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La courbe de Chesnut Lodge
Le Monde libertaire n°1142 26 novembre – 2 décembre 1998

La courbe de Chesnut Lodge

Jacques Lesage de la Haye est militant anarchiste. Depuis longtemps, il se bat contre les formes d’exclusion et d’injustice. Soucieux de faire évoluer les mentalités. II s’est investi au maximum pour soutenir et promouvoir les alternatives à l’enfermement. Aussi, après la parution d’une brochure intitulée « Une psycho-politique du corps : l’analyse reichienne » à l’Atelier de création libertaire, il nous fait part à nouveau de son expérience (en milieu psychiatrique) par le biais d’une nouvelle brochure (toujours publiée par l’ACL) titrée La courbe de Chesnut Lodge.
Chesnut Lodge est un hôpital spécialisé dans le traitement des psychoses lourdes. Mais, à la grande différence de nos institutions, tout un arsenal de techniques psychothérapeutiques, y est mis en oeuvre pour permettre au sujet de sortir de sa psychose. Cela dit, encore faut-il, pour soutenir cette ambition, que les soignants ne considèrent pas la psychose comme une fatalité. Aussi, finis les diagnostiques incontournables, les étiquettes en tous genres, les visions dogmatiques et les attitudes laxistes face aux troubles mentaux et, place au mouvement.
Cette courbe fait référence à l’esprit de l’hôpital de Chesnut Lodge justement parce qu’elle renvoie à une approche tout à fait différente de l’affection mentale. Ce qu’elle nous propose, c’est une lecture dynamique et non plus figée. L’individu n’est plus enfermé dans un diagnostique. Au contraire, selon les moments. Il peut se trouver à des
endroits différents de cette courbe allant de la névrose à la psychose. Et si ces changements sont reconnus, alors les évolutions deviennent possibles. Finalement, nous constatons que là où il y avait l’immobilisme, le désespoir et la mort, il y a désormais le mouvement, l’espoir et la vie.
En plus d’une réflexion socio-politique, ce que nous pi propose ce petit opuscule, c’est précisément d’évoluer sur cette courbe d’un pôle à l’autre afin d’explorer et de comprendre, à travers un langage accessible, chacune des pathologies qui la composent.
La perspective que nous offre la courbe de Chesnut Lodge met fin à cette vision manichéenne et clivée qui voudrait qu’il y ait les fous d’un côté et les normaux de l’autre. Et, c’est bien l’institutionnalisation de cette barrière par la psychiatrie avec la création des asiles qui nous a toujours maintenu esclaves de notre peur du fou, et plus largement de notre peur de la folie. Aussi, cette course remet en cause les fondements mêmes de ce lobby psychiatrique en nous amenant à nous responsabilisé face à cet autre nous même que l’on dit anormal.
Nous le savons, aujourd’hui, la psychiatrie change de forme mais le fond reste le même. N’oublions pas que l’hôpital psychiatrique est en train de fermer pour des raisons économiques. Humainement, les patients sont toujours victimes des étiquettes nosographiques et du fonctionnement dogmatique.
Si l’antipsychiatrie a marqué un tournant décisif dans la perspective de la maladie mentale, les alternatives qu’elle proposait sont toujours à mettre en oeuvre. La courbe de Chesnut Lodge a pris sa place parmi celles-ci et apparaît incontestablement comme urne pierre supplémentaire à l’édifice libertaire. Une fois de plus, ne nous privons pas de cette petite balade au cœur de nous-mêmes car, conjointement à la lutte politique, elle peut nous permettre de trouver les clés de notre liberté.

Pascal Matrat, groupe Berneri


Le Monde libertaire n°1142 26 novembre – 2 décembre 1998