{"id":118,"date":"2008-04-20T08:54:53","date_gmt":"2008-04-20T06:54:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=118"},"modified":"2020-04-26T08:34:06","modified_gmt":"2020-04-26T06:34:06","slug":"barricata-et-alexandre-jacob-juin-2004","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/04\/barricata-et-alexandre-jacob-juin-2004\/","title":{"rendered":"Barricata et Alexandre Jacob, juin 2004"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-dans-barricata.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-119\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-dans-barricata-300x218.jpg\" alt=\"Jacob Barricata n\u00b012\" width=\"300\" height=\"218\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-dans-barricata-300x218.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-dans-barricata.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\u00a0Fanzine de contre culture du RASH Paris-Banlieue<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>N\u00b012\u00a0: juin 2004<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>Alexandre Jacob, portrait d\u2019un bagnard anar<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"itemtext\" align=\"left\">\n<p class=\"itemtext\" align=\"left\"><strong>\u00ab\u00a0Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend\u00a0\u00bb: Portrait d\u2019Alexandre Jacob<\/strong><\/p>\n<div class=\"itemtext\">Le 30 ao\u00fbt 1954, Robert et Josette Passas re\u00e7oivent un t\u00e9l\u00e9gramme de Guy Denizeau, marchand forain, annon\u00e7ant la mort de leur ami commun. L\u2019enterrement est fix\u00e9 au mardi 31 \u00e0 14h30 au cimeti\u00e8re de Reuilly, dans l\u2019Indre. Une dizaine de personnes tout au plus, amis et voisins, suivent le cort\u00e8ge fun\u00e8bre. Anecdote humainement ordinaire.<\/div>\n<p><!--more--><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/barricata.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-123\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/barricata-300x43.gif\" alt=\"Barricata logo\" width=\"300\" height=\"43\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/barricata-300x43.gif 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/barricata.gif 557w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>L\u2019homme, qui vient de se suicider par injection de morphine, a pourtant droit \u00e0 un entrefilet dans l\u2019hebdomadaire satirique Le Canard Encha\u00een\u00e9 ainsi que dans la nouvelle formule du Monde Libertaire. Le journaliste reporter Alexis Danan (\u00abCayenne\u00bb 1930) lui consacre une large oraison dans la revue Noir et Blanc. Le mensuel D\u00e9fense de l\u2019Homme de Louis Lecoin, fait l\u2019\u00e9loge de celui que le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier de Jean Ma\u00eetron qualifie de \u00abdernier des grands voleurs anarchistes\u00bb.<br \/>\nCinquante ans plus tard, le syndicat d&rsquo;initiative de Reuilly organise une exposition\u2013souvenir sur Alexandre Marius Jacob. Pourquoi pas? Le Val de Loire a ses ch\u00e2teaux, le Berry ses sorci\u00e8res et cette petite commune de l&rsquo;Indre, l&rsquo;homme qui aurait inspir\u00e9 Maurice Leblanc pour cr\u00e9er le personnage d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin.<br \/>\nCinquante plus tard, la maison d&rsquo;\u00e9dition libertaire L&rsquo;Insomniaque r\u00e9\u00e9dite <em>Les \u00c9crits<\/em> de celui qui ne fut ni le gentleman\u2013cambrioleur d&rsquo;un quelconque romancier bourgeois et normand, ni un \u00e9ni\u00e8me Robin des Bois du XIXe si\u00e8cle finissant, ni un nouveau Mandrin, ni m\u00eame un autre Papillon tentant la belle dix sept fois dans l&rsquo;enfer vert et p\u00e9nitentiaire de la Guyane, encore moins un Vidocq de plus (voleur, bagnard, puis premier flic de l&rsquo;Empereur). Alexandre Jacob est \u00e0 dix lieues de ces innombrables clich\u00e9s qui ont fait la fortune de quelques ouvrages \u00e0 pr\u00e9tention biographique et qui dissimulent mal une authentique figure de l&rsquo;individualisme anarchiste, un th\u00e9oricien de l&rsquo;ill\u00e9galisme mettant en pratique ses convictions; associant l&rsquo;acte au discours; payant de sa personne trois ans d&rsquo;une guerre sociale men\u00e9e contre l&rsquo;hypocrite honn\u00eatet\u00e9 bourgeoise qui l\u00e9gitime et justifie toutes les exploitations, toutes les injustices, tous les vols.<br \/>\nLa r\u00e9\u00e9dition \u2013 revue et augment\u00e9e \u2013 des <em>\u00c9crits<\/em> tombe \u00e0 point nomm\u00e9; elle autorise une relecture de la geste jacobienne.<\/p>\n<p><strong>Les Travailleurs de <\/strong><strong>la Nuit.<\/strong><br \/>\nMarseille, 28 septembre 1879. La ville compte environ 350000 habitants. Explosion urbaine et r\u00e9volution industrielle oblige, l&rsquo;exode rural et une forte immigration drainent tout un prol\u00e9tariat s&rsquo;usant \u00e0 la tache dans les huileries, dans les sucreries et sur les docks. La bourgeoisie marchande de la ville expose sa fortune dans les beaux quartiers. Rue Navarin, Alexandre Marius est le premier minot d&rsquo;un jeune couple r\u00e9cemment uni par les liens du mariage. Joseph Jacob, le p\u00e8re, navigue comme boulanger sur les paquebots de la compagnie des Messageries Maritimes. Marie, la m\u00e8re, donne naissance \u00e0 trois autres rejetons. Tous d\u00e9c\u00e8dent avant leur premier anniversaire. L&rsquo;unique enfant, objet de toutes les attentions, passe son certificat d&rsquo;\u00e9tudes \u00e0 onze ans puis embarque comme mousse sur l&rsquo;Armand Behic. Direction la Nouvelle Cal\u00e9donie via le canal de Suez et l&rsquo;Australie. \u00c9pisode marquant: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu le monde et il n&rsquo;\u00e9tait pas beau\u00a0\u00bb d\u00e9clare Alexandre Jacob bien plus tard devant ses juges \u00e0 Amiens en 1905. Trafics en tout genre; celui de la chair humaine et de l&rsquo;esclavage paye bien. Transport \u00e0 fond de cale de bagnards repris vers le bagne de Nou, parqu\u00e9s comme des chiens. Pendant ce temps, le jeune gar\u00e7on de treize ans c\u00f4toie aussi la high society qui fait le tour du monde. D\u00e9sertion \u00e0 Sydney, puis abandon d\u00e9finitif de la navigation, retour \u00e0 Marseille.<br \/>\nAlexandre fr\u00e9quente de plus en plus les cercles anarchistes de la ville. 1897. la p\u00e9riode des attentats est termin\u00e9e depuis 3 ans, les \u00ablois sc\u00e9l\u00e9rates\u00bb de 1894 ont vou\u00e9 les libertaires \u00e0 une r\u00e9pression impitoyable. Mais la hantise d&rsquo;une marmite explosive perdure. L&rsquo;anarchiste est l&rsquo;ennemi. Le pr\u00e9sident F\u00e9lix Faure est en voyage dans le Midi. A l&rsquo;occasion, la police arr\u00eate deux apprentis chimistes, lecteurs assidus de l&rsquo;Indicateur Anarchiste, petit manuel de recettes d\u00e9tonantes imprim\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1890 \u00e0 Londres. La police marseillaise ne l\u00e2che plus Alexandre Jacob et le jeune homme peine \u00e0 trouver un emploi stable.<br \/>\n31 mars 1899. un commissaire et deux inspecteurs se pr\u00e9sentent chez le sieur Gilles, commissionnaire au Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille. Ils l&#8217;embarquent apr\u00e8s avoir dress\u00e9 l&rsquo;inventaire et r\u00e9quisitionn\u00e9 tout le mat\u00e9riel en d\u00e9p\u00f4t. L&rsquo;honn\u00eate homme est laiss\u00e9 au tribunal tandis que les trois individus s&rsquo;enfuient discr\u00e8tement emportant un butin d&rsquo;environ 500000 francs. Le lendemain, le vol fait rire la France enti\u00e8re. Alexandre Jacob est entr\u00e9 par la grande porte dans la famille des ill\u00e9galistes. Depuis Cl\u00e9ment Duval en 1886, le vol est l&rsquo;objet de tous les d\u00e9bats dans les milieux anarchistes. Pour certains, comme l&rsquo;\u00e9quipe de Jean Grave et des Temps Nouveaux, le voleur n&rsquo;est qu&rsquo;un parasite, vivant comme le bourgeois sur le dos du travailleur. Pour d&rsquo;autres, il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;une reprise des biens spoli\u00e9s aux masses prol\u00e9taires.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/portraits-jbpbr.jpg\"><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-122\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/portraits-jbpbr-300x270.jpg\" alt=\"Jacob et quelques travailleurs\" width=\"300\" height=\"270\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/portraits-jbpbr-300x270.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/portraits-jbpbr.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/strong><\/a>Arrestation \u00e0 Toulon le 3 juillet 1899. Jacob simule la folie pour \u00e9viter cinq ann\u00e9es de r\u00e9clusion. Le 19 avril 1900, il s&rsquo;\u00e9vade avec la complicit\u00e9 d&rsquo;un infirmier de l&rsquo;asile d\u2019Aix en Provence. C&rsquo;est \u00e0 S\u00e8te que Jacob se r\u00e9fugie. Chez Ernest Saurel, ami de Santo G\u00e9ronimo Cas\u00e9rio, il met au point une bande de cambrioleurs agissant au nom de la cause. A la diff\u00e9rence des propagandistes par le fait, le sang ne doit pas couler. Sauf pour d\u00e9fendre sa libert\u00e9. Ravachol, Vaillant, Henry s&rsquo;\u00e9taient attaqu\u00e9s \u00e0 des symboles. Les Travailleurs de la Nuit, pendant trois ans, visitent les belles demeures de France et de Navarre. Et m\u00eame au del\u00e0, car le principe de fronti\u00e8re n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre dans ce genre d&rsquo;entreprise. Il s&rsquo;agit de financer le mouvement avec l&rsquo;argent de l&rsquo;ennemi. Une partie des recettes doit \u00eatre revers\u00e9e aux organisations anarchistes, aux compagnons dans le besoin. Matha, le g\u00e9rant du Libertaire que S\u00e9bastien Faure et Louise Michel ont cr\u00e9\u00e9 en 1895, peut ainsi acheter un terrain rue d&rsquo;Orsel \u00e0 Paris pour y installer les locaux du journal. Mais le principe du pourcentage est bien vite discut\u00e9, remis en cause par certains membres de la bande. Centralisation oblige, Jacob et ses travailleurs se fixent \u00e0 Paris mais volent en province gr\u00e2ce au chemin de fer. Les quelques 150 cambriolages que la police leur attribue d\u00e9fraient d&rsquo;autant plus la chronique que Jacob allie l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 \u00e0 la raillerie. Se moquer des victimes, rentiers, militaires et cur\u00e9s surtout. Les \u00e9glises sont all\u00e8grement pill\u00e9es: \u00ab\u00a0Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont vol\u00e9 d&rsquo;autres\u00a0\u00bb, Rouen, \u00e9glise saint Sever, nuit du 13 au 14 f\u00e9vrier 1901. Rue Quincampoix, Paris, octobre 1901, le bijoutier Bourdin rentre chez lui et d\u00e9couvre un appartement vide. 450000 francs en bijoux, pierres pr\u00e9cieuses et autres breloques de valeurs partis, disparus, vol\u00e9s. Les Travailleurs sont pass\u00e9s par l&rsquo;appartement du dessus ; un trou dans le plancher, un parapluie dans le trou pour r\u00e9cup\u00e9rer les gravats et \u00e9viter le bruit de leur chute. Quelques ann\u00e9es plus tard, Jules Dassin reprend la sc\u00e8ne dans son film <em>Du rififi chez les hommes<\/em>.<br \/>\nLe vol \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat industriel: des groupes de trois ou de quatre personnes. La r\u00e9ussite d\u00e9pend de la rapidit\u00e9. Un travailleur part en avant garde et recense les demeures int\u00e9ressantes. Les deux autres arrivent apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 aver tis par t\u00e9l\u00e9gramme de l&rsquo;op\u00e9ration \u00e0 effectuer. Ni vu, ni connu et repartis aussit\u00f4t par le train. Quelques accrocs tout de m\u00eame. Le 27 f\u00e9vrier 1901 \u00e0 Orl\u00e9ans, Jacob manque de se faire prendre et tire sur un agent de police. Roy\u00e8re, lui est arr\u00eat\u00e9, condamn\u00e9 et enferm\u00e9 \u00e0 Fontevraud. Il meurt en 1904. Jamais, il n&rsquo;a parl\u00e9. La bande peut reprendre ses activit\u00e9s d\u00e9lictueuses. Mais, le 21 avril 1903, l&rsquo;op\u00e9ration men\u00e9e \u00e0 Abbeville tourne mal. Un pandore est pass\u00e9 par les armes \u00e0 la gare de Pont R\u00e9my. Jacob est pris le lendemain, P\u00e9lissard aussi. Bour passe entre les mailles du filet tendu par la police picarde mais se fait pincer \u00e0 Paris. Fin des Travailleurs de la Nuit. Deux ans d&rsquo;instruction et un proc\u00e8s sous haute surveillance: Amiens, du 8 au 22 mars, est en \u00e9tat de si\u00e8ge. Toute la presse nationale et quelques journaux \u00e9trangers relatent le proc\u00e8s de \u00ab\u00a0la bande sinistre\u00a0\u00bb et se complaisent \u00e0 dresser les crimes des \u00ab\u00a0quarante voleurs\u00a0\u00bb. Le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 fait vendre. Jacob profite de l&rsquo;occasion pour faire du proc\u00e8s une vitrine des th\u00e9ories ill\u00e9galistes (\u00ab\u00a0Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend\u00a0\u00bb), ses discours font mouche syst\u00e9matiquement; il \u00e9tonne par sa verve et sa truculence. Mais il se lance surtout dans de longs monologues o\u00f9 il justifie, l\u00e9gitime et th\u00e9orise ses cambriolages. \u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est le vol\u00a0\u00bb d\u00e9clarait Proudhon en son temps. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9\u00a0\u00bb rajoute Jacob. La sentence de la justice ami\u00e9noise tombe le 22 mars 1905 : les travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<br \/>\n<strong>Matricule 34777.<\/strong><br \/>\nAlexandre le voleur est devenu Jacob le bagnard. Matricule 34777, direction la Guyane. Lieu d&rsquo;expiation, mouroir, prison \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une dizaine de d\u00e9partements fran\u00e7ais, le bagne de Guyane pr\u00e9figure ce que seront, mais \u00e0 un niveau nettement plus d\u00e9velopp\u00e9, les camps de concentration nationaux-socialistes et autres goulags staliniens. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie du for\u00e7at \u00e0 son arriv\u00e9e est \u00e0 peine de cinq ans. La faim, les maladies tropicales et l&rsquo;\u00e9puisement ont raison de la force de vivre. Arbeit macht frei version fran\u00e7aise. Mais du bagne, le transport\u00e9 Jacob ne voit pratiquement que les \u00eeles (la case rouge de l&rsquo;\u00eele Royale et les cachots de l&rsquo;\u00eele Saint Joseph) et de temps en temps Saint Laurent du Maroni o\u00f9 se tient le tribunal maritime sp\u00e9cial charg\u00e9 de punir les for\u00e7ats r\u00e9calcitrants. Intern\u00e9 A et B, selon la typologie administrative et p\u00e9nitentiaire, Alexandre Jacob ne peut esp\u00e9rer recouvrir la libert\u00e9, ni m\u00eame sortir un jour des \u00eeles. Il doit y crever. La correspondance avec sa m\u00e8re Marie para\u00eet dans ces conditions salvatrice, elle entretient l&rsquo;espoir, elle nous r\u00e9v\u00e8le aussi les projets d&rsquo;Alexandre. Par 17 fois, la Belle lui tend les bras. Par 17 fois, Alexandre Jacob \u00e9choue. Il passe presque un tiers de sa vie en prison, fr\u00e9quente toutes les vedettes du bagne, les stars de cour d&rsquo;assises que la r\u00e9publique entend \u00e9liminer loin de l&rsquo;hexagone. De Ullmo \u00e0 Solleilland en passant par Hespel mais surtout des fr\u00e8res d&rsquo;id\u00e9es \u00e9chou\u00e9s sur les trois cailloux rocheux de Guyane: Dieudonn\u00e9 et Metge de la bande \u00e0 Bonnot sont ses amis. Les lettres d\u2019Alexandre \u00e0 Marie montrent combien le but du bagne est l\u2019avilissement, le rabaissement et l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019individu. Rappelons qu\u2019\u00e0 l\u2019origine cette institution p\u00e9nitentiaire est issue d\u2019une triple volont\u00e9: amender, coloniser, \u00e9loigner. L\u2019abondante litt\u00e9rature, qui fait suite \u00e0 l\u2019ouvrage d\u2019Albert Londres \u00ab\u00a0Au bagne\u00a0\u00bb paru en 1923, montre que, seul, le dernier objectif fut atteint. Et pendant vingt ans, Jacob a tenu, a r\u00e9sist\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle, le 14 juillet 1925, ordonne son rapatriement en m\u00e9tropole. Apr\u00e8s vingt ans de d\u00e9marches pour am\u00e9liorer le sort de son fils et le faire sortir de cet enfer, Marie Jacob a r\u00e9ussi \u00e0 obtenir ce qu\u2019elle voulait: revoir sa tr\u00e8s ch\u00e8re prog\u00e9niture. Il lui fallut convaincre, \u00e9crire, parler sans rel\u00e2che, trouver des intercesseurs suffisamment haut plac\u00e9s \u2026 La campagne de presse lib\u00e9ratrice a d\u00e9marr\u00e9 d\u00e8s les premiers mois de 1925. Marie a tiss\u00e9 autour d\u2019elle un nombre incroyable de r\u00e9seaux de relations. Il purge ses derni\u00e8res ann\u00e9es d\u2019enfermement dans l\u2019hexagone: \u00e0 Saint Nazaire, \u00e0 Rennes, \u00e0 Melun et enfin \u00e0 Fresnes.<\/p>\n<p class=\"itemtext\" align=\"left\">\n<strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-121\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph.jpg\" alt=\"Jacob dans sa maison\" width=\"231\" height=\"352\" \/><\/a>Le forain.<\/strong><br \/>\nAlexandre Jacob est lib\u00e9r\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 1927. Il travaille imm\u00e9diatement comme chef d\u2019atelier pour le compte du grand magasin Le Printemps. Cette situation, qui pourtant lui apporte un certain confort de vie, ne lui sied gu\u00e8re. Il se fait commer\u00e7ant ambulant et quitte d\u00e9finitivement la capitale quelques temps plus tard. Alexandre, devenu Marius car ce pr\u00e9nom \u2013 plus court \u2013 revenait moins cher \u00e0 faire inscrire sur le barnum, parcourt seul les foires du Val de Loire et de Touraine. L\u2019ancien bagnard a retrouv\u00e9 un \u00e9quilibre. En 1936, d\u00e9tour par l&rsquo;Espagne libertaire, r\u00e9publicaine et en lutte. 1939, Alexandre, sa m\u00e8re et sa femme s\u2019installent au Bois Saint Denis, petit hameau \u00e0 environ un kilom\u00e8tre de Reuilly dans l\u2019Indre. Alexandre Jacob est alors proche de ses amis rencontr\u00e9s et fr\u00e9quent\u00e9s sur les foires. Le monde forain, \u00e0 cette \u00e9poque, n\u2019est pas ouvertement anarchiste mais il n\u2019en est pas moins empreint d\u2019un esprit libre, ouvert, hospitalier et gr\u00e9gaire. Jacob y a donc trouv\u00e9 un espace propice \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement intellectuel de son dernier tiers d\u2019existence, \u00e0 l\u2019accomplissement d\u2019une vie sans entrave. Au Bois Saint Denis, la vie du marchand ambulant s\u2019\u00e9coule lentement au gr\u00e8s des nombreuses visites re\u00e7ues et des discussions qui s\u2019ensuivent avec M\u00e9rigot, m\u00e9decin communiste \u00e0 Vierzon, avec Malb\u00e8te vigneron local, avec enfin Briselance, Denizeau, Bouquereau, forain ou encore Pierre Valentin Berthier, journaliste (et libertaire) \u00e0 Issoudun. Les tourn\u00e9es du forain se sont r\u00e9duites: Issoudun, Vatan, Reuilly, \u00e9ventuellement Vierzon et Valen\u00e7ay. L\u2019homme se fait vieux et le ressent. Marie Jacob est morte un an apr\u00e8s l\u2019appel du 18 juin, Paulette, qu\u2019il a \u00e9pous\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1940 (le 22 janvier) d\u00e9c\u00e8de d\u2019un cancer en 1947 (le 16 d\u00e9cembre). Au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, il a cess\u00e9 son activit\u00e9 professionnelle. Mais Jacob n\u2019a perdu ni sa verve, ni son esprit critique ni m\u00eame son humour corrosif: ainsi demande-t-il une carte d\u2019\u00e9lecteur pour son chien N\u00e9gro qu\u2019il juge fid\u00e8le et honn\u00eate. Il lit beaucoup, \u00e9crit (\u00e0 ses amis, contre son nouvel ennemi: le fisc), s\u2019occupe de son chien, de ses chats et des souris qu\u2019il \u00e9l\u00e8ve pour des laboratoires pharmaceutiques, \u00e9coute nuit et jour la radio, projette un livre sur les Indiens Guaranis du Br\u00e9sil, entame une correspondance avec le j\u00e9suite Riquet. Mais il a toujours refus\u00e9 qu\u2019on lui fasse sa biographie. Pourtant, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entremise de Fernand Planche et de Pierre Valentin Berthier, Jacob c\u00e8de et se laisse convaincre par Alain Sergent. En 1950 parait <em>Un anarchiste de la Belle \u00c9poque<\/em>, aujourd\u2019hui quasi introuvable \u2026 sauf \u00e0 Reuilly o\u00f9 les indig\u00e8nes locaux (comme Jacob les appelait souvent) apprirent avec force de d\u00e9tails le pass\u00e9 de celui qui le vendredi montait son barnum sur la place centrale du village. La red\u00e9couverte du chef des Travailleurs de la Nuit atteint \u00e9galement un jeune couple d\u2019instituteurs de la Dr\u00f4me. Robert Passas, qui lors de ses cong\u00e9s pratique le cyclotourisme, fait un d\u00e9tour par le Berry. L\u2019amiti\u00e9 entre les deux hommes est imm\u00e9diate et r\u00e9ciproque, quasi charnelle. Jacob lui confie ses souvenirs et ses archives. Marius, Robert et Josette passent deux \u00e9t\u00e9s (1952 et 53) ensemble. Marius leur donne un an de sa vie. Car, depuis longtemps, il projette d\u2019y mettre un terme, pr\u00e9f\u00e9rant mourir \u00aben bonne sant\u00e9\u00bb. Avant que les affres de la vieillesse ne le rendent d\u00e9pendant des autres. Marius entreprend alors une intense correspondance avec Jo et cet \u00e9change, au cours duquel il lui d\u00e9clare sa flamme, dure jusqu\u2019\u00e0 la venue de la jeune femme au mois d\u2019ao\u00fbt 54. Quelques temps apr\u00e8s le d\u00e9part de Josette, le 28 ao\u00fbt 1954, Jacob met son projet \u00e0 \u00abex\u00e9cution\u00bb.<br \/>\n<strong>Le 30 ao\u00fbt 1954<\/strong>, Robert et Josette re\u00e7oivent un t\u00e9l\u00e9gramme de Guy Denizeau annon\u00e7ant la mort d\u2019Alexandre Marius Jacob. Sa derni\u00e8re \u00e9vasion a r\u00e9ussi. La r\u00e9\u00e9dition des <em>\u00c9crits<\/em> par l&rsquo;Insomniaque rappelle la vie d&rsquo;un individu hors du commun mais surtout \u00e9nonce un principe absolu : la libert\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-120\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-gil-292x300.jpg\" alt=\"Jacob par Gil\" width=\"292\" height=\"300\" \/><\/p>\n<p class=\"itemtext\" align=\"left\">Le site de Barricata\u00a0:<\/p>\n<p class=\"itemtext\" align=\"left\"><a href=\"http:\/\/contre.propagande.org\/pravda\/index.php\">http:\/\/contre.propagande.org\/pravda\/index.php<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Fanzine de contre culture du RASH Paris-Banlieue N\u00b012\u00a0: juin 2004 Alexandre Jacob, portrait d\u2019un bagnard anar \u00ab\u00a0Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend\u00a0\u00bb: Portrait d\u2019Alexandre Jacob Le 30 ao\u00fbt 1954, Robert et Josette Passas re\u00e7oivent un t\u00e9l\u00e9gramme de Guy Denizeau, marchand forain, annon\u00e7ant la mort de leur ami commun. 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