- Alexandre Jacob, l’honnête cambrioleur - http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob -

1917 aux îles du Salut

La guerre sous-marine fait rage mais le courrier, forcément censuré, semble arriver correctement en Guyane. Dix jours ébranlent le monde en Russie. À 7000 km de la métropole, le forçat Jacob a-t-il connaissance de la révolution bolchevique ? Les fronts craquent dans les tranchées européennes. Les poilus mettent la crosse en l’air après le désastre de l’offensive du Chemin des Dames orchestrée par le général Nivelle, boucher en maître de la stratégie française. Le vainqueur de Verdun le remplace et rétablit la situation. Michel et le fils de Jacques sont morts, nous apprend le courrier adressé à Marie. Michel ? C’est Miguel Almereyda ; ami et soutien de Jacob, le fondateur du Bonnet Rouge est retrouvé pendu dans sa cellule le 14 août. Officiellement, c’est un suicide. Le fils de Jacques Sautarel, ancien membre des Travailleurs de la Nuit, est mort au front quant à lui pour la patrie et pour les industriels qui en profitent pour s’enrichir.

Jacob n’est alors pas dupe du bourrage de crâne médiatique et persiste à croire la guerre longue. Il envisage même la paupérisation des masses à la suite du conflit mondial. « C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards tous ces gros qui font la foire. » en 1917 dit la chanson de Craonne. Et après ce sera la même chose écrit le fagot qui prédit même « l’âge d’or des producteurs ». Mais Barrabas-Jacob met surtout en scène sa famille imaginaire dans les onze lettres qui ont été conservées pour cette année. Émilienne fait échouer la septième tentative d’évasion.

Jusqu’en septembre, nous pouvons suivre dans la correspondance de l’honnête bagnard les préparatifs et l’échec de cette Belle. L’abondance de passages codés indique bel et bien la préparation d’un nouveau coup. Marie-Myrrha-Lisa doit s’occuper de « la succession d’Auguste » pour que Julie « restaure sa santé » et que Lucie « puisse sortir de l’hôpital », tout en faisant attention aux « troubles nerveux d’Octave » et à l’attitude ambiguë de « Charles » (alias Malato signataire de l’appel des Seize en faveur de l’Union Sacrée). Émilienne est le pivot du projet mené avec Eugène Dieudonné.

Émile Ferbos, matricule 36960, est Émilie, Émilienne ou encore Milou. Il joue les intermédiaires et doit réceptionner les revolvers, la voile, les costumes en caoutchouc et l’argent que Marie doit envoyer. Il est libéré le 27 mai 1917, et devient le matricule 12949. Il doit logiquement se retrouver à Saint-Laurent-du-Maroni où il devra s’occuper des délictueux paquets pour Jacob et Dieudonné[1] [1].

Mais Ferbos garde pour lui et le colis, et l’argent ! L’attitude d’Emilie, qui fort heureusement « n’en a point informé Octave », résulterait selon Jacob d’une mauvaise interprétation du livre de Max Stirner, L’unique et sa propriété, qu’il lui avait prêté : « il se sentait gagné par la philosophie de l’égoïsme forcené »[2] [2]. Soyons réaliste. Ferbos ne risque presque rien à voler Jacob et Dieudonné, internés aux îles alors que lui se trouve libre sur la Grande Terre. Il peut donc céder sans crainte à la tentation.

Dans le même temps, la crise de dysenterie d’Eugène Dieudonné entrave également l’opération[3] [3]. L’anarchiste ne peut suivre son compagnon. Les circonstances jouent une fois de plus en la défaveur de Jacob. Le mauvais coup d’Émilie survient à un moment où Alexandre Jacob envisageait une évidente réussite de sa Belle. De là, la déception du détenu. Est-ce pour cette raison qu’il tente peu de temps après un huitième et rocambolesque évasion qui, comme les précédentes, échoue. Mais cette fois, le bagnard est pris sur le fait et, le 1er novembre 1917, il annonce la nouvelle à sa mère, nouvelle triste, « couleur grisaille comme les temps que nous vivons. »

Le 14 octobre, Alexandre Jacob sort de sa case à la faveur de la nuit. Un codétenu, le matricule 41317, couvre le bruit en jouant de la musique. C’est son ami Léon Rodriguez[4] [4], compromis en 1912 dans la Bande à Bonnot. Jacob se jette à la mer et se maintient à la surface à l’aide de cinq flotteurs fabriqués clandestinement. Les forts courants le ramènent rapidement sur les rochers de l’île Royale. Epuisé, le bagnard se constitue prisonnier et absorbe en cellule des capsules de chlorhydrate de morphine. Il se les est procurées très certainement à l’infirmerie de l’île. L’absorption du poison fait partie du plan envisagé par le bagnard. En provoquant un état de mort apparente, il espère que son corps soit jeté à la mer une deuxième fois.

Le choc thermique, issu du contact avec l’eau, devrait le sortir immédiatement de la catalepsie dans laquelle il se plonge volontairement. Soupçonneux, le médecin qui constate le faux décès fouille Jacob et trouve sur lui un reste de morphine. Jacob n’est pas conduit, comme il l’espérait, à la morgue de l’hôpital mais se réveille en cellule après avoir subi des lavements. De là la faiblesse générale et les troubles hallucinatoire évoqués dans son courrier en date du 1er novembre. L’évasion n’a pas duré plus de douze heures. C’est sur cette base que le bagnard entend construire son argumentaire de défense. Car il sait très bien la rétrogradation de classe en commission disciplinaire et le verdict du TMS[5] [5] qu’il risque. L’hypothèse de deux à cinq ans de réclusion viendrait alors entraver tous ses plans.

23 février 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Je n’ai pu t’écrire au dernier courrier. Motif : trente jours de cellule[6] [6]. Après en avoir purgé onze ans, ce n’était pas pour me troubler. Aussi bien je me porte à souhait, plein de courage et d’espérance, et j’aime à croire que les nouvelles qui me viendront de Lisa ne seront pas pour altérer cette bonne, cette excellente disposition d’âme. Amen !

Par ces temps de guerre sous-marine à outrance, il ne faut pas trop t’étonner si tu ne reçois plus régulièrement chaque mois de mes nouvelles. Il y a perturbation dans le service postal maritime et bien heureux encore que les lettres expédiées arrivent à destination. D’ailleurs, pour plus de tranquillité, va voir M. Colombani. Il est très informé, de bon conseil et ses renseignements t’éclaireront mieux que je ne le puis faire.

D’une part, je suis peiné de l’indisposition, légère d’ailleurs, survenue à Mlle Gievan, mais, de l’autre, je suis content que, malgré cela, elle ait pu être d’une grande utilité à Julien. Dans le cas où le voyage à Londres incommoderait sa fragile santé et sa bourse, que ne s’adresse-t-elle à un spécialiste français. J’ai idée qu’à Paris ou à Marseille elle pourrait être aussi bien traitée et à meilleur compte. À défaut d’autres indications, la consultation du Bottin vous mettrait sur la voie. Toutefois, quand il s’agit de la santé, il ne faut pas y regarder de trop près ; ainsi, si la médication anglaise lui paraît supérieure, mieux vaut pour elle s’en tenir à celle-là.

Les motifs que tu m’avais communiqués dans ta dernière me laissaient supposer que Billaud ne pourrait pas aller en permission à Paris ; et, présentement, avec la mobilisation civile, ce doit être pis encore. N’importe, ce qu’on ne peut surmonter, on le tourne.

C’est te dire de ne compter que sur toi. Je sais bien que ce n’est pas très facile. Je me rends compte de toutes les difficultés. Cependant, je te sais si courageuse, si opiniâtre que j’ai bon espoir. D’ailleurs, tu as bien quelques amis dévoués qui, en raison du noble but de tes démarches, voudront bien t’aider de leur concours. J’ai été bien peiné de la mort de notre cousin Alexis. À son âge et dans sa triste situation, c’est pourtant plus une délivrance qu’un accident.

Ce n’est pas exactement ce que je croyais que cette revue. Non pas qu’elle me déplaise, car, au fond, bien que construite sur une métaphysique discutable, l’idée maîtresse, la culture de l’énergie, est très bonne. Mais j’en ai assez de ces douze numéros. Ne m’adresse plus aucun imprimé. La grande offensive ne saurait tarder, car nous voilà bientôt au printemps, et après la victoire, si l’on autorise encore l’envoi des journaux, je t’en informerai.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine et aux camarades.

Ton très affectionné,

Alexandre

9 mars 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Tu vois bien que tu les as reçues mes lettres. Quant à celle du mois d’octobre, tu ne risquais pas de la recevoir, puisqu’il n’y a pas eu de courrier. Assurément que le courrier des Antilles peut être atteint comme un autre. On ne vaccine pas encore les bateaux contre ce risque. Cependant, il ne faudrait pas que la crainte de ce péril fît dévoyer Lisa de sa promesse de m’écrire à chaque courrier et d’assister Julie. C’est un risque à courir, rien plus. Il y en a bien d’autres ! En face de tels événements, il convient d’être stoïque, d’un stoïcisme légèrement teinté de fatalisme oriental. Ce qui n’exclut pas, tu le comprends bien, la méthode et l’organisation. Serrons les dents, bronzons le cœur, mais que la gaieté ne quitte jamais nos lèvres. Tu le connais ce mot fameux : « Le sourire aux lèvres… » Faisons-le nôtre et advienne que pourra.

Certes, si jamais Myrrha, ne pouvant vaincre certaines difficultés, revenait bredouille de quelques-unes des démarches au sujet de la succession d’Auguste, il ne faudrait pas croire pour cela que tout soit perdu. Il y a toujours moyen d’arranger les choses et même les hommes. L’essentiel est que les familles Gievany, Rabussat et Perlistz veuillent bien entrer en pourparlers. J’ai idée qu’elles trouveront un terrain d’entente, de conciliation grâce surtout aux bons offices de Me André Aron, qui est bien placé pour mener cette affaire à bonne fin. D’où je suis, je ne puis te donner aucun conseil solide sauf celui de tenir tête à tes intérêts. D’ailleurs, d’après les instructions que Julie a adressées à Myrrha en janvier dernier, et qui, comme tu me l’as fait savoir, sont très conciliantes, j’en augure un bon résultat. Après tous les deuils qui l’ont frappée, il serait heureux que Julie pût restaurer et sa santé et sa fortune si fortement compromises par cette guerre. Par ricochet, et encore que la part qui doit t’en revenir soit plutôt modeste, ce bonheur, on peut bien je crois y donner ce mot, te serait très sensible. C’est pourquoi, il me serait doux que cela se terminât au plus vite afin que je te sache un peu mieux à l’abri des nombreuses calamités qui sévissent sur le présent et menacent l’avenir. En temps ordinaire, on pourrait augurer à un mois près de la liquidation ; mais, en ce moment, la célérité n’est guère familière aux tribunaux civils. Nécessité oblige. Espérons toutefois que, entre juin et août, le litige sera tranché. Quoi qu’il en soit, tiens-moi toujours au courant. En attendant, remonte le moral aux sœurs Gievany. Explique-leur que le malaise qui les a atteintes n’est pas grave, il ne saurait servir de prétexte à faire défaut au jugement. J’espère qu’elles comprendront.

J’ai bien reçu cinq numéros des Hommes du jour. Bien que je les lise avec un gros intérêt, il n’est pas utile, comme je te l’ai dit dans ma dernière, que tu m’en envoies d’autres. Sauf de tes chères nouvelles, plus rien.

Au sujet de Milou et de ses proches, il faut bien comprendre dans quelle triste et difficile situation ils se trouvent. À proximité du front, subissant constamment le contact, assez éloigné il est vrai, mais néanmoins très dangereux de l’artillerie ennemie, ils ont déjà fort à faire pour se parer de ce danger. D’autre part, ils ne sont pas allés, comme Lise, à l’école de cette lutte, et manquent peut-être d’expérience. Tu le sais mieux que personne, la volonté ne suffit pas toujours. Aussi bien, fais de ton mieux pour faciliter leur tâche.

À part du rhumatisme articulaire dans les doigts de la main, c’est à peine et non sans douleur que je te puis écrire, je me porte fort bien. Et si tu m’as dit vrai pour ce qui te concerne, ma foi, tout est pour le mieux dans le plus guerroyant des mondes.

Amitié à tante (qu’il te faut toujours aller visiter), à ta bonne voisine et aux camarades s’il y en a encore.

Ton très affectionné,

Alexandre

22 avril 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Malgré toute la tristesse des temps que nous vivons, ta lettre de mars m’a fait plaisir. J’ai été très touché aussi de l’envoi et du symbole de la carte postale. Il est vrai que j’avais omis de t’accuser réception de celle reçue en janvier et figurant une hirondelle. Je l’avais pourtant reçue. Je conçois fort bien toutes les difficultés auxquelles Lise a dû se heurter. Bien que tu ne m’en aies rien dit, je présume que le concours de notre ancien voisin, M. Rabussat, t’a fait défaut. Encore que je le déplore, ce n’est pas là chose qui nous puisse surprendre, et partant, détourner de nos bons vouloirs. Ne te tracasse pas pour cela, ma bien bonne. Ne néglige rien pour satisfaire Lucien qui, au début des hostilités, doit avoir besoin de petites choses. Puisqu’il est en contact permanent avec les troupes anglaises, tu peux lui envoyer les deux volumes de Gieveny de Dickens. Lui qui aime tant lire ça lui fera plaisir.

Ne manque pas d’aller voir notre ami du Quai d’Orsay. J’espère que depuis son retour de Roumanie, il réside toujours à Paris, à son ancienne adresse. Comme tu le reconnais toi-même, il est de bon conseil. Ses instructions te seront précieuses, en ce sens que, très informé des choses parlementaires, il pourra t’indiquer la juste mesure de tes efforts.

Est-ce oubli ou intention ? mais toujours est-il que tu ne m’as rien dit de ta santé. Serait-elle compromise ou simplement altérée ? J’aime à croire que non. Ce n’est pas le moment de lâcher la rampe. Use de tous les moyens en ton pouvoir pour te soigner et durer. Dans un moment aussi troublé que le nôtre, la contagion mentale, la suggestion collective déterminent une foule de troubles nerveux dont il faut savoir si l’on peut se garer. Aussi bien, ne va pas donner tête baissée dans toutes les sornettes, naïves et illusoires, qui courent les rues, véhiculées par les papiers publics. Entre autres, la coupure de journal relative à l’opinion de M. de Casabianca n’a qu’une valeur toute relative. Il s’agit là, chez les uns, de moyens électoraux, et chez celui-ci d’aliment de publicité. Bref, ce sont des balançoires. Avant tout, il faut savoir se tenir à sa place, s’avouer ce que l’on est, non pas en soi, mais par opposition aux autres. Tu vois d’ici la réponse qui résulte de telles questions. Ne pense plus à ces balivernes nocives parce que dissolvantes qui, si tu n’y prenais garde, t’épuiseraient toute ton énergie par l’instillation goutte à goutte d’une continuelle déception. Il y a une autre méthode, il y a d’autres moyens. Méthode plus sûre, moyens plus prompts. Tu as déjà compris l’une, devine les autres. Il s’agit, tu le comprends bien, de la résignation. Accepter son sort, le subir et se laisser vivre… ou tuer. Ce n’est pas plus difficile que cela. Amen !

Si j’en excepte les douleurs rhumatismales dont souffrent mes doigts de la main – c’est à peine si je puis écrire et à quel prix ! – ma santé est très satisfaisante. C’est donc te dire tout le tort que tu as de te chagriner pour moi. Pense plutôt à toi, ma bien bonne. Je te le répète encore une fois, ne te néglige pas. Plus que jamais c’est le moment d’avoir le pied ferme et l’œil ouvert. Il est déjà fort malheureux lorsque la nécessité contraint à des sacrifices sans y en ajouter d’autres, parfois inutiles, de notre propre mouvement.

Aide Lucien dans la mesure de tes moyens, conforme-toi fidèlement à ses instructions[7] [7] et quant à moi, ne sois pas en peine. Je n’ai besoin de rien.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine et aux camarades.

Ton très affectionné,

Alexandre

18 mai 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Encore un courrier qui, fort heureusement, a glissé comme une anguille à travers les champs de mines et la zone de sous-marins ! Puissent ceux de demain être aussi favorisés. Tu dois voir par là que j’ai reçu ta chère lettre et suis on ne peut plus satisfait des bonnes nouvelles qu’elle contient. Dans ma dernière, je t’ai demandé ta nouvelle photographie. J’espère donc la recevoir au prochain courrier.

J’ai très bien compris le sens des démarches que Lisa a entreprises pour Lucie. Comme toi, j’estime qu’elle ne pourrait faire mieux. Il ne me paraît pas utile qu’Émilienne s’adresse derechef à Jean-Baptiste. Sa dernière démarche suffira sans doute pour faire comprendre à sa tante la conduite qu’elle doit tenir à son endroit, puisque comme Lucie te l’a dit, la réponse lui est parvenue. D’ailleurs, ses blessures n’étant point de celles qui mettent la vie en danger, elle pourra toujours l’aller remercier en personne dès sa sortie de l’hôpital. Je te recommande toujours de prendre garde aux avions. Tu dois savoir comme un accident est vite arrivé. Enfin, le malheur est réparable. Déjà, par la corbeille de douceurs que Lisa lui a envoyée aussi bien que par l’espoir, fondé d’ailleurs, d’une prompte guérison, sa santé doit être, à cette heure, bien remise. Je le lui souhaite de tout cœur.

De moi-même, je ne te dirai pas grand-chose que tu ne saches ou devines. Je me laisse mourir à la dose d’un milligramme par jour. Comme je pèse encore soixante-cinq kilos, tu dois voir que je ne suis pas encore prêt à rendre l’âme. Je me porte, au contraire, fort bien.

Tu fais bien de ne plus m’adresser ni livres, ni journaux. Tout est interdit. Plus tard, après la guerre, je t’enverrai la liste des nouveaux ouvrages que je désirerai recevoir. D’ores et déjà, tâche donc de trouver, relié en blanc et d’occasion, un dictionnaire Littré. Par la suite, tu me tiendras au courant de tes démarches à ce sujet. Mais, je te le répète, ne m’envoie aucun livre, pas de journaux, voire un simple prospectus. À l’avenir, lorsque la défense sera rapportée, si elle l’est jamais, je t’en aviserai.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine, à Mme Haraud et aux camarades.

Ton très affectionné,

Alexandre

1er juin 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Tous les courriers Sud-Amérique ne touchent pas aux Antilles. De là la non-réception de ma lettre qui, partie de la Guyane le 25 avril, n’a pu arriver à Paris que le 15 ou le 16 mai. Il n’y a donc rien d’anormal à cet égard. Quant à celles que tu m’adresses, je les ai toujours reçues. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, le courrier Guyane-Antilles n’a pas encore, que je sache, subi de dommages du fait de la guerre sous-marine. Espérons qu’il en sera toujours ainsi.

Il était à prévoir que les troubles nerveux d’Octave récidiveraient un jour ou l’autre. Les nombreux deuils qui l’ont frappé ne sont pas pour lui porter la quiétude et l’équilibre. Encore que la guérison parfaite ne se puisse espérer, il faut pourtant faire tout le possible pour y remédier. Au reste, je sais que tes soins ne lui feront pas défaut. Les temps sont durs, et les maladies, trouvant un terrain propice, s’en donnent à cœur joie. C’est ainsi que mes pauvres petites nièces Marie et Anne, d’après ce que tu m’en as dit, ne sont pas des mieux portantes. C’est bien fâcheux car elles étaient tout l’espoir de ton frère Auguste[8] [8]. Cependant bien que la typhoïde ne pardonne guère à l’adolescence, avec des soins dévoués et intelligents, vous pourrez peut-être les sauver. Tu dois penser si je le souhaite. C’est effrayant ce que cette guerre détermine de douleurs et complique la vie. Enfin, les mots ne servent ici à rien. Il faut résister ou périr. L’axiome n’est pas neuf. Il est vrai de toute éternité. Aussi bien, sans toutefois aller donner du museau dans un optimisme béat et rose sans épines, le mieux est encore, tout en ne négligeant aucun effort, de ne pas se laisser aller à la désespérance. Les choses sont ce qu’elles peuvent être, rien plus, rien moins.

Pour la succession de Lucie, tu me parais mieux placée que moi pour émettre une opinion fondée. Comment veux-tu que je te donne mon appréciation sur une question dont je ne connais que quelques éléments. Je ne sais presque rien du droit civil et ne suis instruit du litige que par les quelques mots que tu m’en as dit. Dans ces sortes de procès où la procédure, très dilatoire, permet de tirer les choses en longueur, il est bon de s’armer de patience, surtout en ce moment où le nombre des affaires augmente, cependant que le personnel de la magistrature est très réduit. Néanmoins, depuis le temps que cette affaire est inscrite au rôle, il est probable que, sauf appel et pourvoi du demandeur, elle soit définitivement jugée cette année. D’ailleurs, l’avoué de la famille, Me Baron, est à même de te renseigner beaucoup mieux que moi à ce sujet.

L’avertissement mis en tête de ma lettre relativement à l’envoi de colis doit suffire pour t’indiquer que tu n’as pas besoin de te presser pour l’achat des livres dont je t’ai parlé. D’ailleurs, tu dois le voir à mon écriture, mes rhumatismes dactyles ne vont pas mieux, en sorte que je ne puis guère travailler. Plus tard, après la guerre, nous reparlerons de cela, en admettant que nous soyons assez jeunes pour en voir la fin.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine et aux camarades.

Ton très affectionné,

Alexandre

P.-S. J’espère que tu m’auras envoyé ta nouvelle photo. Je l’attends au courrier prochain.

28 juin 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

J’ai bien reçu ta chère lettre ainsi que la photographie qu’elle contenait mais je ne sais encore rien des colis d’imprimés annoncés. Ces colis allant presque toujours à Cayenne avant d’arriver aux îles, je ne les recevrai que dans quelques jours, si toutefois on me les remet. La situation économique n’est pas plus brillante ici qu’en Europe. La planète semble fatiguée de cette débauche de mitraille. Dans la colonie, il est fortement question de culture intensive, d’emploi et de bon rendement de la main-d’œuvre pénale. Si les projets sont faciles, les résultats le sont moins.

Ainsi, on parle fort d’envoi au continent des condamnés internés. Naturellement, cette mesure ne me concerne pas. Une décision ministérielle, prise en février 1908, oblige l’autorité locale à me tenir aux îles à perpétuité. La vie y est bien monotone, indigente de toutes les manières, mais le climat y est sain. Cela suffit à ma résignation.

Les ans ont bien raviné ton front, mais le regard est toujours vif, brillant. Or, comme j’ai toujours pesé la valeur d’un homme comme celle d’un poisson, sur la vivacité de l’œil, j’en augure que tu as encore une volonté forte que le pire des malheurs ne saurait ébranler. Au reste, nous qui n’avons absolument rien à perdre, je ne vois pas trop à quoi nous pourrions en bonne logique appliquer ce mot, si familier à ceux qui pleurent mais qu’un homme d’action doit s’interdire. Je me fais une idée de ce que doit être la vie économique à Paris comme ailleurs.

Et nous n’en sommes qu’au temps des roses. Nul ne peut prédire ce que durera encore la guerre. Elle peut aussi bien se prolonger des années comme finir demain. Tout ce qui se dit à la tribune de l’Europe n’est que de façade. Le jeu de la guerre c’est comme celui du poker. Le bluff y est de rigueur. C’est pourquoi les profanes que nous sommes ne peuvent rien savoir. Mais ce que l’on peut prévoir à coup sûr, c’est qu’après la guerre la vie économique sera encore plus pénible qu’aujourd’hui. La valeur du franc pourrait bien dégringoler au centime. Ce sera la ruine des rentiers mais l’âge d’or des producteurs. Cependant, comme il est de règle sociale aussi bien que naturelle que celui qui produit serve de pâture à celui qui fait produire, les choses ne tarderont pas à s’équilibrer, je veux dire à revenir à ce qu’elles étaient, ce qu’elles seront toujours. Amen !

Je me trouve en fort bonne disposition d’esprit et de corps. Mon œil n’a rien de celui d’un poisson à la glace. Je me tiens droit. Au courrier prochain, je te dirai ce qu’il y a de positif dans tous ces bruits de projets dont je t’ai parlé au début et, si j’estime qu’il pourrait y avoir quelque chose à tenter pour moi, te ferai faire quelques démarches auprès du ministre par l’entremise de notre ami du Quai d’Orsay, à qui, d’ores et déjà, je te prie de présenter mes plus sincères remerciements. Ton très affectionné,

Alexandre

30 juillet 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Je les ai bien reçues toutes tes lettres, ainsi que les cartes postales et tes deux photographies. Quant au colis d’imprimés, je n’en ai pas encore eu de nouvelles. Il doit s’agir d’un retard et, au pis-aller, comme c’est peu de chose, ça n’a pas d’importance. À l’avenir, ne m’adresse plus ni revues, ni journaux, car je ne m’intéresse pas beaucoup aux choses de la guerre. Au début, cela a été une fièvre qui a secoué tout le monde ; mais, à présent, la curiosité étant émoussée, c’est tombé dans le train-train des événements ordinaires. D’ailleurs, encore que revêtant plusieurs formes, tantôt hypocrite et toute de ruses, tantôt franchement cynique et toute de violences, la guerre est éternelle et ne pourrait prendre fin qu’avec la fin du monde. Tu vois d’ici que cela ne sera pas pour demain, et que, si nous avons souffert parfois de quelques défaites, nous sommes encore assez jeunes pour assister à de futures et éclatantes victoires. En attendant, accommodons-nous de notre sort en vivant le mieux possible, sans oublier toutefois que le sachant-vivre implique le savoir-mourir.

Tu n’as pas su me dire, me préciser la cause réelle de l’humeur d’Octave. Notre ancien voisin Charles en est-il pour quelque chose ? Je l’ai cru un moment et en ai été fort peiné. Cependant, comme tes explications n’étaient pas claires, j’ai pensé que je m’étais trompé. Il vaut mieux qu’il en soit ainsi. Au reste, ce n’est pas la peine que tu te chagrines pour ces choses-là. Tu as fait ton devoir de bonne parente, c’est l’essentiel. Les circonstances décideront du reste. C’est une niaiserie que de se mettre martel en tête. Si Émilie n’est pas encore allée rendre visite à Auguste c’est, à n’en point douter, qu’Octave y a mis obstacle. La vie en province diffère de celle de Paris. Tu sais cela mieux que moi. Donc tu peux tranquilliser Lisa. Si, pendant quelques mois, Octave se refuse à lui donner son fils, cela ne veut pas dire qu’il ne changera jamais d’idée. La résolution a été prise dans un moment de colère et rien ne vous dit qu’il ne regrette pas déjà sa méchanceté. Espérez et vous verrez que tout s’arrangera au mieux des intérêts de toute la famille.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine, sans oublier Mme Haraud.

Ton très affectionné,

Alexandre

3 septembre 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Ainsi, encore un coup, les affaires de Julien n’ont pas marché à souhait. Faut-il pour cela, et à cause de cela, désespérer de l’avenir ? Je ne le lui conseille pas. Et, pour peu qu’il ait encore du ressort, j’espère qu’il sera de mon avis. Sa fiancée, Émilienne, à qui il prêtait beaucoup de probité et un sens moral très développé, l’a trompé à la manière de Roger, avec, cependant, cette excuse atténuante, qu’elle n’en a point informé Octave. Mince d’excuse ! Quand je pense à tous les efforts, à tous les tracas que ce mariage a dû susciter à Lisa, je souris d’un sourire philosophique sur la vanité d’une foule de mots : méthode, prudence, sagacité, etc. Cependant, si on y réfléchit bien, dans toute entreprise où notre sort dépend de la puissance d’autrui, il est bien rare qu’il en soit autrement. Au fond, inutile de philosopher sur un fait accompli. Il ne reste plus à Lisa qu’à se garantir pour l’avenir contre les tentatives probables d’Émilienne qui, de Suisse ou d’ailleurs, pourrait tenter de la tromper. À la première occasion, mets-la en garde.

Jacques non plus n’a pas été heureux. La mort de son fils a dû le toucher beaucoup. Je le revois encore à Amiens, en face de nous, aux côtés de sa sœur et de sa mère. Je suis sûr qu’en cet instant il n’aurait pas auguré grand-chose de mon sort. Et pourtant… Si la justice de Dieu est une bonne réplique de celle des hommes, je suis certain de filer tout droit au paradis. En attendant, je voudrais bien commencer par tâter du purgatoire. À cet effet, tu devrais tâcher de faire quelques démarches pour moi. Comme je te l’ai déjà dit, je suis interné par décision ministérielle. Or, tant que le ministre ne reviendra pas sur cette décision, toutes les améliorations que la loi accorde aux condamnés resteront pour moi lettre morte. Vois si, avec le concours de tes amis, tu peux faire quelque chose.

Mes amitiés à Jacques et à sa famille, à tante, à ta bonne voisine et, de ton très affectionné ses plus affectueuses caresses,

Alexandre

20 septembre 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Si l’on ne jugeait des choses que par ce que l’on voit, j’en serais encore à douter des résultats de la guerre sous-marine tant les courriers arrivent ici, j’ose dire, régulièrement. Pas une de tes chères lettres qui ne me soient parvenues, et tu peux en dire autant de celles que je t’ai adressées. Espérons que nous continuerons à jouir de cette faveur du sort. Seul ce colis d’imprimés a été perdu, et encore, pas pour tous, puisque, comme tu l’as supposé, il se pourrait fort bien que ce soit Émilie qui s’en soit emparé. Ce jour-là, tu as dû douter de la clairvoyance de Julie. S’être trompée à ce point-là ! Que veux-tu ? Lorsque, comme elle, on est obligé de s’en remettre à autrui pour un tas d’insignifiantes commissions, il faut toujours s’attendre à être trompé. C’est un risque à courir. Au fond, c’est peu de chose. Je suis sûr qu’elle n’y pense déjà plus. C’est égal, cela fait la troisième fois. Aussi bien, à sa place, et quitte à réaliser un moins gros bénéfice, je ferais tout moi-même et par moi-même. Tu devrais bien le lui conseiller. Je suis certain qu’elle t’écouterait.

J’ai appris par les journaux illustrés la mort de Michel. Étrange !

Il est fâcheux que Titin ait quitté Paris. J’espère que ce ne sera pas pour longtemps. Toutefois, dans le cas où son devoir le retiendrait au front plus longtemps qu’il ne croit, il pourra toujours déléguer quelqu’un de ses amis et de sa profession pour donner suite à la mission qu’Auguste lui a confiée, et dont il sera, il y a lieu de le présumer, satisfait.

Pour moi, tu sais comment il faut entendre les démarches dont je t’ai parlé dans ma dernière lettre. Avec les événements actuels, ces sortes de questions n’ayant qu’un très médiocre intérêt, il faut plutôt s’attendre à une réponse défavorable. D’ailleurs, de cette guerre, il peut en résulter tant d’imprévu, insoupçonné, que l’espoir est toujours fondé.

Amitié sincère à tous, et à toi, ma bien bonne, les plus affectueuses caresses de ton

Alexandre

1er novembre 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

J’ai bien reçu tes deux lettres y compris celle du 22 septembre. Tu vois qu’elle n’a pas subi le sort du courrier anglais. Je connaissais déjà cette affaire de Miguel. Lorsque les passions politiques s’emparent d’une cause, il est bien malaisé d’y découvrir la vérité, car les croyances n’ont rien de commun avec la raison. C’est pourquoi il est plus décent, plus correct de ne pas faire chorus avec l’opinion générale presque toujours calomnieuse et si partiale envers les vaincus.

Moi aussi, j’ai quelques nouvelles à t’apprendre ; mais elles sont plutôt tristes, couleur grisaille comme les temps que nous vivons. J’ai tenté de m’évader, seul, par des moyens impropres que mon état de santé ne me permettait pas de pouvoir supporter. J’ai échoué et me voilà en détention préventive. Au minimum, ce sera deux ans de réclusion. Sur le coup, estimant que ma physiologie ne serait pas assez saine pour surmonter cette épreuve, je me suis empoisonné. Mais, soit à cause des soins que j’ai reçus, soit faute d’une dosimétrie exacte, je n’ai réussi qu’à me délabrer l’organisme. Je suis très débilité. D’une faiblesse générale, j’ai, en plus, des troubles hallucinatoires. Excuse-moi de ce geste, ma bien bonne ; j’ai été faible, moins courageux que toi, qui, au travers de tant de vicissitudes, tiens bon jusqu’au bout. Ce moment de dépression morale passé, le toxique étant en grande partie éliminé, la réaction s’est faite et je me suis promis d’accepter mon sort, si pénible soit-il, afin de t’accompagner le plus loin possible sur le chemin de la vie. Ne te chagrine pas, ma bien bonne ; pour peu que la santé me revienne, ça ne sera rien. Et puis, tu sais bien que j’en ai éprouvé bien d’autres déjà et que misère et douleur ne sont pas pour me surprendre.

Après cela, tu dois comprendre qu’il n’est pas utile que tu donnes suite aux démarches que je t’avais chargée d’entreprendre à mon endroit. Au reste, nous n’y perdons rien. Soigne-toi bien, ne sois pas en peine pour moi. Si tu y tiens, adresse-moi, chaque mois, Le Mercure de France. Cette lecture me suffira.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine ainsi qu’à tous nos amis communs.

Ton très affectionné,

Alexandre

7 novembre 1917

Îles du Salut

Ma chère maman,

Tu t’es un peu trop pressée pour ces démarches. Je crains fort qu’à cause de la poursuite dont je suis l’objet elles soient plutôt mal accueillies. Enfin, comme nous y sommes accoutumés, cela ne nous surprendra pas. Le mauvais côté de l’affaire c’est de toujours frapper à vide et d’user ainsi des relations qui, en meilleures conditions, auraient pu nous être utiles.

Je ne sais encore rien de décisif quant à ma situation. Serai-je traduit devant la juridiction maritime spéciale ou bien devant la disciplinaire ? Dans le premier cas, c’est une peine de deux à cinq ans de réclusion cellulaire, dans le second, c’est une punition de un à trente jours de cachot. La différence est sensible. Comme les faveurs ne m’ont jamais effleuré de leurs ailes, je m’attends à toutes les rigueurs. Au prochain courrier, je pense pouvoir te dire ce qui aura été décidé par M. le gouverneur.

Bien que je ne sois pas beaucoup robuste, je me traîne un peu plus aisément qu’il y a vingt jours. J’espère que lorsque l’on me permettra d’aller au travail, le grand air me rétablira vite. Tu dois bien concevoir que ce n’est pas dans une cellule que je puis recouvrer la santé. Dans l’état où je suis, trois ou quatre mois de ce régime et je serai couché par le scorbut. Triste perspective, à laquelle, cependant, il faut s’attendre et faire front. Je n’oublie jamais qu’en 1911 je suis descendu, en un mois de maladie, de 64 à 42 kilos ! J’étais gros comme un esque. Tout étant relatif, à me comparer à ce moment-là, je me porte présentement comme un charme. D’ailleurs, je ne m’en fais pas. Je nage, pour ainsi dire, dans une sorte de douce béatitude morale, proche parente, en sa forme, du bouddhisme européen qui me fait tout accepter sans me plaindre. À quoi bon ? puisque les choses ne peuvent être autres qu’elles ne sont. Quand on ne peut pas être vague, il faut se résigner à être bouchon.

La nouvelle concernant Baptiste m’a fait plaisir. J’espère qu’il saura tirer profit et succès des démarches dont la famille l’a chargé.

Dans ma dernière, je t’ai prié de m’adresser, chaque mois, un numéro du Mercure de France. Mais tu peux le remplacer ou y joindre des revues d’avant-guerre ainsi que des ouvrages de lecture, science, littérature, philosophie et des papiers illustrés. Seuls les journaux quotidiens et politiques sont interdits. Bien entendu, je te parle de revues et autres ouvrages que tes amis pourraient te donner. Il ne s’agit pas de faire de dépenses inutiles. Ce n’est pas le moment. C’est déjà bien assez, et même de trop, de te falloir couvrir les frais d’envoi. Ne te chagrine pas pour moi, ma bien bonne, Ce qui est fait est bien fait. Niaiserie et faiblesse que de ne pas le digérer. L’essentiel est que tu ne sois pas malade.

Soigne-toi, ne te néglige pas et tout sera pour le mieux dans le plus fou des mondes.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine ainsi qu’à nos amis communs.

Ton très affectionné,

Alexandre


[1] [9] Sergent Alain, Un anarchiste de la Belle Époque, Paris, Le Seuil, 1950, p.172.

[2] [10] Sergent Alain, op. cit., p.172.

[3] [11] Sergent Alain, op. cit., p.172.

[4] [12] Sergent Alain, op. cit., p.172.

[5] [13] Le 10 avril 1918, le TMS condamne Jacob à 2 ans de réclusion cellulaire (ANOM H5028) ; il est acqiuté en appel le 31 mars 1919 (ANOM H5031)

[6] [14] Punition de trente jours de cellule donnée par la commission disciplinaire des îles du Salut en décembre 1916 pour déclaration mensongère. ANOM, dossier H1481.

[7] [15] Jacob insiste vraiment sur l’aide dont il a besoin.

[8] [16] Ce code semble signifier que des camarades proches de Jacob se sont fait arrêter par la police.