{"id":1376,"date":"2010-03-13T01:15:12","date_gmt":"2010-03-12T23:15:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1376"},"modified":"2010-02-26T10:16:57","modified_gmt":"2010-02-26T08:16:57","slug":"michael-und-alexandre-marius-2e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/03\/michael-und-alexandre-marius-2e-partie\/","title":{"rendered":"Michael und Alexandr\u00e9-Marius : 2e partie"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/michael-halfbrodt.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1377\" title=\"Michael Halfbrodt\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/michael-halfbrodt-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"105\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/michael-halfbrodt-205x300.jpg 205w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/michael-halfbrodt.jpg 348w\" sizes=\"(max-width: 105px) 100vw, 105px\" \/><\/a>O\u00f9 l&rsquo;on retrouve les Travailleurs de la Nuit, la Cause, les cambriolages, de vrais anarchistes et des criminels purs jus aussi\u00a0: Clarenson, Bonnefoy, Bour, P\u00e9lissard, Ferrand et d&rsquo;autres encore. Du sang, de la sueur et des larmes en perspective. Des coups magistraux\u00a0: rue Quincampoix, Pierre Loti. Des sc\u00e8nes de drame\u00a0: Pont R\u00e9my, une gare, des flics, des coups de feu, un mort. Le proc\u00e8s d&rsquo;Amiens envoie tout ce petit monde en prison ou en Guyane. Michael Halfbrodt, auteur anarchiste,\u00a0d\u00e9veloppe ici une image classique de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur ou plut\u00f4t de l&rsquo;aventurier ill\u00e9galiste Jacob.<!--more--><\/p>\n<p><strong>Le cambriolage scientifique<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-allemand.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-714\" title=\"jacob-allemand\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-allemand-204x300.jpg\" alt=\"Die Gescchichte eines anarchistes Diebes\" width=\"106\" height=\"157\" \/><\/a>Apr\u00e8s sa mise en libert\u00e9, Jacob se met aussit\u00f4t \u00e0 la r\u00e9alisation de ses nouveaux projets. Le cambriolage doit d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent \u00eatre pratiqu\u00e9 en grand. Jusqu&rsquo;ici, l'\u00a0\u00bbappropriation individuelle\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e plus dans le domaine de la petite criminalit\u00e9 ou &#8211; comme pour Duval &#8211; s&rsquo;\u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 des gestes symboliques d&rsquo;individus isol\u00e9s, davantage expression d&rsquo;une \u00ab\u00a0r\u00e9volte sauvage\u00a0\u00bb que d&rsquo;une tactique r\u00e9volutionnaire cibl\u00e9e. La syst\u00e9matisation, et m\u00eame l'\u00a0\u00bbindustrialisation\u00a0\u00bb du vol est maintenant \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. Cela n\u00e9cessite une pr\u00e9paration m\u00e9thodique, carr\u00e9ment scientifique, une logistique pr\u00e9cise &#8211; et des gens de toute confiance.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re mesure : Jacob utilise ses \u00ab\u00a0\u00e9conomies\u00a0\u00bb pour monter une quincaillerie \u00e0 Montpellier. Il se sp\u00e9cialise dans la vente d&rsquo;armoires blind\u00e9es et coffres-forts. Naturellement, ceci n&rsquo;est qu&rsquo;un pr\u00e9texte pour pouvoir se procurer et \u00e9tudier tous les mod\u00e8les existant sur le march\u00e9. En m\u00eame temps il commande tous les outils n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;ouverture des coffres &#8211; le meilleur et le dernier cri : pinces, vilebrequins, scies, essentiellement de fabrication am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Accessoirement, Jacob s&rsquo;entoure d&rsquo;une \u00ab\u00a0bande\u00a0\u00bb: \u00a0Roques, son vieil ami et complice, le \u00ab\u00a0commissaire\u00a0\u00bb du coup de Marseille, Roy\u00e8re, l&rsquo;infirmier anarchiste de l&rsquo;asile, Ferrand, son \u00ab\u00a0bras droit\u00a0\u00bb et partenaire de toujours lors des cambriolages, son amie Rose Roux, sa m\u00e8re. Afin que le groupe puisse se d\u00e9placer sans attirer l&rsquo;attention, Jacob monte toute une \u00ab\u00a0garde-robe\u00a0\u00bb : uniformes, costumes, robes, v\u00eatements professionnels. Aujourd&rsquo;hui eccl\u00e9siastique, demain lieutenant de hussards, apr\u00e8s-demain ma\u00e7on. Jacob apprend seul la falsification des papiers d&rsquo;identit\u00e9 et bient\u00f4t chaque membre de la \u00ab\u00a0bande\u00a0\u00bb a une collection tr\u00e8s \u00e9tendue de documents et\u00a0 pi\u00e8ces d&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1900, de nombreuses villas de la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne entre Nice et Perpignan sont nettoy\u00e9es. C&rsquo;est une sorte d&rsquo;entra\u00eenement. Les diff\u00e9rents cambriolages sont ex\u00e9cut\u00e9s avec tant de prudence et de soin qu&rsquo;on ne pourra par la suite prouver sa participation qu&rsquo;\u00e0 un seul. Apr\u00e8s cette p\u00e9riode d&rsquo;essais fructueuse, le \u00ab\u00a0cambriolage scientifique\u00a0\u00bb va pouvoir se faire en s\u00e9rie. \u00c0 cet effet, le groupe part pour Paris et \u00e9tablit son premier quartier g\u00e9n\u00e9ral dans un petit h\u00f4tel mal fam\u00e9 de la Rue de la Clef.<\/p>\n<p>Deux livres sont pour Jacob d&rsquo;une importance particuli\u00e8re : l&rsquo;indicateur des chemins de fer et le \u00ab\u00a0Bottin\u00a0\u00bb, le livre d&rsquo;adresses des gens du monde. Le premier sert \u00e0 la coordination des \u00ab\u00a0teams\u00a0\u00bb, le second au rep\u00e9rage syst\u00e9matique des victimes potentielles. Pour ce faire, Jacob a ses propres crit\u00e8res. Il veut toucher avant tout les \u00ab\u00a0parasites sociaux\u00a0\u00bb, donc les membres du clerg\u00e9, de la noblesse, de la justice et du corps des officiers. En revanche, les bourgeois qui, \u00e0 son avis, exercent une activit\u00e9 socialement utile &#8211; scientifiques, artistes, m\u00e9decins, architectes, ing\u00e9nieurs &#8211; sont tout \u00e0 fait sciemment \u00e9pargn\u00e9s.<\/p>\n<p>Les cambriolages suivent un mod\u00e8le tout \u00e0 fait pr\u00e9cis. 1<sup>\u00e8re<\/sup> r\u00e8gle : pas d&rsquo;actions \u00e0 Paris, trop de gens dans un espace restreint, trop de mouchards. On se limite aux villes de province. 2<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e8gle : il y a toujours un \u00ab\u00a0\u00e9claireur\u00a0\u00bb qui ouvre la voie et qui \u00ab\u00a0scelle\u00a0\u00bb les objectifs vis\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui place un morceau de papier ou de bois dans les fentes des portes. Si les \u00ab\u00a0scell\u00e9s\u00a0\u00bb sont encore intacts le lendemain, on peut supposer que la propri\u00e9t\u00e9 est provisoirement inoccup\u00e9e. L'\u00a0\u00bb\u00e9claireur\u00a0\u00bb inspecte alors l&rsquo;objectif de plus pr\u00e8s et envoie imm\u00e9diatement un t\u00e9l\u00e9gramme cod\u00e9 \u00e0 Paris. Le contenu est sans importance, l&rsquo;information se trouve dans la lettre initiale et le nom du signataire. \u00ab\u00a0Louis\u00a0\u00bb signifie: \u00ab\u00a0Venez \u00e0 deux\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Georges\u00a0\u00bb: \u00ab\u00a0Venez \u00e0 trois\u00a0\u00bb, la lettre initiale sp\u00e9cifie les outils \u00e0 apporter. L&rsquo;\u00e9quipe de cambriolage voyage par le premier train du soir, \u00e9tablit ses quartiers dans un h\u00f4tel, va au \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb, retourne \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel et repart par le premier train du matin. 3<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e8gle : Tout ce qui a de la valeur est emport\u00e9. Argent liquide, titres, m\u00e9taux pr\u00e9cieux, bijoux, objets d&rsquo;art ou utilitaires (vaisselle, couverts, montres, tableaux etc.), dans la mesure o\u00f9 ils peuvent \u00eatre transport\u00e9s. 4<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e8gle : chaque participant a l&rsquo;obligation de verser \u00e0 la \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb au moins 10% de sa part du butin.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, l&rsquo;\u00e9coulement du butin repr\u00e9sente un probl\u00e8me \u00e9pineux. Mais l\u00e0 encore Jacob r\u00e9ussit en peu de temps \u00e0 constituer un r\u00e9seau efficace. Les titres, au porteur ou nominatifs, c&rsquo;est selon, sont vendus directement \u00e0 un agent de change ou \u00e0 des courtiers \u00ab\u00a0sp\u00e9cialis\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (\u00e0 Londres le plus souvent). Les pierres pr\u00e9cieuses sont r\u00e9parties aupr\u00e8s de plusieurs diamantaires \u00e0 Amsterdam, qui sont suffisamment cupides pour ne pas se formaliser de leur origine (qu&rsquo;ils connaissent du reste fort bien). Les autres objets sont d&rsquo;abord mis en gage, naturellement bien en-dessous de leur valeur. Mais bient\u00f4t se pr\u00e9sente une meilleure solution. Sous le pseudonyme d&rsquo;Escande, Jacob ouvre un magasin d&rsquo;antiquit\u00e9s et prend ainsi en mains propres la vente des pi\u00e8ces les plus recherch\u00e9es. Peu de temps apr\u00e8s, il entend parler d&rsquo;une petite fonderie couverte de dettes. Il entre comme associ\u00e9 dans cette affaire qui va conna\u00eetre gr\u00e2ce \u00e0 ses \u00ab\u00a0commandes\u00a0\u00bb un redressement spectaculaire. Pas de mis\u00e9ricorde pour les objets en m\u00e9taux pr\u00e9cieux, montures, calices, ostensoirs, chandeliers etc. qui y sont fondus et en partie revendus sous forme de lingots \u00e0 leurs anciens propri\u00e9taires. Avec un serrurier qui, suivant les indications pr\u00e9cises de Jacob, fabrique ou r\u00e9pare les outils d&rsquo;effraction, la logistique est compl\u00e8te.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e8re des mille cambriolages<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-quincampoix4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-55\" title=\"rue-quincampoix4\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-quincampoix4-154x300.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"300\" \/><\/a>Au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1901, la machinerie d&rsquo;expropriation s&rsquo;est parfaitement mise en marche et suit tranquillement, au d\u00e9part, le rythme de deux cambriolages par semaine, s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re progressivement mais consid\u00e9rablement pour atteindre au plus fort des activit\u00e9s de Jacob et de ses collaborateurs\/trices le nombre de 20. En tout, par la suite, on pourra \u00e0 la barre prouver sa participation \u00e0 150 cambriolages pour un butin estim\u00e9 \u00e0 5 millions de francs or. Pourtant ceci n&rsquo;est que litt\u00e9ralement la c\u00e9l\u00e8bre partie visible de l&rsquo;iceberg. Selon des estimations dignes de foi, le nombre total pourrait s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 un millier.<\/p>\n<p>Au fil du temps, le groupe ne cesse de s&rsquo;agrandir. En fait, ce sont des caract\u00e8res extr\u00eamement diff\u00e9rents qui se joignent aux \u00ab\u00a0travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb (comme on les appellera plus tard). Des aventuriers d\u00e9clar\u00e9s comme Clarenson, appel\u00e9 \u00ab\u00a0le baron\u00a0\u00bb dans les milieux sp\u00e9cialis\u00e9s, prox\u00e9n\u00e8te, joueur, imposteur et simulateur tr\u00e8s dou\u00e9 : 17 m\u00e9decins l&rsquo;ont d\u00e9clar\u00e9 fou ; ou Bonnefoy, fils de bonne famille, qui a repouss\u00e9 une carri\u00e8re bourgeoise pour favoriser une existence d&rsquo;aventurier. Depuis 1894, il est qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0dangereux anarchiste\u00a0\u00bb dans les dossiers de la police. Il est plusieurs fois inculp\u00e9 de meurtre, mais, \u00e0 chaque fois, doit \u00eatre rel\u00e2ch\u00e9 faute de preuves.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cela des fanatiques et beaux esprits anarchistes tels Sautarel (plus tard d\u00e9put\u00e9 socialiste) ou Alcide Ader (jadis fondateur d&rsquo;une commune libertaire en Am\u00e9rique du Sud), qui pourtant ne sont pas d&rsquo;une grande utilit\u00e9 dans la pratique du \u00ab\u00a0cambriolage scientifique\u00a0\u00bb. Enfin, de pauvres diables comme P\u00e9lissard, pouss\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volte par pure mis\u00e8re, dont le casier judiciaire est charg\u00e9 de toute la panoplie des d\u00e9lits mineurs, de coups et blessures \u00e0 braconnage. Pendant son service militaire dans l&rsquo;arm\u00e9e coloniale fran\u00e7aise, un \u00e9v\u00e9nement cl\u00e9 le marque pour la vie. Il en donne plus tard \u00e0 ses juges l&rsquo;explication suivante: \u00ab\u00a0<em>Je suis surpris de me retrouver devant vous pour des enfantillages en comparaison de ce qu&rsquo;on m&rsquo;a appris \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e. Au Tonkin, j&rsquo;ai vu des soldats fran\u00e7ais se jeter sur des indig\u00e8nes sans d\u00e9fense et les massacrer apr\u00e8s avoir incendi\u00e9 les villages o\u00f9 ils s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s &#8211; et tout cela parce qu&rsquo;ils refusaient de porter notre paquetage \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres de chez eux<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En automne 1901, les \u00ab\u00a0travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb se font remarquer par une action spectaculaire qui devait faire son entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire criminelle sous le nom de \u00ab\u00a0coup de g\u00e9nie de la rue Quincampoix\u00a0\u00bb. \u00c0 Paris, au 4<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9tage du 76 rue Quincampoix, se trouvent les locaux commerciaux du joaillier Bourdin. Le 1er octobre 1901, un mardi, Bonnefoy loue sous un nom d&#8217;emprunt l&rsquo;appartement du 5\u00e8me. Il souhaiterait emm\u00e9nager le plus t\u00f4t possible. D\u00e8s le jeudi, on livre les premiers meubles. Le dimanche &#8211; le joaillier est d\u00e9j\u00e0 parti en week-end depuis la veille &#8211; la \u00ab\u00a0remise \u00e0 neuf\u00a0\u00bb commence.<\/p>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord Jacob qui entre en sc\u00e8ne, en v\u00eatement de travail, un gros trousseau de cl\u00e9s<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn1\">[1]<\/a> \u00e0 la ceinture, suivi d&rsquo;un peintre &#8211; Clarenson. Jacob enl\u00e8ve pr\u00e9cautionneusement les lames de parquet de la chambre \u00e0 coucher et perce un petit trou dans le plancher, juste assez grand pour pouvoir y enfiler un parapluie. Avec un dispositif de b\u00e2tonnets et de ficelles il d\u00e9ploie le parapluie sous le plafond de la chambre du dessous. \u00c0 pr\u00e9sent, l&rsquo;ouverture du plafond peut \u00eatre rapide, les pl\u00e2tras tombent dans le parapluie ouvert sans faire le moindre bruit. D\u00e8s que la taille du trou le permet, Jacob et Clarenson s&rsquo;introduisent dans l&rsquo;appartement du joaillier. Jacob perce le coffre qui renferme de l&rsquo;or, des bijoux et des perles pour une valeur de 130 000 francs or ainsi que des titres pour 200 000 francs. Ils quittent la maison en toute tranquillit\u00e9 au d\u00e9but de l&rsquo;apr\u00e8s-midi &#8211; sans oublier de saluer aimablement la concierge. Un tel coup dans Paris, en plein jour, sans traces, sans indices, sans t\u00e9moins: voil\u00e0 ce qui s&rsquo;appelle du \u00ab\u00a0cambriolage scientifique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le groupe d\u00e9cide de se s\u00e9parer temporairement et d&rsquo;attendre que de l&rsquo;eau soit pass\u00e9e sous les ponts. Cette s\u00e9paration tombe au bon moment pour une autre raison. Car malgr\u00e9 le succ\u00e8s, ou justement \u00e0 cause du succ\u00e8s, des \u00ab\u00a0frictions\u00a0\u00bb apparurent au sein du groupe. Dans les discussions internes, le montant de la part r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la propagande anarchiste \u00e9tait une source de conflits perp\u00e9tuelle: pour les uns trop \u00e9lev\u00e9, pour les autres trop bas. Il devient de plus en plus \u00e9vident que Jacob a des pr\u00e9tentions bien plus \u00e9lev\u00e9es que la plupart de ses camarades. Pour lui, le vol est un moyen de parvenir \u00e0 la r\u00e9volution, une technique servant \u00e0 pr\u00e9parer l&rsquo;insurrection, pour les autres ce n&rsquo;est souvent qu&rsquo;une mani\u00e8re confortable de ne pas mourir de faim. D\u00e9j\u00e0, \u00e0 peine un an auparavant, Jacob s&rsquo;\u00e9tait f\u00e2ch\u00e9 d\u00e9finitivement \u00e0 ce propos avec son plus vieux camarade, Roques. Roques avait quitt\u00e9 le groupe et commenc\u00e9 \u00e0 travailler de son propre chef et pour son propre compte.<\/p>\n<p><strong>Petite digression: r\u00eave d&rsquo;un journal quotidien<\/strong>.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;action de la Rue Quincampoix, Jacob avait pour la premi\u00e8re fois approch\u00e9 la concr\u00e9tisation de son id\u00e9e de \u00ab\u00a0cambriolage scientifique\u00a0\u00bb, non seulement quant \u00e0 la m\u00e9thode, mais aussi en ce qui concerne l&rsquo;objectif vis\u00e9: la redistribution des richesses au profit de la propagande anarchiste. Avec l&rsquo;argent, le <em>Libertaire<\/em> put acqu\u00e9rir sa propre imprimerie et maison d&rsquo;\u00e9dition, \u00e9quip\u00e9e de rotatives modernes.<\/p>\n<p>Un autre grand objectif imm\u00e9diat restait \u00e0 atteindre: tous les publicistes anarchistes r\u00eavaient depuis des ann\u00e9es de poss\u00e9der leur propre quotidien national. En 1896, Pelloutier et Pouget, les deux syndicalistes les plus connus, avaient tent\u00e9 en vain de trouver les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 un tel projet. En 1899, S\u00e9bastien Faure, le g\u00e9rant du \u00ab\u00a0Libertaire\u00a0\u00bb, avait profit\u00e9 de la faveur de l&rsquo;heure pour faire para\u00eetre 10 mois durant, de f\u00e9vrier \u00e0 d\u00e9cembre, 299 num\u00e9ros du <em>Journal du Peuple<\/em>. Strictement parlant, il ne s&rsquo;agissait pas d&rsquo;un quotidien anarchiste, mais d&rsquo;un organe des partisans de Dreyfus de tendance libertaire.<\/p>\n<p>Car c&rsquo;est \u00e0 cette p\u00e9riode que le mouvement en faveur du capitaine juif Dreyfus, victime d&rsquo;un complot antis\u00e9mite au sein de l&rsquo;\u00e9tat-major fran\u00e7ais, atteignit son apog\u00e9e et aboutit \u00e0 sa gr\u00e2ce, les anarchistes n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 les derniers \u00e0 y contribuer par leur engagement de tous les instants. Mais une fois cette gr\u00e2ce acquise, les bailleurs de fonds, de riches membres de la communaut\u00e9 juive, n&rsquo;avaient plus aucune raison de continuer \u00e0 maintenir en vie un journal dont la propagande ne pouvait finalement que viser ses propres int\u00e9r\u00eats de classe (et qui, de surcro\u00eet, en 10 mois d&rsquo;existence, avait co\u00fbt\u00e9 400 000 francs). L&rsquo;Affaire Dreyfus avait donc prouv\u00e9 deux choses aux anarchistes: 1.) qu&rsquo;ils \u00e9taient tout \u00e0 fait \u00e0 m\u00eame de mener une campagne de presse victorieuse 2.) qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e0 m\u00eame de la financer par leurs propres moyens.<\/p>\n<p><strong>Apog\u00e9e et fin des \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-pont-remy.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-517\" title=\"gare-pont-remy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gare-pont-remy-300x187.jpg\" alt=\"la gare de Pont R\u00e9my\" width=\"153\" height=\"97\" \/><\/a>Apr\u00e8s la s\u00e9paration, Jacob (accompagn\u00e9 de sa m\u00e8re et de son amie) s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 Toulouse, ouvre sous le nom de Bonnet un magasin d&rsquo;alimentation et, camoufl\u00e9 sous une fa\u00e7ade de biens\u00e9ance bourgeoise, se met nuit apr\u00e8s nuit \u00e0 d\u00e9pouiller la classe poss\u00e9dante du sud de la France. Pendant ce temps se rassemble autour de Ferrand un nouveau groupe qui pr\u00e9f\u00e8re op\u00e9rer dans le nord. Durant cette p\u00e9riode, ils ne m\u00e8nent qu&rsquo;une seule action en commun. Aux environs du 23 novembre 1901, Ferrand et Jacob p\u00e9n\u00e8trent dans une \u00ab\u00a0maison fant\u00f4me\u00a0\u00bb, une villa \u00e0 Amiens inhabit\u00e9e depuis des ann\u00e9es. Toujours est-il que le propri\u00e9taire a eu l&rsquo;obligeance de laisser, en plus de la poussi\u00e8re et des toiles d&rsquo;araign\u00e9es, un coffre rempli \u00e0 ras bord d&rsquo;actions. L&rsquo;argent est utilis\u00e9 sans attendre: quelques camarades sont revenus de captivit\u00e9 en Guyane compl\u00e8tement sans ressources et doivent \u00eatre aid\u00e9s. Une fois tout ceci arrang\u00e9, Jacob retourne aussi vite dans le sud.<\/p>\n<p>Six mois passent. La police, effray\u00e9e par une s\u00e9rie de cambriolages qu&rsquo;elle ne peut tirer au clair, proc\u00e8de dans le sud-est de la France \u00e0 des v\u00e9rifications d&rsquo;identit\u00e9 syst\u00e9matiques.<\/p>\n<p>Le 24 juillet 1902 a lieu une perquisition surprise au domicile de la famille Bonnet. On tombe sur quelques objets suspects : des bijoux, des outils, beaucoup d&rsquo;argent liquide. Monsieur Bonnet a une explication tout \u00e0 fait claire pour tout. Les inspecteurs sont perplexes et se contentent finalement d&rsquo;une assignation \u00e0 compara\u00eetre le lendemain matin. Inutile de dire que monsieur \u00ab\u00a0Bonnet\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus jamais r\u00e9apparu dans cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Paris, Jacob s&rsquo;am\u00e9nage un somptueux appartement bourgeois. Il m\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9sent une double vie r\u00e9guli\u00e8re : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;honorable monsieur Escande, antiquaire jouissant de bons contacts avec le monde des arts et le monde des affaires, de l&rsquo;autre le cambrioleur anarchiste Alexandre Marius Jacob qui r\u00e9organise \u00ab\u00a0les travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb et veille d\u00e9sormais particuli\u00e8rement \u00e0 reb\u00e2tir sur des bases plus solides et plus \u00ab\u00a0conformes \u00e0 la lutte des classes\u00a0\u00bb. Les \u00ab\u00a0aventuriers\u00a0\u00bb sont tenus \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart (ou ne se mettent plus d&rsquo;eux m\u00eames \u00e0 disposition). Au lieu de cela on recrute de plus en plus dans les milieux\u00a0 \u00ab\u00a0anarchistes ouvriers\u00a0\u00bb. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de quelques d\u00e9butants (Vaillant et Blondel) d\u00e9j\u00e0 enr\u00f4l\u00e9s par Ferrand pendant l&rsquo;absence de Jacob, ce sont avant tout le jeune typographe Bour dont Jacob fait la connaissance lors d&rsquo;une des \u00ab\u00a0causeries populaires du 18\u00e8me arrondissement\u00a0\u00bb (ce sont des cercles de discussion libre organis\u00e9s par l&rsquo;anarchiste individualiste Albert Libertad) ainsi que l&rsquo;ouvrier mosa\u00efste L\u00e9on Ferr\u00e9 et sa femme Ang\u00e8le qui travaille comme concierge et dont la loge devient le point de chute principal des \u00e9quipes de cambriolage qui y d\u00e9posent leur butin.<\/p>\n<p>Au del\u00e0 de cela Jacob peut recourir \u00e0 une infrastructure rest\u00e9e intacte. \u00c0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1902, la \u00ab\u00a0machine\u00a0\u00bb se remet en marche et tourne \u00e0 plein r\u00e9gime les six mois suivants. Au total, l&rsquo;entreprise comprend \u00e0 cette p\u00e9riode environ 40 personnes dont 13 \u00ab\u00a0expropriateurs\u00a0\u00bb qui travaillent par groupes de deux ou trois. Jacob a maintenant compl\u00e8tement \u00ab\u00a0d\u00e9centralis\u00e9\u00a0\u00bb le cambriolage. Plusieurs \u00e9quipes op\u00e8rent simultan\u00e9ment et ind\u00e9pendamment l&rsquo;une de l&rsquo;autre dans diff\u00e9rentes parties du pays. La police reste impuissante face \u00e0 ce type de \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb parfaitement organis\u00e9, comme est inefficace en g\u00e9n\u00e9ral le travail d&rsquo;enqu\u00eate de cette \u00e9poque qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, est d&rsquo;un dilettantisme remarquable. Il n&rsquo;existe par exemple aucun fichier centralis\u00e9 et une collaboration interr\u00e9gionale des autorit\u00e9s polici\u00e8res est encore sous-d\u00e9velopp\u00e9e. Un individu recherch\u00e9 pour meurtre dans le nord et arr\u00eat\u00e9 pour vol dans le sud a de bonnes chances de n&rsquo;\u00eatre condamn\u00e9 que pour le vol.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que le seul contrecoup que le groupe ait eu \u00e0 surmonter jusqu&rsquo;ici remonte d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un an et demi. En f\u00e9vrier 1901, Jacob et Roy\u00e8re avaient \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9s apr\u00e8s un cambriolage. Roy\u00e8re, l&rsquo;ex-infirmier, fut alors mis aux arr\u00eats et plus tard condamn\u00e9 (il mourut en prison en 1903 sans avoir d\u00e9pos\u00e9) tandis que Jacob put s&rsquo;\u00e9chapper apr\u00e8s une cavale p\u00e9rilleuse au cours de laquelle il abattit un policier.<\/p>\n<p>Si cette panne put s&rsquo;expliquer par un malheureux concours de circonstances, les dessous d&rsquo;un deuxi\u00e8me incident rest\u00e8rent au d\u00e9but compl\u00e8tement dans l&rsquo;ombre: le 23 janvier 1903, peu apr\u00e8s leur retour d&rsquo;une de leurs \u00ab\u00a0tourn\u00e9es\u00a0\u00bb, Ferrand et Vaillant sont arr\u00eat\u00e9s dans leur appartement parisien. Comme ils refusent r\u00e9solument de faire toute d\u00e9position, les autres membres de l&rsquo;organisation peuvent continuer leur travail sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yeux-de-jacob-arrete.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-189\" title=\"yeux-de-jacob-arrete\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yeux-de-jacob-arrete.jpg\" alt=\"Les yeux de Jacob 1903\" \/><\/a>Dans la nuit du 27 au 28 mars, la team Jacob, P\u00e9lissard et Bour m\u00e8ne la plus risqu\u00e9e de toutes leurs op\u00e9rations, le cambriolage de la cath\u00e9drale de Tours.<\/p>\n<p>Tout commence par une erreur de Bour qui \u00e9tait parti en \u00ab\u00a0\u00e9claireur\u00a0\u00bb. La porte de la sacristie, cens\u00e9e \u00eatre un panneau de bois l\u00e9ger, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre sur place une pi\u00e8ce de ch\u00eane massif d&rsquo;au moins 15 cm d&rsquo;\u00e9paisseur. Impossible de la forcer avec l&rsquo;outil qu&rsquo;ils avaient apport\u00e9. Que faire? Abandonner? De l&rsquo;improvisation allait na\u00eetre un coup de g\u00e9nie dont l&rsquo;adresse et l&rsquo;audace restent aujourd&rsquo;hui encore in\u00e9gal\u00e9es. Un chantier non loin de l\u00e0 fournit au trio tout ce dont il a besoin. Tout d&rsquo;abord une longue \u00e9chelle de ma\u00e7on que Jacob appuie contre la fa\u00e7ade principale de la cath\u00e9drale et escalade pour atteindre la rosace. Il enl\u00e8ve la grille de protection, d\u00e9tache les vitres de leurs montures de plomb et descend dans la nef par une \u00e9chelle de corde. Deuxi\u00e8me d\u00e9ception: la porte d&rsquo;acc\u00e8s au presbyt\u00e8re est tout aussi inexpugnable que l&rsquo;entr\u00e9e de la sacristie.<\/p>\n<p>Jacob n&rsquo;a plus d&rsquo;autre choix que d&#8217;emporter ce que l&rsquo;\u00e9glise a \u00e0 offrir de plus pr\u00e9cieux: une s\u00e9rie de tentures murales datant du 18\u00e8me si\u00e8cle. Jacob doit rassembler toutes ses forces et tout son doigt\u00e9 pour pouvoir d\u00e9crocher ces pi\u00e8ces lourdes et les hisser jusqu&rsquo;\u00e0 la rosace \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un treuil de halage. Ces tapis roul\u00e9s \u00e9tant trop gros et trop lourds pour \u00eatre port\u00e9s \u00e0 dos d&rsquo;homme, on les charge sur une charrette trouv\u00e9e \u00e9galement sur le chantier et on les transporte jusqu&rsquo;\u00e0 la gare. L\u00e0, ils sont enregistr\u00e9s comme bagages express et envoy\u00e9s \u00e0 Paris par le train.<\/p>\n<p>Deux des tapis vont \u00e0 un collectionneur anglais, les trois autres sont \u00ab\u00a0retouch\u00e9s\u00a0\u00bb par un ami artisan,\u00a0 c&rsquo;est-\u00e0-dire que les motifs bibliques sont recouverts par des sc\u00e8nes de l&rsquo;histoire de France et imm\u00e9diatement mis en vente sur le march\u00e9. Plus les \u00ab\u00a0travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb agissent avec audace et succ\u00e8s, plus le foss\u00e9 se creuse entre eux et le mouvement r\u00e9volutionnaire qu&rsquo;ils avaient esp\u00e9r\u00e9 faire avancer avec leurs actions. Car malgr\u00e9 leurs \u00ab\u00a0subventions\u00a0\u00bb r\u00e9guli\u00e8res, les milieux anarchistes parisiens sont plus divis\u00e9s que jamais. Le nombre de tirages de leur presse stagne, l&rsquo;efficacit\u00e9 et la force de persuasion de leur propagande dispara\u00eet presque enti\u00e8rement derri\u00e8re des rivalit\u00e9s de personnes qui veulent toujours avoir raison et pinaillent sur des th\u00e9ories alambiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Le rapport de forces \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du camp libertaire s&rsquo;est nettement d\u00e9plac\u00e9 en faveur des syndicalistes. La \u00ab\u00a0F\u00e9d\u00e9ration des Bourses du Travail\u00a0\u00bb et les syndicats de la \u00ab\u00a0Conf\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale du Travail\u00a0\u00bb, CGT, ont fusionn\u00e9 en 1902 pour constituer un grand regroupement syndical, et les ann\u00e9es suivantes sont plac\u00e9es sous le signe du \u00ab\u00a0syndicalisme r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il est fort probable que la saturation et la d\u00e9ception caus\u00e9es par cette \u00e9volution n\u00e9gative aient \u00e9t\u00e9\u00a0 pour une bonne part \u00e0 l&rsquo;origine des imprudences qui, peu apr\u00e8s, m\u00e8nent \u00e0 l&rsquo;arrestation de Jacob et \u00e0 la destruction de toute l&rsquo;organisation. Le 21 avril 1903, Jacob et P\u00e9lissard prennent le train de nuit pour Abbeville o\u00f9 Bour les attend. Ils arrivent vers 2 heures du matin. Le simple fait que Jacob participe \u00e0 cette action est une faute: il est affaibli, fi\u00e9vreux.<\/p>\n<p>Le groupe a des difficult\u00e9s \u00e0 entrer dans la villa choisie pour cette nuit-l\u00e0. Par impatience peut-\u00eatre, Jacob, d&rsquo;habitude si prudent et minutieux, brise une vitre avec le poing au lieu de travailler comme toujours au diamant et \u00e0 la ventouse. Les bruits de verre bris\u00e9 sont entendus par les voisins. Ils doivent interrompre leur action. Au lieu de se s\u00e9parer, ils quittent ensemble la ville pour se rendre dans une gare de la p\u00e9riph\u00e9rie, et de l\u00e0 rejoindre le prochain objectif de leur \u00ab\u00a0tourn\u00e9e\u00a0\u00bb. Mais ils sont observ\u00e9s. La gare est encore ferm\u00e9e. En attendant le premier train, ils tuent le temps dans une cabane de garde-barri\u00e8re. Lorsque vers 5 h \u00bc du matin ils entrent dans la gare, ils sont interpell\u00e9s par deux agents de police. La sc\u00e8ne se transforme aussit\u00f4t en pugilat en r\u00e8gle. Bour et Jacob parviennent finalement \u00e0 tirer leurs revolvers et \u00e0 terrasser les deux repr\u00e9sentants de la loi trop press\u00e9s. L&rsquo;un est mort, l&rsquo;autre gri\u00e8vement bless\u00e9. Ils peuvent d&rsquo;abord s&rsquo;enfuir, mais toute la r\u00e9gion est bient\u00f4t en \u00e9tat d&rsquo;alerte. On commence \u00e0 organiser une battue. P\u00e9lissard est attrap\u00e9 peu de temps apr\u00e8s, Bour parvient \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper, Jacob r\u00e9ussit \u00e0 passer au travers pour atteindre le village le plus proche. Il se fait passer pour un antiquaire \u00e0 la recherche de meubles anciens. Cependant, les derni\u00e8res nouvelles de la fusillade se propagent rapidement. Il prend ses jambes \u00e0 son cou et quitte le village. Le surmenage physique et nerveux va lui faire payer un lourd tribut. En chemin, sur la grand-route, il a un \u00ab\u00a0rat\u00e9\u00a0\u00bb lourd de cons\u00e9quences: \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;\u00e9tais dans une de ces phases d&rsquo;\u00e9puisement o\u00f9 on regarde sans voir, o\u00f9 on touche sans sentir, o\u00f9 on vit sans vivre.<\/em>\u00a0\u00bb Soudain, une voiture s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. On veut voir ses papiers. Il n&rsquo;en a pas \u00e0 montrer. Bien qu&rsquo;il soit arm\u00e9, il se laisse emmener sans r\u00e9sistance.<\/p>\n<p><strong>Le proc\u00e8s<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_proces.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1099\" title=\"Proc\u00e8s jacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_proces-300x190.jpg\" alt=\"Proc\u00e8s d\\'Amiens : transfert de la \\\" width=\"153\" height=\"101\" \/><\/a> Sur les prisonniers, on trouve quelques indices permettant la d\u00e9couverte de l&rsquo;appartement parisien de Jacob o\u00f9 on va tendre un pi\u00e8ge \u00e0 Bour. Sur ce point, l&rsquo;instruction a du mal \u00e0 se mettre en marche. Certes, l&rsquo;amie de Bour raconte tout ce qu&rsquo;elle sait, mais ce n&rsquo;est pas beaucoup et la police n&rsquo;est pas plus avanc\u00e9e, d&rsquo;autant plus que tous les d\u00e9tenus se murent dans leur silence et que Jacob et Ferrand, si tant est que ce soit possible de la prison, font dispara\u00eetre les traces. Et ce n&rsquo;est que lorsque les autorit\u00e9s charg\u00e9es de l&rsquo;instruction parviennent \u00e0 Gabrielle Damiens, l&rsquo;amie de Ferrand, que la faille est trouv\u00e9e. Elle conna\u00eet tous les faits et gestes de l&rsquo;organisation et fait des aveux complets (qu&rsquo;elle ait d\u00e9j\u00e0 eu une grande part de responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;arrestation de Ferrand ne fait gu\u00e8re de doute)<a name=\"_ftnref2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn2\">[2]<\/a>. (5)<\/p>\n<p>Le reste n&rsquo;est pour la police que travail de routine. Suite \u00e0 sa d\u00e9position, une douzaine de personnes sont arr\u00eat\u00e9es d&rsquo;octobre 1903 \u00e0 avril 1904. Le dernier est Bonnefoy, qui se fait capturer lors d&rsquo;un vol sur un bateau au large de la c\u00f4te africaine. La structure de l&rsquo;organisation des \u00ab\u00a0travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb est d\u00e9mantel\u00e9e. Tous les d\u00e9tenus sont transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la prison d&rsquo;Abbeville, ce qui leur permet de communiquer plus facilement. Par des coups aux parois et des messages pass\u00e9s clandestinement d&rsquo;une cellule \u00e0 l&rsquo;autre, ils conviennent d&rsquo;une strat\u00e9gie commune: 1) ne rien dire des amis qui n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s 2) essayer de sauver ceux qui ont le moins de charges contre eux en niant leur participation 3) Jacob prend tout sous son bonnet, m\u00eame les actes qu&rsquo;il n&rsquo;a pas commis 4) les deux mouchards doivent \u00eatre liquid\u00e9s, en aucun cas ils ne doivent se pr\u00e9senter \u00e0 la barre. Gabrielle Damiens est retrouv\u00e9e peu apr\u00e8s empoisonn\u00e9e dans sa cellule, une mort \u00ab\u00a0<em>dans des circonstances myst\u00e9rieuses<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>L&rsquo;instruction est boucl\u00e9e fin 1904. Du moins provisoirement. Car ce que la police a mis \u00e0 jour laisse le Procureur de la R\u00e9publique croire \u00e0 une \u00ab\u00a0<em>conjuration mondiale<\/em>\u00ab\u00a0. Certes, il admet dans l&rsquo;acte d&rsquo;accusation qu&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>travail consid\u00e9rable<\/em>\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9, mais qu&rsquo;il permet tout juste \u00ab\u00a0<em>d&rsquo;ouvrir une br\u00e8che dans une terrifiante organisation criminelle dont l&rsquo;\u00e9tat-major n&rsquo;est toujours pas d\u00e9masqu\u00e9 et dont le quartier g\u00e9n\u00e9ral reste \u00e0 d\u00e9couvrir<\/em>.\u00a0\u00bb Il a raison, dans la mesure o\u00f9 les \u00ab\u00a0travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb se sont toujours consid\u00e9r\u00e9s comme une partie d&rsquo;un mouvement social r\u00e9volutionnaire plus vaste qui, lui, est loin d&rsquo;\u00eatre vaincu.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but se d\u00e9roule un proc\u00e8s o\u00f9 les r\u00f4les sont invers\u00e9s. L&rsquo;objectif de \u00ab\u00a0R\u00e9volutionnaires \u00e0 la barre\u00a0\u00bb de faire des accusateurs des accus\u00e9s et de transformer les d\u00e9bats en un tribunal dirig\u00e9 contre la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise est atteint. L&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre Ferrand, Bour, P\u00e9lissard et Bonnefoy se l\u00e8vent pour lire leurs d\u00e9clarations de guerre. Mais la vedette de ce man\u00e8ge est sans conteste Jacob. C&rsquo;est l&rsquo;impression que donne la lecture d&rsquo;un journal bourgeois: \u00ab\u00a0<em>Ce n&rsquo;est pas la soci\u00e9t\u00e9, repr\u00e9sent\u00e9e par les juges et les jur\u00e9s, qui si\u00e8ge au tribunal pour juger Jacob, chef des voleurs, c&rsquo;est Jacob, le chef de bande, qui fait un proc\u00e8s \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est lui qui tire les ficelles. Il se met constamment en sc\u00e8ne, il a r\u00e9plique \u00e0 tout. En cas de besoin, il fait lui-m\u00eame les questions et les r\u00e9ponses. C&rsquo;est lui qui m\u00e8ne les d\u00e9bats, qui prononce les jugements.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-134\" title=\"assiette-au-beurre\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-209x300.jpg\" alt=\"caricature parue dans l\\'Assiette au Beurre\" width=\"108\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-209x300.jpg 209w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre.jpg 591w\" sizes=\"(max-width: 108px) 100vw, 108px\" \/><\/a> En fait &#8211; gr\u00e2ce le plus souvent \u00e0 son humour et son sens de la repartie &#8211; Jacob r\u00e9ussit \u00e0 mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;esprit lutte des classes de ses actes et \u00e0 ridiculiser les repr\u00e9sentants de l&rsquo;accusation ainsi que leurs t\u00e9moins. Il a incontestablement les rieurs de son c\u00f4t\u00e9. Voici quelques morceaux choisis:<\/p>\n<p>&#8211; <em>Jacob (le juge tentant d&rsquo;expliquer le d\u00e9roulement d&rsquo;un cambriolage): \u00ab\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident, vous vous trompez. Envoyer les gens au bagne ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud, l\u00e0, vous vous y connaissez, je l&rsquo;avoue. Mais vous n&rsquo;avez aucune id\u00e9e de ce qu&rsquo;est un cambriolage. Vous n&rsquo;allez tout de m\u00eame pas m&rsquo;apprendre mon m\u00e9tier!\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>&#8211; <em>Une \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb (\u00e9num\u00e9rant les objets vol\u00e9s): \u00ab\u00a0&#8230; un mouchoir \u00e0 dentelles venant de mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re, d&rsquo;une valeur d&rsquo;au moins 250 francs&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jacob: \u00ab\u00a0Rien que cela, n&rsquo;est ce pas d\u00e9j\u00e0 une offense aux classes laborieuses?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <em>Une autre \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb: \u00ab\u00a0Le butin se montait \u00e0 environ 1000 francs.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jacob: \u00ab\u00a0Pour ce monsieur, ce n&rsquo;est bien s\u00fbr qu&rsquo;une broutille. Mais il faut \u00e0 un travailleur une ann\u00e9e enti\u00e8re pour gagner une telle somme!<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>&#8211; <em>Une personne vol\u00e9e se plaint: \u00ab\u00a0\u00a0\u00bbPeu apr\u00e8s ce vol, ma femme, rong\u00e9e par le chagrin, est morte d&rsquo;une attaque c\u00e9r\u00e9brale. Ainsi, non seulement vous avez d\u00e9rob\u00e9 ma fortune, mais en plus vous avez tu\u00e9 ma femme!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jacob: \u00ab\u00a0Je d\u00e9plore cette co\u00efncidence, mon pauvre monsieur. Mais, tout de m\u00eame, je ne suis pas Dieu le P\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; <em>Jacob: \u00ab\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident peut-il pr\u00e9ciser o\u00f9 se trouvaient les plaignants au moment des faits?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Juge: \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient \u00e0 la campagne.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jacob: \u00ab\u00a0Ah? Ils ont deux ch\u00e2teaux? Ce ne sont donc pas de pauvres gens! De quoi se plaignent-ils alors?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; <em>Juge (parlant d&rsquo;un gendarme abattu par Jacob): \u00ab\u00a0Bravo! Il a fait son devoir!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jacob: \u00ab\u00a0Oh oui! Il a bien m\u00e9rit\u00e9 du capitalisme et de la propri\u00e9t\u00e9! Ce n&rsquo;est pas une prouesse, c&rsquo;est une \u00e2nerie!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; <em>Juge (parlant d&rsquo;un dipl\u00f4me de procureur) : \u00ab\u00a0Pourquoi avez-vous vol\u00e9 ce dipl\u00f4me?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jacob: \u00ab\u00a0Je pr\u00e9parais d\u00e9j\u00e0 ma d\u00e9fense.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au bout d&rsquo;une semaine que se pr\u00e9sente au juge l&rsquo;occasion de mettre un terme \u00e0 cette mise \u00e0 mal permanente de \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb justice. Le mardi 14 mars, il se heurte aux avocats de la d\u00e9fense qui, se sentant offens\u00e9s, quittent imm\u00e9diatement la salle. Jacob bondit en hurlant: \u00ab\u00a0<em>Puisque nous n&rsquo;avons plus de d\u00e9fenseurs, nous ne pouvons rester ici plus longtemps.<\/em>\u00a0\u00bb Les autres accus\u00e9s se l\u00e8vent \u00e0 leur tour en invectivant les repr\u00e9sentants de l&rsquo;accusation. S&rsquo;ensuit alors une pagaille indescriptible. Cette fois, ce nouveau manque de respect d\u00fb \u00e0 la Cour va \u00eatre lourd de cons\u00e9quences. Le juge exclut du proc\u00e8s 9 des accus\u00e9s, dont Jacob, et ce pour le reste des d\u00e9bats. Une catastrophe pour Jacob, \u00e0 qui manque maintenant la tribune n\u00e9cessaire \u00e0 la propagation de ses id\u00e9es.<\/p>\n<p>Les jugements sont prononc\u00e9s le 22 mars: travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour Jacob et Bour (l&rsquo;assassin pr\u00e9sum\u00e9 des policiers), 100 ans de r\u00e9clusion criminelle pour 13 autres accus\u00e9s, avec des peines scrupuleusement \u00e9chelonn\u00e9es en incarc\u00e9ration en maison d&rsquo;arr\u00eat, p\u00e9nitencier et bagne, 7 acquittements.<\/p>\n<p>La foule mass\u00e9e devant le palais de justice se rassemble spontan\u00e9ment pour manifester et former un d\u00e9fil\u00e9 qui descend la grand-rue en entonnant <em>l&rsquo;Internationale<\/em>. Un tract est distribu\u00e9, sur lequel on peut lire un po\u00e8me de P\u00e9lissard se terminant par ces vers:<\/p>\n<p><em>L&rsquo;ouvrier tu \u00e9pargneras, <\/em><\/p>\n<p><em>mais le riche tu voleras,<\/em><\/p>\n<p><em>Un vrai chevalier tu seras<\/em><\/p>\n<p><em> quand ton levier tu brandiras.<\/em><\/p>\n<p><em>Le bourgeois tu d\u00e9pouilleras,<\/em><\/p>\n<p><em>fieff\u00e9 comp\u00e8re il restera:<\/em><\/p>\n<p><em>Voil\u00e0 pour toi qui voleras<\/em><\/p>\n<p><em> en r\u00e9sum\u00e9 ce que feras.<\/em><\/p>\n<p><em>Cette loi tu respecteras, <\/em><\/p>\n<p><em>bon voleur tu demeureras.<\/em><\/p>\n<p>En appel, 3 autres acquittements sont prononc\u00e9s (concernant entre autres la m\u00e8re de Jacob), 5 peines d&#8217;emprisonnement sont r\u00e9duites, les autres jugements sont confirm\u00e9s. Trois des d\u00e9port\u00e9s ne reviendront plus de l&rsquo;Enfer de Guyane: Ferrand, Bour, P\u00e9lissard. Personne ne sait ce qu&rsquo;est devenu Bonnefoy. Le seul \u00e0 pouvoir s&rsquo;enfuir est Clarenson. Son audace le pousse \u00e0 reprendre la m\u00eame vie qu&rsquo;avant. Son imprudence le fait prendre en flagrant d\u00e9lit d&rsquo;escroquerie \u00e0 Monte Carlo, il est condamn\u00e9 par contumace \u00e0 3 ann\u00e9es d&#8217;emprisonnement. Ensuite, plus de nouvelles.<\/p>\n<p><strong> Suite et fin samedi prochain<\/strong>.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref1\">[1]<\/a> Ce trousseau de cl\u00e9s personnel que Jacob appelait sa \u00ab\u00a0contrebasse\u00a0\u00bb devint c\u00e9l\u00e8bre aupr\u00e8s des experts. Un journal en a fait la description suivante: \u00ab\u00a0<em>Plus de 80 cl\u00e9s en m\u00e9tal nickel\u00e9, chacune \u00e9tant en r\u00e9alit\u00e9 double car munie d&rsquo;une partie mobile extr\u00eamement ing\u00e9nieuse, apparemment de fabrication am\u00e9ricaine. \u00c0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de ces cl\u00e9s se trouve un \u00e9videment rectangulaire permettant d&rsquo;ajouter \u00e0 l&rsquo;instrument un m\u00e9canisme particulier pour ouvrir les serrures les plus sophistiqu\u00e9es.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref2\">[2]<\/a> Que deux femmes fassent voler en \u00e9clats les \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb, voil\u00e0 un fait qui ne pr\u00e9sente pas sous un jour avantageux les relations entre les deux sexes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du groupe. Ces relations \u00e9taient apparemment des rapports de subordination et d&rsquo;autorit\u00e9. C&rsquo;est du moins ce qu&rsquo;on peut croire quand on sait que quelques hommes du groupe ont travaill\u00e9 quelque temps comme prox\u00e9n\u00e8tes et quelques unes de leurs femmes et amies comme prostitu\u00e9es. Ce qui ne suffit tout de m\u00eame pas \u00e0 justifier une trahison que beaucoup ont pay\u00e9e de leur libert\u00e9 et quelques uns de leur vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>O\u00f9 l&rsquo;on retrouve les Travailleurs de la Nuit, la Cause, les cambriolages, de vrais anarchistes et des criminels purs jus aussi\u00a0: Clarenson, Bonnefoy, Bour, P\u00e9lissard, Ferrand et d&rsquo;autres encore. Du sang, de la sueur et des larmes en perspective. Des coups magistraux\u00a0: rue Quincampoix, Pierre Loti. 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