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La caravane des oubliés
Premier chapitre

Deux degrés. Sur la route, Gilou chemine vite. Les pouces coincés sous les lanières de son sac à dos, près des épaules. Le vent froid glace ses os, brûle ses oreilles. De son nez violacé coule une goutte qu’il balaye du revers de la manche. Il est à peine quatre heures et pourtant il fait presque nuit.

En longeant les cimes du bois de Liez, il aperçoit des bouts de papiers aux couleurs vives. P’t’êt’ des gâteaux apéro, pense-t-il. Pas grand-chose, mais ça calmerait ce putain d’ventre vide. Marre d’entendre ces gargouillis à l’intérieur. Il quitte la chaussée et s’élance sur l’herbe gelée. Il sent les brins verts craquer sous ses pieds. Devant un chêne, il soulève un amas de feuilles pourries et s’empare de cartons humides. Rien dedans. Il gratte le sol et tombe sur un paquet de clopes écrasé. Vide. Merde, ont rien laissé, ces enfoirés. Il s’enfonce plus loin dans le bois et tombe sur une bouteille. Il la reluque attentivement. L’étiquette a disparu mais il reconnaît la forme. Whisky. Un liquide transparent et peu ragoûtant baigne au fond. Il s’en moque. Pourvu qu’ça brûle et qu’ça fasse chaud au corps, y’a qu’ça qui compte. Il porte le goulot à sa bouche et en boit une gorgée. Pouah ! Quelle saleté ! fait-il en crachant. Puis il s’essuie la bouche et dans un geste de colère balance la bouteille contre un arbre. Le verre éclate d’un bruit net et s’éparpille sur le tapis de feuilles blanchies par le gel.
D’un pas rapide, il regagne la route. Il fait si froid que ses mains lui font mal. Machinalement, il les glisse dans les poches de sa veste, mais ça ne change rien. Il dépasse le bois et longe des champs de betteraves, éclaircis eux aussi par le givre. Dans la lumière pâle, il distingue des maisons isolées, plus loin quelques blocs d’immeubles posés là en plein champ et encore plus loin les lumières de la ville.
Passé un kilomètre, il parvient au château d’eau qu’il a en point de mire depuis un moment. Accolé à cette tour, un cimetière hautement emmuré annonce le village de Quessy. Il quitte la chaussée et l’herbe glissante pour monter sur le trottoir. De petites maisons mitoyennes en briques rouges s’amoncellent le long de la route. Certaines sont déjà éclairées et des postes de télé jaillissent des lueurs multicolores. Il descend la rue sans rencontrer âme qui vive et suit la courbe sur la gauche pour franchir un pont. Au-dessous coule paisiblement le canal qui relie l’Aisne à l’Oise. Une ligne d’eau artificielle, aussi droite qu’un trait tiré à la règle. Il arrive à Lardier, petite ville picarde d’une vingtaine de milliers d’habitants. Ancienne gare de triage, elle pleure son glorieux passé, l’époque où elle jouait le rôle de relais entre Paris et le Nord. Le long des nombreuses voies de chemin de fer, des wagons de marchandises attendent depuis des jours qu’on s’occupe enfin d’eux. Il dépasse la gare presque vide et s’arrête à un carrefour. Datant de l’époque dorée du chemin de fer, l’architecture de la ville est simple. Un quadrillage de routes et, au centre, une voie principale.
Dès qu’il emprunte l’avenue, il est ébloui par les phares allumés des voitures. Il n’y a pas grand-monde sur le trottoir. Ceux qu’il croise sont emmitouflés de la tête au pied. Lui n’a ni gant, ni bonnet. Juste un tee-shirt, un pull et sa veste de l’armée.
Quand il tourne à droite quelques mètres plus loin sur un parking totalement désert, des bourrasques de vent fouettent son visage. Il remonte le col de sa veste et rentre la tête dans ses épaules. Une fois le vaste carré de bitume franchi, il se poste devant le magasin Penny. Un homme au teint rouge et au visage bouffi est assis à gauche de l’entrée, contre une porte métallique. Un bonnet foncé et crasseux couvre à peine ses oreilles. Gilou le connaît assez bien. Souvent, quand il faisait ses courses ici, il discutait un moment avec lui. Il s’avance et dit :

- Va Hervé ? Pas chaud, hein ?

- Ouais. Deux jours qu’ça caille.

- Peux m’mettre là ? J’suis dans une mauvaise passe.

- Ouais, pas de problème. Mets-toi là, fait Hervé en montrant le coin entre les deux portes vitrées.
Gilou jette alors ses affaires par terre et s’assoit en tailleur. Des hommes et des femmes entrent et sortent du magasin, poussant devant eux leur caddie. Il n’ose pas les regarder.

- Eh Gilou, t’as un pot ?

- Ouais.
Gilou ouvre son sac, sort un petit pot en terre marron et le pose devant lui. Puis de son index droit, il se met à triturer un bouton qui s’est logé sous ses cheveux roux, près de l’oreille.

- Yt’faut un écriteau comme le mien, avec un mot dessus. Ça fait plus sérieux. Tu vois, sur l’mien, y’a : « Je suis SDF. J’ai pas de travail. Donnez-moi quelques pièces. Merci. » Et surtout, êt’gentil avec les gens, les remercier.
D’une main où manque un doigt, Hervé s’empare d’une bouteille plastique, cachée derrière lui. Il boit deux petites gorgées d’un liquide rouge et poursuit :

- Fait du bien, avec ce froid. T’en veux ?
Gilou n’attend que ça pour réchauffer son corps transi. En un mois, il a épuisé en vin et en bière ses derniers Euros. Et voilà que maintenant il n’a plus rien en poche. Les ASSEDIC ? Terminé. Fin de droits, comme ils disent.
Il se met à genoux, tend le bras et chope la bouteille, ingurgite une bonne rasade et grimace quand le vin coule dans sa gorge.

- L’est raide ce pinard.

- S’habitue vite, tu verras. Et pis, y’a pas moins cher.
Un homme de petite taille sort du magasin. Hervé l’interpelle :

- N’avez pas une p’tite pièce, s’il vous plaît ?
Sans un mot, l’homme s’arrête, fouille dans une poche de son pantalon, en sort un papier qu’il remet aussitôt dedans, fouille dans l’autre et en extirpe quelques pièces. Il les examine, en prend deux, et les pose dans la boîte d’Hervé.
- Merci. Pouvez aider aussi mon copain ? C’est son premier jour.
Gilou n’ose pas affronter son regard. Il baisse la tête. Un nouveau sentiment s’insinue en lui. Quelque chose qu’il ressent pour la première fois. Qu’il a du mal à comprendre. C’est comme une boule dans sa poitrine, qui le fait trembler de partout et qui chasse d’un coup toute sa colère.
L’homme se tourne et étudie rapidement Gilou :

- Tenez, dit-il en jetant une pièce de cinquante centimes dans le pot marron. Bon courage.

- Merci beaucoup, répond Gilou d’une voix basse et rauque, en détachant soigneusement chaque syllabe.

Dix-neuf heures. Penny ferme, comme la plupart des supermarchés discount. La ville en comptent quatre, en plus d’Intermarché et de Carrefour. C’est beaucoup, mais le pays ne va pas bien. On ne recense plus les usines qui licencient ou qui mettent la clé sous la porte, sans se préoccuper du devenir des employés. « Main d’œuvre sous-qualifiée et trop payée », disent les responsables. Le chômage, le manque d’argent ravagent les familles. Beaucoup, hommes, femmes et enfants, vivent du revenu minimum d’insertion, dans des logements trop petits, crasseux, parfois sordides. Au bout d’un moment, certains se retrouvent sur le carreau et rejoignent le bataillon des miséreux à l’entrée des discounters.
Assis devant Penny, Gilou ne sent plus ses doigts. Ils sont devenus bleus et durs. Ses pieds aussi ont durci. Ils font mal. Il a beau porter des chaussettes et des baskets en toile, c’est comme s’il n’avait rien. Avec maladresse, il prend son pot et renverse les pièces qu’il contient. Il fait le compte et met l’argent dans la poche de son jean. Deux Euros et vingt centimes. C’est peu, mais mendier à deux au même endroit et en seulement trois heures, il ne peut pas espérer mieux. En se levant, il sent ses jambes ankylosées. Trop de temps resté assis.
Avec son compagnon, il quitte l’entrée du magasin et traverse le parking vide. Le vent n’a pas faibli. Ça souffle pas mal, assez même pour faire vibrer les tôles du préfabriqué. Ils avancent avec précaution, esquivent les petites flaques d’eau gelée. Arrivés sur l’avenue, ils tournent à gauche vers le centre-ville. De lourds nuages stationnent au-dessus des maisons et des immeubles aux murs sales. Quand des voitures passent sur l’avenue, ils tournent la tête et plissent les yeux pour ne pas être aveuglés par leurs phares puissants. Ils marchent sur cent mètres et se séparent devant le Franprix.

- Alors, tu vas sous le pont ? fait Hervé en se grattant la nuque, sans parvenir à masquer sa gêne.

- Ouais.

- Sais, le gars qu’est avec moi, y s’rait pas d’bon poil si j’te ramenais dans sa cave.

- Te fatigue pas, y’a pas d’problème. J’demande rien, moi. Bon allez, j’vais au ravitaillement.

- J’te revois d’main ?

- Ouais. J’irai où sinon ? T’es le seul à m’faire une place. Faut juste me laisser un peu d’temps, que j’vois comment ça se passe à Penny. Après j’t’emmerde plus.

- Ben, à demain alors. Salut.
Gilou entre dans le magasin, accueilli par l’air chaud du conditionneur. Il porte son sac sur le dos et ne veut pas s’en séparer. Ça tombe bien, personne ne le remarque. Il se dirige vers le rayon des vins. Là, un type de grande taille, vêtu d’un gilet de chasse, empile des packs de bière dans son chariot. Tout en manœuvrant, il reluque du coin de l’œil Gilou qui lui balance, de sa voix grave et puissante :

- Oh ! Tu m’veux quoi, toi ?
Sans répondre, le type pose les mains sur son chariot et décampe.

- C’est ça, dégage connard !
Gilou regarde le type s’éloigner, puis soudain, l’envie lui prend d’aller boire une bière dans un café. De la siffler d’un trait. Rien que d’y penser, il en a l’eau à la bouche. Mais il se rappelle qu’il n’a que deux Euros et vingt centimes dans sa poche. C’est jouable, à condition de ne pas manger, se dit-il. Or, il a très faim. Il est même affamé, si affamé qu’une crampe tiraille ses boyaux. Et depuis la veille au soir - quand son voisin lui a apporté deux cuisses de poulet et des pommes de terre mijotées dans le jus - il n’a rien avalé. Il aurait pu pourtant demander quelque chose à Hervé. Il n’a pas osé.
À ses pieds, des bouteilles de vin en plastique à trente-cinq centimes le litre sont entassées dans un carton tout neuf. C’est ce qu’il y a de meilleur marché. Il en prend une et cherche le coin de la charcuterie. Arrivé à bon port, il examine attentivement la cochonnaille et s’empare d’une portion de pâté de foie sous cellophane. Puis il choisit le paquet de pain de mie le moins cher et se dirige vers la caisse. À la sortie du magasin, il sent le froid lui piquer les tempes, une pluie fine scier son visage, un visage dur, constellé de petites taches de rousseur. Il s’élance sur le trottoir, les yeux dans le vide en direction à nouveau de Penny. À quelques pas de là, un pont enjambe le canal. Il le franchit et bifurque à trois cent soixante degrés sur un chemin goudronné et en pente. Au bout de trente mètres, il rejoint le sombre cours d’eau qui murmure sous la tombée des gouttes. Il lève la tête et distingue sur l’autre rive la façade défraîchie d’un hangar désaffecté. Quelques lumières s’échappent des fenêtres des maisons postées le long de la berge. Il s’engouffre sous le pont, dépourvu de toute présence, s’arrête et prend la bouteille dans son sac. D’un coup sec, il déchire la pellicule d’aluminium et enlève le bouchon de plastique. Lentement, il laisse couler la vinasse infecte dans sa gorge, grimace, grogne, veut tout recracher, mais se force à avaler. Aussitôt une sensation de chaleur envahit sa poitrine. Derrière lui, des taches brunes d’humidité s’étalent près du mur. C’est là qu’il installe ses affaires. Sur la paroi sont gravés des graffitis. Certains comme « Monique », « bande d’enculés » et « FN » sont lisibles. D’autres ressemblent à des signatures ou à des dessins énigmatiques. Enfin, les derniers sont à moitié effacés. Il fouille à nouveau dans son sac, sort le pâté et le pain de mie. Il les pose par terre et prend le couteau dans la poche de son jean. Assis, il tartine deux tranches qui s’émiettent aussitôt. Comme un gamin qui renverse son goûter, il rouspète, s’énerve contre le pain trop mou. Avec ses doigts gelés, il ramasse les morceaux tombés sur le sol et, sans même y jeter un œil, les engloutit. Puis en une bouchée, le sandwich qu’il a préparé disparaît, mais le pain se bloque au fond de sa gorge. Alors Gilou avale une bonne rasade de pinard et se sent mieux. En quelques minutes, il achève le pâté, décide de garder quelques tranches de pain de mie. Sans se retourner, il attrape le sac jeté derrière sa tête, l’ouvre, en tire un jean, puis deux couvertures. L’une est trouée par endroits et l’autre, pas très épaisse, a l’un de ses ourlets déchiré. Il range le pantalon et le restant de pain de mie et après avoir remis le sac à sa place, s’allonge entre les deux couvertures. Le froid est si intense que son corps recroquevillé n’arrive pas à se réchauffer. Il essaie de faire le vide pour s’endormir rapidement. Impossible. Alors, il décide de fixer son attention sur l’écoulement du canal. Mais soudain, une douleur à la cheville le tire de ses pensées. Un homme vient de lui marcher dessus.

- Oh, va pas non, grogne-t-il.

- Merde, t’avais pas vu. Voit rien ici.
L’homme s’approche, se baisse et dévisage la silhouette allongée sur le sol.

- Ben, c’est toi Gilou ?

- Tu m’veux quoi ? Dégage avant j’t’en colle une.

- Mais c’est moi, Momo.

- Momo ? Merde.
Gilou s’assoit et observe l’homme dans la pénombre. Un vieux, coiffé d’une casquette, qui a du mal à maintenir droit son corps déglingué. Gilou le connaît car son père et lui ont travaillé ensemble comme éclusiers. Et puis de temps en temps, ils se croisaient à Penny et discutaient un peu.

- S’cusez-moi, monsieur Momo, ch’avais pas.
- Ben, mon gars, tu dors ici ?

- Ouais.
Gilou hésite un moment puis sent la colère monter en lui. Alors de sa voix forte, il dit :

- L’autre con, le nouveau proprio, il m’a viré d’chez moi. J’ai failli lui broyer la gueule, cause qu’il m’a mal parlé. Ça faisait un mois. Mais j’suis pas parti. J’avais nulle part où aller. L’a dit qu’il appelait les flics si j’me barrais pas. Bon, ch’avais que j’pouvais pas rester. Mais merde, on m’parle pas comme ça à moi.

- Ah... Faut pas qu’tu restes là. Fait trop froid, tu vas attraper la maladie. Viens dormir chez moi.

- Non, non, j’veux pas vous déranger, m’sieur.

- Mais si, viens avec moi. Peux t’installer sous mon escalier, sur les palettes. Tu surveilleras. On m’a volé un canard hier, et puis avant, un pigeon. En pleine nuit. J’ai plus la force de m’lever avec ce dos qui fait mal.

- Pas de problème, monsieur Momo. Y’a pas un gars qui touchera à vos canards. S’il s’en amène un, j’lui casse la gueule.
Gilou se lève, roule vaguement les deux couvertures sous un bras et prend son sac. Tout son corps frémit. Il ne sait pas très bien si c’est à cause du froid ou de la colère. Il suit le vieux Momo sous le pont et passe devant l’écluse. Une pluie fine caresse ses cheveux roux. Le vieil homme ajuste sa casquette et dit :

- On en a passé du bon temps, avec ton père, à manœuvrer cette écluse. Qu’est-ce qu’on s’en est payé. Ça fait maintenant quinze ans tout ça... Ouais, c’est ça, quinze ans.
Il s’écarte ensuite de la berge et pousse du pied un portail rouillé, avance à gauche vers sa maison et s’arrête devant le petit escalier qui monte jusqu’à la porte d’entrée. D’une fenêtre de l’étage s’échappe une lumière pâle.

- Tins, tu peux t’mettre là-dessous, sur les palettes. Faut mieux qu’tu sois là, là-haut y’a la vieille. Aime pas quand j’ramène un gars.
Il monte l’escalier, ouvre la porte et la referme aussitôt derrière lui.
Avant de tester les palettes, Gilou inspecte le jardin. Lentement, car le sol est glissant. Sous des arbres fruitiers, la nuit noire s’est engouffrée. Un vieux fût traîne contre la clôture. il passe devant le poulailler et voit que la porte est ouverte. En quelques minutes, il a fait le tour, ce n’est pas grand. Il décide alors de repartir s’installer sous l’escalier. La pluie a cessé de tomber, mais le froid est plus vif. Il s’allonge et pose la tête sur son sac à dos. D’une main, il ramène les couvertures sur son visage et se tortille un moment avant de s’immobiliser sur les planches. En haut, le vieux Momo et sa vieille s’engueulent et ça résonne jusque dehors. Il pense alors à sa maison, à la chaleur qui s’échappe du poêle en bois. Dans la chambre, il n’y a plus de lit - sa femme l’a embarqué ainsi que ceux des gamins - mais un matelas tout défoncé donné par son voisin. Pourquoi j’ai pas cassé la gueule à cet enfoiré de proprio ? Se demande-t-il. Les flics m’auraient embarqué et coffré. J’serais à l’abri, au chaud. Pas dans le froid à m’les geler et à pas dormir. Tout ça, c’est à cause d’elle et d’son bougnoule. Ah ! Celui-là ! J’vais lui broyer la gueule. J’ai pas fait cinq ans de Légion pour rien... Même à l’armée, on vous traite pas comme une bête, on vous fait pas dormir dehors en plein hiver, sans rien sur le dos.
Autour de lui, de grosses taches sombres se déplacent et viennent l’observer. Quand elles s’approchent trop près, il grogne pour les faire fuir. Puis le calme revient. Au pied de l’écluse, il entend l’eau s’écouler entre les grilles. Comme un murmure. D’abord léger et agréable. Puis agaçant et pénible. Et enfin insupportable. Au point que ça lui rentre dans la tête et qu’il croit devenir fou.
Durant la nuit, le froid le réveille plusieurs fois. Pour se réchauffer, il boit quelques gorgées de pinard, mais quand la bouteille est vide, il balance son cadavre aussi loin que possible, rouspétant et regrettant de ne pas en avoir acheté une autre. Peu à peu sa colère disparaît et ses yeux se ferment. Soudain il sursaute, effrayé par l’idée qu’il va mourir de froid. Il a peur, résiste, mais sa fatigue est si intense qu’il parvient à s’endormir. Enfin vers cinq heures du matin, il sent quelque chose marcher sur lui. C’est un coq.