Thomas se pr\u00e9vaut du s\u00e9rieux de ses recherches. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il affirme dans l&rsquo;interview qu&rsquo;il donne \u00e0 votre confr\u00e8re R\u00e9my Bateau , le 10 f\u00e9vrier 2006, pour le compte de regardencoulisse.com. Et une fois encore, Lupin revient \u00e0 la charge. Il est pourtant facile, pour qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 cette \u00e9poque que par la suite certains ont nomm\u00e9 Belle, de d\u00e9montrer que le h\u00e9ros de Leblanc est issu des fruits de l&rsquo;imagination d&rsquo;un homme de lettre influenc\u00e9 par son temps. L&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 entre autres marque les esprits\u00a0: les Apaches font r\u00e9gner la terreur et la presse ne manque pas de signaler les innombrables m\u00e9faits des bandes de brigands \u00e9cumants les campagnes (voir les chauffeurs de la Dr\u00f4me). Je vous renvoie aux travaux de Jean-Marc Berli\u00e8re ou encore \u00e0 ceux de Dominique Kalifa.<\/p>\n<p>Bernard Thomas cite-t-il une seule source \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse\u00a0\u00bb\u00a0? C&rsquo;est-\u00e0-dire v\u00e9rifiable. Bien s\u00fbr, il y a ce fameux dossier d&rsquo;instruction du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens, celui-l\u00e0 m\u00eame qu&rsquo;il aurait eu entre les mains pour \u00e9crire la premi\u00e8re version de son roman biographique (\u00ab\u00a0<em><span style=\"text-decoration: underline;\">Jacob<\/span><\/em>\u00a0\u00bb, 1970, Tchou). C&rsquo;est \u00e0 Amiens qu&rsquo;Alexandre Jacob et 23 co-accus\u00e9s comparaissent du 8 au 22 mars 1905 pour 156 cambriolages avou\u00e9s. Petite parenth\u00e8se\u00a0: seuls 76 sont examin\u00e9s par le jury de la cour d&rsquo;assises picarde dans le proc\u00e8s des travailleurs de la Nuit. Ce dossier contiendrait quelques 20000 pi\u00e8ces et un acte d&rsquo;accusation d&rsquo;environ 160 pages.<\/p>\n<p>Or, ledit dossier est \u00e0 ce jour introuvable. Ni aux archives de la Somme o\u00f9 il devrait \u00eatre, ni aux Nationales et encore moins aux archives contemporaines de Fontainebleau. Alors, Monsieur Thomas indique l&rsquo; avoir eu d&rsquo;une mani\u00e8re rocambolesque : un dossier perdu, un ami juge d&rsquo;instruction, un dossier retrouv\u00e9 dans une grotte perdue au fin fond d&rsquo;Yvetot\u00a0 et ayant servi \u00e0 planquer les archives de la Justice fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e des blind\u00e9s allemands. Soit ! Yvetot ! En Normandie ! Une grotte ! Et pourquoi pas \u00ab\u00a0L&rsquo;aiguille creuse\u00a0\u00bb tant qu&rsquo;on y est puisque Yvetot c&rsquo;est aussi un des lieux d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin. Comme quoi, si on voulait se mordre la queue on ne pourrait mieux s&rsquo;y prendre.<\/p>\n<p>Mais aussi anecdotique que cela puisse para\u00eetre, il n&rsquo;en demeure pas moins que ce fait conditionne le rapprochement avec Lupin, voleur bourgeois (voir les premi\u00e8res lignes de la premi\u00e8res des aventures du gentleman). Il n&rsquo;en demeure pas moins encore que cela autorise nombre de falsifications et d&rsquo;affabulations.<\/p>\n<p>Affabulateur, dis-je ? Il suffit par exemple de lire la r\u00e9\u00e9dition des \u00ab\u00a0<em>Vies de Jacob<\/em>\u00a0\u00bb (Mazarine 1998) pour y trouver moult d\u00e9tails sujets \u00e0 caution. Il y est \u00e9crit par exemple que Jules Clarenson finit par s&rsquo;\u00e9vader du bagne et que l&rsquo;on perd d\u00e8s lors sa trace. Jules Clarenson est un des Travailleurs de la nuit. Il participe avec Jacob et Honor\u00e9 Bonnefoy au fameux coup de la rue Quincampoix (6 octobre 1901). Rel\u00e9gu\u00e9, il s&rsquo;\u00e9vade effectivement du bagne et rejoint la France o\u00f9 il est arr\u00eat\u00e9 de nouveau. Retour \u00e0 la case Guyane et, le jour de son arriv\u00e9e l\u00e0 bas, Clarenson meurt. L\u00e0, on peut affirmer que l&rsquo;on perd d\u00e9finitivement sa trace !!!! Le fait est v\u00e9rifiable aux archives de l&rsquo;outre-mer \u00e0 Aix en Provence. Les exemples fourmillent dans les deux ouvrages de Monsieur Thomas. Juste un avant de conclure. Dans la premi\u00e8re version de sa biographie, Alexandre Jacob, devenu bagnard, est matricul\u00e9 34477 au lieu de 34777. Il est aussi intern\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eele du Diable o\u00f9 seuls les politiques sont enferm\u00e9s depuis l&rsquo;affaire Dreyfus. Or, les anarchistes, en vertu des lois sc\u00e9l\u00e9rates de 1892-1894, sont consid\u00e9r\u00e9s comme des criminels de droits communs que l&rsquo;on doit confin\u00e9s aux \u00eeles du Salut mais pas \u00e0 celle du Diable. Ce n&rsquo;est rien mais cela prouve les errements d&rsquo;un journaliste qui en 1970 \u00e9crit dans sa biographie de Jacob un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>les 150 crimes de l&rsquo;autre Ars\u00e8ne Lupin<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cinquante ans apr\u00e8s sa mort, la maison d&rsquo;\u00e9dition libertaire L&rsquo;Insomniaque r\u00e9\u00e9dite les \u00ab\u00a0<em>Ecrits<\/em>\u00a0\u00bb de celui qui ne fut ni le gentleman cambrioleur d&rsquo;un quelconque romancier normand, ni un \u00e9ni\u00e8me Robin des Bois ni m\u00eame un autre Papillon tentant la Belle dix-sept fois pour fuir l&rsquo;enfer guyanais. Cela n&rsquo;a rien d&rsquo;une comm\u00e9moration. Cela est un hommage \u00e0 l&rsquo;homme et \u00e0 la sympathique reproductibilit\u00e9 de ses actes. Car, entre la marmite \u00e0 renversement d&rsquo;Emile Henry ou de Ravachol et les browning de Bonnot, le p\u00e8re Jacob offre une autre voie, h\u00e9las refoul\u00e9e aux poubelles de l&rsquo;histoire. Alexandre Jacob est \u00e0 dix lieues de ces innombrables clich\u00e9s qui ont fait la fortune de quelques ouvrages \u00e0 pr\u00e9tentions historiques et qui dissimulent mal une authentique figure de l&rsquo;anarchisme fran\u00e7ais, de l&rsquo;individualisme anarchiste. Th\u00e9oricien de l&rsquo;ill\u00e9galisme, Alexandre Jacob a su mettre en pratique ses convictions. Durant toute sa vie. Relisons Jacob avant d&rsquo;\u00e9crire n&rsquo;importe quoi sur lui.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espoir de pouvoir vous lire bient\u00f4t, veuillez agr\u00e9er Monsieur l&rsquo;expression de mes meilleurs sentiments.<\/p>\n<p align=\"right\">Jean-Marc Delpech<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marianne-konop-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1411\" title=\"Marianne du 08 au 14 ao\u00fbt 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marianne-konop-640x480-223x300.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"196\" \/><\/a>Marianne<\/strong><\/p>\n<p><strong>Du 8 au 14 ao\u00fbt 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Culture<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les h\u00e9ros populaires 5\/7<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ars\u00e8ne Lupin<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un Robin des Bois normand<\/strong><\/p>\n<p><strong>Par Guy Konopnicki<\/strong><\/p>\n<p>Le gentleman cambrioleur n\u00e9 de l&rsquo;imagination de Maurice Leblanc est toujours objet de culte.<\/p>\n<p>En face des falaises d&rsquo;Etretat, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la Manche, ils exag\u00e8rent. Dans leur litt\u00e9rature populaire, les m\u00e9chants sont toujours normands. Jamais remis de la bataille d&rsquo;Hastings, les Anglais ont impos\u00e9 la l\u00e9gende de Robin des Bois, Saxon fid\u00e8le au roi Richard, qui sit\u00f4t rentr\u00e9 de la croisade reprit la guerre pour reprendre la Normandie \u00e0 la France. Il fallait bien un Maurice Leblanc pour inventer un voleur g\u00e9n\u00e9reux, \u00e9videmment gentleman, insaisissable, surtout quand il se trouve entre la Seine et les abbayes du pays de Caux, dans les souterrains crayeux qui m\u00e8nent vers les surplombs marins d&rsquo;Etretat. La trace d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin se perd toujours en Normandie. Le gentleman cambrioleur conna\u00eet les passages secrets des manoirs et des \u00e9glises du d\u00e9partement de la Seine inf\u00e9rieure, devenue maritime. Maurice Leblanc, son cr\u00e9ateur, y avait vu le jour, entre les mains du D<sup>r<\/sup> Achille Flaubert. Ce chirurgien de Rouen n&rsquo;\u00e9tait pas un homonyme, mais le fr\u00e8re de Gustave Flaubert. La Normandie est une terre litt\u00e9raire. Ecrivain en herbe \u00e0 Paris, Maurice Leblanc se lia d&rsquo;amiti\u00e9 avec un compatriote, Alphonse Allais, natif d&rsquo;Honfleur. Le go\u00fbt d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin pour les anagrammes, sa fantaisie et son humour lui doivent peut-\u00eatre quelque chose. A moins qu&rsquo;en litt\u00e9rature fran\u00e7aise l&rsquo;humour ne soit d&rsquo;essence normande, comme tendrait \u00e0 le prouver les origines communes d&rsquo;Alphonse Allais, de Maupassant et de Raymond Queneau. Voire celles de Corneille, si, comme d&rsquo;aucuns le pr\u00e9tendent, il est le v\u00e9ritable auteur des com\u00e9dies de Moli\u00e8re. En tout \u00e9tat de cause, notre Ars\u00e8ne Lupin naquit dans la d\u00e9rision et commen\u00e7a par ridiculiser l&rsquo;Anglais, en affrontant le c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9tective Herlock Sholm\u00e8s, toujours flanqu\u00e9 du Dr Wilson. Sir Arthur Conan Doyle le prit tr\u00e8s mal. Le cambrioleur fran\u00e7ais allait conna\u00eetre un popularit\u00e9 comparable \u00e0 celle du d\u00e9tective de Baker Street, sans \u00eatre au service du bien et en se passant de sa rigueur scientifique. Ars\u00e8ne Lupin est l&rsquo;exact contraire de l&rsquo;aust\u00e8re cr\u00e9ature de Conan Doyle, vieux gar\u00e7on en m\u00e9nage avec Watson. S\u00e9ducteur, c\u00e9libataire et homme \u00e0 femmes, il est le french lover par excellence. Jacques Dutronc le chantera, le gentleman cambrioleur gagne le c\u0153ur de toutes les femmes. Elles r\u00eavent de sa mani\u00e8re de p\u00e9n\u00e9trer par effraction pour d\u00e9rober leurs tr\u00e9sors de ses doigts d\u00e9licats. Ars\u00e8ne Lupin est leste comme l&rsquo;esprit de la Belle Epoque. Il passe comme un frisson, voleur de baisers autant que de bijoux. La vie serait trop simple s&rsquo;il ne trouvait une s\u00e9ductrice pour le d\u00e9fier. Un double f\u00e9minin, une d\u00e9licieuse garce, la Comtesse, indispensable partenaire d&rsquo;un jeu de pi\u00e8ges et de chausse-trappes. Le marivaudage se m\u00eale aux intrigue polici\u00e8res. Pour le r\u00f4le de cocu, il y aura toujours un policier, un chef de la s\u00fbret\u00e9 ou un pr\u00e9fet. Ars\u00e8ne Lupin joue comme sur une sc\u00e8ne de boulevard. Il ne tue pas. Il ridiculise. Il peut aussi \u00eatre s\u00e9rieux, lui qui conna\u00eet tous les secrets de l&rsquo;histoire de France, la cachette du tr\u00e9sor des rois, les dessous de l&rsquo;affaire du collier de la reine et le sens des inscriptions que l&rsquo;on trouve dans les manoirs normands. Anarchiste, m\u00eame si Maurice Leblanc refusa toujours d&rsquo;admettre ce que son Ars\u00e8ne Lupin devait \u00e0 Marius Jacob, personnage r\u00e9el, militant libertaire et cambrioleur, notre h\u00e9ros n&rsquo;en est pas moins un grand patriote. A Etretat, dans l&rsquo;Aiguille creuse, il se fait sauveur de la patrie. Quand le Prussien menace, il n&rsquo;y a plus de cambrioleur et de policier, ni d&rsquo;anarchie face \u00e0 l&rsquo;ordre bourgeois, Ars\u00e8ne Lupin pr\u00e9pare l&rsquo;Union Sacr\u00e9e. Dans 813, le Kaiser Guillaume II en personne lui offre le commandement de sa police personnelle. Lupin refuse en trois mots\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Guillaume ne comprend pas. Lupin aurait aim\u00e9 reprendre l&rsquo;Alsace et la Lorraine. Faute de mieux, il s&rsquo;engage dans la l\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re et part pour le Maroc. Maurice Leblanc esp\u00e9rait le laisser mourir, \u00e0 la fin de 813, \u00ab\u00a0face \u00e0 l&rsquo;ennemi, Lupin, et pour la France\u00a0\u00bb. Le public ne l&rsquo;entendait pas ainsi. Il condamna Maurice Leblanc \u00e0 renouveler les aventures de son h\u00e9ros, \u00e0 \u00e9crire encore et toujours de nouvelles aventures d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin. Le succ\u00e8s ne le l\u00e2cha jamais. Les histoires avaient beau para\u00eetre dat\u00e9es, Lupin, sous les traits de Georges Descri\u00e8res, retrouva toute sa popularit\u00e9 lors de la diffusion des deux saisons du feuilleton ORTF en 1970 et 1971. Et il demeure l&rsquo;objet d&rsquo;un v\u00e9ritable culte.<\/p>\n<p>La semaine prochaine<\/p>\n<p>Les h\u00e9ros populaires : 6\/7 Pardaillan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le marronnier jacobien plonge ses racines profond\u00e9ment dans le sol lupinien. Trois ans s\u00e9parent les deux articles de l&rsquo;hebdomadaire cr\u00e9\u00e9 par Jean-Fran\u00e7ois Kahn. Le premier fait la promotion du spectacle de J\u00e9r\u00f4me Savary et, est inspir\u00e9 du Jacob de Bernard Thomas. 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