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Pour une démocratie économique
Réfractions 38 - printemps 2017

Réfractions 38

Depuis quelques années, l’Atelier de création libertaire a la bonne idée de proposer dans son catalogue une collection « critique de l’économie », composée de courts ouvrages explorant des pistes actuelles pour sortir du capitalisme. Dominique Lachosme, connu des lecteurs du mensuel la Décroissance pour ses chroniques économiques et écologiques empreintes d’une belle lucidité, met ici son talent pédagogique au service d’un démontage élémentaire du « catéchisme capitaliste ». Dans une société où le sacré a été transféré à l’économie, l’anticléricalisme et l’athéisme chers à la pensée libertaire se voient en effet convoqués sous une nouvelle forme. Les « éditorialistes », « journalistes », « économistes experts » se présentent comme les curaillons de la religion capitaliste. Ils sont les infatigables prêcheurs de l’œuvre démiurgique de leurs supérieurs hiérarchiques, les entrepreneurs, banquiers et actionnaires, divinités contemporaines s’immolant à la sainte croissance. On le sait bien, en effet : ceux-là ne retirent qu’un profit restreint en comparaison de la bénédiction qu’ils accordent, sous la forme du salaire, à la force de travail qu’ils emploient pour mettre en valeur leur capital.

En athée économique, Dominique Lachosme défend une élimination radicale de la convention capitaliste du travail, qui régit les relations de travail des employés en s’adossant à la menace structurelle du chômage. Mais en premier lieu, il s’agit de déraciner la croyance sociale en son inéluctabilité. En effet, comment qualifier autrement que religieuse, se demande l’athée économique, « cette croyance sociale qui conduit à accepter que, en moyenne, à chaque fois que le travail des salariés des entreprises privées est à l’origine de 100 euros de valeur économique (grâce à la vente sur le marché des marchandises produites), 45 euros aillent dans les poches des propriétaires, des actionnaires ? Lesquels ne font rien d’autre qu’agiter sous notre nez des divinités (par exemple les « droits de propriété », ndlr) pour que nous leur offrions notre obole, qu’ils se mettent dans la poche ! ». Comme toute croyance religieuse, l’orthodoxie économique a pour effet de masquer une violence sociale cyclique : « Tu bosses, je te vole ; ce que je t’ai volé, je te le prête ; tu me le rembourses par ton travail, de sorte que je puisse à nouveau te le voler. » Un autre avait révélé l’ampleur de cette mystification dès 1840.

Or, si l’on parle de vol sanctionné par la loi et l’État, il ne suffit pas de proposer une théologie hétérodoxe d’économiste « atterré » ou « partageux » pour en faire la critique. Taxer le capital, utiliser les prélèvements obligatoires pour corriger le déséquilibre entre le Capital et le Travail ne sont que des expédients laissant intact le cadre spoliateur général. Et l’on ne répond pas non plus de cette manière à la marchandisation toujours accrue des vivants et de la nature, à la dévoration d’un capital nivelant toute chose sous l’abstraction quantitative, ou à l’inévitable perte de sens d’une existence d’exploité et de consommateur infantilisé.

Lachosme propose donc de réorganiser de fond en comble l’économie, et plus précisément les décisions concernant la production de valeur économique. Dans le sillage des thèses de Bernard Friot, il met en avant dans la deuxième partie de sa brochure une nouvelle convention du travail, qu’il rattache à l’histoire des conquêtes de la lutte des classes au XXe siècle, au premier rang desquelles figurent les caisses de Sécurité sociale gérant les cotisations sociales. Ce salaire indirect, qui ne rémunère aucune force de travail vendue sur le marché de l’emploi, indique comment une part conséquente de la valeur économique échappe d’ores et déjà à l’emprise capitaliste. S’appuyer sur ces conquêtes et les étendre pour faire advenir une démocratie économique, telle est la perspective pro¬posée par l’auteur, organisée autour de trois priorités : en finir avec le marché de l’emploi qui ne considère comme productif que le seul travail capitaliste (au détriment de l’activité des chômeurs, des soignants, des retraités, des familles et des fonctionnaires) ; supprimer la propriété capitaliste et le pouvoir des actionnaires ; éliminer le crédit bancaire, autrement dit le pouvoir des créanciers.

Ces thèses, très proches de celles de l’association d’éducation populaire « Réseau salariat », s’étendent également à la question écologique, ainsi qu’à celle, liée, de la finalité de la production. Si les salariés d’une entreprise ou d’une branche, nous dit D. Lachosme, « décidaient de produire de marchandises, si les consommateurs décidaient de moins consommer, il n’y aurait aucun problème théorique à ce que la masse monétaire en circulation décroisse de façon à rendre compte de la baisse de la valeur économique, celle des richesses qui ne seraient plus produites. » Cette possibilité demeure par contre impensable dans une société de croissance, où toute décroissance de la valeur marchande s’apparente nécessairement à une catastrophe. En si peu de pages, l’auteur n’a pas le loisir de prophétiser, mais il pose avec justesse les possibles débats à l’intérieur de cette solution « friotiste », concernant les écarts de salaire, les investissements à préserver et ceux qu’il faudrait éliminer en raison de leur nuisance sociale et écologique, ou encore l’organisation de cette réappropriation collective de la production de valeur économique (centralisée ou décentralisée). Cette petite brochure lance avec clarté une discussion à laquelle devraient participer toutes les personnes soucieuses d’un dépassement concret de la religion de l’économie. Mieux connaître cette position permettrait également de cerner avec davantage d’acuité les objections que lui adresse un théoricien critique comme Anselm Jappe (cf. entretien dans ce numéro). Renaud Garcia




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