{"id":1334,"date":"2009-07-19T07:27:20","date_gmt":"2009-07-19T05:27:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=1334"},"modified":"2010-09-13T20:53:42","modified_gmt":"2010-09-13T18:53:42","slug":"le-marronnier-et-la-marmite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2009\/07\/le-marronnier-et-la-marmite\/","title":{"rendered":"Le marronnier et la marmite"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marmite-a-renversement.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1343\" title=\"Marmite \u00e0 renversement\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marmite-a-renversement.jpg\" alt=\"\" width=\"123\" height=\"99\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marronnier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1337\" title=\"marronnier\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marronnier-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"81\" height=\"101\" \/><\/a>Promotion estivale sur <em>France Culture<\/em>. L&rsquo;\u00e9mission <em>Les lundis de l&rsquo;histoire<\/em> du 13 juillet 2009, dans sa troisi\u00e8me partie, permet \u00e0 l&rsquo;historien \u00e9tasunien John Merriman de pr\u00e9senter son dernier titre\u00a0: <em>The\u00a0 dynamite club. How a bombing in fin-de-si\u00e8cle Paris ignited the age of modern terror<\/em>, \u00ab\u00a0<em>dont la traduction fran\u00e7aise para\u00eetra en septembre 2009 chez Tallandier<\/em> \u00bb dixit le site internet de la dite radio de service public. Promotion estivale \u00e0 <em>Lib\u00e9ration<\/em>.\u00a09 juillet 2009. L&rsquo;article de Dominique Kalifa, auteur d&rsquo;un r\u00e9cent et excellent <em>Biribi<\/em> sur les bagnes militaires fran\u00e7ais, nous fait d\u00e9couvrir le nouveau livre de l&rsquo;universitaire nord am\u00e9ricain John Merriman\u00a0: <em>Dynamite Club. L&rsquo;invention du terrorisme moderne \u00e0 Paris<\/em>. L&rsquo;\u00e9tude historique de 256 pages de ce sp\u00e9cialiste du XIXe si\u00e8cle fran\u00e7ais\u00a0a \u00e9t\u00e9 traduite de l&rsquo;anglais\u00a0plus vite que pr\u00e9vu semble-t&rsquo;il par Emmanuel Lyasse.\u00a0 Promotion estivale un jour plus tard dans les colonnes du <em>Monde des Livres<\/em>. L&rsquo;article de Jean Birnbaum fait l&rsquo;\u00e9loge du travail de chercheur am\u00e9ricain John Merriman et du volume qui en d\u00e9coule\u00a0: <em>Dynamite Club. L&rsquo;invention du terrorisme moderne \u00e0 Paris<\/em>. Le lecteur pourra se l&rsquo;offrir pour la modique somme de 20 \u20ac.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1338\" title=\"King Kong 1933\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-1-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"117\" \/><\/a>D\u00e9cid\u00e9ment l&rsquo;anarchie est \u00e0 la mode avec son lot d&rsquo;histoires violentes et saignantes \u00e0 souhait. Des histoires \u00e0 faire froid dans le dos du lecteur allong\u00e9 sur la serviette chauff\u00e9e par le sable br\u00fblant des plages de la M\u00e9diterran\u00e9e, de l&rsquo;Atlantique ou d&rsquo;ailleurs selon l&rsquo;\u00e9paisseur du portefeuille. L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re d\u00e9j\u00e0, le tr\u00e8s lib\u00e9ral <em>Figaro<\/em> s&rsquo;attardait pour ses lecteurs juilletistes sur l&rsquo;ennemi public num\u00e9ro 1 en 1912\u00a0: le petit Jules Bonnot. Cet exc\u00e8s de z\u00e8le figaresque nous livrait, entre deux s\u00e9ances de bronzage un morceau de choix, un bloc de premier ordre. Un bloc que dis-je\u00a0? Non, c&rsquo;est un peu court, jeunes gens et vieilles personnes\u00a0! Un m\u00e9t\u00e9ore d&rsquo;anthologie de la connerie r\u00e9actionnaire d&rsquo;expression fran\u00e7aise consid\u00e9r\u00e9e dans le domaine historique. Le grand du crime ne pouvait \u00eatre que petit &#8230; comme la pens\u00e9e politique que l&rsquo;inf\u00e2me papier ne daignait m\u00eame pas lui accorder.<\/p>\n<p>L&rsquo;actualit\u00e9 booste les ventes. Les trains d\u00e9raillent depuis Tarnac\u00a0; les manifestations anti-OTAN se heurtent \u00e0 la violence polici\u00e8re \u00e0 Strasbourg. Les cagoules, bien malgr\u00e9 eux, tendent d\u00e9sormais \u00e0 faire de l&rsquo;histoire du mouvement libertaire et de la geste de certaines de ses figures quasi mythiques un marronnier \u00e9ditorial.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/emile-henry1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1342\" title=\"Emile Henry\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/emile-henry1-232x300.jpg\" alt=\"\" width=\"119\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/emile-henry1-232x300.jpg 232w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/emile-henry1.jpg 246w\" sizes=\"(max-width: 119px) 100vw, 119px\" \/><\/a>L\u00e0 o\u00f9 le bas peuple, par d\u00e9finition moutonnier et ac\u00e9phale parce que bas, se d\u00e9cervelle paradoxalement l&rsquo;esprit, avant l&rsquo;ap\u00e9ro, avec le tour de France, apr\u00e8s l&rsquo;ap\u00e9ro avec <em>Secret Story<\/em>, le p\u00e9quin moyen (ou plus) a lui aussi droit \u00e0 sa ration quotidienne de lobotomie intellectuelle, donc consum\u00e9riste. Cette ann\u00e9e encore la recette fonctionne. Du poulet saut\u00e9 fa\u00e7on Mimile. Cuit dans sa marmite renvers\u00e9e et dans son jus. Et mythonn\u00e9 \u00e0 la mode de la rue des Bons Enfants. L&rsquo;ouvrage de John Merriman se focalise sur la vie d&rsquo;Emile Henry. Il ouvrirait, par l&rsquo;ampleur du travail de recherche effectu\u00e9, de nouvelles perspectives. Des perspectives qui \u00e9clairent\u00a0 notre \u00e9poque. Des perspectives qui illuminent notre compr\u00e9hension. Oyez\u00a0! Oyez\u00a0! Braves gens\u00a0!<\/p>\n<p>Rassurons de suite le lecteur et acheteur potentiel de l&rsquo;ouvrage ci-dessus mentionn\u00e9 et des autres \u00e0 l&rsquo;occasion. Le m\u00e9chant, \u00e0 la fin, est toujours puni. La t\u00eate \u00e0 Mimile a heureusement fini par rouler dans le son du panier \u00e0 Deibler et, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;ordre r\u00e8gne d&rsquo;ailleurs \u00e0 Bagdad, \u00e0 Kandahar, \u00e0 Peshawar, \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, au Tibet, dans le Xinjiang m\u00eame s&rsquo;il y a peu de chance pour que l&rsquo;on n&rsquo;y entende le bruissement des plis d&rsquo;un quelconque du drapeau noir.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/terrine-emile-henry.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1346\" title=\"Terrine Emile Henry\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/terrine-emile-henry-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"156\" \/><\/a>Depuis les actes de propagande par le fait, le folklore du poseur de bombes colle \u00e0 l&rsquo;anarchiste comme montre Rollex au poignet pr\u00e9sidentiel. L&rsquo;anarchiste fait peur. L&rsquo;anarchiste soul\u00e8ve encore bien des inqui\u00e9tudes. L&rsquo;anarchiste fait couler &#8211; faute de sang &#8211; beaucoup d&rsquo;encre. L&rsquo;image du libertaire induit fr\u00e9quemment la question de la violence en politique. Elle sugg\u00e8re celle de l&rsquo;action militante hors d&rsquo;un cadre traditionnel et institu\u00e9. Mais le politiologue, le sp\u00e9cialiste suppos\u00e9, l&rsquo;expert scribouillard attitr\u00e9 ne peuvent s&#8217;emp\u00eacher de faire un tr\u00e8s insupportable et tr\u00e8s improbable parall\u00e8le rattachant le pr\u00e9sent qui fait peur, et dont tout le monde parle, donc consomme, aux \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s. M\u00eame si elle bredouille de temps en temps, l&rsquo;histoire ne se r\u00e9p\u00e8te pourtant pas. Le fait n&rsquo;est pas nouveau. De la ficelle en veux-tu\u00a0? Du bon gros cordage tu auras\u00a0! Exemples.<\/p>\n<p>Le 3 juillet 1987, Jean-No\u00ebl Jeanneney \u00e9tablit dans les colonnes du <em>Monde<\/em> un parall\u00e8le discutable entre les militants du groupe d&rsquo;extr\u00eame gauche <em>Action Directe<\/em>, \u00ab\u00a0<em>les terroristes venus du Proche Orient<\/em> \u00bb et le mouvement anarchiste de la fin du XIXe si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Cibles symboliques, violences aveugles, psychose collective &#8230; la logique est la m\u00eame<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn1\">[1]<\/a>. L&rsquo;auteur de l&rsquo;article reconna\u00eet toutefois l&rsquo;existence d&rsquo;un phantasme s\u00e9curitaire l\u00e9gitimant, selon lui, les lois dites \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0\u00bb de 1893-1894. Le parall\u00e8le devient nettement ambigu lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de pointer le doigt sur les coupables des atteintes port\u00e9es par ricochets \u00e0 la vie d\u00e9mocratique et \u00e0 notre vieux monde capitaliste et post-industriel.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1339\" title=\"King Kong 1933\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-2-226x300.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-2-226x300.jpg 226w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-2.jpg 339w\" sizes=\"(max-width: 116px) 100vw, 116px\" \/><\/a>Le m\u00eame principe dialectique pr\u00e9vaut quelques ann\u00e9es plus tard dans le <em>Monde Diplomatique<\/em> o\u00f9 l&rsquo;on retrouve encore cet amalgame facile, issu du rapport violence politique &#8211; r\u00e9pression. Le num\u00e9ro de septembre 2004 de ce journal \u00e9voque en effet \u00ab\u00a0<em>le temps du terrorisme anarchiste<\/em> \u00bb pour rendre compte de celui, plus contemporain, des islamistes wahh\u00e2bites. Dans les deux cas, le \u00ab\u00a0<em>terreau<\/em> \u00bb du malaise social\u00a0 est exploit\u00e9 par \u00ab\u00a0<em>une minorit\u00e9 de fanatiques<\/em> \u00bb. L&rsquo;auteur, Rick Coolsaet, pr\u00e9dit en conclusion la fin du terrorisme djihadiste \u00e0 l&rsquo;image de celle de la propagande par le fait<a name=\"_ftnref2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn2\">[2]<\/a>. Il est vrai que le temps o\u00f9 la marmite servait de titre de rubrique aux grandes feuilles bourgeoises de l&rsquo;\u00e9poque fut relativement court. Il est encore plus vrai le fanatisme religieux et le terrorisme enturbann\u00e9 des sectateurs d&rsquo;Allah n&rsquo;a pas encore disparu.<\/p>\n<p>Il est enfin vrai que les deux papiers que nous venons d&rsquo;\u00e9voquer r\u00e9v\u00e8lent surtout une profonde et d\u00e9daigneuse m\u00e9connaissance du mouvement anarchiste en g\u00e9n\u00e9ral, des actions militantes des libertaires en particulier. Mais le mot anarchie s&rsquo;associe dans la m\u00e9moire collective \u00e0 la notion de d\u00e9sordre. L&rsquo;exploitation politique, m\u00e9diatique et historique des bombes de Ravachol, de Vaillant, d&rsquo;Henry, de Pauwels, etc. permet d&rsquo;occulter l&rsquo;\u00e9tymologie du terme\u00a0: an archos.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cocotte-emile-henry.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1345\" title=\"Cocotte Emile Henry\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cocotte-emile-henry-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"151\" height=\"154\" \/><\/a>L&rsquo;anarchie organise une soci\u00e9t\u00e9 sans pouvoir. Elle ne peut se limiter au seul d\u00e9sordre issu d&rsquo;une quelconque question sociale, d&rsquo;un quelconque discours r\u00e9volutionnaire. Elis\u00e9e Reclus n&rsquo;\u00e9crivait-il pas d&rsquo;ailleurs\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;anarchie est la plus haute expression de l&rsquo;ordre<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref3\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn3\">[3]<\/a> ? Pierre Joseph Proudhon \u00a0affirmait \u00e9galement\u00a0: \u00ab<em>La plus haute perfection de la soci\u00e9t\u00e9 se trouve dans l&rsquo;union de l&rsquo;ordre et de l&rsquo;anarchie<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref4\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftn4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>. En retenant ces aphorismes, nous pouvons nier de fait l&rsquo;interpr\u00e9tation, dans la presse, qu&rsquo;elle soit grand public ou non, faisant de cet id\u00e9al politique une simple, mais violente et \u00e9pidermique, r\u00e9action \u00e0 l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme. Mais dans ce cadre, d&rsquo;aucun pourrait \u00eatre tent\u00e9 d&rsquo;entrevoir l&rsquo;anarchisme comme l&rsquo;une des nombreuses utopies qui fleurissent avec la R\u00e9volution Industrielle. Rien n&rsquo;est moins faux.<\/p>\n<p>Cette ignorance conduit finalement \u00e0 restreindre l&rsquo;acte de propagande par la marmite, le revolver ou la pince monseigneur \u00e0 un fait divers un peu moins simple que le moyenne. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;incompr\u00e9hension journalistique lorsque le terroriste ne correspond pas au profil lombrosien du criminel. Peut-\u00eatre parce que l&rsquo;acte criminel et ill\u00e9gal, c&rsquo;est-\u00e0-dire hors du cadre institu\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame attaqu\u00e9e, se situe d&rsquo;abord et avant tout dans le champ politique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1340\" title=\"King Kong 1933\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/king-kong-3-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"105\" \/><\/a>Viennent alors tous les poncifs sur l&rsquo;individu incrimin\u00e9 et auteur du monstrueux attentat\u00a0: marginal, refoul\u00e9, exclu, aigri, violent. Ajoutons simple d&rsquo;esprit et par extension victime lui-m\u00eame de la sph\u00e8re des th\u00e9oriciens institu\u00e9s de l&rsquo;hydre anarchiste. Ceux-l\u00e0 sont des vrais penseurs aux mains propres. Clairs, Sans t\u00e2che de sang sur leur chemise. Mais ils dictent par leurs \u00e9crits l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de bombes qui a ensanglant\u00e9 la France et l&rsquo;Europe en 1892-1894\u00a0; ils provoquent les actes qui ont sem\u00e9 la mort et la d\u00e9solation.<\/p>\n<p>Le complot anarchiste, tel que le r\u00e9invente Vivien Bouhey dans sa th\u00e8se parue aux <em>Presses Universitaires de Rennes<\/em> en 2009, en r\u00e9actualisant la notion de r\u00e9seau, prend dans le titre du livre de John Merriman l&rsquo;image d&rsquo;un club, celui de la dynamite. D&rsquo;o\u00f9 la fatale corr\u00e9lation, avec, aujourd&rsquo;hui, des groupes comme Al-Qaida, ETA, le Hamas, le FLNC, le mouvement Tupac Amaru, etc. Et cette confrontation entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent doit fatalement raisonner. D&rsquo;abord dans la t\u00eate du lecteur de l&rsquo;article, de l&rsquo;auditeur de l&rsquo;\u00e9mission\u00a0; elle doit ensuite interpeller l&rsquo;acheteur, qu&rsquo;il est cens\u00e9 normalement devenir, de l&rsquo;ouvrage en question.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tajine-emile-henry.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1347\" title=\"Tajine Emile Henry\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tajine-emile-henry.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"145\" \/><\/a>L&rsquo;iconographie devient ensuite primordiale pour accrocher. L&rsquo;article de Jean Birnbaum dans <em>Le monde des Livres<\/em> d\u00e9bute en une et en surimpression d&rsquo;un dessin sign\u00e9 Rita Mercedes. L&rsquo;image pr\u00e9sente Emile Henry surdimensionn\u00e9 et au milieu des d\u00e9combres que sa bombe a provoqu\u00e9 au caf\u00e9 Terminus le 12 f\u00e9vrier 1894. Le nom du bar, proche de la gare Saint Lazare, appara\u00eet dans l&rsquo;image. Le fr\u00e8re de Fortun\u00e9 Henry tient un b\u00e2ton de dynamite dans sa main droite lev\u00e9 bien haut. La main gauche, baiss\u00e9e, agrippe un haut-de-forme. Nous doutons que le personnage ainsi croqu\u00e9 puisse faire penser au Gavroche de Delacroix dans <em>La Libert\u00e9<\/em><em> guidant le peuple<\/em>. Il est plus probable d&rsquo;envisager une allusion au King Kong n\u00e9 en 1933 de l&rsquo;imagination cin\u00e9matographique de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. Mieux encore. Il faut coller \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 r\u00e9cente. La sc\u00e8ne, bien que parisienne, peut facilement se transposer \u00e0 New York le 11 septembre 2001, et le terroriste du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle se retrouver au centre de d\u00e9combres, bien r\u00e9elles parce que proches de nous dans le temps, des deux tours jumelles.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-monde.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1128\" title=\"logo Le Monde\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-monde-300x64.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"37\" \/><\/a>Jean Birnbaum, auteur de l&rsquo;article, a alors la paraphrase facile pour rendre compte de l&rsquo;ouvrage de Merriman. Avec le <em>Dynamite Club<\/em>, la propagande par le fait du Saint Just de l&rsquo;anarchie rev\u00eat le caract\u00e8re d&rsquo;un terrorisme \u00e0 visage humain. La prose du chroniqueur litt\u00e9raire, m\u00eame si elle regrette un ouvrage \u00ab\u00a0<em>Desservi par de trop nombreuses coquilles<\/em> \u00bb, encense n\u00e9anmoins un livre \u00ab\u00a0<em>au style enlev\u00e9<\/em> \u00bb et \u00ab\u00a0<em>qui se lit comme un roman<\/em> \u00bb. Patatras\u00a0! Tout est dit. Et m\u00eame plus encore\u00a0: \u00ab\u00a0<em>un roman noir aux mille r\u00e9sonances particuli\u00e8res<\/em> \u00bb. Nous voil\u00e0 pr\u00e9venus. Il fallait bien une ambiance, une atmosph\u00e8re, un climat, sombre, lourd, brumeux et pesant pour traiter de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;acte tristement inaugural<\/em> \u00bb de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;attentat moderne en occident<\/em> \u00bb. Si Dominique Kalifa, dans Lib\u00e9ration, ne met pas en avant la volont\u00e9 de gloire personnelle pour expliquer la propagande par le fait d&rsquo;Emile Henry nous retrouvons pourtant le m\u00eame son de cloche &#8230; le m\u00eame son de marmite. La geste de ce petit bourgeois d\u00e9boussol\u00e9 \u00ab\u00a0<em>portait en lui un terrorisme d&rsquo;un genre nouveau, dont les activistes du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle devaient se souvenir<\/em> \u00bb. Les deux articles, pour finir de dresser le terrible et n\u00e9anmoins \u00e9difiant portrait du monstre, tentent alors de cerner la personnalit\u00e9 de cet \u00ab\u00a0<em>aristocrate du crime<\/em> \u00bb, de ce \u00ab\u00a0<em>p\u00e2le jeune homme<\/em> \u00bb dont les actes furent accomplis \u00ab\u00a0<em>sans le moindre \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dynamite-club.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1335\" title=\"Dynamite Club, John Merriman, Tallandier 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dynamite-club-204x300.jpg\" alt=\"\" width=\"106\" height=\"153\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/emile-henry-walter-badier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1344\" title=\"Emile Henry, Walter Badier, \u00e9ditions Libertaires, 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/emile-henry-walter-badier-202x300.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"153\" \/><\/a>Un choix s&rsquo;impose \u00e0 nous\u00a0: soit nous filons sur les plages de la M\u00e9diterran\u00e9e, de l&rsquo;Atlantique mais pas d&rsquo;ailleurs parce que la largeur de notre portefeuille nous l&rsquo;interdit et nous lisons, apr\u00e8s l&rsquo;avoir honn\u00eatement achet\u00e9 l&rsquo;ouvrage de John Merriman\u00a0; soit nous gardons en r\u00e9f\u00e9rence l&rsquo;ouvrage essentiel commis par Walter Badier et publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2007 aux <em>\u00e9ditions Libertaires<\/em> sous le titre <em>Emile Henry, de la propagande par le fait au terrorisme anarchiste<\/em>. L\u00e0, on y verra plus clair. Nous venons tout juste de\u00a0\u00a0poser les deux livres sur notre serviette de plage.<\/p>\n<p align=\"right\">Steve Golden<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/liberation-logo.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1341\" title=\"Lib\u00e9ration Logo\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/liberation-logo-300x129.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"70\" \/><\/a>Lib\u00e9ration<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le cahier livres de Lib\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>Livres 09\/07\/2009 \u00e0 06h53 <\/strong><\/p>\n<p><strong>Emile Henry, bombes \u00e0 tout faire<\/strong><\/p>\n<p><strong>Critique<\/strong><\/p>\n<p>Anarchie\u00a0: <em>John Merriman reconstitue le destin d&rsquo;un jeune bourgeois des ann\u00e9es 1890 devenu terroriste.<\/em><\/p>\n<p>Par <strong>DOMINIQUE KALIFA<\/strong><\/p>\n<p><strong>John Merriman,<\/strong> <strong>Dynamite Club. L&rsquo;invention du terrorisme \u00e0 Paris<\/strong> Traduit de l&rsquo;anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Lyasse, Tallandier, 255\u00a0pp., 20\u00a0euros.<\/p>\n<p>Le 12\u00a0f\u00e9vrier 1894, en d\u00e9but de soir\u00e9e, le jeune Emile Henry, 22\u00a0ans, entre dans la grande salle du caf\u00e9 Terminus \u00e0 Paris, au coin de la gare Saint-Lazare, et lance la bombe artisanale qu&rsquo;il vient de fabriquer dans sa mansarde de Belleville. Le souffle de l&rsquo;explosion est terrible. Il \u00e9ventre les tables, projette les chaises, les lustres, les verres, et provoque une indescriptible panique. Vingt consommateurs sont gri\u00e8vement bless\u00e9s, et l&rsquo;un d&rsquo;eux d\u00e9c\u00e8de peu apr\u00e8s. Cet \u00e9v\u00e9nement est bien connu, tout comme la vague d&rsquo;attentats anarchistes dans laquelle il s&rsquo;inscrit et qui d\u00e9ferle sur l&rsquo;Europe et les Etats-Unis \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le livre de John Merriman revient bien s\u00fbr sur tous ces aspects, ainsi que sur la psychose de la dynamite qui caract\u00e9rise ce moment, mais son int\u00e9r\u00eat est surtout ailleurs. En s&rsquo;attachant \u00e0 suivre pas \u00e0 pas le destin d&rsquo;Emile Henry, \u00e0 reconstituer le moindre de ses gestes, il a voulu <em>\u00abp\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;esprit d&rsquo;un terroriste\u00bb,<\/em> dont l&rsquo;acte inaugure selon lui les formes du terrorisme contemporain.<\/p>\n<p><strong>Polytechnique. <\/strong>Emile Henry n&rsquo;est en effet pas un poseur de bombes comme les autres. Ni un bandit comme Ravachol, ni un pauvre h\u00e8re pouss\u00e9 par la mis\u00e8re comme Auguste Vaillant, ni un illumin\u00e9 de l&rsquo;anarchisme comme Caserio, l&rsquo;assassin du pr\u00e9sident Sadi Carnot. Henry vient d&rsquo;un milieu plut\u00f4t bourgeois, il a fait d&rsquo;excellentes \u00e9tudes qui l&rsquo;ont men\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oral de l&rsquo;Ecole Polytechnique (on l&rsquo;y interroge sur les <em>\u00abpropri\u00e9t\u00e9s d\u00e9tonantes\u00bb<\/em> du chlore\u00a0!) et ses divers employeurs le d\u00e9crivent comme un sujet tr\u00e8s dou\u00e9. Il existe bien s\u00fbr une tradition r\u00e9volutionnaire dans la famille\u00a0: son p\u00e8re, ancien communard condamn\u00e9 \u00e0 mort par contumace, s&rsquo;est exil\u00e9 en Espagne, o\u00f9 il a rejoint les libertaires catalans, et son fr\u00e8re Fortun\u00e9 devient lui aussi anarchiste. On souligna d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;Emile, n\u00e9 en 1872, avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u durant la Commune. Mais son engagement proc\u00e8de d&rsquo;une prise de conscience personnelle\u00a0: il est scandalis\u00e9 par le luxe des beaux quartiers, quand la mis\u00e8re gangr\u00e8ne toujours le Paris populaire, indign\u00e9 par la corruption des \u00e9lites, r\u00e9volt\u00e9 par la brutale r\u00e9pression qui, \u00e0 Fourmies ou \u00e0 Carmaux, s&rsquo;abat sur les revendications ouvri\u00e8res. C&rsquo;est donc sans le moindre \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me qu&rsquo;il devient adepte de la <em>\u00abpropagande par le fait\u00bb<\/em> et de la dynamite. <em>\u00abUne haine profonde\u00bb <\/em>le tenaille, <em>\u00abchaque jour aviv\u00e9e par le spectacle r\u00e9voltant de cette soci\u00e9t\u00e9\u00bb<\/em>. En novembre 1892, il pose sa premi\u00e8re bombe, devant le si\u00e8ge parisien des mines de Carmaux, avenue de l&rsquo;Op\u00e9ra. L&rsquo;engin est remarqu\u00e9 par un employ\u00e9, port\u00e9 au commissariat voisin, o\u00f9 il explose en tuant cinq policiers.<\/p>\n<p>A Paris, \u00e0 Bruxelles et surtout Londres, o\u00f9 il fr\u00e9quente le milieu des anarchistes en exil, sa d\u00e9termination ne fait que cro\u00eetre. Il s&#8217;emporte contre les th\u00e9oriciens de l&rsquo;Id\u00e9e qui, comme Malatesta, prennent leur distance avec l&rsquo;action violente et invitent \u00e0 ne pas d\u00e9passer <em>\u00abla limite marqu\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9\u00bb.<\/em> Au contraire, estime Henry, il faut frapper partout et sans limite, car la bourgeoisie est partout et collectivement coupable. Elle <em>\u00abdoit toute enti\u00e8re expier ses crimes\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>Echafaud. <\/strong>A l&rsquo;encontre d&rsquo;une tradition terroriste qui visait jusque-l\u00e0 les rois, les pr\u00e9sidents ou les agents de l&rsquo;Etat, Henry inaugure l&rsquo;attentat en aveugle qui prend pour cible les citoyens ordinaires. <em>\u00abJe ne frapperai pas un innocent en attaquant le premier bourgeois qui passe.\u00bb<\/em> La plupart des th\u00e9oriciens anarchistes d\u00e9plor\u00e8rent l&rsquo;explosion du caf\u00e9 Terminus, qui atteignit des innocents. <em>\u00abSa bombe a surtout frapp\u00e9 l&rsquo;Anarchie\u00bb,<\/em> \u00e9crit son ancien ami Charles Malato. Arr\u00eat\u00e9, Henry fut guillotin\u00e9 quelques semaines plus tard &#8211; il monta sur l&rsquo;\u00e9chafaud, s\u00fbr d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 <em>\u00abl&rsquo;immortalit\u00e9 r\u00e9volutionnaire\u00bb<\/em> &#8211; et une lourde r\u00e9pression s&rsquo;abattit en effet sur le mouvement anarchiste. Mais son geste portait en lui un terrorisme d&rsquo;un genre nouveau, dont les activistes du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle devaient se souvenir.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dynamite-club-2-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1336\" title=\"Une du Monde des Livres, 10 juillet 2009\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dynamite-club-2-1-300x230.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"119\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dynamite-club-2-1-300x230.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dynamite-club-2-1.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Le monde des livres<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vendredi 10 juillet 2009<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le terrorisme \u00e0 visage humain<\/strong><\/p>\n<p>Le terroriste a rarement le visage qu&rsquo;on voudrait lui coller. Pour se rassurer, notre soci\u00e9t\u00e9 le d\u00e9crit sous les traits d&rsquo;un \u00eatre aigri, tordu par le ressentiment. Fatalement, quand \u00e9clate la v\u00e9rit\u00e9, chacun feint la surprise. Quoi, cette femme qui actionne sa ceinture d&rsquo;explosifs dans une bo\u00eete de nuit, est-elle vraiment la brillante \u00e9tudiante que pleurent ses parents ? Et cet homme qui planifie la mort \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde, se peut-il qu&rsquo;il m\u00e8ne une fulgurante carri\u00e8re de math\u00e9maticien ? On veut les pr\u00e9senter comme des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, ce sont des petits-bourgeois. On jure que la frustration les a mis en mouvement, ils se r\u00e9v\u00e8lent habit\u00e9s par un enthousiasme ravageur.<\/p>\n<p>Il faut s&rsquo;y r\u00e9soudre : la pulsion premi\u00e8re du terroriste est moins la rancoeur qu&rsquo;une certaine esp\u00e9rance. S&rsquo;il en vient \u00e0 semer l&rsquo;effroi parmi ses contemporains, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne peut pardonner leur l\u00e2chet\u00e9 quotidienne, toutes ces petites d\u00e9missions qui retardent, \u00e0 ses yeux, l&rsquo;av\u00e8nement de la justice sur terre : \u00ab\u00a0J&rsquo;aime tous les hommes dans leur humanit\u00e9 et pour ce qu&rsquo;ils devraient \u00eatre, mais je les m\u00e9prise pour ce qu&rsquo;ils sont\u00a0\u00bb, r\u00e9sumait en mai 1894 l&rsquo;anarchiste Emile Henry. Il avait 21 ans et se pr\u00e9parait pour la guillotine. Retracer l&rsquo;itin\u00e9raire de cet intellectuel r\u00e9volt\u00e9, comme le fait l&rsquo;historien am\u00e9ricain John Merriman d&rsquo;une plume quasi romanesque, ce n&rsquo;est pas seulement retrouver le d\u00e9cor de la Belle Epoque. C&rsquo;est reconstituer la sc\u00e8ne o\u00f9 fut invent\u00e9 l&rsquo;attentat moderne en Occident.<\/p>\n<p>Il y a de cela vingt ans, John Merriman avait consacr\u00e9 une superbe \u00e9tude \u00e0 Limoges, la ville rouge (Belin, 1990). Avec la rigueur et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui distinguent l&rsquo;histoire sociale venue des Etats-Unis, incarn\u00e9e \u00e9galement par son ami Charles Tilly (1929-2008), Merriman y redonnait vie \u00e0 la Limoges du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 ses rues, ses faubourgs, pour observer les \u00e9lans politiques des \u00ab\u00a0artistes en porcelaine\u00a0\u00bb. Passion tenace, vieille fid\u00e9lit\u00e9 : bien que traitant un tout autre sujet, Dynamite Club, son nouveau livre, commence aussi par donner la parole \u00e0 un ouvrier porcelainier, en citant son ultime lettre. Tuberculeux, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, clou\u00e9 sur son lit d&rsquo;h\u00f4pital, l&rsquo;homme \u00e9crivait ceci : \u00ab\u00a0Bourgeois inconscients et cruels, ne sentez-vous pas que je puis me faire justicier ? (&#8230;) Bourgeois, je ne mourrai pas seul ; je veux entra\u00eener dans la mort quelques-uns de ceux qui sont responsables de ma mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au coeur de ce r\u00e9cit-l\u00e0, pourtant, Merriman a plac\u00e9 non un prol\u00e9taire mais un fils de bonne famille : n\u00e9 d&rsquo;un p\u00e8re socialiste, qui publia jadis des chansons pour enfants, et qui dut s&rsquo;exiler au lendemain de la Commune, Emile Henry a fait de prestigieuses \u00e9tudes. El\u00e8ve mod\u00e8le, r\u00e9compens\u00e9 par plusieurs prix d&rsquo;excellence, bachelier \u00e0 16 ans, il est certes coll\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oral de Polytechnique, en 1889, mais reste n\u00e9anmoins promis \u00e0 un avenir radieux. Or cinq ann\u00e9es plus tard, il se verra condamn\u00e9 \u00e0 mort pour avoir perp\u00e9tr\u00e9 plusieurs attentats sanglants. Toute l&rsquo;enqu\u00eate de John Merriman tente donc de r\u00e9pondre \u00e0 la question : que s&rsquo;est-il pass\u00e9 ? Comment expliquer, en particulier, l&rsquo;acte tristement inaugural accompli par Emile Henry le 12 f\u00e9vrier 1894, \u00e0 Paris ?<\/p>\n<p>Ce jour-l\u00e0, le p\u00e2le jeune homme fabrique une bombe en pla\u00e7ant de la dynamite dans une bo\u00eete \u00e0 casse-cro\u00fbte. V\u00eatu d&rsquo;un pantalon sombre, d&rsquo;une cravate et d&rsquo;un feutre, il emprunte successivement quatre voitures pour sillonner les boulevards hupp\u00e9s du quartier de l&rsquo;Op\u00e9ra : \u00ab\u00a0Comme un vrai bourgeois, je ne marchais pas \u00e0 pied\u00a0\u00bb, t\u00e9moignera-t-il plus tard. Il cherche le caf\u00e9 le plus chic, le plus bond\u00e9 aussi. Vers 20 heures, il finit par s&rsquo;attabler au Terminus, \u00e0 l&rsquo;angle de la gare Saint-Lazare, o\u00f9 s&rsquo;\u00e9gaille une foule dense, press\u00e9e d&rsquo;entendre le concert du soir. Emile, lui, commande une bi\u00e8re et un cigare. Non sans avoir pris soin de r\u00e9gler ses consommations, il d\u00e9cide que le moment est venu. Son acte marque une \u00e9tape dans l&rsquo;histoire des violences politiques : pour la premi\u00e8re fois en Europe, au lieu de viser tel ou tel repr\u00e9sentant de l&rsquo;Etat, un militant anarchiste aura choisi de frapper des anonymes, de tuer au hasard.<\/p>\n<p>Donc, que s&rsquo;est-il pass\u00e9 ? La r\u00e9ponse n&rsquo;est gu\u00e8re \u00e9vidente, et Merriman se garde bien de trancher. La force de son livre se confond avec un aveu de faiblesse : habitu\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier la question sociale, en effet, l&rsquo;historien a conscience que ce type d&rsquo;approche bute fatalement sur des itin\u00e9raires comme celui d&rsquo;Emile Henry. D\u00e8s lors, il choisit une m\u00e9thode d&rsquo;investigation \u00e0 la fois savante et litt\u00e9raire, croisant les sources afin de multiplier les points de vue. Il suit Emile Henry dans les rues de Paris, ulc\u00e9r\u00e9 par les scandales de la IIIe R\u00e9publique, boulevers\u00e9 par le sort qu&rsquo;elle r\u00e9serve aux ouvriers, par la r\u00e9pression qui s&rsquo;abat sur les militants. Il le surprend en plein d\u00e9bat, dans telle ou telle gargote bellevilloise, criant : \u00ab\u00a0Mort aux flics ! Mort aux bourriques !\u00a0\u00bb, et constatant que \u00ab\u00a0seuls les cyniques et les rampants peuvent se faire une bonne place au banquet\u00a0\u00bb. Bref, il l&rsquo;accompagne sur le chemin de la radicalisation, qui conduit bient\u00f4t Henry \u00e0 choisir la \u00ab\u00a0propagande par le fait\u00a0\u00bb, et m\u00eame cette violence aveugle que condamnent par ailleurs beaucoup de ses camarades anarchistes.<\/p>\n<p>UN ARISTOCRATE DU CRIME<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la police est convaincue qu&rsquo;elle affronte un complot international, ourdi depuis Londres par un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0dynamite club\u00a0\u00bb. Mais Henry agit en solitaire. Sous le regard de Merriman, il appara\u00eet comme un aristocrate du crime. Ni marginal ni d\u00e9class\u00e9, c&rsquo;est d&rsquo;abord un homme d\u00e9chir\u00e9 : un intellectuel qui hait les beaux parleurs ; un petit-bourgeois qui vomit la classe moyenne, cette \u00ab\u00a0masse b\u00eate et pr\u00e9tentieuse qui se range toujours du c\u00f4t\u00e9 du plus fort\u00a0\u00bb ; un bouffeur de cur\u00e9, qui \u00e9l\u00e8ve la politique au rang d&rsquo;absolu ; un esprit sensible et sans piti\u00e9 ; un militant qui ch\u00e9rit moins les gens que les id\u00e9es, et qui finit par ha\u00efr ses semblables. \u00ab\u00a0A ceux qui disent : la haine n&rsquo;engendre pas l&rsquo;amour, r\u00e9pondez que c&rsquo;est l&rsquo;amour, l&rsquo;amour vivant qui engendra souvent la haine\u00a0\u00bb, disait-il.<\/p>\n<p>Ce livre est un peu sa biographie. Desservi par de trop nombreuses coquilles, mais soutenu par un style enlev\u00e9 et une \u00e9l\u00e9gante traduction, il se lit comme un roman. Un roman noir, aux mille r\u00e9sonances contemporaines, o\u00f9 le meurtrier pourrait porter le m\u00eame nom que sa victime : Esp\u00e9rance. Tout part de l\u00e0, tout s&rsquo;y ab\u00eeme. Troublante co\u00efncidence : Rose Henry, la m\u00e8re d&rsquo;Emile, tenait une auberge baptis\u00e9e A l&rsquo;esp\u00e9rance.<\/p>\n<p>&#8211; DYNAMITE CLUB. L&rsquo;INVENTION DU TERRORISME MODERNE \u00c0 PARIS (THE DYNAMITE CLUB. HOW A BOMBING IN FIN-DE-SI\u00c8CLE PARIS IGNITED THE AGE OF MODERN TERROR) de John Merriman. Traduit de l&rsquo;anglais (Etats-Unis) par Emmanuel Lyasse. Tallandier, 256 p., 20 \u20ac.<\/p>\n<p>Signalons \u00e9galement le livre de Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la R\u00e9publique. Contribution \u00e0 l&rsquo;histoire des r\u00e9seaux sous la IIIe R\u00e9publique (1880-1914), pr\u00e9face de Philippe Levillain, Presses universitaires de Rennes, 496 p., 24 \u20ac.<\/p>\n<p>Jean Birnbaum<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref1\">[1]<\/a> Jeanneney Jean-No\u00ebl, article \u00ab\u00a0<em><span style=\"text-decoration: underline;\">Anarchistes et terroristes<\/span><\/em> \u00bb dans <em>Le Monde<\/em>, 31 juillet 1987.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref2\">[2]<\/a> Coolsaet Rick, article \u00ab\u00a0<em><span style=\"text-decoration: underline;\">Au temps du terrorisme anarchiste<\/span><\/em> \u00bb dans <em>Le Monde Diplomatique<\/em>, septembre 2004.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref3\">[3]<\/a> Voir la Revue <em>Itin\u00e9raire<\/em>, (1998)<em> <\/em>N\u00b0 14-15. Num\u00e9ro sp\u00e9cial consacr\u00e9 \u00e0 Elis\u00e9e Reclus.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/paste\/blank.htm#_ftnref4\">[4]<\/a> Proudhon Pierre Joseph, \u00ab\u00a0Q<em>u&rsquo;est-ce que la propri\u00e9t\u00e9 ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement\u00a0\u00bb, <\/em>1840.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Promotion estivale sur France Culture. L&rsquo;\u00e9mission Les lundis de l&rsquo;histoire du 13 juillet 2009, dans sa troisi\u00e8me partie, permet \u00e0 l&rsquo;historien \u00e9tasunien John Merriman de pr\u00e9senter son dernier titre\u00a0: The\u00a0 dynamite club. 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