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L’OURS, mensuel socialiste de critique littéraire culturelle artistique n° 410, juillet-août 2011

Chansons en rouge et noir

Quelques années après une histoire de La chanson anarchiste en France des origines à 1914, Gaetano Manfredonia orchestre ici un corpus de quelques 150 chansons et poésies anarchistes qui contribuèrent « à forger directement les éléments d’un imaginaire anarchiste commun à tous les militants ».
cette anthologie n’est pas pour autant un simple florilège. Gaetano Manfredonia s’applique en effet à dégager les tempos communs à ces chansons et à les resituer dans leur contexte. Les années 1848 en constituèrent ainsi le prélude qui alla crescendo avec la Commune et son écrasement dans le sang alors que le point d’orgue de leurs productions et de leur audience se situa entre1880-1900, avant que l’unisson des chansonniers de cabaret du début du XXe ne vienne à professionnaliser le genre de la chanson sociale appelée à devenir la chanson « à textes ». De fait, la difficulté consiste à repérer et à extraire un corpus de chansons anarchistes dans le flot des textes porteur des idéaux socialistes dont ils diffèrent peu à l’origine, au point que demeurera un répertoire commun à l’ensemble des courants socialistes. Ainsi, du fouriériste Pierre Lachambeaudie dans les années 1848, des socialistes Pierre Dupont ou Eugène Pottier dont les compositions enracinées bercèrent le mouvement ouvrier et furent au diapason des différents courants pour devenir des élégies de la révolte. Ce n’est que vers la fin des années 1860, au moment où le mouvement anarchiste s’exprime au sein de l’AIT, qu’une tessiture ouvertement et spécifiquement anarchiste s’entend, que ce soit dans la poésie exilée à la Nouvelle Orléans de Joseph Déjacque (Les Lazaréennes, 1857), dans les refrains de Charles Keller (Le droit du travailleur, 1874), au travers des désirs de dynamitage de Constant Marie (La dynamite, 1886) ou des rêves d’harmonie de Paul Paillette (Heureux temps, 1892). Parmi les particularismes de la chanson et de la poésie libertaires, à noter que de nombreux anonymes ou méconnus se firent le temps d’une chanson ou d’une soirée les porte-voix d’un imaginaire et d’une identité anarchistes. Et si l’intermède de la propagande par le fait sema le trouble dans le mouvement, sa geste fut néanmoins portée en bravade héroïque et menaçante. Aussi, les diversités des thématiques chantées, qu’elles annoncent, répercutent ou épousent leur temps, furent comme autant de promesses, porteuses d’un souffle, à même des feuilles volantes sur lesquelles elles circulaient. Tour à tour revendicatrices, violentes, fraternelles, sociales, protectrices ou pacifistes, les chansons anarchistes se nourrirent de philosophie anarchiste autant qu’elles alimentèrent un imaginaire militant. Sifflotées, murmurées ou étonnées en cœur lors de soirées de réunions, la richesse de leur vocabulaire comme la hardiesse de leurs propos les placent sur un registre aux tonalités multiples, à la recherche de l’accord parfait, à même de faire vibrer la corde sensible comme de faire entendre de part leur mélodie « la portée d’un courant dont les exigences de radicalité demeurent toujours d’actualité ».

Véronique Fau-Vincenti