{"id":1392,"date":"2010-04-25T01:27:09","date_gmt":"2010-04-24T23:27:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1392"},"modified":"2010-03-20T09:28:48","modified_gmt":"2010-03-20T07:28:48","slug":"alexandre-le-rebelle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/04\/alexandre-le-rebelle\/","title":{"rendered":"Alexandre le rebelle"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/siecle-rebelle.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1393\" title=\"Le si\u00e8cle rebelle, Larousse 1999\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/siecle-rebelle.jpg\" alt=\"\" width=\"144\" height=\"153\" \/><\/a><\/p>\n<p>On pourra tr\u00e8s certainement objecter que l&rsquo;article d&rsquo;Yves Pages\u00a0 ne peut, par d\u00e9finition, s&rsquo;attarder sur tel ou tel fait, faire l&rsquo;analyse d&rsquo;une pens\u00e9e particuli\u00e8re. Mais il est vrai qu&rsquo;il est \u00e9crit que l&rsquo;homme ne fut ni \u00ab\u00a0<em>vraiment th\u00e9oricien, ni seulement malfaiteur<\/em> \u00bb. L&rsquo;exercice suppose la mise en avant de caract\u00e8res particuliers, originaux, singuliers. Une description rapide, un portrait vite fait. Trop vite fait.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Jacob devient donc un rebelle et, comme son antonyme le h\u00e9ros qui lui se place dans le cadre de la l\u00e9galit\u00e9 institu\u00e9e, cet antih\u00e9ros doit se v\u00eatir des habits de l&rsquo;aventurier. Et, si notre aventurier se bat pour une cause, qu&rsquo;elle f\u00fbt juste ou pas n&rsquo;est pas vraiment le sujet du <em>dico de la contestation au XXe si\u00e8cle<\/em> dans lequel se trouve cet article, cela ne peut \u00eatre qu&rsquo;encore plus savoureux.<\/p>\n<p>Rebelle, nous dit la 4<sup>e<\/sup> de couverture de cet ouvrage, sorti chez Larousse en 1999 et\u00a0au demeurant fort insipide malgr\u00e9 ses 500 all\u00e9chantes entr\u00e9es. Mais, en ce qui concerne l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur,\u00a0rien \u00e0 voir avec la sauvagerie des actes de Ravachol ou de Bonnot\u00a0! Le mot d\u00e9sordre, \u00ab\u00a0<em>qui sert de fil conducteur \u00e0 l&rsquo;ouvrage<\/em> \u00bb, est m\u00eame mis entre guillemet. Emprisonn\u00e9 par des guillemets. Le d\u00e9sordre mis au pas.<\/p>\n<p>Il faut accrocher le lecteur et le lecteur retrouvera donc les poncifs habituels dans ce papier qui ne cherche pas \u00e0 \u00e9viter la lupinose. \u00ab\u00a0<em>Notons<\/em> \u00bb au passage \u00ab\u00a0<em>que parmi les reporters couvrant cette com\u00e9die judiciaire<\/em> \u00bb que constitue le proc\u00e8s d&rsquo;Amiens,\u00a0 n&rsquo;a jamais \u00ab\u00a0<em>figur\u00e9 un certain Maurice Leblanc<\/em> \u00bb, critique litt\u00e9raire et mondain et tr\u00e8s peu journaliste habitu\u00e9 des salles d&rsquo;audiences des tribunaux.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas vraiment une biographie qui nous est ici livr\u00e9e. Cela tient plut\u00f4t du mythe, de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e, \u00a0ou\u00a0 plut\u00f4t du st\u00e9r\u00e9otype facile et finalement assez dr\u00f4latique. Les multiples et lourdes erreurs adoucissent alors encore plus les aspects politiques de l&rsquo;honn\u00eate homme que fut Alexandre Jacob, \u00ab\u00a0<em>chichement reclus<\/em> \u00bb \u00e0 la fin de sa vie dans sa maison de Bois Saint Denis. Des diamants vol\u00e9s au mont de pi\u00e9t\u00e9 de Marseille le 1<sup>er<\/sup> avril 1899 \u00e0 \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9rotique compagnie<\/em> \u00bb de Josette, dite Jo, en passant par le bagne, sa bassesse et ses joyeuset\u00e9s, par le soutien aux r\u00e9publicains espagnols en lutte et par les petites provocations \u00e9pistolaires durant la seconde guerre mondiale (provocations qui, en toute logique, auraient d\u00fb causer quelques tracasserie polici\u00e8res), ces erreurs finissent de faire ressortir cette vie si extraordinaire qu&rsquo;on pourrait la croire sortie toute droite d&rsquo;un roman d&rsquo;Alexandre Dumas, de Michel Z\u00e9vaco, \u00a0ou &#8230; de Bernard Thomas.<\/p>\n<p>Du bon, du beau, du rebelle quoi\u00a0!<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-en-negatif.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1002\" title=\"l\\'honn\u00eate cambrioleur\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-en-negatif.jpg\" alt=\"\" width=\"127\" height=\"150\" \/><\/a>Le si\u00e8cle rebelle<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dictionnaire de la contestation au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p><strong>Larousse, 1999<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alexandre Jacob et la bande des travailleurs de la nuit<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement au dinamitero Ravachol et au desperado Bonnot, Alexandre Jacob, n\u00e9 \u00e0 Marseille le 27 septembre 1879, mort en 1954, incarne l&rsquo;\u00e9minence noire d&rsquo;une r\u00e9volte autant agie que r\u00e9fl\u00e9chie. Ni vraiment th\u00e9oricien, ni seulement malfaiteur, il est \u00e0 la fois le mod\u00e8le secret et contre-exemple absolu des l\u00e9gendes issues de \u00ab\u00a0l&rsquo;action directe\u00a0\u00bb libertaire.<\/p>\n<p>D\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de onze ans, Jacob navigue comme mousse sur toutes les mers du globe, de Sydney \u00e0 Zanzibar. De retour \u00e0 Marseille, en 1896, il devient typographe et s&rsquo;impr\u00e8gne des brochures anarchistes de Kropotkine. Ses pr\u00e9coces lectures libertaires le pressent de passer \u00e0 l&rsquo;acte. Un dimanche d&rsquo;\u00e9lections, \u00e0 La Ciotat, il fait sauter les urnes. D\u00e9nonc\u00e9 par l&rsquo;indic qui lui a fourni les explosifs, l&rsquo;adolescent \u00e9cope de six mois fermes. Remis en libert\u00e9, \u00e9troitement surveill\u00e9, il opte pour la \u00ab\u00a0reprise individuelle\u00a0\u00bb, entendez le vol.<\/p>\n<p>Ses premiers larcins datent du 1<sup>er<\/sup> avril 1899. Travesti en agent de police, Jacob confisque un lot de pierres pr\u00e9cieuses aux pr\u00eateurs sur gage du mont-de-pi\u00e9t\u00e9 marseillais. Dans la foul\u00e9e, il d\u00e9valise \u00e9glises et h\u00f4tels particuliers, avant de simuler une crise d&rsquo;\u00e9pilepsie au casino de Monte Carlo tandis qu&rsquo;un complice rafle la mise. D\u00e9nonc\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de prison, Jacob fait si bien l&rsquo;idiot qu&rsquo;il obtient son transfert en asile d&rsquo;o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9vade gr\u00e2ce \u00e0 la bienveillance d&rsquo;un infirmier.<\/p>\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 de Jacob tient autant \u00e0 ses affinit\u00e9s libertaires qu&rsquo;aux m\u00e9thodes rigoureuses et inventives qu&rsquo;il va mettre en \u0153uvre \u00e0 partir de 1900. Fort d&rsquo;un douzaine des comparses, il profite de l&rsquo;essor des chemins de fer pour \u00e9cumer les provinces fran\u00e7aises, vidant les riches demeures des pr\u00eatres, juges ou militaires, et \u00e9pargnant celles des bourgeois aux \u00ab\u00a0fonctions utiles\u00a0\u00bb\u00a0: m\u00e9decins, architectes ou \u00e9crivains. R\u00e9tif aux armes \u00e0 feu, il se d\u00e9guise en eccl\u00e9siastique, capitaine de hussard et homme du monde. Usant du sobriquet \u00ab\u00a0Attila\u00a0\u00bb, il signe ses coups d&rsquo;un libell\u00e9 vengeur. Chez un magistrat\u00a0: \u00ab\u00a0Aux juges de paix nous faisons la guerre\u00a0\u00bb. Dans une cath\u00e9drale\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu tout puissant, retrouve tes voleurs\u00a0\u00bb. Jacob dispose en outre d&rsquo;une fonderie d&rsquo;or et de l&rsquo;outillage dernier cri du perceur de coffre-fort. Quant au butin de ses 156 vols qualifi\u00e9s en trois ans, un dixi\u00e8me au moins servit \u00e0 financer la presse anarchiste d&rsquo;alors.<\/p>\n<p>Mais le 21 avril 1903, Jacob tombe dans une sourici\u00e8re \u00e0 Abbeville. Un de ses acolytes tue un agent au cours de l&rsquo;arrestation. La bande dite des \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb est enti\u00e8rement d\u00e9mantel\u00e9e.<\/p>\n<p>Le 8 mars 1905, Jacob et ses vingt-trois complices comparaissent devant la cour d&rsquo;assises d&rsquo;Amiens. La pr\u00e9sence conjugu\u00e9e de renforts de police et de journalistes parisiens pr\u00e9sage d&rsquo;un proc\u00e8s retentissant. Mais c&rsquo;est le sens de la r\u00e9partie du principal accus\u00e9 qui va faire l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement. Refusant de se lever, d&rsquo;\u00f4ter son chapeau ou de pr\u00eater serment, Jacob ridiculise les cent-cinquante-six t\u00e9moins \u00e0 charge, d\u00e9taillant \u00e0 leurs d\u00e9pens le contenu de ses rapines. D&rsquo;abord conspu\u00e9 par la foule, il retourne le public en sa faveur et se lance, avant d&rsquo;\u00eatre expuls\u00e9 par le pr\u00e9sident, dans une apologie du vol comme juste \u00ab\u00a0restitution\u00a0\u00bb des richesses. Notons que parmi les reporters couvrant cette com\u00e9die judiciaire, figure un certain Maurice Leblanc, qui fera bient\u00f4t para\u00eetre les aventures du \u00ab\u00a0gentleman cambrioleur\u00a0\u00bb Ars\u00e8ne Lupin. Ce vase communiquant entre le fait divers et le feuilleton populaire est fr\u00e9quent durant la Belle Epoque\u00a0: privil\u00e9giant le versant anarchisant de la criminalit\u00e9 &#8211; l&rsquo;ill\u00e9galisme -, il contribue \u00e0 cr\u00e9er la figure r\u00e9currente du bandit d&rsquo;honneur, des pieds nickel\u00e9s \u00e0 Fant\u00f4mas, ou Ch\u00e9ri-Bibi.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 au bagne \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, Jacob, cet antih\u00e9ros de vingt-cinq ans, arrive en Guyane le 6 janvier 1906. Intern\u00e9 aux \u00eeles du Salut en compagnie des pires ca\u00efds, il d\u00e9couvre la bassesse des mouchards, la corruption sadique des gardiens, bref, l&rsquo;enfer quotidien. En pur autodidacte, il choisit de s&rsquo;\u00e9vader par la lecture, d\u00e9vore les classiques &#8211; Spinoza, Nietzsche ou Diderot &#8211; et s&rsquo;improvise expert en droit p\u00e9nal. Non sans essayer de se faire la belle\u00a0: dix-sept tentative d&rsquo;\u00e9vasion \u00e0 son actif\u00a0; neuf ans de cachot en retour.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1925, une p\u00e9tition lanc\u00e9e par Albert Londres met en cause le bagne de Guyane. Sa propre gu\u00e9rilla proc\u00e9duri\u00e8re aidant, Jacob b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une r\u00e9duction de peine. Lib\u00e9r\u00e9 le 30 d\u00e9cembre 1928, il a donc pass\u00e9 un quart de si\u00e8cle, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2018exacte moiti\u00e9 de son existence, dans l&rsquo;univers concentrationnaire fran\u00e7ais. Le voil\u00e0 vendeur itin\u00e9rant de \u00ab\u00a0lingerie, bonneterie, confection en tout genre\u00a0\u00bb. En 1932, il fr\u00e9quente une secr\u00e9taire du docteur Destouche, alias alias L.F. C\u00e9line. En d\u00e9chiffrant son manuscrit, Jacob devient par m\u00e9garde le premier lecteur du <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>.<\/p>\n<p>Aidant au passage \u00e0 l&rsquo;armement des milices espagnoles en 1937, notre marchand forain se plait, durant l&rsquo;Occupation \u00e0 signer son courrier officiel d&rsquo;un \u00ab\u00a0cambrioleur en retraite\u00a0\u00bb, sinon d&rsquo;un \u00ab\u00a0ex-professeur de droit criminel \u00e0 la facult\u00e9 des \u00eeles du Salut\u00a0\u00bb.\u00a0 Chichement reclus dans sa bicoque de Bois saint Denis, il sait en 1952 qu&rsquo;on va lui consacrer une premi\u00e8re biographie. Qu&rsquo;esp\u00e9rer encore \u00e0 cet \u00e2ge avanc\u00e9\u00a0? Rien, sauf l&rsquo;amour fou. Jo a vingt-six ans\u00a0; elle est mari\u00e9e et de cinquante sa cadette. N&rsquo;importe\u00a0! Jacob passe l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1954 en son \u00e9rotique compagnie. Le 25 ao\u00fbt, il solde ses comptes avant d\u00e9ch\u00e9ance et s&#8217;empoisonne par piq\u00fbre intraveineuse. Cette mort volontaire &#8211; minutieusement pr\u00e9par\u00e9e, comme tous ses coups d&rsquo;\u00e9clats &#8211; fait confluer le mythe et la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un individualisme libertaire qui, recycl\u00e9 ult\u00e9rieurement par les situationnistes et les Enrag\u00e9s de 68, n&rsquo;a pas fini de hanter ce si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Yves Pag\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On pourra tr\u00e8s certainement objecter que l&rsquo;article d&rsquo;Yves Pages\u00a0 ne peut, par d\u00e9finition, s&rsquo;attarder sur tel ou tel fait, faire l&rsquo;analyse d&rsquo;une pens\u00e9e particuli\u00e8re. 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