- Alexandre Jacob, l’honnête cambrioleur - http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob -

Petite histoire, grosse lupinose

Fondateur et directeur de La Fabrik Audio [1], Florent Mounier [1] commet des podcasts depuis la création de cette société en 2018 et propose aux entreprises et collectivités de développer des contenus pour « développer leur image de manière divertissante et originale ». Parmi les dits contenus pour le « grand public », il anime aussi la série La Petite Histoire [1]. Le principe est simple et court ; avec un podcast de 10 à 20 minutes nous pouvons édifier et divertir nos esgourdes par « Un récit historique, une anecdote sur l’Histoire, une Histoire de France, une Histoire Universelle, l’histoire d’un grand personnage, des histoires insolites. Laissez-vous emporter par ce balado histoire. » La couleur est mise d’entrée ; pas de prétention à la rigueur historique ! Mais lorsque le 29 décembre 2025 pour le 129e podcast de l’émission il s’agit de présenter « Marius Jacob, le gentleman cambrioleur anarchiste qui a inspiré Arsène Lupin [1] », le site web signale entre autres tags Franck Ferrand et histoire vraie ! Pas de trêve des confiseurs pour les fêtes. Lupinose en podcast continu et de quoi débuter l’année en beauté.

Le site web de La Fabrik Audio donne le ton avant l’irrésistible écoute :

« Arsène Lupin est apparu pour la première fois en 1905. C’était dans une nouvelle parue dans le magazine Je sais tout, et le titre de la nouvelle était exactement L’Arrestation d’Arsène Lupin. Ce personnage a tout de suite connu un grand succès auprès des lecteurs !

Devant ce succès, Maurice Leblanc n’a jamais pu s’arrêter d’écrire des aventures d’Arsène Lupin. Il l’a fait jusqu’en 1941, année de sa mort.

Au total, pas moins de dix-sept romans, trente-neuf nouvelles et cinq pièces de théâtre. Le cadre de ces histoires, c’est bien la France, la France de la Belle Époque et des Années Folles. Arsène Lupin n’est donc pas un simple cambrioleur. Il est aussi un anarchiste, en tout cas au début de la carrière de Lupin ! Arsène va pas mal évoluer, car finalement ce cambrioleur deviendra, à la fin de sa carrière, un détective.

Le personnage de Maurice Leblanc a donc cette double personnalité du gentleman cambrioleur, c’est-à-dire un personnage qui aurait une double vie : d’un côté un personnage mondain, de l’autre un cambrioleur agissant avec élégance et raffinement. En somme, un cambrioleur aux bonnes manières qui ne fait quasiment jamais usage d’une arme. Et c’est un personnage profondément moral, qui vole aux plus riches, qui se seraient enrichis de manière illégale, un peu comme Robin des Bois.

Enfin, l’une des particularités d’Arsène Lupin, c’est son goût pour le déguisement et l’usurpation d’identité.

Alors, comment est né Arsène Lupin ?

Nombreux ont été les spécialistes de la littérature et autres historiens à demander à Maurice Leblanc si ce personnage était inventé de toute pièce ou s’il s’était inspiré d’un véritable cambrioleur. Maurice a toujours gardé le mystère sur les origines du gentleman cambrioleur, mais il semblerait quand même qu’il y ait un véritable repris de justice derrière Arsène Lupin,

un malfrat dont la presse d’une certaine époque a beaucoup parlé.

Son nom : Marius Jacob. »

Bien évidemment, on oublie de signaler que le vrai prénom du « véritable repris de justice » c’est Alexandre. Ce n’est pas forcément un détail si l’on considère que le prénom Marius permet de renforcer l’imaginaire sur l’aspect méridional de l’intrépide et ingénieux voleur. Florent Mounier [1] peut alors débouler toutes les péripéties et épisodes rocambolesques de la vie de Jacob qui vont tenir l’auditeur en haleine. Le tout est bien sûr dit sans mention de sources (forcément, ce serait moins drôle et captivant) : une adolescence passée sur les bateaux jusqu’en Australie, la fréquentation à Marseille des anarchistes, une arrestation pour fabrication d’explosifs, une police qui harcèle et un jeune homme qui réplique par le fameux coup du Mont de Piété. Viennent alors une quincaillerie à Montpellier pour étudier les mécanismes des coffres-forts, puis les Travailleurs de la Nuit et leurs 150 à 500 opérations de déplacement de capitaux. Le coup du parapluie est ainsi un immanquable des cambriolages commis au nom de la cause mais il est pratiqué chez des banquiers et non plus chez le sieur Bourdin, bijoutier de son état et résidant rue Quincampoix à Paris. Comme Lupin, Jacob est un voleur qui se déguise et un cambrioleur à principes. Florent Mounier n’oublie pas de souligner alors le vol chez Pierre Loti mais, s’il ne dit pas que cela se passe à Rochefort, il cite en revanche l’improbable billet signé Attila et laissé chez le célèbre écrivain. L’arrestation quelque part en France a alors lieu en avril 1903 et Marius devient l’assassin du pandore qui l’avait interpelé ; un autre est blessé à l’occasion. Dans la réalité, c’est Félix Bour qui tue l’agent Pruvost même si Jacob s’est accusé du crime pour disculper son ami. Le jour du procès d’Amiens arrive « et Marius Jacob est en grande forme » ; les répliques cocasses fusent mais l’anarchiste est condamné à perpétuité, direction le bagne de Cayenne ! Bingo raté pour les îles du Salut. L’auditeur pourrait arrêter là la geste jacobienne mais le final finit d’achever sa conviction : le suicide au mois d’août 1954 confirme une vie hors-norme et pourtant vraie, à la hauteur d’un personnage de roman… Mais l’histoire, aussi petite soit-elle, n’est pas du roman et Florent Mounier, plutôt que de se référer à Bernard Thomas, Laurànt Deutsch, Franck Ferrand ou qui que ce soit d’autre, aurait mieux fait de jeter un œil – mais pas sous la forme d’un bouchon de cristal ah ah ah ! – dans les articles du Jacoblog.

Bonne écoute et bonne année 2026 !