{"id":1375,"date":"2010-03-06T01:11:38","date_gmt":"2010-03-05T23:11:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1375"},"modified":"2010-02-26T10:12:33","modified_gmt":"2010-02-26T08:12:33","slug":"michael-und-alexandre-marius-1e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2010\/03\/michael-und-alexandre-marius-1e-partie\/","title":{"rendered":"Michael und Alexandr\u00e9-Marius : 1e partie"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-allemand.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-714\" title=\"jacob-allemand\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-allemand-204x300.jpg\" alt=\"Die Gescchichte eines anarchistes Diebes\" width=\"126\" height=\"175\" \/><\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la brochure de Michael Halfbrodt ne r\u00e9side pas dans les informations donn\u00e9es sur Alexandre Jacob. Elles \u00e9manent presque toutes de la premi\u00e8re biographie de Jacob \u00e9crite en 1970 par Bernard Thomas. Elle s&rsquo;appuie aussi sur l&rsquo;\u00e9tude du <em>Mouvement anarchiste<\/em> de Jean Maitron. L&rsquo;auteur eut pu b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une source incomparable s&rsquo;il avait attendu une ann\u00e9e pour commettre sa vie de Jacob. En 1995, les \u00e9ditions montreuilloises de L&rsquo;Insomniaque publient les <em>Ecrits<\/em> du cambrioleur. On ne refait pas l&rsquo;histoire, m\u00eame avec de si. <em>Die Lebens-geschichte eines anarchistischen Diebes<\/em> sort en 1994 des presses du Syndikat-A de Moers, charmante cit\u00e9 allemande de Rh\u00e9nanie-du-Nord-Westphalie. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant donc \u00e0 retrouver outre-rhin, sur 37 pages format A5, les st\u00e9r\u00e9otypes de l&rsquo;aventurier fougueux mais politis\u00e9, les inventions, et les erreurs d&rsquo;interpr\u00e9tation v\u00e9hicul\u00e9s par le journaliste du Canard Encha\u00een\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p>La traduction de ce texte, faite en 2001 par Michel Barth\u00e9l\u00e9my professeur d&rsquo;Allemand au coll\u00e8ge de Fraize dans les Vosges, met en lumi\u00e8re une narration pr\u00e9sentant un triple int\u00e9r\u00eat. Jacob n&rsquo;appara\u00eet pas tout d&rsquo;abord comme l&rsquo;inspirateur de Maurice Leblanc. Pas de lupinose galopante ici. Le livret de Michael Halfbrodt mentionne, ensuite et en guise de conclusion, un extrait des souvenirs de L\u00e9o Malet. Si le cr\u00e9ateur de Nestor Burma \u00e9voque le gentleman cambrioleur, les anecdotes qu&rsquo;il d\u00e9veloppe prouvent l&rsquo;exact contraire de ce que les biographes de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur ont pu \u00e9crire. Alexandre Jacob ne sort pas bris\u00e9 de l&rsquo;enfer du bagne. Bien au contraire.<\/p>\n<p>L&rsquo;existence d&rsquo;une telle brochure, que nous mettons en ligne en trois fois, prouve enfin et surtout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat extra-hexagonal port\u00e9 au mouvement ill\u00e9galiste fran\u00e7ais de la soi-disant Belle Epoque et au \u00ab\u00a0<em>dernier des grands voleurs anarchistes<\/em> \u00bb, dixit le <em>Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Fran\u00e7ais<\/em>.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tribunal-damiens-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-136\" title=\"tribunal-damiens-1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tribunal-damiens-1-300x184.jpg\" alt=\"palais de justice d\\'Amiens\" width=\"227\" height=\"160\" \/><\/a>Michael Halfbrodt<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alexandre Marius Jacob &#8211; Biographie d&rsquo;un voleur anarchiste<\/strong><\/p>\n<p><strong>Syndikat-A Medienvertrieb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Moers, 1994<\/strong><\/p>\n<p>Mercredi 8 mars 1905. Mercredi des Cendres. Amiens, une ville de province situ\u00e9e dans le nord de la France, est en \u00e9tat de si\u00e8ge. Trois compagnies de fantassins et toutes les unit\u00e9s de gendarmerie disponibles sont d\u00e9ploy\u00e9es pour barrer l&rsquo;acc\u00e8s du palais de justice. D\u00e8s l&rsquo;aube, une foule de plusieurs milliers de personnes s&rsquo;est rassembl\u00e9e dans les rues. Dans quelques minutes doit s&rsquo;ouvrir le proc\u00e8s de la \u00ab\u00a0Bande d&rsquo;Abbeville\u00a0\u00bb. Il est question de vol qualifi\u00e9 et de meurtre de policiers. Un spectacle monstre s&rsquo;annonce: 24 accus\u00e9s, 158 t\u00e9moins cit\u00e9s \u00e0 la barre, acte d&rsquo;accusation de 161 pages. Tous les grands quotidiens ont envoy\u00e9 leurs reporters \u00e0 Amiens, car aux dimensions sensationnelles de la proc\u00e9dure s&rsquo;ajoute une particularit\u00e9 suppl\u00e9mentaire: tous les accus\u00e9s sont des anarchistes convaincus. Au dehors, devant le tribunal, l&rsquo;agitation se propage. Des tracts sont distribu\u00e9s, parmi lesquels la derni\u00e8re \u00e9dition de Germinal, organe des amis politiques des accus\u00e9s, qui avec sa rh\u00e9torique expressive chauffe l&rsquo;atmosph\u00e8re depuis d\u00e9j\u00e0 quelques mois: \u00ab\u00a0<em>Si tu veux \u00eatre libre, ach\u00e8te un fusil ! Si tu n&rsquo;as pas d&rsquo;argent, voles-en un !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier, apr\u00e8s un rassemblement anarchiste, il y avait eu de graves \u00e9chauffour\u00e9es \u00e0 Amiens, la police avait tir\u00e9 sur la foule: 10 bless\u00e9s. Les forces de l&rsquo;ordre veulent \u00e0 tout prix \u00e9viter que de tels faits se reproduisent, ce qui explique le nombre impressionnant de policiers et de militaires. En fait, tout est relativement calme quand arrivent enfin les fourgons cellulaires avec les accus\u00e9s, entour\u00e9s d&rsquo;une escorte de cavaliers.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat se porte sur l&rsquo;accus\u00e9 principal, qui est accueilli par la foule aux cris de \u00ab\u00a0<em>Vive Jacob!<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0<em>Vive l&rsquo;anarchie!<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Vers midi, la Cour fait son entr\u00e9e. Un laissez-passer est n\u00e9cessaire pour qui voudrait entrer dans la salle d&rsquo;audience. On veut garantir ainsi que seul pourra assister aux d\u00e9bats un public bourgeois tri\u00e9 sur le volet. La s\u00e9ance commence par un coup d&rsquo;\u00e9clat: seuls 5 jur\u00e9s sont pr\u00e9sents, le reste s&rsquo;est fait excuser sous des pr\u00e9textes divers (il est vrai que chacun d&rsquo;entre eux a re\u00e7u auparavant une lettre de menaces). Les d\u00e9bats sont interrompus. On fait chercher un par un les citoyens peureux \u00e0 leur domicile. Vers 14 heures on peut enfin continuer.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers \u00e9changes avec l&rsquo;accus\u00e9 principal, le juge sait brutalement \u00e0 quoi s&rsquo;en tenir.<\/p>\n<p>Juge: \u00ab\u00a0<em>Levez-vous!<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Jacob: \u00ab\u00a0Mais vous, vous restez assis !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Juge: \u00ab\u00a0<em>Enlevez votre chapeau quand vous me parlez !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Jacob: \u00ab\u00a0<em>Mais vous portez encore le v\u00f4tre !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Juge: \u00ab\u00a0<em>Vous \u00eates ici devant le tribunal. Vous devez savoir vous tenir et respecter les r\u00e8gles de la biens\u00e9ance !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Jacob: <em>Mais tout ceci est une farce! Une parodie de justice! J&rsquo;aurais du respect pour vous si vous en aviez pour les travailleurs !&#8230;<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>La suite de son intervention est couverte par le brouhaha.<\/p>\n<p>Juge: \u00ab\u00a0<em>Silence! Silence ou je fais \u00e9vacuer la salle !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Puis: \u00ab\u00a0<em>Accus\u00e9, avez-vous des jur\u00e9s que vous souhaitiez r\u00e9cuser ?<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Jacob: \u00ab\u00a0<em>Je les r\u00e9cuse tous car ils sont nos ennemis !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Il a raison. Sur le banc des jur\u00e9s n&rsquo;ont pris place que des citoyens des classes poss\u00e9dantes, pas un seul travailleur. Ce proc\u00e8s est le prototype m\u00eame d&rsquo;une justice de classe.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/armand-behic.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-174\" title=\"armand-behic\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/armand-behic-300x187.jpg\" alt=\"l\\'Armand Behic\" width=\"150\" height=\"95\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/armand-behic-300x187.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/armand-behic.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>Le jeune pirate<\/strong><\/p>\n<p>Celui qui parle l\u00e0 avec tant d&rsquo;assurance est Alexandre Marius Jacob, n\u00e9 le 29 septembre 1879 \u00e0 Marseille. Son p\u00e8re, Joseph Jacob, est originaire d&rsquo;Alsace. Il travaille comme matelot avant de faire la connaissance de Marie Berthou, une fille de paysan, qui deviendra sa future femme et la m\u00e8re de Marius. Apr\u00e8s son mariage, il abandonne la navigation et s&rsquo;engage comme commis. Le mariage n&rsquo;est pas heureux. Joseph est un caract\u00e8re faible, bien inf\u00e9rieur \u00e0 sa femme en intelligence et \u00e9nergie. Que cette derni\u00e8re, avec l&rsquo;argent d&rsquo;un h\u00e9ritage, ach\u00e8te une boulangerie et le \u00ab\u00a0d\u00e9grade\u00a0\u00bb en faisant de lui un employ\u00e9 est un coup suppl\u00e9mentaire port\u00e9 \u00e0 sa dignit\u00e9 d&rsquo;homme qu&rsquo;il venge par de l&rsquo;absinthe et des coups. Dans ce duel conjugal, Marius a tr\u00e8s vite pris parti. Sa vie durant, il gardera des liens tr\u00e8s \u00e9troits avec sa m\u00e8re, alors qu&rsquo;il m\u00e9prise son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Un caprice de son g\u00e9niteur fera entrer Marius dans une \u00e9cole monastique. C&rsquo;est un \u00e9l\u00e8ve tr\u00e8s dou\u00e9 qui malgr\u00e9 tout s&rsquo;ennuie. Avec une autorisation sp\u00e9ciale il peut terminer l&rsquo;\u00e9cole d\u00e8s 11 ans. Il a la possibilit\u00e9 de continuer l&rsquo;\u00e9cole jusqu&rsquo;au bac, peut-\u00eatre m\u00eame de faire des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, \u00e0 condition cependant d&rsquo;entrer au s\u00e9minaire. Les parents refusent. Ils n&rsquo;aiment pas les frocs noirs. Marius est soulag\u00e9. Lui non plus n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le bon dieu et ses repr\u00e9sentants terrestres. Il pr\u00e9f\u00e8re les romans de Jules Verne et le port de Marseille. C&rsquo;est ce qui va faire pencher la balance.<\/p>\n<p>\u00c0 11 ans \u00bd il s&rsquo;engage comme mousse sur le Thibet. La vie en mer est bien moins romantique que celle d\u00e9crite chez Jules Verne. Pourtant il persiste, traverse plusieurs fois l&rsquo;Atlantique, fait des \u00e9conomies, envoie de l&rsquo;argent \u00e0 la maison car la boulangerie des parents marche mal. \u00c0 12 ans, il devient timonier en second sur le Ville-de-la-Ciotat, il apprend \u00e0 conna\u00eetre l&rsquo;Oc\u00e9an Pacifique Sud. Il fait sa sortie suivante \u00e0 bord de l&rsquo;Armand B\u00e9hic o\u00f9 il va vivre des exp\u00e9riences extr\u00eamement d\u00e9sagr\u00e9ables. Il est victime de plusieurs tentatives de viol. Les \u00ab\u00a0prestations de service\u00a0\u00bb sexuelles de ce genre sont monnaie courante et sont exig\u00e9es des plus jeunes par les matelots les plus \u00e2g\u00e9s comme leur droit naturel.<\/p>\n<p>\u00c0 Sydney, Marius d\u00e9serte, vit d&rsquo;exp\u00e9dients, travaille comme cireur de chaussures, gardien de phoques. Un compatriote l&#8217;emm\u00e8ne sur un baleinier qui se r\u00e9v\u00e8le bient\u00f4t \u00eatre un bateau pirate. Jules Verne a tout de m\u00eame fini par le rattraper. \u00c0 la premi\u00e8re attaque, il reste sous le pont. Il re\u00e7oit malgr\u00e9 tout sa part du butin. D&rsquo;un seul coup il poss\u00e8de plus d&rsquo;argent que jamais auparavant dans sa vie. Dans une lettre exalt\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re il parle de son nouveau travail, en passant bien s\u00fbr sous silence certains d\u00e9tails. La deuxi\u00e8me flibuste est m\u00eame encore plus lucrative, mais cette fois-ci il doit personnellement prendre part \u00e0 la tuerie. Il est malade \u00e0 en rendre l&rsquo;\u00e2me. Au premier port il s&rsquo;\u00e9clipse sans demander son reste. Un coup de chance! Huit jours plus tard le bateau pirate est captur\u00e9 par les garde-c\u00f4tes, l&rsquo;\u00e9quipage pendu haut et court.<\/p>\n<p>Un cargo anglais le ram\u00e8ne \u00e0 Marseille o\u00f9 la police l&rsquo;attend d\u00e9j\u00e0: pour d\u00e9sertion. Au tribunal, Marius\u00a0 r\u00e9ussit \u00e0 convaincre le juge de sa d\u00e9tresse. Il est acquitt\u00e9. Il a 13 ans et d\u00e9cide d&rsquo;\u00eatre dor\u00e9navant un marin exemplaire. Ni beuveries, ni jeux de hasard, ni descentes dans les bordels. Au lieu de cela, chaque minute de libre est consacr\u00e9e \u00e0 la lecture de livres de navigation. 4 ans plus tard, un virus myst\u00e9rieux met fin \u00e0 sa carri\u00e8re de marin. Il se retrouve \u00e0 Marseille plus mort que vivant. Pas question de repartir un jour en mer !<\/p>\n<p>Il a 17 ans et a d\u00e9j\u00e0 bien roul\u00e9 sa bosse, pourtant le bilan de ces ann\u00e9es qu&rsquo;il tire dans son proc\u00e8s face au juge est refroidissant: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu le monde, il n&rsquo;\u00e9tait pas beau. Partout une poign\u00e9e de criminels dans votre genre qui exploitent des malheureux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Fabrication de bombes et boycott \u00e9lectoral<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marmite-a-renversement.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1343\" title=\"Marmite \u00e0 renversement\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marmite-a-renversement.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"165\" \/><\/a>Un voisin de palier introduit le convalescent dans le monde des id\u00e9es anarchistes. A peine r\u00e9tabli, il participe \u00e0 son premier rassemblement politique, qui est violemment dissous par la police. Son nouvel ami doit prendre ses jambes \u00e0 son cou et quitter la ville. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9 comme dangereux fauteur de troubles. Il laisse \u00e0 Marius ses livres et sa place dans une imprimerie. Les deux lui sont d&rsquo;une grande utilit\u00e9. Les brochures de Bakounine, Proudhon, Kropotkine, Malatesta, Stirner et d&rsquo;autres encore lui procurent une connaissance plus pr\u00e9cise des th\u00e9ories anarchistes. Roques, un coll\u00e8gue de travail, lui permet l&rsquo;acc\u00e8s aux cercles anarchistes de Marseille et des environs. Dor\u00e9navant il consacre ses temps libres \u00e0 \u00ab\u00a0la cause\u00a0\u00bb: apr\u00e8s le travail il distribue des tracts, la nuit il compose et imprime le journal \u00ab\u00a0L&rsquo;Agitateur\u00a0\u00bb et, le dimanche, il jette des boules puantes \u00e0 la messe pour que les fid\u00e8les se d\u00e9lectent de la puanteur de leurs p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p>En \u00e9t\u00e9 1897, Charles Malato, l&rsquo;un des anarchistes les plus connus de l&rsquo;\u00e9poque, arrive \u00e0 Marseille. Il voudrait parvenir \u00e0 une meilleure coordination des nombreux groupes anarchistes de province. La vague d&rsquo;attentats anarchistes \u00e0 la bombe s&rsquo;est quelque peu att\u00e9nu\u00e9e les 2-3 ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, mais elle continue \u00e0 marquer fortement les esprits. Malato est contre cette politique. Il se refuse \u00e0 courir des risques inutiles. Toutefois il entretient dans sa mansarde un laboratoire de chimie o\u00f9 il fabrique du nitrobenz\u00e8ne. Finalement, il faut bien se pr\u00e9parer au \u00ab\u00a0grand jour\u00a0\u00bb de l&rsquo;insurrection g\u00e9n\u00e9rale. Comme preuve de confiance, il pr\u00eate \u00e0 Marius son \u00ab\u00a0livre de recettes\u00a0\u00bb. Celui-ci est pr\u00eat \u00e0 tout et devient ainsi la proie facile d&rsquo;une provocation polici\u00e8re. Un pr\u00e9sum\u00e9 camarade, en r\u00e9alit\u00e9 un de ces mouchards qui infestent les milieux anarchistes du fait de leur perm\u00e9abilit\u00e9, lui glisse un paquet en lui demandant de le conserver pour lui pendant quelques jours. Le lendemain matin, la gendarmerie est \u00e0 sa porte. On trouve le paquet qui contient tous les \u00ab\u00a0ingr\u00e9dients\u00a0\u00bb n\u00e9cessaires \u00e0 la confection d&rsquo;une bonne bombe et \u00e9galement le \u00ab\u00a0carnet\u00a0\u00bb de Malato. Le 13 octobre 1897, Marius est condamn\u00e9 \u00e0 une peine d&#8217;emprisonnement de 6 mois pour d\u00e9tention d&rsquo;explosifs.<\/p>\n<p>En avril 1898, il recouvre la libert\u00e9. Entre-temps les cercles anarchistes locaux se sont agrandis. La presque totalit\u00e9 du comit\u00e9 de r\u00e9daction du journal \u00ab\u00a0Le Libertaire\u00a0\u00bb s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e de Paris \u00e0 Marseille et se fond au reste du groupe gravitant autour de \u00ab\u00a0L&rsquo;Agitateur\u00a0\u00bb. Une de leurs premi\u00e8res actions communes est une campagne contre les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1898. Marius se met en \u00e9vidence par sa mani\u00e8re particuli\u00e8rement efficace de pratiquer dans sa circonscription une sorte de \u00ab\u00a0boycott \u00e9lectoral actif\u00a0\u00bb. La recette se trouve dans un \u00e9crit anarchiste de l&rsquo;\u00e9poque:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Prendre un morceau de phosphore (b\u00e2tonnet de phosphore que l&rsquo;on trouve dans toute droguerie ou presque), gros comme une t\u00eate d&rsquo;\u00e9pingle \u00e0 peu pr\u00e8s, l&rsquo;introduire dans le bulletin de vote en laissant passer un peu d&rsquo;air car le phosphore ne prend feu qu&rsquo;au contact de l&rsquo;air \u00e0 une temp\u00e9rature de 20 \u00b0. Envelopp\u00e9 dans un papier quelconque il commence \u00e0 br\u00fbler in\u00e9luctablement au bout de quelques instants et enflamme toute cette paperasse qui se trouve dans l&rsquo;urne dans laquelle on a introduit ce bulletin de vote d&rsquo;un nouveau genre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le vote doit \u00eatre annul\u00e9. Sa popularit\u00e9, acquise dans les cercles anarchistes gr\u00e2ce \u00e0 de telles actions et son s\u00e9jour en prison, place Marius Jacob en m\u00eame temps dans la ligne de mire de la police, qui ne va pas cesser de lui chercher des histoires. R\u00e9guli\u00e8rement, toutes les deux semaines: perquisition \u00e0 son domicile, autrement dit l&rsquo;appartement de ses parents est mis totalement sens dessus dessous. Une br\u00e8ve visite \u00e0 son employeur et il se retrouve sans travail &#8211; mais en aucun cas d\u00e9courag\u00e9. Il tombe amoureux de la prostitu\u00e9e Rose Roux, qui devient sa compagne, il emm\u00e9nage chez elle pour \u00e9pargner \u00e0 ses parents les sempiternelles visites polici\u00e8res, trouve une place d&rsquo;apprenti pharmacien qui lui prend la plupart de son temps. Il voit moins souvent ses amis et, politiquement parlant, se montre un peu plus discret. En vain. Son travail \u00e0 la pharmacie se termine \u00e9galement, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide polici\u00e8re, par un rapide licenciement. Au cours d&rsquo;une nouvelle perquisition \u00e0 son domicile, le seul bijou de sa m\u00e8re, sa bague de fian\u00e7ailles, est saisi. Pourquoi ne l&rsquo;aurait-elle pas vol\u00e9e?!<\/p>\n<p>C&rsquo;en est trop! \u00c0 cette soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;arr\u00eate pas de le harceler il d\u00e9clare d\u00e9finitivement la guerre.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1042\" title=\"la rue myst\u00e8re\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-1-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"116\" \/><\/a><\/strong><strong>Ann\u00e9es d&rsquo;apprentissage d&rsquo;un \u00ab\u00a0hors-la-loi\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Le 31 mars 1899, vers 14 h, trois fonctionnaires de police, un commissaire et deux inspecteurs, entrent dans la boutique de l&rsquo;honorable monsieur Gilles, un pr\u00eateur sur gages de Marseille (par ailleurs suspect\u00e9 de recel depuis longtemps). Ils sont \u00e0 la recherche d&rsquo;une montre qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9e lors d&rsquo;un vol doubl\u00e9 d&rsquo;un assassinat. Le magasin est ferm\u00e9, les locaux sont fouill\u00e9s, tous les objets de valeur sont scrupuleusement inventori\u00e9s. Finalement, au bout de trois heures, on a apparemment trouv\u00e9. Monsieur Gilles et un employ\u00e9 sont arr\u00eat\u00e9s et emmen\u00e9s menottes aux poignets, sa marchandise &#8211; montres, bijoux, vaisselle, couverts, obligations, actions d&rsquo;une valeur totale de 400.000 francs or<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn1\">[1]<\/a> &#8211; est saisie.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s au palais de justice, les deux malfaiteurs doivent d&rsquo;abord prendre place dans l&rsquo;antichambre du Procureur de la R\u00e9publique. On leur dit qu&rsquo;on va bient\u00f4t s&rsquo;occuper d&rsquo;eux. Le temps passe. Les bureaux ferment, les b\u00e2timents se vident. Il est d\u00e9j\u00e0 tard lorsque le concierge, bouclant sa derni\u00e8re ronde, tr\u00e9buche sur les deux \u00e9tranges silhouettes dont les protestations d&rsquo;innocence et l&rsquo;agitation lui paraissent bien louches. Il parvient encore \u00e0 intercepter un juge sur le chemin de son domicile qui lui signe en toute h\u00e2te un mandat de mise en d\u00e9tention pr\u00e9ventive. Il faudra attendre le lendemain matin pour que l&rsquo;affaire soit tir\u00e9e au clair. Les trois repr\u00e9sentants de la loi de la veille ont disparu, les biens de monsieur Gilles \u00e9galement. Du reste, on est le 1er avril.<\/p>\n<p>Pendant que la France enti\u00e8re rit de cet affront, les trois faux policiers &#8211; Jacob, Roques et un certain Morel &#8211; se sont retir\u00e9s en Espagne. Une part importante du butin est imm\u00e9diatement mise \u00e0 la disposition des camarades espagnols pour aider les victimes de la vague de r\u00e9pression qui est en train de d\u00e9ferler. Jacob revient seul en France. C&rsquo;est alors seulement que d\u00e9bute sa carri\u00e8re de cambrioleur professionnel. Pour l&rsquo;instant, il manque encore d&rsquo;exp\u00e9rience. Alors qu&rsquo;il se lance chez un notaire d&rsquo;Aix-en-Provence, le coffre r\u00e9siste avec obstination \u00e0 ses tentatives d&rsquo;effraction. Il doit finalement se contenter de titres et d&rsquo;une montre pour une valeur de 30.000 francs. Sa confiance dans les \u00ab\u00a0camarades\u00a0\u00bb est \u00e9galement encore trop grande. Quelqu&rsquo;un l&rsquo;a mouchard\u00e9 et il est arr\u00eat\u00e9 le lendemain dans un caf\u00e9. \u00c7a commence \u00e0 sentir le roussi car il porte l&rsquo;ensemble du butin sur lui. Pourtant, c&rsquo;est ici que se manifeste pour la premi\u00e8re fois ce qui caract\u00e9risera toujours Jacob: sa pr\u00e9sence d&rsquo;esprit et son sang-froid. Sur le chemin du commissariat il r\u00e9ussit, pr\u00e9textant devoir lacer sa chaussure, \u00e0 faire dispara\u00eetre par une fen\u00eatre de cave cette \u00ab\u00a0marchandise br\u00fblante\u00a0\u00bb. La police n&rsquo;a aucune preuve tangible et se voit oblig\u00e9e de le rel\u00e2cher. Un complice se charge de mettre le butin en lieu s\u00fbr.<\/p>\n<p>Les deux effractions suivantes lui servent plut\u00f4t d&rsquo;entra\u00eenement. Leur produit est pour ainsi dire nul. Ce n&rsquo;est pas comme au ch\u00e2teau de la Comtesse de Cassagne, o\u00f9 disparaissent des bijoux et de l&rsquo;argenterie pour une valeur de plusieurs milliers de francs. Pourtant, ici aussi Jacob joue de malchance. Une fois de plus, il ne parvient pas \u00e0 ouvrir le coffre et en est fort m\u00e9content. Pour la premi\u00e8re fois, il laisse derri\u00e8re lui sa \u00ab\u00a0carte de visite\u00a0\u00bb: \u00ab\u00a0<em>Sale aristocrate, estime-toi heureuse que nous n&rsquo;ayons pas assez de temps, sinon nous nous serions amus\u00e9s \u00e0 all\u00e9ger ton coffre. \u00c0 la prochaine. En esp\u00e9rant que \u00e7a marchera mieux.<\/em>\u00a0\u00bb Sign\u00e9: Attila.<\/p>\n<p>Un peu plus tard, il rencontre Frossati, un camarade sicilien qui a d\u00e9j\u00e0 plus d&rsquo;exp\u00e9rience dans le maniement des pinces-monseigneur et des vilebrequins. Un raffineur de sucre de Narbonne peut en t\u00e9moigner. Cette fois-ci, \u00ab\u00a0Attila\u00a0\u00bb a de quoi jubiler: \u00ab\u00a0<em>Si nous avions eu assez de temps chez la Comtesse, il lui serait arriv\u00e9 la m\u00eame chose. Le bonjour \u00e0 tous. Attila. Postscriptum. Vilebrequin: syst\u00e8me brevet\u00e9.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Il se retire un moment en Espagne. Dans le lieu de p\u00e8lerinage de Compostelle, il envisage\u00a0 de voler le \u00ab\u00a0Saint-Jacques\u00a0\u00bb en or massif de 400 kilos et de le casser en morceaux pour pouvoir mieux le transporter et le cacher. Mais certains pr\u00e9jug\u00e9s religieux de ses sympathisants locaux font \u00e9chouer son fameux plan. De France \u00e9galement lui parviennent de mauvaises nouvelles: un de ses complices de Marseille a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et a tout d\u00e9ball\u00e9. L\u00e0-dessus, Jacob est condamn\u00e9 par contumace \u00e0 5 ann\u00e9es d&#8217;emprisonnement.<\/p>\n<p>Sur la route du retour vers Marseille, Jacob repasse par B\u00e9ziers, cette fois chez les Galabruns, une famille de viticulteurs ultra riches, et encaisse plus de 200 000 francs en liquide et obligations d&rsquo;Etat. Mais, le lendemain, le journal lui apprend que, dans la cave, il est pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de deux autres coffres-forts contenant 2 millions de francs.<\/p>\n<p>Avec Frossati, il monte un nouveau coup. Au casino de Monte Carlo, il simule une crise d&rsquo;\u00e9pilepsie tandis que Frossati profite du tumulte pour d\u00e9barrasser la table de jeu. Cette fois-ci, c&rsquo;est le coup de l&rsquo;arroseur arros\u00e9. Frossati s&rsquo;est esquiv\u00e9 avec l&rsquo;argent. Jacob se lance aussit\u00f4t sur ses traces vers l&rsquo;Italie. Peu apr\u00e8s, Frossati est mort. On n&rsquo;a jamais su qui de Jacob ou de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de cette mort myst\u00e9rieuse.<\/p>\n<p>\u00c0 son retour, Jacob est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Toulon. Il d\u00e9cide de jouer au fou: avec succ\u00e8s. Il est transf\u00e9r\u00e9 dans un asile, o\u00f9 il retrouve parmi les infirmiers un camarade, Roy\u00e8re, \u00e0 qui il se confie et qui lui indique la conduite \u00e0 tenir pour se faire enfermer dans la \u00ab\u00a0cellule en caoutchouc\u00a0\u00bb. Celle-ci se trouve en effet \u00e0 proximit\u00e9 directe du mur ext\u00e9rieur et est l&rsquo;endroit le plus favorable pour une \u00e9vasion. Dans la nuit du 18 au 19 avril 1900 il est d\u00e9livr\u00e9 par ses complices, parmi lesquels ses parents et sa compagne.<\/p>\n<p><strong>Digression : la \u00ab\u00a0reprise individuelle\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-257\" title=\"coffre-fort\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort-216x300.jpg\" alt=\"coffre fort Le Crapouillot septembre 1939\" width=\"111\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort-216x300.jpg 216w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 111px) 100vw, 111px\" \/><\/a>Le vol, ou ce qu&rsquo;on appelait la \u00ab\u00a0reprise individuelle\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la \u00ab\u00a0r\u00e9appropriation individuelle\u00a0\u00bb, \u00e9tait vivement discut\u00e9 dans les milieux anarchistes depuis le milieu des ann\u00e9es 1880. La revue la plus influente de l&rsquo;\u00e9poque, <em>Le R\u00e9volt\u00e9<\/em>, avait tout d&rsquo;abord adopt\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard un point de vue plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9: l&rsquo;appropriation ill\u00e9gale, qu&rsquo;elle soit individuelle ou collective, ne pouvait \u00eatre justifi\u00e9e dans tous les cas, mais uniquement lorsqu&rsquo;elle pouvait \u00eatre comprise, et ce sans aucune \u00e9quivoque, comme un acte r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Les travailleurs qui, pendant une gr\u00e8ve ou un soul\u00e8vement, s&#8217;emparent des ateliers et s&rsquo;y installent apr\u00e8s en avoir chass\u00e9 leurs exploiteurs ; le locataire qui ne peut plus payer le loyer mais n&rsquo;a aucune envie de se laisser expulser et qui, au lieu de cela, jette le propri\u00e9taire en bas de l&rsquo;escalier ; l&rsquo;affam\u00e9 qui, compl\u00e8tement d\u00e9muni, en groupe ou seul, va dans les magasins et prend ce dont il a besoin: voil\u00e0\u00a0 des faits dont nous pouvons nous montrer solidaires, car ils sont commis par de vrais rebelles. Nous n&rsquo;avons rien \u00e0 voir avec tout ce qui d\u00e9passe ce cadre l\u00e0. Tout ce qui vit ou voudrait vivre sans produire n&rsquo;est que parasite et, de ce fait, notre ennemi.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Le cas de Cl\u00e9ment Duval, qui avait d\u00e9valis\u00e9 une bijouterie mais qui, peu apr\u00e8s, avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, amena la revue \u00e0 adopter quant au vol individuel une position moins cat\u00e9gorique, d&rsquo;autant que Duval se r\u00e9clama sans \u00e9quivoque de ses convictions anarchistes qui l&rsquo;avaient pouss\u00e9 \u00e0 commettre cet acte. Il invoqua \u00e9galement le droit \u00e0 l&rsquo;existence: \u00ab\u00a0<em>Tout homme a le devoir de revendiquer ce droit dans tout ce qu&rsquo;il comprend. Si la soci\u00e9t\u00e9 le prive du n\u00e9cessaire vital, il est autoris\u00e9 \u00e0 le prendre l\u00e0 o\u00f9 il est en abondance.<\/em>\u00ab\u00a0<a name=\"_ftnref2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Le cas Duval provoqua une divergence d&rsquo;opinions d\u00e9finitive. Alors que les socialistes r\u00e9prouvaient clairement son action et persistaient \u00e0 penser que les capitalistes ne pourraient \u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs biens que collectivement, suivant le processus r\u00e9volutionnaire, les anarchistes accordaient \u00e0 chacun le droit de s&rsquo;arroger \u00e0 tout moment sa part du bien collectif: \u00ab\u00a0<em>Si on ne peut pas faire la r\u00e9volution enti\u00e8rement, on la fait au moins dans la mesure de ses forces.<\/em>\u00a0\u00bb Car, toujours selon le savant anarchiste Elis\u00e9e Reclus, \u00ab\u00a0<em>\u00e9tant donn\u00e9 que le bien collectif a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9 par quelques uns, pourquoi doit-on alors respecter ce bien dans le d\u00e9tail si on ne le reconna\u00eet pas dans son ensemble? Il y a donc un droit absolu \u00e0 prendre &#8211; \u00e0 voler, comme on dit habituellement. Il faut donc qu&rsquo;\u00e0 ce sujet une nouvelle morale s&rsquo;impose dans la mani\u00e8re de penser et d&rsquo;agir.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Tout ceci n&rsquo;a en rien modifi\u00e9 la vision anarchiste d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 future dans laquelle aussi bien le vol que son pendant, le travail, auraient cess\u00e9 d&rsquo;exister: \u00ab\u00a0<em>On prendra sans demander, et ce ne sera pas du vol, on investira ses capacit\u00e9s et son \u00e9nergie, et ce ne sera pas du travail.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>La discussion sur le vol fut reprise dans les ann\u00e9es 1896-1898 dans \u00ab\u00a0Le Libertaire\u00a0\u00bb et cette fois avec des tonalit\u00e9s nettement diff\u00e9rentes<a name=\"_ftnref3\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn3\">[3]<\/a>. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1890, un nombre de plus en plus important d&rsquo;anarchistes s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 en faveur d&rsquo;une affiliation syndicale pour ancrer plus fortement l&rsquo;anarchisme dans le mouvement ouvrier (d&rsquo;o\u00f9 le d\u00e9veloppement de l&rsquo;anarcho-syndicalisme). C&rsquo;est pourquoi les adversaires antisyndicalistes de cette politique se virent oblig\u00e9s d&rsquo;articuler plus distinctement leur propre point de vue.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;un syndicat?<\/em>\u00a0\u00bb demanda \u00e0 peu pr\u00e8s en ces termes Paraf-Juval en donnant lui-m\u00eame la r\u00e9ponse suivante: \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est une association dans laquelle les imb\u00e9ciles se rangent par professions pour essayer de rendre moins insupportables les relations entre ouvriers et patrons. De deux choses l&rsquo;une: ou ils ne r\u00e9ussissent pas, et alors tout ce travail syndical est inutile ; ou ils r\u00e9ussissent, et le travail syndical est pr\u00e9judiciable, car un groupe de personnes aurait am\u00e9lior\u00e9 sa situation et laisserait de ce fait la soci\u00e9t\u00e9 perdurer en l&rsquo;\u00e9tat.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de toutes les diff\u00e9rences de d\u00e9tail, ces th\u00e9ories empreintes d&rsquo;anarchisme individuel, qui se d\u00e9velopp\u00e8rent parall\u00e8lement au syndicalisme, avaient cependant en commun deux convictions fondamentales:<\/p>\n<p>il n&rsquo;y a pas de classes, il n&rsquo;y a que des individus &#8211; les \u00ab\u00a0individualistes\u00a0\u00bb n&rsquo;en ont jamais fait myst\u00e8re: ils pla\u00e7aient leurs espoirs r\u00e9volutionnaires non pas dans la classe ouvri\u00e8re, mais dans les d\u00e9class\u00e9s, le \u00ab\u00a0prol\u00e9tariat des gueux\u00a0\u00bb, au sein desquels ils croyaient trouver le plus facilement des alli\u00e9s dans le combat contre l&rsquo;ordre bourgeois.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 est compos\u00e9e d&rsquo;exploiteurs et d&rsquo;exploit\u00e9s &#8211; le mieux \u00e9tant de n&rsquo;appartenir \u00e0 aucune de ces deux cat\u00e9gories. Mais c&rsquo;\u00e9tait plus facile \u00e0 dire qu&rsquo;\u00e0 faire. Dans la pratique, deux possibilit\u00e9s furent essay\u00e9es. D&rsquo;une part la vie en communaut\u00e9 avec des sympathisants dans ce qu&rsquo;on appelait des \u00ab\u00a0milieux libres\u00a0\u00bb, des communes rurales vivant en autarcie, dont quelques unes furent fond\u00e9es apr\u00e8s 1900, mais qui toutes \u00e9chou\u00e8rent peu de temps apr\u00e8s. D&rsquo;autre part l'\u00a0\u00bbill\u00e9galisme\u00a0\u00bb, qui s&rsquo;\u00e9tendait de plus en plus depuis la fin des ann\u00e9es 1880 et devint une forme de vie ind\u00e9pendante pour de nombreux anarchistes \u00ab\u00a0d\u00e9class\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans son plaidoyer devant le tribunal Jacob livra son propre r\u00e9sum\u00e9 des th\u00e9ories \u00ab\u00a0ill\u00e9galistes\u00a0\u00bb:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La soci\u00e9t\u00e9 ne m&rsquo;a accord\u00e9 que trois moyens d&rsquo;existence: le travail, la mendicit\u00e9 et le vol. Travailler ne me r\u00e9pugne pas, cela me pla\u00eet m\u00eame. L&rsquo;homme ne peut absolument pas vivre sans travail. Ses muscles, son cerveau disposent d&rsquo;une quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9nergie qui veut \u00eatre d\u00e9pens\u00e9e. Mais ce qui me d\u00e9go\u00fbtait, c&rsquo;\u00e9tait de suer sang et eau pour un salaire de mis\u00e8re, de cr\u00e9er des richesses dont on me priverait. Bref, ce qui m&rsquo;a r\u00e9pugn\u00e9, c&rsquo;est de me livrer \u00e0 la prostitution du travail. Mendier, c&rsquo;est s&rsquo;abaisser, c&rsquo;est nier toute dignit\u00e9. Tout homme a droit au banquet de la vie. Le droit \u00e0 la vie, on ne le mendie pas. On le prend. Le vol, c&rsquo;est la reprise, la r\u00e9appropriation des biens. Au lieu d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 dans une usine comme dans un bagne, au lieu de mendier ce \u00e0 quoi on a droit, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me r\u00e9volter et combattre mes ennemis pas \u00e0 pas en faisant la guerre aux riches et en attaquant leur propri\u00e9t\u00e9.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p><strong>La suite samedi prochain<\/strong>.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref1\">[1]<\/a> Il est difficile de convertir des francs or du d\u00e9but du si\u00e8cle en francs actuels. Si on consid\u00e8re le pouvoir d&rsquo;achat, le rapport pourrait \u00eatre d&rsquo;environ 1 \u00e0 15, si on consid\u00e8re le revenu moyen de l&rsquo;\u00e9poque certainement davantage.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref2\">[2]<\/a> Duval fut d\u00e9port\u00e9 en Guyane d&rsquo;o\u00f9 il put s&rsquo;\u00e9vader en 1901. Il est mort \u00e0 New-York \u00e0 un \u00e2ge tr\u00e8s avanc\u00e9 et en homme libre.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref3\">[3]<\/a> Ce d\u00e9bat a eu une r\u00e9percussion litt\u00e9raire \u00e0 travers le roman de Georges Darien, <em>Le voleur<\/em>, qui, lors de sa premi\u00e8re parution en 1897, ne fut lu que par des \u00ab\u00a0initi\u00e9s\u00a0\u00bb, alors qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u0153uvre la plus connue de son auteur. Depuis quelque temps, une traduction allemande est \u00e0 nouveau disponible, mais \u00e0 un prix honteusement \u00e9lev\u00e9. On ne devrait donc pas acheter ce livre, mais plut\u00f4t &#8230; enfin, cher(ch\u00e8re) lecteur (lectrice), je crois que nous nous comprenons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la brochure de Michael Halfbrodt ne r\u00e9side pas dans les informations donn\u00e9es sur Alexandre Jacob. Elles \u00e9manent presque toutes de la premi\u00e8re biographie de Jacob \u00e9crite en 1970 par Bernard Thomas. Elle s&rsquo;appuie aussi sur l&rsquo;\u00e9tude du Mouvement anarchiste de Jean Maitron. 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