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Une société à refaire
LE COURRIER PICARD, 23/10/92

Repeindre tout en vert ?

Publié chez un petit éditeur [1], le dernier ouvrage de Murray Bookchin, « Une société à refaire », a peu de chances de figurer en bonne place dans les rayons des librairies et c’est bien dommage. Bien dommage, car il s’agit d’un excellent livre, copieux, débordant d’idées, qui arrive à un moment où il est nécessaire d’échapper aux lieux communs relatifs à l’écologie.
Tout le monde parle d’écologie, tout le monde est pour, pollueurs compris, comme tout le monde se déclare favorable à la paix, marchands d’armes inclus... Dérisoire consensus.

Dans « Une société à refaire », Murray Bookchin met en avant une conception de l’écologie qui risque pourtant de soulever des protestations : preuve, s’il en était besoin, que les seules idées susceptibles de porter un jour leurs fruits comptent, bien logiquement, des partisans et des détracteurs et non pas uniquement des électeurs béats.
Selon Bookchin, considéré aux Etats-Unis comme l’un des fondateurs du mouvement écologiste, remédier à certaines des carences de cette société, dont la pollution est l’une des plus importantes, sans tenter d’opérer une modification en profondeur relève du vœux pieux. Les facteurs qui ont produit des « sociétés humaines écologiquement nuisibles » ne sauraient se muer, par simples décrets, en facteurs créant les « sociétés humaines bénéfiques à l’environnement ». L’écologie, selon lui, est donc une conception qui, réellement appliquée, ne se contenterait pas de corriger l’ordre social actuel, mais entraînerait une rupture avec celui-ci.
Pour Bookchin, dès lors, deux solutions : ou les structures de la société demeurent inchangées et les mesures écologiques indispensables seront coercitives et déboucheront sur l’instauration l’une nouvelle forme de totalitarisme , ou des rapports nouveaux sont mis en place entre les hommes, rapports privilégiant l’égalité et la justice, mais aussi la spontanéité, les activités ludiques, et s’élaborera alors une société "organique".
Dans « Lettre ouverte aux écolos qui nous pompent l’air » (Albin Michel), Bernard Thomas, par ailleurs journaliste au « Canard Enchaîné », tient un discours qui peut sembler différent, tout au moins dans sa forme, mais qui, fondamentalement, n’est guère éloigné de celui de Murray Bookchin.
« Je t’aimais bien, l’écolo. Avec ta deuche fumigène et des cheveux en broussaille, tu étais tendre et folklorique, un peu ridicule, mais tellement chouette », écrit-il, préférant, lui aussi, des écologistes parfois un peu brouillons dans leurs idées ou donnant l’impression d’être archaïques, que des technocrates à la Waetcher qui nous promettent une société propre, trop propre, où nous-mêmes ne saurions bientôt plus où nous mettre pour ne pas déranger.
« Nous ne voulons ni vivre parmi les poux dans une bauge planétaire où le ménage ne serait jamais fait, ni dans un labo aseptisé où les fromages français au lait cru seraient interdits », s’insurge ainsi Bernard Thomas. Qui aime bien châtie bien, dit-on, et son livre en apporte la preuve.
Mais laissons la parole, en guise de conclusion, à Murray Bookthin, qui définit en quelques lignes sa vision d’un monde véritablement écologique :
« ... Il est reconnu que nous ne sommes encore qu’à peine humains au regard de ce qui reste à explorer de notre potentiel de créativité, d’amour des autres et de pensée rationnelle. (...) Nous ne sommes pas encore capables d’imaginer jusqu’à quel point nos qualités humaines étaient gérées dans un esprit éthique, écologique et rationnel. »

Thierry MARICOURT


NOTES :

[1Éditions A.C.L. B.P. n° 1186, 69202 Lyon Cedex 01 (88 F, franco de port).