{"id":1378,"date":"2010-03-20T01:17:40","date_gmt":"2010-03-19T23:17:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1378"},"modified":"2010-02-26T10:19:42","modified_gmt":"2010-02-26T08:19:42","slug":"michael-und-alexandre-marius-3e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/03\/michael-und-alexandre-marius-3e-partie\/","title":{"rendered":"Michael und Alexandr\u00e9-Marius : 3e partie"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/michael-halfbrodt.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1377\" title=\"Michael Halfbrodt\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/michael-halfbrodt-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"154\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fagot-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-213\" title=\"fagot-1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fagot-1-133x300.jpg\" alt=\"Un for\u00e7at dessin\u00e9 en 1928 par Georges Jauneau\" width=\"71\" height=\"154\" \/><\/a>Dans cette derni\u00e8re partie de la brochure, <em>Die Lebens-geschichte eines anarchistichen Diebes<\/em>, Michael Halfbrodt nous narre le bagne de Barrabas et son retour en m\u00e9tropole. Pas de nouveaut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;horizon de l&rsquo;historiographie jacobienne si ce n&rsquo;est, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, le souvenir de L\u00e9o Malet, cr\u00e9ateur de Nestor Burma, sur l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur en retraite. Nous trouverons en revanche beaucoup d&rsquo;erreurs sur la Guyane et sur la vie du vieux Marius, marchand forain dans le Berry, oppress\u00e9 par la capitale.<!--more--><\/p>\n<p><strong>En colonie p\u00e9nitentiaire<\/strong><\/p>\n<p>En novembre 1905, dans des conditions de s\u00e9curit\u00e9 tr\u00e8s strictes, Jacob est transf\u00e9r\u00e9 de la prison d&rsquo;Orl\u00e9ans vers la ville insulaire de Saint-Martin-de-R\u00e9 tout d&rsquo;abord, qui n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9tape interm\u00e9diaire sur le chemin de la Guyane. Le Procureur de la R\u00e9publique avait dot\u00e9 son dossier de la remarque manuscrite suivante: \u00ab\u00a0<em>Bandit extr\u00eamement dangereux. Doit faire l&rsquo;objet d&rsquo;une surveillance particuli\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb et le Ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur avait tenu \u00e0 ordonner personnellement dans une note jointe: \u00ab\u00a0<em>Isoler cet anarchiste de la pire esp\u00e8ce des autres bagnards. Ne lever l&rsquo;internement sous aucun pr\u00e9texte<\/em>.\u00a0\u00bb Le 22 d\u00e9cembre, en m\u00eame temps que 800 cod\u00e9tenus, Jacob est conduit \u00e0 bord de la Loire. 16 jours plus tard, ils sont en Guyane. Celui qui arrive sur la\u00a0 terre ferme peut s&rsquo;estimer heureux. Les \u00eeles sont r\u00e9serv\u00e9es aux cas difficiles. Et, parmi ces \u00eeles, Saint-Joseph est la plus terrible. C&rsquo;est ici que d\u00e9barque Jacob.<\/p>\n<p>La Guyane, c&rsquo;est la \u00ab\u00a0Guillotine s\u00e8che\u00a0\u00bb. Ici, bien avant les camps de concentration nazis, on pratique \u00e0 la perfection l&rsquo;extermination syst\u00e9matique. 700 d\u00e9tenus meurent chaque ann\u00e9e, du climat, des travaux forc\u00e9s, du manque de nourriture, de soins m\u00e9dicaux catastrophiques (ou simplement inexistants), ou sont assassin\u00e9s par des cod\u00e9tenus ou des gardiens &#8211; sans compter ceux qui p\u00e9rissent lors de tentatives d&rsquo;\u00e9vasion. L&rsquo;administration s&rsquo;efforce d&rsquo;ajuster \u00e0 peu pr\u00e8s le taux de mortalit\u00e9 annuel au nombre des nouveaux arrivants de sorte que l&rsquo;effectif total de 6000 bagnards reste constant. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie d&rsquo;un prisonnier jeune et robuste est en moyenne de 5 ans. Jacob survivra ici plus de 20 ans.<\/p>\n<p>Sa premi\u00e8re t\u00e2che consiste \u00e0 se faire respecter. Il a l&rsquo;avantage d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par une solide r\u00e9putation. Parmi les bagnards se trouvent de nombreux anarchistes qui l&rsquo;accueillent en h\u00e9ros. En plus de ce \u00ab\u00a0pouvoir du chef\u00a0\u00bb, ce sont avant tout ses qualit\u00e9s personnelles &#8211; sa fermet\u00e9 face \u00e0 l'\u00a0\u00bbennemi\u00a0\u00bb (l&rsquo;appareil du camp), sa loyaut\u00e9, son \u00e9ternelle bonne humeur, sa serviabilit\u00e9 &#8211; qui font de Jacob en un temps record un \u00ab\u00a0meneur\u00a0\u00bb incontest\u00e9 sur l'\u00a0\u00bbIle du diable\u00a0\u00bb. De plus, Jacob se met \u00e0 \u00e9tudier le droit p\u00e9nal: \u00ab\u00a0<em>Il faut conna\u00eetre les r\u00e8gles et les lois pour pouvoir mieux les contourner.<\/em>\u00a0\u00bb Voil\u00e0 son commentaire. Jacob devient \u00ab\u00a0juge de paix\u00a0\u00bb, conseiller juridique, m\u00e9diateur en cas de conflits, autorit\u00e9 dans toutes les questions vitales. Ce faisant, il est promu presque automatiquement au rang d&rsquo;ennemi n\u00b01 de la direction du camp. Le commandant et le personnel de garde vont se liguer contre lui et lui livrer une gu\u00e9rilla sans merci. Toute occasion et tout pr\u00e9texte sont bons \u00e0 prendre pour le placer en d\u00e9tention cellulaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans une cellule de 1,40 m de long et 2 m de haut, avec des barreaux en guise de plafond, expos\u00e9 au soleil dans la journ\u00e9e, les fers aux pieds la nuit.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces conditions extr\u00eames, Jacob va m\u00eame, \u00e0 l&rsquo;aide de lettres cod\u00e9es, jusqu&rsquo;\u00e0 garder le contact avec ses amis de France. Ils doivent l&rsquo;aider \u00e0 pr\u00e9parer son \u00e9vasion. Il a un plan qui comprend plusieurs \u00e9tapes. Il s&rsquo;agit d&rsquo;abord de devenir prisonnier de \u00ab\u00a01<sup>\u00e8re<\/sup> classe\u00a0\u00bb. Ce statut est attribu\u00e9 \u00e0 tout d\u00e9tenu ayant \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 toute sanction disciplinaire pendant au moins 18 mois. Ce qui signifie: rester calme et passer inaper\u00e7u. Le point suivant incombe \u00e0 son ami Malato \u00e0 Paris. \u00c0 lui de trouver une femme pr\u00eate \u00e0 se marier avec Jacob. Car un bagnard mari\u00e9 de \u00ab\u00a01<sup>\u00e8re<\/sup> classe\u00a0\u00bb a droit \u00e0 l&rsquo;attribution d&rsquo;un bout de for\u00eat vierge \u00e0 cultiver. Ainsi il aurait une marge de man\u0153uvre suffisante pour se construire secr\u00e8tement un radeau et atteindre les c\u00f4tes de l&rsquo;Am\u00e9rique latine (ex-matelot qu&rsquo;il est, ses connaissances nautiques devraient suffire). Malheureusement, les gardiens trouvent son comportement r\u00e9serv\u00e9 plut\u00f4t suspect. Au cours d&rsquo;une fouille dans les cellules, ils trouvent un message cod\u00e9. Finis les r\u00eaves d&rsquo;\u00e9vasion rapide.<\/p>\n<p>Les deux tentatives d&rsquo;\u00e9vasion suivantes, en septembre et novembre 1908, sont \u00e9vent\u00e9es. \u00c0 chaque fois, et pour plusieurs semaines, Jacob se retrouve au \u00ab\u00a0trou\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est pas une cellule mais plut\u00f4t, d&rsquo;apr\u00e8s la fonction et les dimensions, un cercueil. Un cachot compl\u00e8tement noir, juste assez grand pour le corps. Un trou minuscule \u00e0 hauteur du sol pour respirer. Deux sorties de 5 minutes par jour pour pisser. Nourriture: pain sec et eau, 2 jours sur 3.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fagot-21.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-639\" title=\"fagot\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fagot-21-196x300.jpg\" alt=\"un fagot, dessin de Georges Jauneau 1928\" width=\"196\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fagot-21-196x300.jpg 196w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/fagot-21.jpg 210w\" sizes=\"(max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/a> Entre-temps, son vieil ami Ferrand a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 dans le m\u00eame baraquement. Tous les deux, Jacob et Ferrand, poignardent quelque temps apr\u00e8s un cod\u00e9tenu qui avait tent\u00e9 de les empoisonner. Ils sont accus\u00e9s de meurtre et traduits devant un tribunal sp\u00e9cial si\u00e9geant sur une \u00eele voisine. Il ne fait aucun doute qu&rsquo;ils ont agi en \u00e9tat de l\u00e9gitime d\u00e9fense, pourtant: 5 ann\u00e9es de d\u00e9tention en cellule pour Jacob et 3 pour Ferrand. Pratiquement une condamnation \u00e0 mort!<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements se bousculent. Au retour ils sont t\u00e9moins du meurtre d&rsquo;un prisonnier par un gardien. Ferrand perd la t\u00eate et saute par-dessus bord, mais il est rep\u00each\u00e9. Jacob, lui, d\u00e9pose plainte aupr\u00e8s du Ministre de la Justice en personne pour meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation. Le r\u00e9sultat \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9voir : le meurtrier b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une promotion et, en plus, Jacob est poursuivi pour diffamation.<\/p>\n<p>Mais Jacob a d&rsquo;abord de la chance. La cour d&rsquo;appel casse le jugement dans le proc\u00e8s pour meurtre. La nouvelle proc\u00e9dure requalifie les faits en coups et blessures ayant entra\u00een\u00e9 la mort, la peine est r\u00e9duite \u00e0 deux ans pour les deux accus\u00e9s. Pour la diffamation, Jacob est acquitt\u00e9. Quant \u00e0 Ferrand, pour son plongeon d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 dans la mer, il \u00e9cope d&rsquo;une ann\u00e9e suppl\u00e9mentaire &#8211; il n&rsquo;y survivra pas.<\/p>\n<p>Jacob est lui aussi \u00e0 bout physiquement. Il ne pouvait plus compara\u00eetre \u00e0 la barre qu&rsquo;allong\u00e9 sur une civi\u00e8re. La dysenterie qui le ronge depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 empire de jour en jour. Il a perdu la moiti\u00e9 de son poids normal et ne p\u00e8se plus que 40 kg. Un m\u00e9decin militaire de passage est si effray\u00e9 par son \u00e9tat qu&rsquo;il prescrit un transfert imm\u00e9diat dans un h\u00f4pital. Le directeur refuse. Jacob pr\u00e9sente une requ\u00eate pour obtenir au moins du lait concentr\u00e9. Mais m\u00eame cela lui est refus\u00e9. On est manifestement d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 le laisser crever.<\/p>\n<p>En dernier ressort, il demande \u00e0 sa m\u00e8re d&rsquo;intervenir aupr\u00e8s du Ministre charg\u00e9 des affaires coloniales. La r\u00e9ponse est une lettre cynique: \u00ab\u00a0<em>Les services de sant\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire se pr\u00e9occupent avec toute la sollicitude souhaitable de l&rsquo;\u00e9tat sanitaire des malades. Soyez assur\u00e9e que si le d\u00e9tenu avait besoin de lait on lui en donnerait aussit\u00f4t.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, cette intervention fait comprendre en haut lieu que Jacob n&rsquo;est pas compl\u00e8tement oubli\u00e9 en France et que sa mort pourrait d\u00e9clencher un scandale. La perspective d&rsquo;\u00eatre accus\u00e9 par la presse de non assistance \u00e0 personne en danger d\u00e9termine finalement le m\u00e9decin responsable, litt\u00e9ralement \u00e0 la derni\u00e8re seconde, \u00e0 transf\u00e9rer Jacob mourant dans une cellule sanitaire. Il faudra 6 mois pour que la crise soit surmont\u00e9e.<\/p>\n<p>Suivent de nouvelles tentatives d&rsquo;\u00e9vasion, \u00e9galement vou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. En janvier 1913, 4\u00e8me comparution devant le tribunal sp\u00e9cial, pour complicit\u00e9 d&rsquo;\u00e9vasion. Aucune preuve de sa culpabilit\u00e9 ne peut \u00eatre apport\u00e9e. Acquitt\u00e9!<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arbeit-macht-frei-en-guyane.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-856\" title=\"arbeit-macht-frei-en-guyane\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arbeit-macht-frei-en-guyane.jpg\" alt=\"Arbeit macht frei en Guyane\" width=\"163\" height=\"126\" \/><\/a> Ensuite, la guerre. La vague patriotique gagne aussi les colonies p\u00e9nitentiaires. Mais pas Jacob: \u00ab\u00a0<em>Je ne suis et je ne peux pas \u00eatre un patriote, car je n&rsquo;ai rien \u00e0 d\u00e9fendre<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crit-il \u00e0 sa m\u00e8re. Pourtant, dans une requ\u00eate adress\u00e9e au Ministre charg\u00e9 des affaires coloniales, il expose toutes les raisons favorables \u00e0 l&rsquo;incorporation des bagnards, non pas par conviction personnelle, mais pour faire plaisir \u00e0 ses cod\u00e9tenus qui trouvent bien plus prometteur de finir sacrifi\u00e9s dans un bataillon disciplinaire que de crever \u00e0 petit feu en Guyane. Jacob lui-m\u00eame \u00e9prouve ce sentiment de d\u00e9sespoir: \u00ab\u00a0<em>Ce qui est triste, ce qui est regrettable, ce qui est absolument d\u00e9plorable, c&rsquo;est cette mort qu&rsquo;on se donne \u00e0 chaque instant, cette mort lente, \u00e0 petit feu, qu&rsquo;on appelle la vie tranquille, cette vie de claustration que vivent les moines, les escargots et les bagnards.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Deux autres tentatives d&rsquo;\u00e9vasion avortent, comme toutes les pr\u00e9c\u00e9dentes, par trahison, tromperie, n\u00e9gligence de ses compagnons d&rsquo;\u00e9vasion ou tout simplement par un mauvais coup du sort. En octobre 1917, il entreprend sa derni\u00e8re tentative. En solitaire cette fois-ci. C&rsquo;est plus une action d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Sans eau potable, sans provisions, sans armes, rien qu&rsquo;avec des flotteurs aux bras et aux jambes et une pagaie, il sort dans la mer avec le vague espoir d&rsquo;atteindre la jungle \u00e0 l&rsquo;autre bout de l&rsquo;\u00eele et de pouvoir y construire un radeau. Il perd connaissance dans l&rsquo;eau froide et, \u00e0 l&rsquo;aube, il est rejet\u00e9 sur le rivage \u00e0 quelques m\u00e8tres seulement de son point de d\u00e9part. Il n&rsquo;a plus aucune chance de regagner le camp inaper\u00e7u. Il ne lui reste plus qu&rsquo;une \u00e9chappatoire: il avale du chlorhydrate de morphine pour camoufler son \u00e9vasion en tentative de suicide &#8211; overdose. Il d\u00e9lire pendant quinze jours. Un risque inutile ! On ne croit pas \u00e0 sa version du suicide et on le condamne \u00e0 2 ans de d\u00e9tention cellulaire. Une fois de plus, sa vie est en danger. Il est compl\u00e8tement amaigri, les premiers sympt\u00f4mes de tuberculose osseuse apparaissent. Ses connaissances juridiques vont probablement lui sauver la vie. Il s&rsquo;appuie sur un paragraphe du r\u00e8glement p\u00e9nitentiaire qui stipule qu&rsquo;une absence inf\u00e9rieure \u00e0 12 heures ne peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 une tentative d&rsquo;\u00e9vasion &#8211; et il obtient l&rsquo;annulation du jugement. Un deuxi\u00e8me proc\u00e8s l&rsquo;acquittera d\u00e9finitivement. Seul le directeur regimbe encore et lui colle 12 jours d&rsquo;arr\u00eat pour \u00e9loignement non autoris\u00e9. Jacob porte plainte et a de la chance. Entre-temps, la guerre s&rsquo;est termin\u00e9e. Il tombe sous le coup de l&rsquo;amnistie qui a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e dans l&rsquo;euphorie g\u00e9n\u00e9rale de la victoire.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-824\" title=\"evasion\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-300x226.jpg\" alt=\"Evasion\" width=\"155\" height=\"116\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-300x226.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion.jpg 636w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/><\/a> L&rsquo;annulation de cette derni\u00e8re condamnation n&rsquo;a pas, loin s&rsquo;en faut, qu&rsquo;une valeur symbolique. Elle lui permet de pr\u00e9senter un casier judiciaire vierge depuis 18 mois. Autrement dit: il peut enfin pr\u00e9tendre \u00eatre promu dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0prisonnier de 1<sup>\u00e8re<\/sup> classe\u00a0\u00bb.\u00a0 Cela signifie tout bonnement qu&rsquo;il peut jouer les gar\u00e7ons de courses pour les plus haut grad\u00e9s de l&rsquo;administration, mais, en comparaison de ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu jusqu&rsquo;ici, une toute petite am\u00e9lioration de la nourriture, une toute petite diminution des brimades, c&rsquo;est aussi une situation vraiment plus paradisiaque. Il fait m\u00eame \u00ab\u00a0carri\u00e8re\u00a0\u00bb. De domestique d&rsquo;un fonctionnaire de surveillance il passe secr\u00e9taire particulier du directeur adjoint. Toutefois, il ne s&rsquo;est arrang\u00e9 en aucune mani\u00e8re des circonstances. Il pr\u00e9pare en toute discr\u00e9tion son envol d\u00e9finitif. Les conditions n&rsquo;ont encore jamais \u00e9t\u00e9 aussi favorables. Mais les choses n&rsquo;en arriveront pas l\u00e0 car entre-temps, en France, plusieurs choses ont chang\u00e9. Le syst\u00e8me des colonies p\u00e9nitentiaires est de plus en plus violemment critiqu\u00e9 par l&rsquo;opinion publique. Plusieurs fois, des journalistes de renom font le voyage de la Guyane et trouvent en Jacob un interlocuteur des mieux inform\u00e9s. Leurs reportages font grand bruit et ont un effet \u00e9galement sur le plan politique. Lettres ouvertes, p\u00e9titions, interpellations au parlement se succ\u00e8dent. Tout d&rsquo;un coup, le nom de Jacob revient sur toutes les l\u00e8vres. En f\u00e9vrier 1925 commence une campagne de presse en r\u00e8gle en faveur de sa mise en libert\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le succ\u00e8s esp\u00e9r\u00e9 parvienne enfin \u00e0 maturit\u00e9. Son proc\u00e8s est rouvert, la peine est commu\u00e9e en 5 ann\u00e9es de r\u00e9clusion &#8211; \u00e0 purger en France.<\/p>\n<p>En octobre 1925, Jacob est de retour dans son \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb. Le chef de l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9duit sa peine \u00e0 2 ans, qu&rsquo;il ex\u00e9cute enti\u00e8rement. Le 30 d\u00e9cembre 1928, il est libre. Bilan de 20 ann\u00e9es de colonie p\u00e9nitentiaire: 9 ans de cellule individuelle ou \u00ab\u00a0trou\u00a0\u00bb, 7 proc\u00e8s devant la cour du tribunal sp\u00e9cial, 6 acquittements, 17 tentatives d&rsquo;\u00e9vasion.<\/p>\n<p><strong>Le cambrioleur en retraite<\/strong><\/p>\n<p>Jacob vit quelque temps \u00e0 Paris. Cependant la ville l&rsquo;oppresse. Avec les \u00e9conomies de sa m\u00e8re il ach\u00e8te un lot de v\u00eatements de confection et, d\u00e9sormais marchand ambulant, parcourt les march\u00e9s de France. Aujourd&rsquo;hui ici, demain l\u00e0: apr\u00e8s 25 ann\u00e9es d&rsquo;enfermement, c&rsquo;est exactement le mode de vie qui lui convient. Et les affaires sont florissantes. Bient\u00f4t il peut se payer une voiture, une caravane et une tente pour pr\u00e9senter sa marchandise. Plus tard, c&rsquo;est une maison, et en plus un petit lopin de terre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/reuilly-jour-de-marche.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-967\" title=\"Reuilly un jour de march\u00e9\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/reuilly-jour-de-marche.jpg\" alt=\"Reuilly, jour de march\u00e9\" width=\"339\" height=\"228\" \/><\/a> Marius, comme il se fait appeler maintenant, m\u00e8ne une vie contemplative. Il a perdu cette \u00ab\u00a0conscience de missionnaire\u00a0\u00bb anarchiste qu&rsquo;il avait dans ses jeunes ann\u00e9es, mais pas ses convictions. En juillet 1936, il dispara\u00eet pour quelques mois: \u00ab\u00a0<em>Rendre visite \u00e0 de vieux amis<\/em>.\u00a0\u00bb En fait, c&rsquo;est l&rsquo;insurrection populaire contre le putsch militaire de Franco en Espagne qui lui a donn\u00e9 des ailes. Il n&rsquo;\u00e9prouve aucun besoin pressant de combattre les armes \u00e0 la main dans une milice anarchiste. Il est convaincu de pouvoir se rendre plus utile en laissant jouer ses bons vieux talents d&rsquo;organisateur. Il contacte un marchand d&rsquo;armes bien connu et conclut un march\u00e9 avec lui: de l&rsquo;or contre des mitrailleuses. \u00c0 cause de l&#8217;embargo des puissances occidentales, les armes doivent \u00eatre achemin\u00e9es secr\u00e8tement par mer de France en Espagne. Une fois le plan mis au point jusque dans les moindres d\u00e9tails, Jacob va \u00e0 Barcelone pour le pr\u00e9senter. Mais, \u00e0 sa grande d\u00e9ception, il ne trouve en arrivant aucun interlocuteur fiable. Les anarchistes sont au front ou occup\u00e9s \u00e0 monter une de leurs propres op\u00e9rations. Le pouvoir est aux mains des sociaux-d\u00e9mocrates et des communistes, qui n&rsquo;ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 fournir des armes aux anarchistes. Il retourne en France comme il est venu et reprend sa vie de tous les jours.<\/p>\n<p>Pendant l&rsquo;Occupation, il ne s&rsquo;engage pas dans la R\u00e9sistance. Non pas pour une question d&rsquo;\u00e2ge ou par r\u00e9signation, mais tout simplement parce que, dans un mouvement domin\u00e9 par les gaullistes et les communistes, il n&rsquo;y a pas de place pour un vieil anarchiste tel que lui. Ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de cacher dans sa maison de nombreux r\u00e9sistants traqu\u00e9s par l&rsquo;ennemi. C&rsquo;est \u00e0 cette p\u00e9riode que tombe son dernier s\u00e9jour en prison. On va lui faire payer cher son refus de prendre part au march\u00e9 noir et de s&rsquo;enrichir en profitant de la mis\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale pour pratiquer des prix exorbitants. Un fonctionnaire corrompu, qui s&rsquo;\u00e9tait tromp\u00e9 d&rsquo;adresse en esp\u00e9rant recevoir des pots de vin de Jacob, le d\u00e9nonce pour se venger. L&rsquo;absence d&rsquo;une facture pouvant prouver l&rsquo;achat de quelques m\u00e8tres de tissu suffit \u00e0 le placer quelques mois derri\u00e8re les barreaux pour d\u00e9tention illicite de marchandise.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, bien qu&rsquo;arriv\u00e9 entre-temps \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la retraite, Jacob continue son activit\u00e9 sans rel\u00e2che. Il assiste r\u00e9guli\u00e8rement aux r\u00e9unions anarchistes, se sent particuli\u00e8rement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aile antimilitariste et individualiste du mouvement, \u00e9crit &#8211; sous des pseudonymes &#8211; des articles pour la revue \u00ab\u00a0L&rsquo;Unique\u00a0\u00bb et se trouve dans un \u00e9tat de gu\u00e9rilla permanente avec son vieil ennemi, l&rsquo;\u00e9tat. Mis en demeure de payer la taxe sur les chiens, il r\u00e9pond: \u00ab\u00a0<em>Je viens de recevoir une injonction de paiement pour Negro, mon chien. Je remplirai mon devoir de contribuable mais je requiers l&rsquo;attribution d&rsquo;une carte d&rsquo;\u00e9lecteur pour Negro. Il n&rsquo;a jamais menti, ne s&rsquo;est jamais so\u00fbl\u00e9, et je crois qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas beaucoup d&rsquo;\u00e9lecteurs dans cette circonscription dont on puisse en dire autant.<\/em>\u00a0\u00bb Sign\u00e9: \u00ab\u00a0<em>Marius Alexandre Jacob, cambrioleur en retraite.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Dans une lettre \u00e0 Jean Maitron, qui deviendra plus tard l&rsquo;historien de l&rsquo;anarchisme fran\u00e7ais, Jacob tire en 1948 le bilan de sa vie pass\u00e9e de \u00ab\u00a0hors-la-loi\u00a0\u00bb:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je ne crois pas que , dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 puisse lib\u00e9rer l&rsquo;individu. M\u00eame s&rsquo;il r\u00e9ussit par ce moyen \u00e0 s&rsquo;affranchir de quelques d\u00e9pendances, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 du combat en entra\u00eene d&rsquo;autres beaucoup plus lourdes. \u00c0 la fin, c&rsquo;est la perte de la libert\u00e9 &#8211; du peu de libert\u00e9 qu&rsquo;on a &#8211; et, parfois, la perte de la vie. Dans le fond, l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9, consid\u00e9r\u00e9e comme acte de r\u00e9volte, est plut\u00f4t une affaire de temp\u00e9rament que de th\u00e9orie. C&rsquo;est pourquoi elle ne peut pas non plus avoir une valeur \u00e9ducative pour l&rsquo;ensemble des masses laborieuses. J&rsquo;entends par l\u00e0 une valeur positive.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p><strong>Mort d&rsquo;un anarchiste<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/touriste-devant-la-tombe-de-jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-331\" title=\"touriste-devant-la-tombe-de-jacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/touriste-devant-la-tombe-de-jacob-300x168.jpg\" alt=\"une touriste devant la tombe de Jacob\" width=\"300\" height=\"168\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/touriste-devant-la-tombe-de-jacob-300x168.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/touriste-devant-la-tombe-de-jacob.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a> Jacob abandonne son affaire en 1952. Il commence \u00e0 ressentir les effets de l&rsquo;\u00e2ge. C&rsquo;est le d\u00e9but de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence physique : rhumatisme articulaire, crises paralysantes, zona. Il est temps pour lui de se pr\u00e9parer \u00e0 la mort. Il \u00e9crit son testament. Certes, il n&rsquo;a pas de richesses \u00e0 l\u00e9guer, mais une pens\u00e9e l&rsquo;obs\u00e8de : c&rsquo;est que, faute d&rsquo;h\u00e9ritier l\u00e9gitime, son bien puisse tomber aux mains de l&rsquo;\u00e9tat. C&rsquo;est pourquoi, \u00e0 l&rsquo;aide de fausses factures, il transmet \u00e0 ses amis l&rsquo;ensemble de ses biens, jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re fourchette, pour emp\u00eacher l&rsquo;\u00e9tat d&#8217;empocher le moindre centime sur les droits de succession.<\/p>\n<p>Son ultime d\u00e9sir : avant de mourir, il voudrait encore une fois coucher avec une femme. Il en a d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9 une bien pr\u00e9cise. Elle a plus de 30 ans de moins que lui et elle est mari\u00e9e avec un de ses amis. Il parle avec elle. Il parle avec lui. Les deux sont d&rsquo;accord. Cela se fait donc. Apr\u00e8s cette nuit d&rsquo;amour, il commence \u00e0 \u00e9crire une s\u00e9rie de lettres d&rsquo;adieu.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je vous quitte sans d\u00e9sespoir, le sourire aux l\u00e8vres, le c\u0153ur en paix. Vous \u00eates trop jeunes pour pouvoir appr\u00e9cier le bonheur de prendre cong\u00e9 de la vie en bonne sant\u00e9 et de jouer un bon tour aux infirmit\u00e9s de la vieillesse.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Et quelques jours plus tard:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai donn\u00e9 un petit banquet pour les enfants du village. Il y en avait 9, de 20 mois \u00e0 12 ans. Ils s&rsquo;en sont tous mis plein le ventre.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Et enfin:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Quand tu recevras cette lettre, je ne vivrai plus. Je me suicide un samedi pour que les gens puissent s&rsquo;occuper du corps un dimanche et que l&rsquo;habillage et les d\u00e9marches n\u00e9cessaires ne les d\u00e9rangent pas.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Il quitte une derni\u00e8re fois sa maison pour porter la pile de lettres \u00e0 la poste. Le samedi 28 ao\u00fbt 1954, \u00e0 l&rsquo;aube, il pique d&rsquo;abord Negro, son vieux chien d\u00e9cati, puis tout de suite apr\u00e8s il s&rsquo;injecte une \u00bd ampoule de d\u00e9riv\u00e9 de morphine. Avant de s&rsquo;allonger sur son lit tout frais refait pour mourir, il repense \u00e0 quelque chose. Et il griffonne sur un bout de papier:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Lessive lav\u00e9e, rinc\u00e9e, s\u00e9ch\u00e9e, mais pas repass\u00e9e. J&rsquo;ai eu la flemme. D\u00e9sol\u00e9. Vous trouverez deux litres de ros\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la huche \u00e0 pain. \u00c0 votre sant\u00e9 !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-allemand.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-714\" title=\"jacob-allemand\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-allemand-204x300.jpg\" alt=\"Die Gescchichte eines anarchistes Diebes\" width=\"104\" height=\"155\" \/><\/a>Sources\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Bernard Thomas, <em>Jacob<\/em>, Paris, 1970<\/p>\n<p>Jean Maitron, Le <em>mouvement anarchiste en France<\/em>, Paris, 1975<\/p>\n<p><strong>L\u00e9o Malet \u00e0 propos de Jacob<\/strong><\/p>\n<p><em>Jacob \u00e9tait vraiment un \u00eatre extraordinaire. En 1900, il tenait une quincaillerie Rue Faubourg-de-Courreau \u00e0 Montpellier, ce qui lui permettait de se faire envoyer diff\u00e9rents mod\u00e8les de coffres-forts par le fabricant Fichet. Il les \u00e9tudiait dans les moindres d\u00e9tails pour pouvoir ouvrir ceux des autres. Au cours de sa carri\u00e8re de voleur, il avait d\u00e9velopp\u00e9 une autre m\u00e9thode tout aussi bonne. Quand avec ses camarades &#8211; il avait fond\u00e9 l&rsquo;association \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb &#8211; il d\u00e9valisait une \u00e9glise ou un autre b\u00e2timent isol\u00e9, il pla\u00e7ait sous la goutti\u00e8re un crapaud qui s&rsquo;arr\u00eatait de coasser d\u00e8s que quelqu&rsquo;un approchait. \u00c0 20 ans, \u00e0 Marseille, il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9guis\u00e9 en commissaire de police pour voler tout une charrette de marchandises \u00e0 un usurier. Et le plus beau:\u00a0 en colonie p\u00e9nitentiaire (apr\u00e8s son proc\u00e8s en 1905 \u00e0 Amiens) il a \u00e9tudi\u00e9 le droit pour pouvoir intenter des proc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Une personnalit\u00e9 \u00e9tonnante!<\/em><\/p>\n<p><em> J&rsquo;ai fait sa connaissance en 1929 \u00e0 son retour du bagne, quand il a \u00e9t\u00e9 amnisti\u00e9. Je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 plusieurs fois \u00e0 des r\u00e9unions du groupe des \u00ab\u00a0objecteurs de guerre\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em> En novembre 1930, Louis Louvet, Simone Larcher et moi, nous nous d\u00e9cid\u00e2mes \u00e0 rendre visite aux \u00ab\u00a0camarades objecteurs\u00a0\u00bb qui se r\u00e9unissaient au 1er \u00e9tage d&rsquo;un petit bistrot Rue de Meaux. Nous y rencontr\u00e2mes deux, trois hommes, l&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e9tait Jacob. Le bagne ne semblait pas l&rsquo;avoir marqu\u00e9, il \u00e9tait rondouillard comme un bon bourgeois et son humour noir \u00e9tait impressionnant. Salutations, discussion. \u00c0 l&rsquo;exception d&rsquo;un petit gars, je connaissais tout le monde. \u00c0 cette \u00e9poque, un certain Gaucher (on ne connaissait pas encore son nom) avait agress\u00e9 un joaillier de l&rsquo;Avenue Mozart et, dans l&rsquo;affolement, il l&rsquo;avait tu\u00e9. Il \u00e9tait maintenant recherch\u00e9 et Paris Soir avait publi\u00e9 ce jour-l\u00e0 un signalement. Jacob dit au petit gars: \u00ab\u00a0Dis-moi, c&rsquo;est toi qui as descendu le joaillier de l&rsquo;Avenue Mozart?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Non, pourquoi?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Dans la description, c&rsquo;est marqu\u00e9 que le coupable puait de la bouche&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Et de fait, on pouvait lire dans le journal \u00ab\u00a0J&rsquo;ai crois\u00e9 un jeune homme qui avait mauvaise haleine&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em> Plus tard, Jacob \u00e9tait marchand ambulant pr\u00e8s de la Porte d&rsquo;Orl\u00e9ans. Il vendait sur les march\u00e9s des costumes de la marque Chez Marius. Un jour, un type s&rsquo;approche de lui: \u00ab\u00a0Jacob, tu ne me reconnais pas?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jacob avait connu beaucoup de monde dans sa vie.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est moi, Couillot, l&rsquo;agent sur qui tu as tir\u00e9 \u00e0 Orl\u00e9ans!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ah, c&rsquo;est toi? Et qu&rsquo;est-ce que tu veux?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je voudrais acheter des pantalons. Tu me fais une ristourne?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Incroyable&#8230; l&rsquo;histoire ne dit pas si Jacob lui a finalement fait une remise.<\/em><\/p>\n<p><em>On raconte que Jacob a servi de mod\u00e8le \u00e0 Maurice Leblanc pour Ars\u00e8ne Lupin. \u00c0 ce propos, les avis sont partag\u00e9s. Cela restera toujours un myst\u00e8re que seul Ars\u00e8ne Lupin pourrait \u00e9claircir.<\/em><\/p>\n<p><em> Sur la fin de sa vie, Jacob poss\u00e9dait une petite maison pas tr\u00e8s loin d&rsquo;Orl\u00e9ans. Il \u00e9tait connu et appr\u00e9ci\u00e9 des enfants du voisinage pour son g\u00e2teau fait maison.<\/em><\/p>\n<p><em> En 1954, alors qu&rsquo;il sentait ses forces le quitter, il empoisonna son chien et se fit lui-m\u00eame une injection de morphine apr\u00e8s avoir nettoy\u00e9 sa maison de fond en comble.<\/em><\/p>\n<p><em>Il allait avoir 75 ans.<\/em><\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s\u00a0: <em>L\u00e9o Malet, Stoff f\u00fcr viele Leben<\/em>, Hambourg, 1990<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cette derni\u00e8re partie de la brochure, Die Lebens-geschichte eines anarchistichen Diebes, Michael Halfbrodt nous narre le bagne de Barrabas et son retour en m\u00e9tropole. Pas de nouveaut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;horizon de l&rsquo;historiographie jacobienne si ce n&rsquo;est, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, le souvenir de L\u00e9o Malet, cr\u00e9ateur de Nestor Burma, sur l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur en retraite. Nous [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[7],"tags":[447,738,1849,50,32,724,171,1850,287,195,207,411,881,478,69,25,114,122,851,116,123],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1378"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1378"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1378\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1378"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1378"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1378"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}